TORY — TOSCANE
simples. Cet ordre toscan doit de figurer à côté des trois autres grands ordres d'architecture, le dorique, l'ionique et le corinthien, à la description que nous a laissée Vitruve {Traité d'architecture y 1. IV, ch. vu) de la colonne de son temple toscan. Vitruve, en effet, a pu faire cette description d'après quelques temples de ce genre qui existaient encore à Rome de son temps ; mais il a pu aussi l'emprunter à un traité particulier sur l'ordre toscan, écrit à Rome, où cet ordre avait été importé d'Etrurie, probablement à l'époque des rois; car Vitruve dit, dans l'introduction de son ouvrage, qu'il y a réuni les principes épars dans tous ceux de ses prédécesseurs. Au reste, Pline l'Ancien (Hist. nat., 1. XXXVI, ch. xxiii), résumant probablement les notions données par Vitruve, reconnaît aussi quatre genres de colonnes et, parmi elles, la colonne toscane, dont la hauteur est de 7 diamètres. Cet ordre toscan, en usage dans l'antiquité romaine, fut surtout appliqué aux temples et aux autres édifices décorés de cohmnes espacées et reliées à leur partie supérieure par une architrave faite de pièces de bois, architrave supportant un petit mur de maçonnerie sur lequel reposaient les mutules, la corniche et le fronton, ces derniers faits le plus souvent de bois ; mode de construction mixte (pierre et bois) qui se perpétua longtemps à Rome puisque Tacite {Hist., 1. III, ch. Lxxi), décrivant l'incendie du temple de Jupiter Capitolin, sous Vitellius, l'attribue au feu dévorant les maisons voisines, et qui aurait gagné le vieux bois entrant dans la composition du fronton de ce temple. — Les architectes de la Renaissance ont tous, d'après Vitruve, fait place à Tordre toscan dans leurs traités des ordres d'architecture (V. t. XXV, p. 512, fig. 42, un ensemble de l'ordre toscan, piédestal, colonne avec base et chapiteau, et entablement, d'après le Parallèle des cinq ordres, de Vignole). Ch. Lucas.
TOSCANE (lat. Tuscia). I. Géographie. — Région [compartimento) d'Italie qui comprend à peu près la région historique de l'ancienne Etrurie et du grand-duché de Toscane, c.-à-d. entre l'Apennin toscan et la mer, les bassins du Serchio, de l'Arno et de l'Ombrone, avec les hautes vallées orientales de l'Apennin toscan et les sources du Tibre. Elle est divisée en huit provinces ; on trouvera dans l'art. Italie la description générale de ces contrées, notamment pp. 4036 et suiv. et p. 4047; et des détails au nom de chacune des provinces : Aî^ezxo, Horence, Grosseto, Liuourne, Lucques, Massa et Carrare, Pise, Sienne.
Dans son ensemble, la Toscane a 24.404 kil. q." peuplés, à fin 4896, de 2.347.796 hab. Son importance est capitale dans l'histoire italienne et dans l'histoire de l'art (V. Italie, Florence, Pise, Sienne, etc.).
II. Histoire. — Les provinces qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Toscane apparaissent dans l'histoire sous celui de Tuscie ou d'Etrurie (V. ce mot). Soumises d'abord à la domination des Etrusques, puis à celle des Romains, elles furent occupées, après la chute de l'Empire d'Occident (470), par les Ostrogoths, les Grecs, et enfin les Lombards qui les divisèrent en duchés (Lucques, Florence, Chiusi). Après 774, date de leur réunion à l'empire franc, elle formèrent un margraviat dont les possesseurs portèrent également le titre de ducs, et étabfirent leur résidence à Lucques. Après plusieurs changements de dynastie, la maison de Canossa finit par y établir sa souveraineté (4030), et son chef, Boniface II, en même temps comte de Modone, Reggio, Mantoue et Ferrare, devint un des plus riches et plus puissants princes de l'Italie. Il eut pour successeurs sa femme Béatrix, morte en 4076, puis sa fille Mathilde, dont Théritage (1445), convoité par les papes et les empereurs, amena entre eux une lutte qui ne devait se terminer que par le concordat de 4279. Les principales cités, Florence, Sienne, Pise et Lucques, avaient profité de cette période de troubles pour conquérir leur indépendance. Florence ne tarda pas à exercer sur les autres une telle suprématie que l'histoire de la Toscane se confond
