‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 118 sur 633 · TOTEM -~~ TOTH · texte numérisé non relu

TOTEM -~~ TOTH

clan soit relativement indépendante de l'organisation totémique. Cette nouvelle théorie de Frazer n'est pas d'ailleurs exclusive de celle qu'il avait exposée en 4890 dans le Golden Bough, et qu'il a maintenue en ses traits essentiels dans l'édition de 4900. Cet échange d'âmes, simple moyen d'abord, serait devenu une fin et aurait transformé en une institution à la fois religieuse et sociale un ensemble de pratiques dont la portée originelle était exclusivement magique.

On voit que cette manière d'envisager les choses assimile plus étroitement encore les totems individuels aux totems de clan, et donne une signification toute nouvelle aux confréries totémiques, dont nous avons nous-même signalé l'extrême importance. Les travaux de Boas et d'Alice Fletcher déposent d'ailleurs dans le même sens. On ne saurait cependant considérer comme définitiv^e la solution proposée par Frazer : Hartland et Lang lui ont adressé des objections qui méritent considération ; peutêtre les institutions des tribus de l'AustraUe centrale n'ontelles pas le caractère primitif que Frazer leur assigne, peut-être aussi comprend-on sous le nom de totémisme des institutions et des coutumes en réalité distinctes et qui ont subi des évolutions fort différentes. La question reste ouverte. Il n'en est pas moins vrai, toutefois, que c'est en suivant la double voie frayée par l'illustre auteur du Golden Boughf que l'on a chance de parvenir à formuler une théorie qui soit vraiment explicative, et qui ne soit pas contredite par les faits. Il se peut d'ailleurs que les diverses interprétations données des coutumes et des croyances totémiques soient toutes exactes et s'appliquent à des stades différents d'une même évolution.

Le mot totem est un mot ojibway. Il a été introduit dans la littérature ethnographique par J. Long, un interprète indien du xviii® siècle, qui l'orthographiait totam. P. Jones donne la forme toodaim; Warren la forme dodaim, Francis Assikinack (Academy 27 sept. 1884) ceWe de ododam ; James, Keating, Schoolcraft, etc., ont préféré l'orthographe totem et leur graphie a prévalu. Il y a des raisons d'admettre que la forme véritable du mot est ote, au possessif c>^^/w (Thavenet, dans J.-A. Cuoq, Lexique de la langue algonquine, (4886). Il signifierait famille, tribu, et par dérivation marque de famille, de tribu (armoirie). L. Marillier.

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Ep, 29-138. Sur le premier emploi du mot de totem, V. J. ,ong, Voyages and travels of an interpréter and trader ; Londres, 1791. Consulter l'Année sociologique, 1898 et années suivantes, les dépouillements de périodiques de la Revue de l'histoire des religions et de V Internationales Archiv fur Ethnographie.

TÔTES. Com. du dép. du Calvados, arr. de Lisieux, cantj^ de Saint-Pierre-sur-Dives ; "465 hab.

TÔTES. Ch.-l. de cant. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. de Dieppe ; 734 hab.

TÔT- FAIT. Pâtisserie faite avec une pâte préparée avec jaunes d'œufs (6), farine (125 gr.), lait (4/2 litre), sucre en poudre (125 gr.), un peu de vanille ou d'eau de fleurs d'oranger. On place cette pâte, à laquelle on ajoute au dernier moment les six blancs d'œufs battus en neige très dure, dans un moule ou un plat creux beurré, et Ton fait cuire dans un four très chaud ; quelques instants suffisant pour obtenir un excellent gâteau.

TOTH (Laurent), poète et académicien hongrois, né à Komârom le 47 déc. 4814. Il fît sa carrière dans la magistrature, mais s'occupa beaucoup de littérature. Un des premiers disciples des romantiques français, il donna quelques pièces de théâtre (les Deux Ladislas, 4842 ; Sans père, 4845), de nombreuses traductions et surtout des épigrammes mordantes. Ses Mémoires sont une source précijBuse pour le mouvement littéraire avant 4898.

