‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 124 sur 633 · TOULON ~ TOULOUSAIN · texte numérisé non relu

TOULON ~ TOULOUSAIN

TOULON-sur~Allier. Com. du dép. de l'Allier, arr. et cant. (E.) de Moulins; 1.033 hab.

TOULON-sur-Arroux (r^/092ww, Tolonum). Ch.-I. de cant. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de Charolles, sur l'Arroux; 2.005 hab. Stat. du chem. de fer à voie étroite de Digoin à Etang-sur-Arroux, et tête de la ligne de Toulon-sur-Arroux à Bourbon-Lancy. Carrières de pierre. Moulins, féculerie, huilerie, tuilerie, four à chaux. Traces de voie antique. Pont du moyen âge sur l'Arroux. Restes de l'ancien château féodal (découvertes d'armes et de sépultures) et de la primitive église romane. Hôpital, fondé en 4741, supprimé en 4790. Prieuré de bénédictines, transféré de Ghampchanoux en 4686, uni au séminaire d'Autun en 1777. Toulon est la patrie de Nicolas et Pierre de Toulon, jurisconsultes des xiv^ et xv® siècles, de l'historien Garreau (xviii® siècle), et du botaniste Commerson (1727-73). Armes de la ville : De gueules à trois quinte feuilles d'oVt Lex.

TOULONGEÔN (Famille de). Cette famille, une des plus anciennes de la Franche-Comté, tire son nom d'un château situé au bailliage d'Orgelet (Jura), arr. de Lonsle-Saulnier. Elle se divisait en plusieurs branches. Au XI v" siècle, on distingue Tristan de Toulongeon, qui, de son mariage avee Jeanne de Chalons, eut trois fils, Jean, Antoine et André, tous les trois remarquables. — L'ainé, Jean, recueillit, en 1407, la riche succession de son grand-oncle, le baron de Senecey et de Traves. Il rendit de grands services au duc de Bourgogne, Jean sans Peur, contribua à défendre Arr as contre l'armée de Charles YI (1414), assista à la négociation du traité de Pouilly {ii juil. 1419) qui précéda le meurtre de Jean sans Peur, et fut envoyé, par le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, en Angleterre, pour demander l'alliance de Henri V. Nommé maréchal de Bourgogne (1422), il aida les Anglais à gagner la bataille de Cravant (31 juil. 1423) et fut fait prisonnier au combat de la Bussière, près de Mâcon (17 août 1423). Il fut envoyé plusieurs fois auprès d'Amédée VIII, duc de Savoie, et des ambassadeurs de Charles VII, pour négocier un rapprochement entre ce prince et Philippe le Bon, notamment aux conférences de Montluel et de Bourbon-Lancy (1425-27). Il mourut le 10 juil. 1427.

Antoine de Toulongeon, seigneur de Traves, de Montrichard, de la Bastie, eut à peu près la même carrière que son frère aîné. Il alla, en 1418, au secours de Rouen, assiégé par Henri V, et fut, comme son frère, un des signataires du traité de Pouilly. Philippe le Bon l'envoya aussi auprès d'Amédée VIII (1422), puis aux conférences de Bourg (1423) et de Bourbon-Lancy (1427). Son frère Jean étant mort cette même année, il lui succéda, comme maréchal de Bourgogne, et reçut la Toison d'or dès qu'elle fut instituée par Philippe le Bon (1429). En 1430, il fut défait par jBartean (V. ce nom) au combat de Chappes, près de Troyes (13 déc), mais, en 1431, chargé par le duc de Bourgogne d'aller soutenir René de Vaudemont, qui disputait le duché de Lorraine à René d'Anjou, i! gagna la bataille de Bulguéville, oii périt Barbazan et où René d'Anjou fut fait prisonnier (2 juil.). Il défendit ensuite, non sans peine, la Bourgogne contre les troupes de Charles VII, et mourut peu après, le 29 sept. 1432.

André de Toulongeon, seigneur de Mornai, servit aussi les ducs de Bourgogne, Jean sans Peur et Phifippe le Bon. Après la surprise de Paris par les Bourguignons (29 mai 1418), il fut nommé grand maître de l'écurie du roi (16 juil. 144 8). Il prit part à la bataille de Mons-en-Vimeu, où le duc de Bourgogne vainquit les troupes du dauphin Charles (30 août 4424). Ce fut lui que Philippe le Bon envoya comme ambassadeur en Portugal demander la main d'Isabelle, fille de Jean I®**, et qui conduisit la jeune princesse à Bruges, où eut lieu le mariage (8 janv. 4434). En récompense, il reçut la Toison d'or (4432) et partit pour la Terre sainte, où il mourut, la même année. Il avait épousé une fille naturelle de Philippe le Bon. — A cette famille

