‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 108 sur 633 · TORNADE — TORPILLE · texte numérisé non relu

TORNADE — TORPILLE

orage et, mieux encore, que les éclairs ne se produisent presque jamais dans le nuage même d'où semble sortir la tornade. Il n'y a donc pas de relation de cause à effet entre les deux phénomènes. En revanche, l'examen des barogrammes tracés par le passage d'un grain, orageux ou non, et d'une tornade, prouve clairement que la tornade se produit toujours sur un rayon de grain, c.-à-d. sur le bord antérieur d'un ruban de grain (V. Météorologie, Orage et Tonnerre). L'air des couches inférieures, chaud et humide, s'échappe en tourbillonnant de bas en haut à travers la nappe descendante, presque horizontale, plus froide et plus lourde, du ruban de grain. Ainsi se produit la tornade ou la trombe. Ceci explique pourquoi, aux Etats-Unis, les tornades sont fréquentes dans les immenses vallées du Missouri et du Mississipi, alors qu'elles sont très rares sur le massif relativement froid des monts Alleghanies. L'explication de la formation des tornades par des causes électriques est, en contradiction avec les faits. — Une seule journée à tornades, celle du 19 févr. 1884, aux Etats-Unis, a coûté la vie à 800 personnes, sans compter 2.500 blessés. E. Durand-Gréville.

BiBL. : Th. Reye, Die Wirbelstûrme^ Tornados und W e tiers ànlen ; Hanovre, 1880, 2« éd. — John Finley, Report on thc Character of 600 Tormidos ; Washington, 1884. — Tornado studies for 188k ; Washington, 1885. — E. Durand-Gréville, les Grains et les Tornades^ dans Ann. du Bureau central météor. de France^ lS9d. TORNATELLE (Paléont.) (V. Actéonides fossiles). TORNAY. Com. du dép. de la Haute-Marne, arr. de Langres, cant. de Fays-Billot; 162 hab.

TORNEA. Ville du district d'Uleâborg, en Finlande, sur Fembouchure du Tornea-Elf, à quelque distance de la ville d'Haparanda. La ville, qui compte environ 1.400 hab., a été fondée auxvii® siècle, et était alors importante comme ville de transit entre la Finlande et la Suède. — Le poète français Regnard (V. ce nom), qui y séjourna en juil. 1681, nous a laissé une description plus amusante peutêtre qu'exacte de la ville et des funérailles de son pasteur, le célèbre Tornseus (?-1681), apôtre infatigable des Lapons, pour qui il avait traduit les livres sacrés : Manuale lapponicum (1648) et composé des cantiques.

TORN EA-Elf. Fleuvede Suède (V. Scandinavie, t. XXIX, p. 655).

TORNEYAMEN (Litt.) (V. Tenson).

TORD. Ville d'Espagne, prov. et à 30 kil. E. de Zamora (Léon), sur la rive droite du Duero ; 7.750 hab.; ait., 641-709 m. Evèché. Toro est situé au milieu d'une plaine, appelée Campos de Toro, très fertile en vins et céréales ; la ville est encore entourée d'une vieille enceinte en terre percée de six portes ; le pont de vingt arches, sur le Duero, est beau, ainsi que le vieux palais à façade ogivale qui a appartenu aux ducs d'Albe.

TORON. I. Technologie (V. Câble, Cordage, Corde). IL Architecture (V. Tore).

TORONTAL. Comitat de Hongrie, limité par les comitats Csongrad, Csanâd, Temes et la Serbie. Superf., 9.521 kil. q., 605.035 hab. en 1900. Plaines fertiles ; mais beaucoup de marais entre le Danube et la Tisza. Le comitat a 217 communes fondées pour la plupart après l'expulsion des Turcs de Hongrie ; il se divise en 14 districts. Ch.-l. : Nagy-Becskerck. Les Serbes catholiques romains sont 190.000, en face de 185.000 Allemands, 110.000 Magyars, 87.000 Roumains, etc.