TÔTH (Coloman), poète et dramaturge hongrois, né à Baja le 30 mars 4834, mort à Budapest le 3 fév. 4884.

TOTH — TOIJAGE

Nature sentimentale, il imita d'abord Petôfi, mais il trouva bientôt sa route, et son âme enfantine, pleine de rêves, imagina une foule de chansons qui allaient droit au cœur du peuple. Ses Roses sauvages (1852-53), ses Poésies complètes (1859), nous montrent un cœur gai, un visage souriant avec des larmes dans les yeux. C'est le chantre de l'amour et des se)itiments tendres. Parmi ses pièces de théâtre, deux comédies : le Roi se marie (1863) et les Femmes dans la Constitution (i81\), ont obtenu un franc succès. Tôth lança la première feuille humoristique et satirique : Bolond Miska {Michel le Fou) et fonda les Feuilles de la capitale, le meilleur journal littéraire entre 1864 et 1894. — Son ^IsBéla, né le 20 oct. 1857, fit des études d'histoire naturelle, parcourut le pays des Balkans et devint journaliste. Chroniqueur très estimé du Pesti Hirlap, on lui doit trois ouvrages : Szdjrôl szdjra (De bouche en bouche), Curiosa hungarica et Trésor anecdotique hongrois, où il explique avec beaucoup d'érudition l'origine de ces « paroles ailées » dont, tout le monde se sert et dont peu savent la genèse.

TÔTH (Edouard), poète dramatique hongrois, né à Putnoklel4oct. 1844, mort à Budapest le 26fév. 1876. Acteur ambulant, il fit jouer, en 1873, le Drôle du village (A falu rossza) qui établit sa renommée. C'est une des meilleures pièces populaires (népszinmil) hongroises, genre créé par Szigligeti et qui, depuis 1875, a son théâtre spécial à Budapest. Téth donna, en outre : la Famille à l'orgue de Barbarie et F Homme transporté par la gendarmerie.

TOTILA, roi des Goths (V. Ostrogoths).

TOTIS ou DOTIS. Localité de Hongrie (V. Tata^.

TOT! PALM ES (Ornith.). Groupe de l'ordre des Palmipèdes qui comprend les Oiseaux dont le pouce est compris dans la membrane des doigts. Tous sont bons voiUers, perchent sur les arbres et ont les tarses courts. Tels sont les gmres Pélican, Cormoran, Frégate, Fou, Anhinga, Paille-en-queue (V. tous ces mots). E. Trt.

T0TLE8EN (Edouard-Ianovitch), ingénieur et général russe (V. Todleben).

TOTNES (Comte de) (V. Carewof Clopton).

TOTONICAPAM. Ville du Guatemala, à 100 kil. G. de la capitale et 2.500 m. d'alt.; 25.0!)0 hab. de race indienne Quiche. Centre d'un district de sources thermales et de cultures fruitières. Poteries, lainages, travail du bois.

TOTT (François), voyageur d'origine hongroise, né en 1730, mort en 1793. Son père avait quitté la Hongrie, après l'avortement de l'insurrection de Râkoczy (1711), et vint en France où il entra dans l'armée, comme Bercsényi et Esterhâzy. Il mourut en 1756. Son fils alla avec Vergennes à Constantinople où il apprit le turc et fut envoyé en mission auprès du khan des Tartares de la Crimée en 1767. Revenu à Constantinople, il rendit des services au sultan dans l'organisation de l'armée et dans la fortification des Dardanelles. H fit ensuite des voyages en Orient et fut nommé, en 1781, maréchal de camp, et commanda la forteresse de Douai au moment de la Révolution. En 1790, suspect, il s'enfuit et s'établit en Hongrie où il mourut dans le comitat de Vas. On a de lui : Mémoires

sur lesTurcs et les Tartares (Amsterdam, 1784; Paris, 1785), ouvrage traduit plusieurs fois en allemand Certains historiens de la littérature hongroise prétendent que c'est le baron de Tott qui aurait rapporté de Turquie les manuscrits de Clément Mikes (1690-1761), entre autres les Lettres de Turquie, ce chef-d'œuvre de la prose hongroise du xvni^ siècle, qu'Etienne Kulcsâr publia en 1794.