se rattache François-Emmanuel y vicomte de Toulongeon, littérateur et historien, né à Champlitte (Haute-Saône), le 3 sept. 4748, mort le 23 déc. 4842. Il embrassa la carrière des armes et parvint au grade de colonel, cultiva les sciences, les lettres, les arts, se lia intimement avec le comte de Guibert (V. ce nom), le célèbre écrivain militaire, et reçut de Voltaire un accueil flatteur (4776). Député de la noblesse aux Etats généraux (4789), il prit parti pour le tiers et se fit remarquer comme orateur. Il se retira ensuite dans sa terre de Sozay (Nièvre), au lieu d'émigrer. Sous le Consulat, en 4802, sous l'Empire, en 4809, il fit partie du Corps législatif. II était entré, dès 4797, à l'Institut, dans la classe des sciences morales et politiques. Il a laissé beaucoup d'ouvrages imprimés ou manuscrits, dont les principaux sont une Histoire de France, depuis 4789, une traduction des Commentaires de César, un éloge de Guibert, etc. — Son frère aîné, le marquis de Toulongeon, moins connu, était maréchal de camp en 4789, quand il fut élu aussi aux Etats généraux. Loin de partager les idées libérales de son cadet, il émigra, servit dans l'armée de Condé, puis devint lieutenant général dans l'armée autrichienne et mourut à Vienne vers le commencement du xix« siècle. E. Cosneau.

BiBL. : Les chroniqueurs Monstrelet et Olivier de La. Marche, à la table. — D. Plancher, Histoire de Bourgogne, à la table. — Moréri, éd. de 1759, t. X, pp. 262 et suiv. — De Beaucourt, Hist. de Charles VII, à la table. — De Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, à la table ; Nouvelle Biographie générale, t. XLV,pp. 526 et suiv. -■- D'Hozier, Dossiers bleus, yoL 638, dossier 17019, et Che- RiN, vol. 197, dossier 3900, à la Biblioth. nationale.

TOULONGEON (Théodore Chevignard, comte de), diplomate français (V. Chavigny).

TOULONJAC. Com. du dép. del'Aveyron, arr. et cant. de Villefranche ; 364 hab.

TOULOU (Ling.) (V. Dravidiennes [Langues]).

TOULOUBRE. Torrent du dép. des bouches-du-Rhône (V. ce mot, t. VII. p. 556).

TOULOUBRE (Louis Ventre, seigneur de La), jurisconsulte et littérateur provençal (V. Artefeuil).

TOULOUCOUNA (Bot.) (V. Carapa).

TOULOUGES. Com. du dép. des Pyrénées-Orientales, arr. et cant. (E.) de Perpignan ; 4 345 hab.

TOU-LOUN, prince asiatique (V. Jou-jouen).

TOULOÛNIDES. Dynastie égyptienne (V. Egypte,

t. XV, p. 692). ^ ^y^ y

TOULOUSAIN {Tholosanum, Tolsan, Toulza). Pays situé autour de Toulpuse, compris autrefois dans le Languedoc, qui actuellement occupe dans les cant. de Toulouse, Villefranche-de-Lauragais et Muret du dép. de la Haute-Garonne, l'espace compris entre Grenade-sur- Garonne au N., Martres-Tolosane au S., Gaillac-Toulza et Cuq-Toulza à l'E. ; il est délimité par le Quercy, l'Albigeois, le dép. de FAriège, le Couserans, le Comminges et la Lomagne. Dans son état actuel, le Toulousain ne représente qu'une partie de l'ancien pays des Tolosates, qui forma la civitas Tolosana des époques romaine et mérovingienne, et, aux ix® et x® siècles, le pagus Tholosanus^ un des plus vastes de France : il s'étendait des sources de FAriège à FAgout, et au Tarn jusqu'à son confluent avee la Garonne, de Saint-Papoul à la Gimone, enfermant dans ces limites le diocèse et le comté de Toulouse. A partir du xi® siècle, les pays qui formèrent le comté de Foix, le Lauragais, le Savès, le Gimoès en furent retranchés. En 4295, Févêché de Pamiers fut démembré du diocèse de Toulouse. Cependant le ressort de la sénéchaussée royale de Toulouse, à laquelle la sénéchaussée d'Albigeois fut réunie en 4256, comprenait les pays suivants : Astarac, Armagnac, Pardiac, Fézensaguet, Comminges et Couserans, Nébouzan, comtés de Gaure et de FIsle-Jourdain ; au xvtii® siècle seulement, le Lauragais et le comté de Foix en furent détachés» Les subdivisions de la sénéchaussée étaient : la viguerie de Toulouse, les jugeries d'Albigeois, Villelongue, Lauragais, Rieux, Verdun, ces deux dernières jusqu'à 4469 (V. Toulouse).