TOSCANE — TOSSIAT
pendant quatre siècles avec celle de cette ville (V. Florence). Elle s'en distingua de nouveau quand Cosme P^ de Médicis eut requis, en 4569, le titre de grand-duc de Toscane. Ses successeurs François F^ (1574-87), Ferdinand pr (i587-1608), Cosme II (1608-21), Ferdinandll (1621-70), administrèrent leurs Etats avec sagesse, ordonnèrent de grands travaux publics et eurent des règnes prospères et tranquilles. La décadence commença avec Cosme III, dont le fils, dernier des Médicis, Jean-Gaston, mourut sans enfants en 1737. Le traité de Vienne (1738) avait attribué son héritage à François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, qui, de son côté, cédait ses Etats à Stanislas Leczinski. François ayant été appelé à l'Empire dès 1755 dut laisser la Toscane à son second fils, Léopold, dont les réformes assurèrent le développement matériel et moral du pays. Quand Léopold devint empereur (1790), son fils, Ferdinand III, qui lui succéda, entra, en 1793, dans la grande coalition contre la France, et s'en retira dès 1795 pour observer une neutralité qui n'empêcha pas Bonaparte d'occuper Livourne dès 1796 et les armées du Directoire de le déposséder entièrement en 1799. Le traité de Lunéville (1801) donna Salzbourg comme compensation à ce dernier, installa en Toscane, érigée en royaume d'Etrurie, l'infant Louis de Parme, de la maison de Bourbon, qui avait été dépouillé de ses Etats héréditaires. Le royaume d'Etrurie n'eut qu'une durée éphémère. Dès 1807, il était réuni à l'Empire français, divisé en trois départements {Méditerranée, ch.-l. Livourne; Arno, ch.-l. Florence ; Ombrone, ch.-l. Sienne) et formait un gouvernement pour Eli sa, sœur de Napoléon, qui prenait le titre de grande-duchesse de Toscane. Ferdinand III reprit possession de ses Etats en 1814. Après sa mort (1824), son fils, Léopold II, inaugura, sous l'influence de son ministre Fossombroni, un régime libéral qui contrastait avec Tabsolutisme en honneur dans le reste de l'Italie, ordonna de grands travaux pubUcs, fit dessécher les Maremmes et élargir le port de Livourne, favorisa les hautes études et annexa, en 1847, le duché de Lucques, dont le congrès de Vienne lui avait accordé l'expectative. Sa popularité ne le mit pas à l'abri delà Révolution de 1848. Malgré l'octroi d'une constitution libérale (17 JTévr. 1848) et la réunion des Chambres (26 juin), le parti avancé se souleva à Livourne, sous la direction de Guerrazzi (août), et, après d'inutiles concessions, le grand-duc s'enfuit à Gaëte (janv. 1849). Un gouvernement provisoire, constitué le 8 févr. , proclama la Képublique (15 févr.), mais presque immédiatement après, un mouvement de réaction général, secondé par une intervention autrichienne, rouvrit à Léopold II l'accès de ses Etats. Il usa de sa victoire avec modération, mais maintint jusqu'en 1855 des troupes autrichiennes dans son duché. Ayant refusé de s'allier avec la Sardaigne en 1859, il vit éclater à Florence une insurrection qui le força à s'enfuir, et dont il tenta vainement de prévenir les effets en abdiquant en faveur de son fils Ferdinand IV. Une assemblée nationale proclama le 10 août sa déchéance, ainsi que la réunion de la Toscane à l'Italie. Le plébiscite de mars 1860 donna une consécration officielle à cette décision et mit fin à l'existence de la Toscane indépendante.
BiBL. : V. Reumont, Geschichte Toscanas seit dem Ende des florentinischen Freistaats; Gotha, 1876, 2 vol. — ZoBi, Storia civile délia, Toscana, dal 1131-18^8; 1850-52, 5 vol.
TOSCANELLA. Ville d'Italie, prov. de Rome, à 18 kil. 0. de Viterbe; 5.000 hab. Eaux sulfureuses, carrières de tuf et de pouzzolane, église Sainte-Marie-Majeure (ix^s.); ruines de la ville étrusque et romaine de Tuscana.