TOTTENHAM. Faubourg N. de Londres (V. ce mot).

TOUAGE, TOUEUR. Le touage est un mode spécial de remorquage des bateaux de transport applicable à la navigation fluviale. Il consiste à enrouler sur un engrenage, que met en mouvement la machine d'un remorqueur, une chaîne ou un câble reposant au fond du lit du cours d'eau , dans toute la longueur du trajet à effectuer. Il offre sur le remorquage ordinaire, au point de vue de l'utilisation de la force motrice, une supériorité incontestable. Tandis qu'en effet le remorqueur prend son point d'appui sur un corps qui se dérobe, l'eau, le toueur agit sur un point fixe, la chaîne ou le câble. Le rapport de l'effort de traction est donné, pour un même convoi, une même vitesse et un même courant par la formule

dans laquelle T est le travail demandé au remorqueur, t le travail demandé au toueur, V la vitesse du convoi par rapport aux berges, v la vitesse du courant. En eau morte, par conséquent, alors que v est égal à zéro, l'effort à dépenser est deux fois plus grand pour le remorqueur ordinaire que pour le toueur. Il est quatre fois plus grand, si la vitesse du courant est égale à celle du convoi, si v est égal à V. Il est six fois plus grand si, ce qui est fréquent sur une rivière tant soit peu rapide, le courant a une vitesse double de celle du convoi, si v est égal à 2V. Les premiers essais de touage paraissent avoir été faits, en 1732, par le maréchal de Saxe. Mais ils furent très restreints, et la première application vraiment pratique n'eut lieu qu'en ^1820, sur la Saône. Le câble était une corde et le treuil sur lequel elle s'enroulait se trouvait actionné par un manège de six chevaux. Deux ans après, la vapeur leur était substituée. Des services furent dès lors organisés un peu de tous côtés, suivant des systèmes ne différant entre eux que sur des points de détail. Celui de la Haute-Seine, l'un des premiers, en France, qui ait fonctionné régulièrement et sur une grande échelle, fait encore aujourd'hui usage du toueur à vapeur, avec treuils à gorges, représenté en projection verticale par la fig. 1 . De 40 m. environ de longueur, il est symétrique aussi bien par rapport à un plan vertical médian transversal que par rapport à un plan vertical médian longitudinal, il a deux gouvernails, ce qui lui permet de marcher de l'avant comme de l'arrière. La chaîne immergée a un peu plus de longueur que le chenal de façon à laisser partout un peu « de mou ». Le toueur en marche la reçoit par une extrémité sur une poulie et la file par l'autre, sur une seconde poulie, se glissant ainsi en quelque sorte sous elle. Les deux poulies sont folles : elles peuvent décrire autour d'un axe vertical un arc de cercle qui les transporte, suivant les besoins, à droite ou à gauche. Cette disposition

Fig. 1. — Toueur à chaîne noyée et à double treuil à gorges (plan).

permet au toueur de prendre, dans les courbes, une direction oblique à l'appel que fait la chaîne vers la rive convexe, et de corriger, par suite, cet appel, qui la lui ferait déposer chaque fois un peu plus près du centre qu'il ne l'aurait prise. L'enroulement a lieu, au milieu du pont,

sur deux treuils à cinq gorges mus par une machine à vapeur. La chaîne contourne donc quatre fois les deux tambours, ce qui développe un frottement suffisant pour empêcher tout glissement ; elle ne touche d'ailleurs, comme on le voit par la fig. 2, que la moitié extérieure du péri-

TOUAGK — TOUAMOTOU

Fis. 2.