TOULOUSE

TOULOUSE (ToÀwacra, Tolosa, Tholoza, Tolose, ToiUouso). Ch.-l. du dép. frontière de la Haute-Garonne, ancienne capitale du Languedoc, sur la Garonne, à 12 kil. de son confluent avec TAriège. La ville, située sur la r. dr. de la Garonne, avec son faubourg de la rive gauche Saint-Cyprien, relié par trois ponts, occupe une superficie de 11.820 hect., environ 10 kil. q. ; sa population est de 149.791 hab. Toulouse est le siège d'un archevêché, dont les suffragants sont les évèchés de Montauban, Pamiers, Carcassonne; grand et petit séminaires; consistoire de l'Église réformée; synagogue. Cour d'appel à laquelle ressortissent les dép. de l'Ariège, du Tarn et du Tarn-et-Garonne ; tribunal de première instance et de commerce ; conseil des prud'hommes : ])uurse des valeurs. Chef-lieu du 17« corps d'armée, de la 34® division d'infanterie, de la 27® légion de gendarmerie; école d'artillerie; poudrerie nationale. Académie universitaire comprenant les dép. delà Haute-Garonne, l'Ariège, l'Aveyron, le Gers, le Lot, les Hautes-Pyrénées, le Tarn, le Tarn-et- Garonne. Université formée des facultés de droit, des lettres, des sciences et mixte de médecine et de pharmacie. Institut catholique. Observatoire; école vétérinaire. Ecole des beaux-arts; conservatoire de musique. Lycées de garçons et de filles; collèges ecclésiastiques. Ecoles primaires municipales et libres. Ecoles normales d'instituteurs et d'institutrices. Ch.-l. de la 11® inspection des ponts et chaussées; du 18® arrondissement forestier, de la 8® région agricole, de la division minéralogique du Sud-Ouest. Arsenal ; manufacture des tabacs (1.850 ouvriers). Chemins de fer vers Paris par Montauban ou par Capdenac, vers Bordeaux et vers Cette, vers Bayonne, vers Ax, vers Bagnères-de-Luchon et vers Auch (Compagnie du Midi).

Industrie et Commerce. — Toulouse, située au centre de la plaine du Sud-Ouest, est un point de transit entre l'Océan et la Méditerranée, la France et l'Espagne ; elle reçoit les produits du Massif Central et des Pyrénées ainsi que les céréales et les vins de la plaine garonnaise. Les principales productions de la ville sont : la minoterie, les pâtes alimentaires, les pâtés de foie de canard, les tanneries, les couvertures de laine, la carrosserie, les marbres, etc. Les fers de l'Aveyron et de l'Ariège y alimentent l'industrie métallurgique (au faubourg des Amidonniers); il y a des ateliers de construction mécanique et de chaudronnerie, des fabriques de tissus de lin et de coton, des fonderies de caractères, des amidonneries, une usine d'électricité (dans l'ancien moulin historique du Bazacle), etc.

Histoire. — I. Toulouse sous les dominations romaine ET visïgothique. — Le nom de Toulouse a été donné à deux localités distinctes, bien que distantes de 13 kil. environ. L'une, désignée sous le nom de Vieille-Toulouse depuis le xiii® siècle, se trouve sur un éperon culminant des collines du PuechlXavid (239 à 253 m. d'alt.), non loin du confluent de l'Ariège et de la Garonne, sur la rive droite de ce dernier fleuve. C'était à l'origine un oppidum celtique, clos de murs de terre, destiné à servir d'abri en cas d'attaque subite aux habitants des villages voisins et à leurs troupeaux, et leur servait probablement de lieu de marché. L'autre était primitivement un de ces villages, qu'auraient fondés des Volkes, peuplade avec laquelle négocia Annibal. Strabon dit de Toulouse, d'après Posidonius, que sa situation à l'endroit le plus étroit de l'isthme entre deux mers, en avait déjà fait une ville remarquable par son commerce, dont les habitants cultivaient la terre et possédaient une organisation politique. Capitale des Tectosages, cette ville qui était imemporion, dont la Garonne drainait le commerce, ne pouvait pas être sur les collines. Les Tolosates passèrent de la domination des Arvernessous celle des Romains, lorsque ceux-ci constituèrent la province Narbonnaise ; mais Toulouse ne fut pas érigée en colonie, elle fut simplement ville alliée; au moment de l'invasion des Cimbres (107 av. J.-C), elle

secoua le joug, jetant en prison sa garnison romaine. Q. S. Coepion la reprit, grâce à une trahison, et pilla les trésors de ses temples; les malheurs de ce général firent dire que l'or de Toulouse lui avait porté malheur. La ville avait dans sa rébellion un chef, Copillus, que Sulla vainquit et fit prisonnier ; elle retomba sous la domination romaine ; écrasée par les impôts du gouverneur Fonteius, elle prit part à l'accusation portée contre lui devant le Sénat romain. Elle fournit des soldats à Crassus contre les Aquitains (56 av. J.-C). Sous Jules César ou sous Auguste, elle reçut le droit latin.