TOSCAN ELLl del Pozzo (Paolo), surnommé Paul le Physicien^ astronome et médecin italien, né à Florence en 1897, mort à Florence le 15 mai 1482. Il exerça d'abord la médecine à Florence, puis devint conservateur de la célèbre bibliothèque fondée dans cette ville par Niecolo Niccoli (V. ce nom). Il avait acquis, par la lecture des relations de voyage de Marco Polo et par la fréquentation de nombreux marchands ayant visité l'extrême
Orient, une connaissance très grande des choses de ces contrées. Il se persuada ainsi qu'il y avait, par l'Ouest, une route beaucoup plus courte que celle du cap de Bonne- Espérance pour aller aux Indes, écrivit à ce sujet au roi de Portugal, Alphonse V, en 1474, quelques années après, à Christophe Colomb, et, à l'appui de son opinion, dressa une carte de l'ensemble de la terre qu'il leur communiqua et où la nouvelle route se trouvait tracée. Les affirmations pesèrent certainement d'un grand poids sur la décision de l'illustre navigateur génois qui emporta, en 1492, la carte en question lors de son premier voyage, et Toscanelli se trouve par suile avoir eu, quoique indirectement, une part importante dans la découverte de l'Amérique (V. Colombo [Cristoforo], t. XI, p. 1040). 11 a rendu, en outre, d'incontestables services à l'astronomie en étabhssant, em 1468, sur le Dôme, un gnomon et en faisant usage de cette méridienne, tant pour corriger les tables alphonsines que pour déterminer les variations de l'éclip tique, les points solsticiaux, etc. L. S.
BiBL. : A. VON HuMBOLDT, Exameu critique de l'histoire de la géographie du nouveau continent ; Paris, 1834-35. — Gelgich, Toscanelli in der allern und neuern Colu'mbus Litteratur, dans les Mitteilungen der geogvaphischen Gesellschaft in Wien^ 1893. — Uzielli, La vita e i tempi dl Paolo dal Pozzo Toscanelli; Florence, 1894. — V. aussi les divers ouvrages cités dans la bibliographie de l'art. Colombo (Cristoioro).
TOSCHI (Marquis de) (V. Fagnano dei Fagnani).
TOSCHI (Paolo), graveur italien, né à Parme le 7 juin 1788, mort à Parme le 30 juil. 1854. Venu en 4809 à Paris, il fut élève deBervic. En 1819, il revint à Parme, od il ouvrit une école de gravure et devint directeur de l'Académie des beaux-arts. On cite, au nombre de ses meilleurs ouvrages : l'Entrée de Henri IV à Paris (d'après Gérard) ; le Spasimo, d'après Raphaël; la Sainte Famille^ d'après le Corrège ; Vénus et Adonis, d'après l'Albane, etc. G. C.
TOSKES (Ethnogr.) (V. Albi^nie, t. I, p. 1134).
TOSNY. Com. du dép. de l'Eure, arr. de Louviers, cant. deGaillon; %% hab.
TOSSAFISTES. Descendants et disciples de Raschi (V. ce nom) qui fleurirent dans le N. de la France pendant deux siècles. Leur nom vient de ce que, dans leur vénération pour Raschi, ils appellent leurs interprétations des tossafôth, c.-à-d. des additions complémentaires. Les tossafistes sont des glossateurs qui s'appliquent à éclaircir les points et les passages difficiles du Talmud. Ils se distinguent par d'étonnantes qualités de pénétration, de subtilité, d'érudition et de rigueur qui les ont placés au premier rang des autorités doctrinales. On évalue à environ 150 le nombre de ces rabbins. Les premiers tossafistes sont Méir ben Samuel et Juda ben Nathan, gendres de Raschi. Les plus remarquables sont Pi. Samuel ben Méir, dit Raschbam (1085-1158), petit-fils de Raschi, qui compléta le commentaire de son grand-père et composa aussi un commentaire sur le Pentateuque et les cinq rouleaux. Son interprétation est simple, naturelle, quelquefois hardie. Son père Jacob b. Méir, dit Rabbénou Tayn (1100- 71), fut la première autorité rabbinique de son temps. Il excelle à découvrir les contradictions et à les concilier. Il est l'auteur aussi des Hakraôth (les Décisions) et du Séfer /la^/asc/iar (Livre des justes). Nous signalerons encore Isaac b. Méir, autre petit-fils de Raschi ; Eliézerb. Nathan, dit Rabên, auteur du Tsofnath Panéach (la Révélation des secrets) ; Isaac b. Ascher ha-Lévy, dit Riba; Isaac b. Samuel de Dampierre, dit Ri ; Isaac b. Abraham de Ramerupt, dit Ritzba; Simson b, Abraham de Sens, auteur des tossafôth de Sens ; Moïse d'Evreux, auteur des tossafôbh d'Evreux ; Eliézer de Touques, auteur des tossafôth de Touques, etc. Louis-Germain Lévy.
