TOUAREG — TOUAT
bordent le Soudan, sont évalués à 30.000, répartis entre les confédérations des Azdjer (Azgar) à l'E., des Hoggar (Ahggar) à l'O. Les Azdjer, les plus civilisés de tous, commerçant avec Rhat et Rhadamès, ont une certaine tendance à se fixer ; ils possèdent un faubourg de Rhadamès, la seule zaouia touareg à Temassiniu, quelques-uns se sont établis au Fezzan et à Rhat. Rs ont un cheikh héréditaire, l'amrhar. La famille des Imanân a à sa tête l'amenokal, suzerain nominal de tous les Touareg du Nord ; son pouvoir a été abattu il y a près de deux siècles avec le concours de la tribu des Aouraghen,et les deux confédérations sont morcelées en tribus qui, de fait, sont autonomes. Ces tribus sont, les unes nobles (ihaggaren), les autres serves (imrhad) ; il faut ajouter à côté des nobles les tribus maraboutiques et certaines tribus mixtes. Chez les Azdjer, les tribus nobles sont les Imanan, anciens chefs religieux et politiques, les Àouraghen, issus des Awrigha, tribu berbère refoulée du littoral dans le désert par les Arabes et qui a peut-être donné son nom à l'Afrique ; les Imanrhasaten, les Kel- Izhabân, les Imettrilalen et les Ihaddaren ; les tribus maraboutiques sont les Ifoghas et les Ihehaouen. — Les Hoggar, divisés des Azdjer par la dépression de l'Igharghar, se ravitaillent surtout à Insalah. Rs ne comprennent que des tribus nobles et des serfs ; ils sont très morcelés ; leur centre est, dans le massif Hoggar, la région d'Idelès; ce sont les plus hostiles à la France. A l'O., il s'est détaché de leur confédération un groupe établi dans le massif de l'Ahenet et formé de la tribu des Taïtoq, de celle des Tedjeké Nousidi et de dix-neuf tribus serves ou alliées ; ils nomadisent au S. jusqu'à Taodeni et au Soudan ; les Azdjer et Hoggar ne dépassent guère au S.-E. Asiou, qui forme, avec le point plus occidental de Timissao,la limite coutumière entre eux et les Touareg du Sud. — Ceux-ci sont beaucoup plus nombreux, évalués à 60.000 pour les Keloui à l'E., le double pour les Aouelimmiden à l'O. Les Keloui vivent dans l'oasis d'Aïr et se rattachent aux Aouraghen ; ils sont presque sédentaires, habitent des huttes et non des tentes ; ils ont enlevé l'oasis aux nègres et se sont métissés avec eux. Au S. de TAïr est le groupe des Kel-Cuérès et des Rissan, tribus refoulées par les Keloui (ce sont des cavaliers), à la différence des Touareg précédents qui ne montent guère qu'à dos de chameau. Les Aouelimmiden, dont la forteresse natureUe est le massif de l'Adrar oriental, sont les plus puissants des Touareg, ils étaient maîtres de tout le coude du Niger et s'étendaient bien au S. du fleuve, lorsque les Français ont conquis ces régions. On les rattache à la grande nation berbère des Lemta (V. Soudan, § Histoire) ; venus de FO., ils auraient refoulé les Tademekkés et abattu le royaume sonrhaï. Ils sont sous l'influence maraboutique des Bekkaya de Tombouctou, se divisent en nobles et imrhad et vivent sous la tente.
Les Touareg sont regardés comme des Berbers de race pure, les nobles du moins ; ils ont le teint bronzé, les cheveux longs, lisses et noirs, la barbe noire et rare, les yeux noirs, rarement bleus, le nez petit, les mains petites, les membres musculeux, la taille haute. Nominalement musulmans, ils ne jeûnent pas, ne font pas les ablutions régulières, ne saignent pas les animaux. Ils sont armés du sabre, de la lame, d'un couteau et souvent d'un bouclier ; l'usage du fusil s'est généralisé, mais ils tirent mal ; ils sont vêtus d'une tunique généralement noire, blanche chez quelques tribus, d'un pantalon, d'une ceinture de laine, d'un turban dont un bout est ramené de façon à voiler la figure, ne laissant apercevoir que les yeux ; ce voile ou litham est caractéristique ; il abrite les voies respiratoires du sable. Les chefs portent souvent le burnous ; la mode est d'avoir la moustache longue et la tête rasée, sauf une tresse. La nourriture est le lait et la viande des troupeaux de moutons et de chameaux ; le revenu tiré des caravanes qu'ils escortent et des razzias leur permet d'ajouter au produit de leurs troupeaux pour se procurer
des dattes, des grains, des armes et des objets manufactures dans les oasis du Nord et sur les marchés du Soudan. Rs circulent à dos de chameau, mais en descendent pour le combat. — Les femmes sont très libres, et la filiation se définit par la ligne maternelle (V. l'art. Famille). — La langue des Touareg est le tamachek^ celui des dialectes berbers, qui est demeuré le plus pur d'éléments arabes. Rs ont une écriture, le tifmarh (singulier tafanek, lettre) qui se retrouve sur des inscriptions rupestres et de nombreux monuments du N. de l'Afrique (cf les art. Berber, Linguistique) ; on la rapproche des alphabets punique et himyarite (V. Ecriture).