- Mode d'enroulement de la chaîne sur les treuils à gorges.

mètre de chacun d'eux et, lorsque la rotation a lieu dans le sens des aiguilles d'une montre, elle se tend sur la gauche, fournissant de ce côté un point d'appui constant, tandis qu'elle se dépose librement sur la droite. Une rotation en

sens contraire détermine le mouvement inverse. 40 loueurs semblables, d'une force totale de 344 chevaux, font le service entre

récluse de la Monnaie, à Paris, et Montereau, au confluent de l'Yonne. On en trouve encore également : en France, sur l'Yonne et aux souterrains de Mauvages (canal de la Marne au Rhin), de Bony et du Trouquoy (canal de Saint-Quentin), de Ham (canal de l'Est) ; à l'étranger, sur la partie bavaroise du Danube, entre Ratisbonne et Hofkirchen, sur l'Elbe, de Hambourg à Aussig (plus de 600 kil.), sur la Saaie, sur le Main, etc. Plus économique pour la remonte, particulièrement au temps des hautes eaux, que les remorqueurs ordinaires, lesquels dépensent, nous l'avons vu, à égalité de résultats, un effort beaucoup plus considérable, ils perdent à la descente ou en eau calme leurs avantages et se voient alors préférer ces derniers, plus rapides. D'autre part, la difficulté de détacher la chaîne, en raison de son mode d'enroulement, oblige à organiser le service par relais et troquage, chaque loueur utilisant une chaîne unique à la descente et à la remonte et faisant la navette entre celui qui le précède et celui qui le suit.

Le système de Bovet ou système à poulie magnétique, qui fonctionne en partie, depuis i89B, avec un plein succès, sur la basse Seine, de Paris à Conflans, remédie à ces inconvénients. Les treuils à gorges, y sont remplacés par une poulie magnétique, A (fig. 3), qu'aimante une

Fig. 3. — Poulie magnétique de Bovet.

dynamo installée à bord. La chaîne, guidée par la poulie d'entrée G, qui peut n'être qu'un simple galet, contourne, sur les trois quarts environ de sa circonférence, la poulie A, mue par

k moteur, et ^---"'^i =^.0

ressort par la poulie G, également aimantée, mais très légèrement, de manière à l'arracher de la précédente. Un doigt en bronze D contribue, en cas de

voyage, et le loueur, qui porte, en même temps qu'un appareil de louage, un appareil de propulsion, devient, à la descente, un simple remorqueur. Conséquences : plus de louage à la descente, plus de relais, plus de Iroquages.

On a aussi essayé de substituer à la chaîne noyée un câble noyé y en fils de fer, qui s'enroulait sur une poulie à mâchoires, dite poulie Fowler. Ce système, successivement expérimenté sur la Meuse, le Danube, la Moskwa, etc. , se trouvait partout délaissé lorsqu'il fut repris il y a quelques années, mais sous une forme toute différente, d'abord par des entrepreneurs de travaux publics, sur le Rhône, pour le transport de grandes quantités d'enrochements, puis par la Compagnie générale de navigation H.-P.-L.-M., pour la section du Rhône, à courant très rapide, comprise entre Pont-Saint-Esprit et la Roche-deGlun. Les loueurs, au nombre de 10, procèdent par relais d'une douzaine de kilomètres chaque. Ils se hâlent, à la remonte, sur un câble en fds de fer, de 0"*,022 de diamètre et du poids de 2^^8,75 au mètre courant. Ce câble passe, à l'avant du loueur, sur une poulie-guide, A (fig. 4), puis est porté par quatre rouleaux horizontaux R , et, après être passé sur une seconde poulie-guide B, va finalement s'enrouler sur le treuil T, de 3"\50 de largeur sur 4"\50de diamètre. Une machine de 450 chevaux-vapeur commande ce treuil, et les deux poulies -guides se déplacent automatiquement tantôt de bâbord à tribord, tantôt de tribord à bâbord, de façon à procurer un enroulement bien régulier. A l'arrivée au relai amont, les 12 kil. de câble sont tout entiers sur le treuil. A la descente, ils se déroulent et retombent à l'eau. La remonte se fait, avec 350 to)mes de marchandises, en trois heures et demie, la descente en deux heures, et on obtient, chaque jour, deux parcours aller et retour. Signalons enfin le service de louage électrique, système Gaillot, qui fonctionne au souterrain de Pouilly, sur le canal de Bourgogne. Le loueur est à chaîne plongée, mais son treuil est une roue à empreintes actionnée par un courant que lui apporte un câble télodj^namique à trolley.

