TORTURE — TORY
avait pour instruments deux cylindres de fer, nos tourmenteurs assujettissaient les jambes de leurs sujets entre deux planchettes de chêne, puis les rapprochaient en les entourant de cordes ; dans l'intervalle étroit laissé libre par ces cordes entre les planchettes du milieu, le bourreau faisait, à grands coups de marteau, pénétrer, par en haut du côté du genou, par en bas du côté des pieds, des coins de bois dont le nombre dépassait huit dans la ques-
Epreuve des brodequins.
tion extraordinaire. Ce fut celle que subit Urbain Grandier sous les yeux de Laubardemont, pendant que le capucin Tranquille et le récollet Lactance, admis illégalement à cette scène qui aurait dû se passer sans témoins, criaient, l'un au bourreau: «Cogne, cogne, cogne», et que l'autre hurlait à l'accusé : Dicas, Diras ! Parle, parle ! Euxmêmes prirent le maillot pour frapper sur les coins supplémentaires. Lorsqu'au bout de trois quarts d'heure l'appareil de torture fut enlevé, les jambes étaient informes, la moelle sortait des os brisés ; plusieurs évanouissements avaient fait craindre qu'Urbain Grandier n'arrivât point vivant au bûcher. A de tels tourments, l'on n'exposait que les condamnés à mort, car il était impossible d'y survivre. Comme il s'agissait d'une accusation de magie, on lui avait rasé tout le corps pour chercher si quelque place ne portait pas la marque du démon ; ce fut seulement sur le refus du médecin que les sourcils et les ongles ne furent pas arrachés. Les atrocités que nous reprochons aux Chinois avaient ici l'orthodoxie pour prétexte. Aussi injustement et aussi impitoyablement fut « navré » à une autre date (1409) Jean de Montaigu qui, sur son échafaud dressé aux Halles, montrait ses mains disloquées, son bas-ventre déchiré, et protestait que la violence des tourments avait pu seule lui arracher des aveux.
Le jour où la voix des philosophes et des publicistes fut écoutée, la torture apparut enfin comme une iniquité révoltante ; Montesquieu, Beccaria préparèrent les voies ; Voltaire qui félicitait Catherine d'avoir, à l'exemple des Anglais, aboli la torture, ne trouvait qu'une explication à son maintien en France : « Cet affreux usage subsiste encore, parce qu'il est établi ». Louis XVI allait enfin, par la déclaration du 24 août 1780, abolir la question préparatoire, puis, par celle du l®*" mai 1788, supprimer la torture. — Quant aux supplices, il nous suffit de renvoyer à l'art. Peine, et aux articles spéciaux où il est traité de chacun d'eux : Fourches patibulaires, Guillotine, Potence, etc. Marcel Charlot.
TORUS (P>ot.). Synonyme de réceptacle (V. Fleur).
TORYILLIERS. Com. du dép. de l'Aube, arr. et cant. (2^) de Troyes ; 379 hab. Stat. du chem. de fer de l'E.
TORXÉ. Com. du dép. de la Charente-Inférieure, arr. de Saint-Jean-d'Angély, cant. de Tonnay-Boutonne ; 422 hab.
TORY et WH I G. Nom des deux grands partis historiques de l'Angleterre parlementaire. Les tories ont été, à l'ori gine, les partisans des Stuarts et de l'Eglise épiscopale anglicane, les whigs les défenseurs des libertés parlementaires et des dissidents protestants. L'origine de ces surnoms remonte au milieu du xvii® siècle ; leur étymologie précise est d'ailleurs contestée : c'étaient des sobriquets que se renvoyaient les partisans de la cour et ceux du Parlement sous le règne de Charles IL Originairement, on nommait ^on^5 les bandes papistes qui, vers 1652, après la soumission de l'Irlande par Cromwell, dévastaient le pays sous prétexte de faire triompher la royauté ; l'origine du nom de whig paraît plus certaine : c'est un diminutif de Whiggamore (surnom des paysans de l'Ouest écossais, à cause d'un aiguillon employé pour les chevaux) ; le soulèvement d'Edimbourg, en 1648, fut appelé le Whiggamore raid, et le surnom de whig resta aux plus ardents covenantaires écossais. Vers 1680, les noms de whigs et de tories désignèrent les deux partis qui bataillaient au sujet de l'exclusion du duc d'York (Jacques II) de la succession au trône ; d'une manière générale, le nom de tories désigna le parti de la cour et de l'obéissance passive, et celui de whigs le parti défendant les libertés de la nation. Après l'arrivée de Guillaume d'Orange en 1688 et surtout, depuis l'accession de la maison de Hanovre au trône en 1714, les whigs prirent le dessus pendant les gouvernements de Georges P^ et Georges II, dans le ministère comme au Parlement. Une modification complète se produisit alors dans la position des deux partis : les tories voyant l'impossibihté du retour des Stuarts et de la dynastie déchue se rallièrent autour de la dynastie nouvelle, de l'église épiscopale et des principes conservateurs ; on donna alors le surnom de high-tories aux plus ardents adversaires de tout changement ; quant aux whigs, ils se déclarèrent partisans du progrès, de l'émancipation des dissidents, des catholiques et des juifs, ainsi que du libre développement des institutions.