TORONTO. Ville du Canada, ch.-l. de la prov. d'Ontario (Haut-Canada), sur la rive N.-O. du lac Ontario, à l'embouchure du Don; 181.220 hab. en 1891 ; son port est abrité par la presqu'île fortifiée de Gibraltar-Point, c'est actuellement la grande ville industrielle et commerciale du Canada; fondée en 1793 sur l'emplacement du fort Rouillé, bâti par les Français en 1749, elle avait 900 hab. en 1813, 9.000 en 1834 (elle s'appelait alors officiellement Little York), 86.415 en 1881 ; elle a donc plus que doublé sa population de 1881 à 1891. Cité moderne, aux rues croisées à angle droit, avec quelques beaux

parcs, des banques monumentales, de vastes cathédrales modernes, une université fondée en 1827, plusieurs écoles professionnelles, une grande école normale. On y manafacture la fonte, des machines agricoles, des poêles, le cuir, le whisky, la bière. Sa position est admirable, en face du Niagara, au centre du réseau des voies ferrées et fluviales nord-américaines ; grand marché des grains, des bestiaux, du foin, de la laine, du lard, du bois, exportant à l'étranger pour plus de 150 millions de fr.

BiBL. : H. ScADDiNG, Toronto ofOld; Toronto, 1874, in-8.

TOROPETZ. Ville de Russie, ch.-l. de district, gouv. et à 360 kil. S.-E. de Pskov, sur les rivières Toropa et Oukleyka ; 6.900 hab. en 1894 ; 17 églises dont la cathédrale fondée au xiii*' siècle, reconstruite en 1676 et 1801. La ville était, avant l'annexion moscovite (1500), le centre d'une région entièrement indépendante, sorte de petite république administrée par un prince assisté d'un ancien et de quelques notables soumis à l'élection.

TORP-Mesnil (Le). Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. d'Yvetot, cant. de Doudeville ; 351 hab.

TORPES. Com. du dép. du Doubs, arr. de Besançon, cant. de Boussières ; 431 hab. Stat. de chem. de fer.

TORPES. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de Louhans, cant. de Pierre; 1.372 hab.

TORPEDINIDŒ (ïchtyol.) (V. Torpille).

TORPI LIE. I. Ichtyologie.— Nom vulgaire du genre Torpédo, de l'ordre des Ckondroptérygiens Batoïdes et de la famille des Torpedinidœ. Les Torpilles proprement dites ont deux nageoires dorsales; la première, qui est la plus développée, se trouve presque au-dessus des ventrales ; celles-ci sont arrondies, entières ; la caudale est grande, les é vents sont petits, rapprochés du bord postérieur ; les yeux pourvus de petites franges sur leurs contours. Trois formes de Torpilles habitent les côtes de France : l'une des plus connues est la Torpédo mar morata, désignée sous le nom de Tremble et de Tremblard; le dessus est d'un jaune rougeâtre, le dessous d'un blanc légèrement roussâtre ; sur le dos existent des marbrures sinueuses, brunâtres avec quelques taches blanches. Tout le monde connaît la propriété de la torpille de provoquer des décharges électriques, décharges volontaires, données soit quand Fanimal est saisi avec la main, soit qu'il veuille ou se défendre ou][seulement étourdir et tuei' sa proie. Après un premier choc, le second est souvent moins violent, puis les secousses s'affaiblissent déplus en plus, et s'arrêtent ; il lui faut un certain temps pour recharger sa batterie. Cette batterie consiste en un organe pair, situé de chaque côté du corps, dans l'espace circonscrit entre la tête, la nageoire pectorale et les branchies, il est recouvert seulement par la peau en dessus et en dessous. La surface supérieure de l'organe électrique est positive, l'inférieure négative. L'appareil électrique est composé d'un assemblage de prismes hexagonaux placés verticalement; chaque colonnette est divisée par de minces cloisons transversales formant des espèces de diaphragmes ; toutefois, les prismes sont indépendants les uns des antres et non adhérents aux cloisons, entre eux se trouve une humeur transparente renfermée dans une membrane. Tout l'appareil est régi par le système nerveux. La décharge de la torpille a toutes les propriétés du courant électrique, elle fait dévier l'aiguille magnétique, décomposer l'eau, opérer des réactions chimiques et produire des étincelles. Rochbr.

II. Marine. — Historique. — L'idée première d'un engin explosif sous- marin paraît remonter au xvi® siècle. J.-B. Porta l'émit, en tout cas, de façon formelle en 1597 et, quelques années plus tard, aux environs de 1620, le physicien hollandais Corneli^is van Drebbel ima-

. 1. — Torpille commune.