TOUAILLE. L Coiffure (V. Coiffure, t. XI, p. 864).

II. Ameublement. — Ce mot, qui désigne aujourd'hui un essuie-main suspendu à un rouleau, s'est appliqué, jusqu'au XV® et au XVI® siècle, à toutes sortes de serviettes : de bouche, de figure, des mains, etc. La touaille était alors en toile de lin ou de chanvre, brodée ou non. On en faisait aussi de très luxueuses, en étoffes magnifiques et décorées avec un luxe rare, qu'on employait soit à garnir les lectrins (pupitres pour les livres), soit à recouvrir les coussins elles oreillers. Il est fait enfin mention, dans les inventaires de plusieurs chapelles, de louailles servant comme parements d'autel.

TOUAMOTOU, TUAMOTU, POMOTOU. Archipel de la Polynésie. Jusqu'en 1851, le dernier nom, qui signifie « îles soumises » le désignait, ayant été donné par les Tahitiens après la conquête. A celle époque, le gouvernement français le changea en celui de Toamolu (îles loinlaines), le seul officiel actuellement. On le nomme aussi archipel des lies Basses ; on a jadis distingué l'archipel Dangereux et celui de la Mer Mauvaise, Les Tuamotou

font partie des

établissements français de l'O-

besoin, à assurer le décollement. Grâce au surcroît d'adhérence produit par l'aimantation, il n'est plus besoin, comme dans l'ancien système, de faire effectuer à la chaîne plusieurs tours; celle-ci, qui se détache avec la plus grande facilité, est abandonnée et reprise à chaque

céanie. Elles se composent d'en-

viron 80 îles

S2'^ J formant une

longue traînée,

entre 14° et

23« lai. S. et 138«-151« long. 0., de 1.500 kil. sur

Toueur à câble noyé de la Compagnie de navigation du Rhône (plan).

600 kil. environ en largeur, dirigée du N.-O. au S.-E., et constituant le quatrième alignement des îles polynésiennes, entre celui (le troisième) des îles Union et de la Société et le cinquième (traînée septentrionale des Iles Basses), et sixième (America-islands et Marquises). Dans

