TORTOSE — TORTURE
de la Rapita, réuni à Tortose par un canal, ne peut donner accès qu'à de petites embarcations, faute d'entretien. Aussi Tortose n'est-elle que l'ombre de ce qu'elle fut au temps des Arabes. J.-G. K.
TORTOSE (arabe Tartotis). L'antique Antaradus est aujourd'hui un bourg musulman sur la côte de Syrie, en face de l'île de Ruad (Aradus) (V. Aradus). Ce point prit quelque importance après la chute de Marathus (Amrit) et le déclin de Carné (Qrenan). Constance l'ayant embellie en 346, la ville prit, un temps, le nom de Constantia. Son nom de Tortose date du temps des croisades, pendant lesquelles elle joua un rôle important. Cette ville épiscopale du comté de Tripoli fut cédée avant 1464 aux Templiers qui y déposèrent leur trésor et leurs archives. Ils construisirent un magnifique donjon à double enceinte, adossé à la mer, et dont il reste encore de belles ruines. La ville s'étendait autour, protégée
par une simple muraille : aujourd'hui la majeure partie de cet emplacement est occupée par de luxuriants jardins, à l'entrée desquels se dresse une charmante église de l'art gothique le plus pur (xn® siècle), convertie depuis un quart de siècle en mosquée. C'est l'ancienne église de Notre-Dame de Tortose, un des pèlerinages les plus célèbres au moyen âge et que Join ville voulut visiter.
La ville fut prise en 4488 par Saladin, mais le donjon résista. En 4291, Tortose, dernière place forte qui restait aux chrétiens en Syrie, tomba aux mains des musulmans. L'image de Notre-Dame fut transportée en Chypre, à Nicosie, dans un monastère qui prit le nom de Notre-Dame de Tortose. René Dussaud.
BiBL. : E.-G. Rey, Etude sur les monuments de l'architecture militaire des Croisés en Syrie et à Chypre; Paris,
TO RTR I X. Genre de Serpents colubriformes de la famille des Tortricidce. — Ce sont des animaux de faible taille, au corps cylindrique, à tête petite, à peine distincte du tronc, à queue courte et conique, les dents sont pointues, un peu comprimées, elles sont situées sur les deux mâchoires, les palatms et une partie des ptérygoïdiens internes. Le Tortrix scytalé ou Rouleau est la seule forme du genre, elle atteint 1 m. de long; le corps est d'un noir luisant, annelé de rouge vif, le museau et l'extrémité de la queue sont rouges réticulés de noir, les plaques fronto-nasales sont excessivement développées, et les écailles du tronc forment vingt et une rangées longitudinales. Cette forme est commune à la Guyane ; elle fait ses petits vivants, elle se nourrit principalement de petits batraciens vermiformes. Lente dans ses mouvements, elle s'éloigne peu de son habitation placée entre les racines des vieux arbres. Rocher.
BiBL. : Sauvage, dans Brehm, éd. franc.
TORTUE. I. Zoologie et Paléontologie (V. Chélonïens).
II. Art culinaire. — On fait avec la chair de la tortue un potage qui est le mets national des Anglais et des Américains. En France, on en consomme peu, en raison de sa cherté ; ce que l'on sert le plus souvent sous le nom de potage à la tortue est préparé avec de la tête de veau, des blancs de volaille, des boulettes de jaunes d'œufs et diflférents assaisonnements, tels que sel, poivre, bouquet garni, oignon, truffes, etc.
m. Archéologie militaire. — Le nom de tortue {testudo) était principalement donné, dans l'armée romaine,
une formation dont faisaient usage les fantassins pour
Double muraille du donjon, à Tortose (d'après Eey).
l'escalade des murs d'une ville assiégée. Un bas-relief de la colonne Antonine, reproduit ci-dessous, nous en a conservé une représentation. Les soldats s'avançaient, serrés les uns contre les autres, jusqu'au pied du mur, leurs boucliers élevés au-dessus de la tête et des épaules, de façon à se recouvrir par les bords et à constituer par leur réunion, une sorte de carapace de tortue, de toit, sur lequel les projectiles lancés d'en haut glissaient sans les blesser. Fréquemment, deux rangs étaient formés, le premier debout, le second à genoux. La pente était ainsi plus douce, et d'autres soldats montaient sur la tortue comme sur un tremplin pour escalader la muraille. Le même nom était donné par les Romains, concurremment avec celui de vi~ nea, à une sorte de hangar en charpente, qui était porté à dos d'hommes ou poussé sur roulettes et qui servait également à s'approcher des murailles. Fréquemment cette machine donnait abri à un bélier et aux hommes
Tortue, d'après un bas-relief de la colonne Antonine.
qui le manceuvraient (tortue bélier e) (V. Bélier, t. VI, p. 30).
TORTU E (Re de la). Au N.-O. d'Haïti (V. ce mot) dont elle dépend, 500 kil. q. C'est un ovale allongé de l'O.- N.-O. à l'E.-S.-E., rocher presque inabordable, hanté de nuées d'oiseaux, riche en guano et phosphate de chaux, avec des pentes couvertes d'une végétation tropicale. Au S. est le petit port de Basse-Terre. L'Ile de la Tortue a été rendue fameuse au commencement du xyii® siècle comme lieu de rendez-vous et refuge des boucaniers et des flibustiers (V. ce mot, t. XVII, p. 614). On y trafiquait des peaux d'animaux tués à la chasse, et l'on y récoltait un tabac renommé. L'établissement des boucaniers français de l'île de la Tortue fut le point de départ de la conquête française de Saint-Domingue. Plus tard, on y interna les lépreux. A une époque récente, les Etats-Unis ont songé à un dépôt de charbon et une station navale. Ch. Del.
TORTU GA. Ile de la mer des Antilles dépendant du Venezuela, à 85 kil. du continent, 220 kil. q. Au N.-O. les îlots des Tortuguillos.
TORTURE. La torture, dans le sens rigoureux du mot, est le tourment auquel la justice soumet, soit les accusés pour en tirer des aveux, soit les condamnés avant l'expiation suprême, afin de leur arracher la dénonciation de leurs complices ; puis on a étendu le nom aux souffrances des suppliciés et même, dans un sens figuré, aux angoisses morales qui deviennent elles-mêmes un vrai supplice.