TOSSE. Com. du dép. des Landes, arr. de Dax, cant. de Soustons ; 966 hab.
TOSSIAT. Com. du dép. de l'Ain, arr.de Bourg, cant. de Pont-d'Ain ; 630 hab.
TOSTAT ~ TOTEM
TOSTAT. Com. du dép. des Hautes-Pyrénées, arr. de Tarbes, cant. de Rabastens; 393 hab.
TO SI ES. Com. du dép. de VEure, arr. de Louviers, cant. de Pont-de-l' Arche ; 188 hab. Stat. du chem. de fer de l'Ouest.
TOSTI (Luigi), historien italien, né à Naples en 1811, mort à Montecassino le 24 sept. 1897. De noble famille napolitaine, il revêtit à Rome l'habit de Saint-Benoît ; et, en 1834, lecteur de théologie et d'histoire à Montecassino, il étudia les documents de la bibliothèque et des archives du célèbre monastère. Deux fois seulement, il fut mêlé à la politique : en 1848, lorsque Pie IX se servit de lui dans des circonstances très difficiles, mais en vain, pour ramener le roi de Naples à des idées plus libérales ; et dans les dernières années de sa vie où il fut l'intermédiaire entre le Quirinal et le Vatican pour tâcher d'arriver à la conciliation. Il écrivit beaucoup. On pourrait le placer parmi les littérateurs qui ont écrit sur l'histoire plutôt que parmi les vrais historiens, car parfois la vraie méthode critique lui fait défaut. On lui doit entre autres : la Storia di Bonifazio VIIÏ e de' suoi tempi; la Contessa Matilde di romani Ponte flci; la Storia délia Lega lombarda; la Storia del concilio di Costanza; I Prolegomeni alla storia universale délia Chiesa; la Storia d'Abelardo e dei suoi tempi ; la Storia délia Badia de Montecassino ; la Storia dello Scismo greco; la Vita di San Benedetto, etc. E. Casanova.
BiBL. : Francesco d'OviDio, Il p. Luigi Tosti^ dans Rivista dltalia (1898), I, pp. 24 et suiv. — Ermene^ildo PiSTELLi, Il padre Tosti, dans Archivio storico itahano, série V, t. XXI, pp. 241 et suiv. — Giuseppe Rondoni, Il padre Luigi Tosti^ dans Rassegna Nazionale^ 1"" oct, 1898, pp. 478 et suiv. —■ Carlo Cipolla II p. Luigi Tosti e le sue relazioni col Piemonte^ dans Atti délia R. Aca~ demia délie scicnze di Torino, vol. XXXVI, séance du 25 nov. 1900.
TOSTI G, comte de Northumbrie, mort en 1066. Fils du comte Godwin, il épousa en 1051, Judith^ fille de Baudoin IV de Flandre. Créé comte de Northumbrie en 'l 055, il se distingua par une administration habile de son comté, l'un des plus sauvages d'Angleterre, où il établit, à force d'énergie, la sécurité et la prospérité. En 1061, il faisait un pèlerinage à Rome. Mais cette longue absence et les fréquents séjours qu'il faisait à la cour d'Angleterre finirent par indisposer contre lui ses administrés, qui se révoltèrent en 1065. Morcar et Edwin dirigèrent les rebelles et obtinrent le bannissement de Tostig qui se réfugia en Flandre. En 1066, appuyé par Harold et Guillaume, duc de Normandie, son cousin par alliance, il dirigea une expédition sur l'île de Wight, ravagea Lindesey. Mais battu par Morcar et Edwin, il dut passer en Ecosse et de là en Danemark. Tostig se joignit alors à l'expédition d'Harold Hardrada qui pénétra jusqu'à York, mais fut complètement battue par Harold d'Angleterre, près de Stamford Bridge, le 25 sept. 1066. Tostig périt sur le champ de bataille. R. S.
BiBL. : Freeman, Norman Conquest^ t. II et I II.
TOTAINVILLE. Com. du dép. des Vosges, arr. et cant. de Mirecourt; 236 hab. Stat. de chem. de fer.