TOUAMOTOU — TOUAHEG

leur prolongement au S.-E. se trouve le groupe des Gambier ou Mangaréva. Géographiquement, elles se divisent en : groupe du Nord, comprenant, au N. du iS^lat.S., 8 îles (92 kil. q.) ; groupe du Centre, 52 lies, 675 kil. q. ; groupe du Sud, près et au-dessous du 20^ lat. S., 16 îles, 241 kil. q. Total de la superficie, 978 kil. q. ; 5.087 hab. en 1898. Plusieurs îles sont inhabitées ou à population inconnue. Au point de vue administratif, les 56 îles situées à rO. du méridien de 142« forment l'établissement secondaire des Tuamotu ; les 24 îles situées à l'E. du même méridien sont rattachées à l'établissement secondaire des Gambier. Par exception, l'Ile Tematangi fait partie des Gambier, et l'île Puka-Puka (Honden) des Tuamotu. Les points extrêmes de l'archipel sont : Tepoto du Nord, au N. (14« lat. S. ; 143M'5' 0.) ; Morane ou Cadmus, au S. (23«8' S. ; 139«26' 0.); Matahiva, à l'O. (14«56' S. ; 150« 57' 0.) ; Marutea du Sud, à l'E. (21« 32' S. ; 137*^55' 0.). — Les principales des 56 îles de l'établissement énumérées de l'E. à l'O. sont : Kao (400 hab.), découverte par Bougainville ; Hikuéra, riche en nacre; Takaroa (180 hab.); Anaa, la plus considérable (700 hab.) ancienne île de la Chaîne, découverte par Cook en 1773 ; elle renferme le village de Tunhora où fut longtemps le ch.-l. ; après le cyclone de 1878, il fut transféré à Fakarana, excellent mouillage ; Kankura, riche en perles ; Rangiroa, le plus vaste atoll de l'archipel. Presque toutes les îles sont des atolls^ dont les lagons sont en communication avec la mer par des passes (32 îles) ou sont isolés (40 îles) ; il en est qui n'ont pas de lagon. La bande de corail et de sable autour du lagon jusqu'à la mer a une largeur de 100 à 800 m. ; les îlots, de 4 à 5 m. de hauteur, se forment au milieu de cette bande. Ces îlots sont couverts de végétation ou plantés de cocotiers, ils sont plus nombreux dans les parties des récifs abrités de la grosse houle du S. L'eau potable manque, il faut la faire venir de Tahiti ou consommer celle de pluie ou de l'eau distillée ; l'eau naturelle est saumâlre.

Le climat est sain, les chaleurs sont tempérées par la brise constante. La saison des pluies règne en novembre, décembre et janvier. Les alizés de l'hémisphère S., vents du S.-E., dominent, mais sont influencés par l'évaporation que produit la chaleur solaire sur l'eau des lagons, en sorte qu'ils sont le plus forts quand cette action est moindre, juin à septembre. De décembre à mars, les vents dominants soufflent du N. à l'E.-N.-E. C'est la saison des cyclones. En avril et mai, en octobre et novembre, les brises sont variables. En toutes saisons, l'O. est pluvieux, le N.-O. tempétueux. Les cyclones sont rares aux Tuamotu. La hauteur moyenne du baromètre est de 763 millim. aux Tuamotu.

La flore est pauvre : 30 espèces spontanées seulement, d'après Gray. Sur le sol corallien de ces îles, encore dépourvu d'humus, la végétation ne consiste qu'en de maigres touffes de miki-miki {Piper omia), de Guet tarda s peciosaL. (Tafana), arbuste particulier aux îles madréporiques, dont les fleurs sont belles et parfumées (Rubiacées) ; de Tourne fortia, de Pentacarya, de Scœvola, etc. Avant la plantation et l'extension du cocotier, les fruits du Pandanus odoratissimus (Para) et le pourpier étaient les seules productions du sol nécessaires ici à l'ahmentation. En outre du cocotier, on cultive lé taro (Colocasia), l'ananas, l'arbre à pain, le bananier, qui ont été apportés de Tahiti dans les îles de la partie occidentale. Il faut citer encore, comme textiles, le Pandanus utilis, ainsi que le Tacca pinnatifida (Pia) et le Pipturus velatinus var. pomotouense , à l'état sauvage fort répandu (Roa). L^ pia donne aussi de la fécule. VAlyxia stellata (Apocynées) ou Maire fournit une écorce bonne pour la parfumerie. — La faune est bornée, quant aux mammifères terrestres, à un rat ; il y a quelques espèces d'oiseaux ; on trouve à Makatéa des pigeons verts et une tourterelle, et dans les îles du Sud, des oiseaux plus variés, tels que rossignols, perruches, dites inséparables^ etc. ; un petit nombre d'in-

sectes ; le crabe du cocotier, quelques lézards, etc. La faune marine est riche : dauphins, oiseaux de mer, tortues, poissons (dont certains sont vénéneux). Les huîtres, perlières (Meleagrina margaritifera) , qu'on trouve dans les lagons, constituent une source importante de revenus. Les seuls animaux domestiques sont les porcs et les poules, et des chiens servant d'aliments.