Ainsi, dès que le gouvernement parlementaire s'établit réellement en Angleterre, les appellations de tories et de w^higs ont pris le sens qu'elles ont à peu près aujourd'hui (conservateurs et libéraux). Guillaume lïl, en 1696, forma le premier ministère vraiment parlementaire en recourant exclusivement aux whigs. Mais il ne continua pas ce procédé, et ses ministères suivants furent composés comme par le passé d'hommes qui différaient d'opinions sur les diverses questions politiques. En 1710, Anne constitua un ministère entièrement tory. Avec la maison de Hanovre, l'habitude s'établit de former des ministères à l'aide d'hommes ayant la même ligne politique et combattant sous le même drapeau. Depuis 1782, les ministères tories et whigs se succédèrent presque régulièrement; plus récemment, les réformes politiques et les nouvelles formations des partis (radicaiix, home-rulers, etc.), ainsi que l'amoindrissement de l'influence de l'aristocratie qui cessa de posséder seule le pouvoir politique, ont donné aux dénominations de tories et whigs leur sens moderne. A peu près à l'avènement de la reine Victoria, l'usage du mot conservateur s'introduisit pour la première fois, et de nos jours les deux partis qui exercent alternativement le pouvoir s'appellent conservateurs et Hbéraux plutôt que tories et whigs.
Depuis George IH (1796) jusqu'en 1901, il y a eu 18 ministères tories ou conservateurs; 16 ministères whigs ou libéraux, 1 ministère de coalition (whigs et tories) et 2 ministères basés sur la coalition des conservateurs et des libéraux unionistes (V. Angleterre, § Histoire, Parlementarisme, p. 1144, Charles II, p. 693, et les art. consacrés aux rois de Grande-Bretagne, Jacques II, Guillaume II, Anne, George I^i-, II, IH ; Guillaume IV et VicTORLL, V. aussi les art. consacrés aux
Lettre lleurie de Tory.
principaux parlementaires Put, Peel, Beaconsfield, Gladstone, etc.
BiBL. : Rapin, Dissertation sur les whigs et les tories ; La Haye, 1717. — A. Todd, le Gouvernement parlementaire en Angleterre ; Paris, 1900, 2 vol. m-12. — Kebbel, History of torysm from the accession ofMr. Pitt to Beaconsfiêld; Londres, 1885.
TORY (Geoffroy), imprimeur, graveur et auteur français, né à Bourges vers 1480, mort à Paris en 1533. U
étudia à l'Université deBourges.il fit deux voyages en Italie, vers 4505 et en 4516. Il fut professeur dans les collèges de l'Université de Paris. Il devint libraire (vers 4548), et François P^' le nomma imprimeur du roi (4530). II édita et annota Pomponius Mêla (4508), la Cosmographie de Pie II (4509), un traité ascétique, De Passione Dominica du Gantois Guillaume De Ricke ou Dives, son ancien professeur à l'Université de Bourges (4509), Bérose (4 540), Valerius Probus (4540), Quintilien (4540); les premières œuvres poétiques de Marot, r Adolescence Clémentine (4532), des traductions françaises de Cébès (4529), Xénophon (4534), Eusèbe (4532), Plutarque (4532), Lucien (4533), Diodore de Sicile (4535) ; des plaquettes de circonstance, telles que V Entrée de la royne en sa ville et cité de Paris (V. fig. à Tart. Bibliographie, t. VI, p. 649)» les Ordonnances du roi (4532), etc. Le premier livre publié par Geofroy Tory fut son propre ouvrage : Champfleury (Paris, 4529, gr. in-8, réédité en 4549), traité de calligraphie. Tory proposa la création des signes orthographiques : apostrophe (point crochu), cédille pour distinguer le c solide du c exile , etc. Tory était enlumineur de manuscrits avant de devenir graveur. Il avait adopté comme devise le mot civis, citoyen (de Bourges). Il signait souvent ses gravures de la croix dite de Lorraine. Sa marque de libraire, l'une des plus célèbres de la Renaissance, était le pot cassé,* traversé d'un toret (sorte d'instrument de graveur) et placé sur le livre symbolique du destin, enchaîné à trois cadenas, figurant les trois Parques, avec la devise non plus. Tory commença à l'adopter après la mort de sa fille (1523). Il fit lui-même les planches de son Champfleury, celles des Heures publiées par Simon de Colines (1525, 4527, 4529, 4531, etc.), les lettres fleuries, genre criblé, employées par Robert Estienne, et probablement aussi les caractères d'imprimerie, romain et italique, des Estienne.
E.-D. Grand.
BiBL. : A. Bernard, Geoffroy Tory^ peintre et graveur^ premier imprimeur royale réformateur de l'orthographe et de la typographie sous François /" ; Paris, 1865, in-8, 2«écl. — II. Bouchot, le Livre^ l'Illustration^ la Reliure; Paris, 1886, pp. 121-32, in-8.
TORYNE. Ancienne ville de Turquie (V. Parga).
TOSAS (Col de) (V. Pyrénées, t. XXVII, p. 4046).
TOSCAN (Archit.). L'ordre toscan n'est autre qu'une variété archaïque de l'ordre dorique romain, variété dépourvue de triglyphes et augmentée d'une base des plus
GRANDE EN lYCLOPÉDTE. XXXI.
Marque de librairie de ïury ,