TOTAL. Synonyme de somme (V. Différentielle).
TOTAN I OÉS (Ornith.). Famille d'Echassiers ayant pour type le genre Chevalier (N. ce mot), en latin Totanus, et que la plupart des ornithologistes considèrent comme une sous- famille des Scolopacidés qui ont pour type le genre Bécasse (V. ce mot et Scolopacidés).
TOTANUS (Ornith.) (V. Chevalier).
TOTEM. On désigne par le mot de totem une classe d'objets matériels, d'ordinaire une espèce animale ou végétale, que les membres d'un clan considèrent comme unie au groupe, dont ils font partie, par un lien magique ou religieux. Ce qui distingue le totem du fétiche, c'est, d'une part, son caractère collectif, son caractère d'être une classe d'êtres ou d'objets, qui s'oppose au caractère individuel du fétiche ; c'est, d'autre part, le fait que le fétiche ost redoutable et sacré pour ceux-là môme qui ne lui
rendent aucun culte, tandis que le totem en tant que totem n'est sacré que pour les membres du groupe qui est lié à hi par une sorte de pacte. L'animal ou la plante totem est pour chacun des membres du clan un parent au même titre que les hommes qui font partie de ce groupe et, comme tel, il est assujetti envers eux aux mêmes obligations auxquelles ils sont assujettis les uns envers les autres, et il est en droit d'attendre d'eux les mêmes services qu'il leur rend et d'exiger la même attitude amicale qu'il affecte envers eux. Cette amitié cordiale, qui unit l'homme et son totem, se teinte d'une sorte de vénération respectueuse et de crainte attendrie, en raison des pouvoirs supérieurs et parfois divins que les non-civilisés attribuent fréquemment aux animaux et aux plantes. Il arrive assez souvent qu'un véritable culte soit rendu au totem par les membres du clan et que des sacrifices, suivis de banquets rituels, soient accomplis où l'animal sacré est immolé à lui-même et où sa chair est rituellement consommée, mais ce n'est pas là un caractère constant des institutions totémiques. L'animal totem est parfois enterré avec les mêmes honneurs que les membres du clan, lorsqu'il périt accidentellement; lorsqu'il est sacrifié rituellement, il est souvent pleuré. Les animaux totems servent souvent de guides aux membres de leur clan ; très fréquemment ce sont des animaux augures. Il en est de même des totems individuels dont nous parlerons plus bas. Les membres d'un clan totémique portent d'ordinaire le nom de leur totem ; ils font remonter, en un grand nombre de cas, leur origine à un ancêtre thériomorphique ou phytomorphique, générateur à la fois des membres humains et des membres animaux ou végétaux du groupe. Pour ressembler davantage à leur totem et resserrer leur union avec lui, les membres du clan peignent ou tatouent souvent son image sur leurs corps, ou bien arrangent leur chevelure d'une manière particulière, ou pratiquent sur eux-mêmes diverses mutilations (extraction des incisives, etc.); ils se revêtent aussi assez fréquemment de la peau de l'animal sacré, en particulier, lors de la célébration des cérémonies rituelles, ou portent sur eux ses plumes ou toute autre partie de son corps (os, griffes, etc.). L'image du totem sert en quelque sorte d'armoiries au clan ; elle est peinte ou gravée sur les huttes, les canots, les armes, etc.; parfois, comme chez les Indiens Haidahs, auprès de chaque habitation un grand poteau est dressé tout couvert de figures totémiques.
En règle générale, il est interdit sévèrement aux membres d'un clan totémique de manger de la chair de leur totem, sauf au cours des cérémonies rituelles ; les mêmes interdictions existent pour les totems végétaux. Il est également interdit d'ordinaire de tuer l'animal totem, de le molester, de lui faire du mal, parfois aussi de le toucher ou même le voir ; si un clan a pour totem un arbre, il est défendu à ses membres de s'asseoira l'ombre de cet arbre ou de faire du feu avec son bois. Les hommes et les femmes, qui ont le même totem, ne peuvent avoir, en règle générale, aucune relation sexuelle les uns avec les autres ; il leur est surtout expressément interdit de s'unir par le mariage ; les coutumes des tribus de l'Australie centrale, récemment décrites par Baldwin Spencer et Gillen, semblent seules constituer des exceptions à ces prescriptions exogamiques, dont de rigoureuses sanctions, la mort même en bien des cas, garantissent d'ordinaire last ricte exécution (V. Famille). La conséquence, c'est que chaque tribu locale est composée d'au moins deux clans totémiques exogames et d'ordinaire d'un beaucoup plus grand nombre. La descendance est comptée dans la plupart des tribus totémiques en ligne maternelle seulement, et l'exogamie par rapport au groupe local est souvent en usage.