TORPILLE

gina un bateau plongeur qui portait, à Textrémité d'une hampe, un récipient renfermant une charge de poudre. Le P. Mersenne préconisa, à son tour, pour la défense des côtes, les mines sous-marines. Mais ce fut seulement dans la seconde moitié du xviii® siècle que les « fourneaux submergés », comme on les appelait, commencèrent à être l'objet de tentatives réelles d'utilisation. La priorité de ces expériences semble appartenir à un ingénieur américain, Bushnell. Sa « tortue américaine » était une sorte de chambre hermétiquement close et de forme ovoïde, qui mesurait 2 m. environ de hauteur. Deux hélices mues à bras de l'intérieur servaient, l'une de propulseur, l'autre aux mouvements de montée et de descente. La mine explosive était fixée à la carène du bâtiment ennemi au moyen d'une tarière manœuvrée également de l'intérieur, et elle faisait explosion, au bout d'un temps déterminé, sous l'action d'un mécanisme d'horlogerie. Bushnell essaya à diverses reprises, pendant la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis, de détruire avec son appareil des bâtiments anglais. Il s'attaqua ainsi, en 1777, au Cerberus, mais il ne réussit qu'à faire sauter une petite goélette mouillée à l'avant de la frégate. Robert Fulton reprit, quelques années plus tard, les essais de Bushnell et, en 1797, il vint proposer en France, en même temps qu'un nouveau bateau plongeur, le Nautilns, une mine explosive sous-marine, qu'il avait baptisée du nom de torpédo ou torpille. Econduit, après quelques hésitations, par Bonaparte, il se rendit, en 1803, en Angleterre, sous le pseudonyme de Francis. Il n'y fut pas plus heureux que chez nous et, de retour en Amérique à la fin de 1806, ne parvint pas davantage à convaincre ses compatriotes. Pourtant ses expériences, qu'il avait menées de front avec celles de son bateau à vapeur, avaient été couronnées d'un plein succès. En 1801 , dans le goulet de Brest, il avait, avec une boîte de 80 livres de poudre mouillée au moyen d'un grappin et soutenue entre deux eaux par un flotteur, fait sauter une chaloupe. En 1805, à Deal, en Angleterre, un brick de 200 tonneaux, la Dorothée, avait été brisé et coulé par l'explosion d'une de ses torpilles reposant sur le fond et chargée de 180 livres de poudre ; la mise à feu s'était produite au bout du temps exactement prévu, un quart d'heure, sous l'action d'un percuteur à mouvement d'horlogerie. Enfin, de 1807 à 1810, il avait, à New York, renouvelé, avec un égal succès, des expériences analogues, Gillot, de Montgéry, Samuel Coït, Du Moncel, Emmanuel Nobel, Werner Siemens, Himly furent ses continuateurs. Les uns et les autres participèrent, dans des mesures diverses, à faire de la torpille un engin vraiment pratique, et ce résultat, atteint aux environs de 1840, coïncida avec l'invention des lignes télégraphiques sous-marines. Seule, en effet, l'électricité devait permettre de déterminer l'explosion à distance dans des conditions suffisamment faciles et précises. Toutes les marines se hâtèrent, d'ailleurs, d'adopter la torpille. En 1855, les Russes l'employèrent pour défendre contre les flottes anglaise et française leurs ports de la Baltique et de la mer Noire, et plusieurs bâtiments anglais, violemment secoués par des explosions sous-marines, ne durent leur salut qu'à l'insuffisance des charges de poudre employées. En 1859, les Autrichiens la firent servir, dans les mêmes conditions, à la protection de Venise. Durant la guerre américaine de Sécession (1861-65), les confédérés, qui avaient à lutter contre une marine de beaucoup supérieure à la leur, organisèrent, sous les ordres de l'officier de marine Maury, un service complet de défense de leurs côtes et de leurs rivières au moyen de torpilles de barrage, les unes dormantes, les autres mouillées, d'autres enfin dérivantes. Dans l'espace de deux années, elles coulèrent plus de vingt bâtiments de la marine fédérale, dont sept cuirassés, en même temps que les « davids », sortes de petites chaloupes en forme de cigare, tentaient, sans grand succès, il est vrai, d'en porter jusqu'en pleine mer, aux flancs des frégates. Pendant la guerre du Brésil et du Paraguay, qui suivit de très près, un

r.RANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXXI.