Histoire. — L'histoire des Berbers sahariens est mal connue ; le nom de Touareg est celui que leur donnent les Arabes ; eux-mêmes s'appellent Imoharh, nom national des Berbers. Les documents fournis par les écrivains antiques ne permettent pas encore de rattacher clairement aux peuples actuels ceux qu'ils mentionnent dans le désert Libyque, Garamantes, Ethiopiens blancs, etc. Les Touareg descendent principalement de tribus berbères refoulées dans le désert par la grande invasion arabe hillalienne du xï^ siècle ; auparavant, les Targa habitaient le Maghreb et la région de Sidjilmessa, au S. de l'Atlas marocain. Ibn Khaldoun, au xiv® siècle, les place dans le désert au S. de la Tunisie ; les Lemta, plus à l'O., au S. des Riah du Zab ; puis les Messoufa, les Lemtouna, au S. du Sahara marocain, et enfin les Gueddala, les plus occidentaux des Berbers du désert, guerriers voilés du litham. Au XVI® siècle, Léon l'Africain énumère, d'E. en 0. : les Berdoa (auj. tribu du Tibesti), entre Aoudjelah etleBornou ; les Lemta, entre la route du Fezzan à Kano et les oasis de Rhadamès et Ouargla ; les Targa, entre l'Air, le Mzab et le Touat ; les Zouenziga, de l'Air à Tombouctou ; enfin les Sanhadja, au N.-O. de Tombouctou ; ceux-ci se sont fondus avec les Maures du Sahara occidental, comme les Berdoa avec les Toubou ; les trois autres tribus correspondent aux Touareg actuels. Tandis que ceux du Nord guerroient par petites bandes contre leurs voisins arabes les Chaamba, ceux du Sud ont, avec plus de succès, combattu les nègres et peuples mixtes du Soudan. Les Touareg sont entrés en relations avec la France après la conquête de l'Algérie. Henri Duveyrier vécut parmi les Azdjer en 1861 , et le 26 nov. 1862 fut signé un traité de commerce à Ghadamès entre le commandant Mircher et deux cheikhs des Azdjer ; mais ce traité demeura lettre morte, quoique les Azdjer aient été moins ouvertement hostiles à la France que les Hoggar. L'assassinat de nos explorateurs Dournaux-Duperré et Joubert en 1874, de la grande mission Flatters en 1880, des Pères Richard et Kermabon en 1881 , de Mores en 1896, a démontré la vanité des missions pacifiques ; en revanche, Foureau et Lamy, bien escortés, ont traversé le territoire des Touareg et infligé un rude échec à leurs agresseurs (1899). L'occupation du Touat et du Tidikelt, en livrant à la France les centres de ravitaillement des Hoggar, la mort des Badjourda, instigateurs du massacre de Flatters, ont préparé la subordination des Touareg du Nord, qui devra être précédée du châtiment des auteurs du crime et du paiement du prix du sang. Les Touareg du Sud, qui avaient exterminé Fétat-major du colonel Bonnier aux portes de Tombouctou, ont subi de sanglantes défaites et accepté la prépondérance française. A.-M.B.
BiBL.: Duveyrier, les Touareg du N or d,lSH. — Rohlfs, Quer durch Afrika, ; Leipzig, 1874-75, 2 vol. — Nach- TiGAL, Sahara und Sudan ; Berlin, 1879-89, 3 vol, — BissuEL, les Touareg de l'Ouest; Alger, 1888. — Le Chatelier, Publication officielle des documents de la mission Flatters. — Déporter, l'Extrême Sud de VA Igérie, 1890 . — Du même, l'Islam dans l'Afrique occidentale, 1899. — Hanoteau, Grammaire de la langue tamachek ; Paris, 1860. — Masquera y, Dict. français-touareg^ 1893.
TOUAT. Groupe d'oasis du Sahara algérien; on applique souvent ce nom à l'ensemble des oasis situées au S. du dép. d'Oran et au N.-O, du massif du Hoggar ; mais il désigne spécialement le groupe occidental de ces oasis ; celui du N. étant le Gourara, et celui du S.-E. le Tidi-