Les indigènes sont de race polynésienne, se rapprochant du type tahitien ; ils sont bien faits et robustes, mais on observe des cas d'éléphantiasis. Ils parlent un dialecte de la langue maorie. Leur caractère est indépendant et belliqueux. La plupart sont catholiques, un assez grand nombre mormons. Ils excellent comme plongeurs. Jadis, ils étaient anthropophages. Le tatouage est pratiqué. De même que les autres établissements secondaires de rOcéanie française, les Tuamotou ont un chef-lieu et sont divisés en districts. Le chef-lieu (qui était à Anaa)~est actuellement dans l'île de Fakarava : Rotoava, résidence de l'administrateur, officier de l'état civil centralisateur (le siège du gouvernement est à Papeëti). Les chefs de districts sont investis des fonctions d'officiers de l'état civil. La population immigrée est peu considérable (492 en 1889), soit un dixième de la population totale. Quant à la population blanche, elle n'était représentée (en 1885) que par 37 individus. Nulle femme blanche, quelques belles métisses.

La culture du cocotier se développe tous les jours et constitue une source de revenus assez importante pour les habitants. Palmeraies en 1875 : 40 millions de cocotiers. Exportation : 3.000 tonnes de koprah. Mais la principale industrie est la pêche de la nacre et les perles fines. L'exploitation des lagons est réglementée, elle se fait par les indigènes, plongeurs habiles, ou par scaphandriers. Le commerce emploie des goélettes qui circulent entre l'archipel et Tahiti et dans l'archipel. Il passe par Tahiti (V. ce mot). Les indigènes sont bons navigateurs, et leurs canots doubles ou pahi leur servent pour la circulation d'île à l'île. L'origine des indigènes aux Tuamotu est, dit-on, due à des immigrants venus des îles Marquises, qui les auraient peuplées assez récemment, soit au xvi® siècle et alors qu'elles auraient été rendues habitables par l'introduction du cocotier. Ils subirent l'influence et la suzeraineté des Tahitiens avant celles des Européens. Dès le XVII® siècle, quelques-unes de ces îles furent découvertes par (îuiros, puis par Lemaire et Schoulten en 1616 ; Bougainville (1768) et Cook (1769 et 1773) les reconnurent plus tard. Les rois de Tahiti conquirent l'île occidentale de Makatéa, et en firent un lieu de déportation, puis les rois Oton et Pomaré 1^*" étendirent sur tout l'archipel leur domination. Enfin, de même que l'archipel suzerain, les Tuamotu devinrent en 1842 pays protégé, et en 1880 colonie française. Ch. Delavaud.

BiBL. : Pailhès, Souvenirs du Pacifique. L'Archipel des Touamotou, dans le Tour du Monde, 1875. — Les Etablissements français d'Océanie, notices de l'Exposition de 1900. — Instructions nautiques ; Océan pacifique S. (part. E.), 1894. — Cartes hydrogr., plans 3391-94,3577, 8578, 3580; 3912.

10 U AN-TÉ. Ville de l'Indo-Chine, dans la province de Pégou (Basse-Birmanie), située à l'extrémité N. du Touan-té-taô-ghyî. Elle est renommée par une poterie de terre qui lui est propre. Son commerce, qui consiste en riz, canne à sucre, bambous, et surtout en une pâte de poisson pourri appelée ngapi^ est assez important.

TOUAREG (diM singulier Targui, de Tergab, race). Population berbère du Sahara central, compris entièrement dans la sphère d'influence française (V. l'art. Sahara). Ils se groupent en quatre confédérations ayant chacune pour centre un massif montagneux, abri de ses troupeaux et de ses tentes, et d'où ils rayonnent dans le désert et sur les routes qui mènent aux pays oti ils se ravitaillent : Touat au N.-O., Rhadamès et Rhat au N.-E., Tombouctou au S.-C, Zinder au S.-E. Les Touareg du Nord, les moins nombreux parce qu'ils n'accèdent qu'aux oasis et non comme ceux du Sud aux fertiles terres légères qui

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