grand cuirassé brésilien, le Rio de Janeiro, rencontré simultanément par deux torpilles dérivantes paraguayennes, disparut en quelques instants avec tout son équipage. La torpille avait fait ses preuves comme arme de défense. Il restait à l'utiliser efficacement comme arme d'attaque, ce à quoi les « davids » n'étaient pas parvenus. Whitehead, le directeur de l'usine de Fiume, fit le premier pas. En 1868, il présenta aux différentes puissances européennes une torpille automobile, qui, sous l'action d'un petit moteur à air comprimé, continuait sa marche sous l'eau dans la direction où on l'avait lancé. Puis Thornycroft, un constructeur anglais, créa, en 1872, le torpilleur (V. ce mot), en réalisant sur une petite vedette porte- torpilles, de 4 tonnes environ de déplacement, une vitesse de plus de 16 nœuds. Il n'y a plus eu dès lorsque des perfectionnements, mais ils ont été nombreux, et, tour à tour améliorée dans sa forme, dans sa charge, dans son mode de lancement ou de propulsion, dans son mécanisme de détonation, la torpille a continué de se révéler, chaque fois que l'occasion s'est présentée de l'éprouver, comme un engin de destruction terrible, qui a révolutionné profondément la tactique navale. Si, en effet, elle ne joua qu'un rôle très effacé dans les divers épisodes maritimes du conflit anglo-péruvien de 1877 et de la guerre turco-russe, elle eut, par contre, une large part dans deux des plus brillants faits d'armes de la guerre du Tonkin : le combat de la rivière Min (23 aotit 1884) et l'attaque de Shei- Poo (janv. 1885). Pendant la guerre du Chili (1891), une torpille lancée par le tube d'étrave du contre-torpilleur Lynch coula, en trois minutes, le cuirassé insurgé Bianco- Encalada. Le cuirassé Aquidaban eut, pendant la guerre du Brésil, un sort identique : la torpille, envoyée par un torpilleur de haute mer, l'avait traversé de part en part, lui faisant à bâbord une énorme brèche de 3'^, 50 sur 4*", 50, et à tribord un trou de 70 centim. Enfin, pendant la guerre sino-japonaise (1895), les lignes de torpilles établies par les Chinois dans les passes de Port- Arthur tinrent la flotte japonaise en respect, et, à la bataille de Weï-haï-Weï, le Ting-Yuen et deux autres navires chinois furent coulés par les torpilles des torpilleurs japonais. Il y a aujourd'hui des tubes lance-torpilles, non seulement sur les torpilleurs et les sous-marins, mais aussi sur tous les cuirassés et tous les croiseurs.

Généralités. — Lorsqu'une torpille fait explosion, il se produit dans la masse d'eau qui l'environne, du fait de l'expansion des gaz, un brusque refoulement suivi d'un choc d'une extrême violence, qui détermine, à son tour, une onde de refoulement susceptible de briser, dans les limites d'un certain rayon, tous les obstacles qu'elle rencontre. La puissance destructive est plus considérable encore si l'explosion se produit au contact même de la carène d'un navire, car celle-ci subit alors directement la poussée qui résulte de l'explosion, et l'eau environnante agissant comme bourrage, les effets doivent être d'autant plus terribles que ce bourrage est plus résistant : il faut conséquemment que le contact ait lieu à la plus grande profondeur possible. L'explosion se manifeste tout d'abord, à la surface de l'eau, par un gonflement. Puis les gaz se frayent un passage en un point du boursouflement ainsi formé et crèvent la surface en projetant une énorme masse d'eau, la gerbe.

Les torpilles se chargeaient autrefois avec de la poudre ordinaire à grains fins, de beaucoup préférable, pour cet usage, à la poudre à gros grains. On n'emploie plus guère, de nos jours, que le fulmi-coton, dont la puissance explosive est quatre à cinq fois plus grande que celle de la poudre ordinaire. Certaines marines utilisent aussi, concurremment avec le fulmi-coton, la gélatine explosive, que l'on obtient en dissolvant 10 ^/o de coton-poudre dans 85% de nitro-glycérine avec addition de 5% de camphre. Les expériences qui ont été faites sur de vieilles coques condamnées en vue de déterminer les charges de poudre ordinaire et de fulmi-coton nécessaires pour que la tor-

TORPILLE

pille soit réellement dangereuse ont donné les résultats suivants. Si l'explosion doit se faire au contact de la carène et à 2'^,50 au moins au-dessous de la surface deTeau, il faut 10 kilogr. de fulmi-coton ou 25 kilogr. de poudre. A 4 m. de la carène, il faut, pour produire le même effet, 15 kilogr. au moins de fulmi-coton. Pour les torpilles de fond, on a recherché quelles sont les charges qui, aux différentes profondeurs d'immersion, déterminent à la surface une zone dangereuse de 7^^,50 de rayon. On a trouvé :

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d'immersion

Poudre noire

Fulmi-coton

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