Dans certaines tribus un homme peut épouser une femme de quelque clan que ce soit, à l'exception, bien entendu, de celles qui appartiennent au clan auquel il appartient luimême; dans d'autres tribus, sa liberté de choix est plus limitée : tous les clans sont répartis en deux classes exo-
ÎOTEM
gamiques par rapport l'une à l'autre, et il arrive même que ces classes soient subdivisées en sous-classes, de telle manière qu'un individu qui appartient à la sous-classe c, de la classe A, ne pourra épouser qu'une femme dont le clan est rangé dans la sous-classe e de la classe B. Il n'est pas certain d'ailleurs que (*-ette organisation des classes et des clans soit en corrélation étroite avec les institutions totémiques ; il y a peut-être entre l'exogamie de clan et le totémisme plutôt un rapport de coexistence habituelle qu'une réelle interdépendance causale. Les membres d'un même clan totémique, pourrait-on dire avec quelque vraisemblance, ne sont pas assujettis aux interdictions sexuelles que nous venons d'indiquer, parce qu'ils sont liés à un même totem, mais tout simplement parce qu'ils sont parties intégrantes d'un même clan, qui était déjà exogame, alors que les pratiques totémiques y ont obtenu droit de cité. En Australie et chez les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord,^ plusieurs clans totémiques sont fréquemment réunis en un groupe plus étendu (phratrie, classe, etc.), et une sorte de parenté est conçue entre tous les membres du groupe. Il arrive gue tous les phénomènes ou objets de la nature soient ainsi répartis entre les divers groupements totémiques. C'est le cas qui est réalisé dans diverses tribus australiennes.
A côté de ces totems de clan, il existe des totems de sexe: dans une même tribu locale, toutes les femmes d'une part, tous les hommes de l'autre, sont en étroite union, indépendamment de leur clan, avec telle ou telle espèce animale, qu'ils entourent d'une vénération passionnée ; cela ne les empêche pas d'ailleurs d'appartenir les uns et les autres à des clans totémiques composés d'hommes et de femmes. Le sex-totem ne se rencontre au reste qu'en Australie. Il est d'autres groupements totémiques dont les membres ne sont pas unis ni considérés comme unis les uns aux autres par les liens du sang : ce sont des sortes de confréries ou d'associations religieuses ou magiques dont toute la cohésion résulte de l'union des membres qui les composent avec une même espèce animale ou végétale, ou une même classe de phénomènes ou d'objets naturels: chez les Dacotahs, les Omahas, les Kwakiutls, les Moquis, ont été décrites des organisations de ce type, et il semble que les clans totémiques des tribus de l'Australie centrale participent encore du caractère de ces congrégations magiques ou religieuses, étroitement apparentées à certains égards aux sociétés secrètes de la Mélanésie ou de l'Afrique noire, aux orgéons et aux thiases de l'anticiuité grecque. D'après Frazer, il conviendrait de rapprocher des totems de clan, et plus encore peut-être de ces totems de confréries, les espèces d'animaux, ou de plantes, ou les classes d'objets qu'unissent à un individu des liens magiques ou religieux : ces totems « individuels » sont, comme les totems de clan, des protecteurs collectifs. Dans cette catégorie viendraient se ranger le manitou ou animal-médecine des Peaux-Rouges, le kobong individuel des Australiens, le nagual et le tona de l'Amérique centrale, le tamaniu mélanésien, qui semble un intermédiaire entre le totem et le fétiche. Il semble qu'on en doive aussi rapprocher ^^d/l/o^^ des Amazulu, et aussi sans doute ce buslisoul (l'àme extérieure incarnée en un animal) dont nous devons la description à Miss Kingsley.
C'est en Australie et dans l'Amérique du Nord seulement qu'ont pu être observées les institutions totémiques dans leur entier développement. Elles se retrouvent moins complètement développées dans l'isthme de Panama (Guaymies), chez les Goajiros du Venezuela, les Arawaks et les Patagons, et sans doute aussi dans quelques unes des tribus qui occupent les régions centrales du BrésiL Elles font défaut chez les Esquimaux. En Afrique, le totémisme est en vigueur chez les Bakalais et les Bechuanas ainsi que dans les populations de la Sénégambie : il en subsiste des traces authentiques chez les populations tshi de l'ancien royaume achanti et sans doute aussi en Abys- '
sinie et à Madagascar. Il n'existe pas chez les Hottentots ni les Boschimans. En Asie, les peuplades anaryennes de l'Inde, les Yakoutes et les peuples de l'Altaï sont divisés en clans totémiques. A Samoa, des croyances et des coutumes avaient persisté qui revêtaient un caractère quasi totémique. Chez les Indonésiens, chez les Dayaks en particulier, l'existence antérieure du totémisme est mise en lumière par la survivance d'un enseirble de tabous, obligatoires seulement pour certaines personnes ou certains groupes. Codrington en conteste l'existence en Mélanésie.
Il est presque certain qu'une organisation analogue à l'organisation totémique a existé dans l'ancienne Egypte ; il est très probable qu'elle a existé chez les Sémites, comme s'est efforcé de l'établir Robertson Smith. Mac Lennan et Lang en ont cru découvrir d'évidentes traces en Grèce et en Italie. L. Gomme, S. Reinach et N.- W. Thomas en ont relevé des vestiges assez nets dans les pays celtiques et germaniques. Dans l'ancien Pérou, au témoignage de Garcilasso de la Vega, le régime totémique était encore partiellement en vigueur au moment de la conquête espagnole : l'animal totem portait le nom depacarissa.
Il convient toutefois de se tenir en garde contre ceux qui affirment l'existence du totémisme, dans une civilisation, sur de trop fragiles et trop fragmentaires preuves qui, très souvent, permettent seulement d'établir avec précision que telle ou telle classe d'animaux ou de plantes étaient l'objet d'un culte, sans qu'il soit possible de démêler si ce culte était ou non de signification totémique. A côté du culte totémique de l'animal ont vécu les cultes des animaux utiles et nuisibles, les cultes agraires et en particulier ceux des esprits zoomorphiques de la végétation, le culte aussi des ancêtres réincarnés en des corps d'animaux ou en des arbres, et toutes les variétés de cultes fétichiques ; les animaux et les plantes enfin ont été adorés en bien des cas comme la forme visible ou l'incarnation de divinités météorologiques, astrales ou cosmiques. Il faut donc ne pas se hâter de conclure de la vénération pour telle ou telle espèce d'animal ou de plante à l'existence antérieure du totémisme. F.-B. Jevons a tenté d'établir que le totémisme était un stade qu'avaient dû nécessairement traverser au cours de leur évolution toutes les religions, et que seules les institutions et les pratiques totémiques, le sacrifice totémique en particulier, avaient permis à l'animisme diffus de se transformer en un culte public et en une sorte d'hénothéisme de fait que la fusion des divers groupes locaux avait dû graduellement transmuer en un polythéisme organisé, mais sa théorie ne semble pas pouvoir s'accorder avec les faits et paraît faire jouer un rôle disproportionnée un ensemble de croyances et de coutumes, qui ne constitue giTère en réalité qu'un chapitre des cultes thériomorphiques et de la magie vénatrice.
Des expHcations très diverses ont été tentées de la portée et de la signification véritables des institutions totémiques, et des origines très diverses leur ont été assignées.
Les théories néo-évhéméristes de H. Spencer sont aujourd'hui, sur ce point du moins, abandonnées de tous; on ne saurait plus faire remonter des croyances si étroitement reliées aux pratiques rituelles à de simples méprises sur la réelle signification des noms donnés aux guerriers et aux chefs. L'hypothèse de H. Spencer, c'est que leurs descendants en sont arrivés à croire qu'ils avaient été vraiment les animaux dont ils portaient le nom et que, comme ils étaient l'objet d'un culte, ce culte s'était, par une sorte de contagion analogique, étendu à l'espèce entière, animale ou végétale. Il convient de remarquer que dans la plupart des clans totémiques la filiation n'est comptée qu'en ligne féminine, et que par conséquent le nom du père ne saurait s'y transmettre ni s'y conserver, et d'autre part, que la vénération pour les chefs et les guerriers puissants s'étend fort en dehors des limites de leur clan et souvent à toute la tribu locale. D'autre part, pour