Au i®^ siècle ap. J.-C, Martial parle de la gloire intellectuelle de Toulouse (Tolosa Palladio), Galba y aurait fait construire un capitule et un amphithéâtre. Vers 250, saint Sernin (Saturninus) vint évangéliser la ville et y fut martyrisé: attaché à un taureau furieux, précipité du haut du Capitule. Les écoles de Toulouse étaient célèbres au temps d'Ausone, les trois frères de l'empereur Constantin y furent élevés. La ville tenait à cette époque le quinzième rang parmi celles de l'Empire et le troisième parmi celles de Gaule, ses murs enfermaient cinq quartiers. Les Toulousains subirent les persécutions de l'empereur arien Constance, qui exila Rhodanius, leur évêque (356). L'église de Saint-Sernin fut élevée par les évêques Sylvius et Exupère ; celui-ci défendit la ville assiégée par les Vandales (début du v® siècle). Toulouse fut prise par Ataulphe et ses Goths (413). Wallia y établit en 419 la capitale du royaume visigoth, l'empereur Honorius lui ayant cédé l'Aquitaine, de Toulouse jusqu'à l'Océan. Le général romain Litorius ne put reprendre cette ville sur Théodoric (439) ; elle fut enrichie des dépouilles des Suèves par Théodoric II qui y avait fait prendre la pourpre à Avitus (455-56).

II. Toulouse sous les Mérovingiens et les Carolingiens. — En 508, Clovis prit Toulouse sans résistance, car les habitants étaient catholiques, il s'y empara des trésors d'Alaric. Cette ville importante et le pays environnant furent possédés successivement par Clotaire ou Childebert (511-61), Caribert, Chilpéric (567-84) et Gontran, comme tuteur de Clotaire II. Au milieu du vi® siècle, Toulouse renfermait les basiliques de Saint- Vincent, dont il n'a plus été fait mention depuis Grégoire de Tours, de Notre-Dame de la Daurade, qui servit de refuge à la malheureuse Rigonthe, fille de Chilpéric, de Saint-Sernin, qui fut reconstruite vers 570 par le duc Launebode. Le territoire conquis sur les Visigoths semble en effet avoir été constitué en duché, occupé par l'aventurier Gondovald, repris par le roi Gontran (585 env.), possédé par Clotaire H (613-30) et érigé en royaume d'Aquitaine par Dagobert pour son frère Caribert (630-32) (V. Aquitaine). Ce pays est alors réuni à ses Etats par Dagobert, qui le rattache à la Neustrie, laissée par lui à Clovis II (639-57). L'indépendance de l'Aquitaine s'accentue à cette époque, et le sort de Toulouse reste obscur jusqu'à la guerre de Pépin le Bref contre le duc d'Aquitaine Waifre, successeur des ducs Hunald et Eudes, qui dominait sur Toulouse (759). Pépin triompha et soumit Toulouse (767), qui, après avoir appartenu à Carloman, revint à Charlemagne (771). Le Toulousain fut organisé en comté, dont le chef avait aussi le titre de duc, parce qu'il défendait toute l'Aquitaine contre les Gascons. Le royaume d'Aquitaine ayant été constitué en faveur de Louis, fils de Charlemagne (778), Toulouse en fut la capitale, et les assemblées du royaume s'y tenaient. Le comté de Toulouse était érigé en marche ou duché contre les Sarrasins et les Gascons : le comte Chorson (778-90) fut pris par ces derniers, et déposé; Guillaume» dit de Gellone, qui le remplaça, augmenta la marche par ses conquêtes (790-806) ; Béranger lui succéda (f 835), puis Ecfrid ou Acfred, révoqué après la prise de Toulouse par Charles le Chauve (844), ensuite Frédelon (845-52) et son frère Raimond(f 864), comte de Limoges, desquels descendent les comtes héréditaires, connus sous le nom de dynastie des Raimond. Vers 848,

TOULOUSE

les Normands prirent Toulouse ; le bourg de Saint-Sernin se formait auprès de la cité, qui renfermait dans ses murs le monastère bénédictin de Notre-Dame de la Daurade, situé près de la Garonne. Bernard, fils de Raimond et comte de Toulouse (f 875), eut des démêlés avec Hincmar, archevêque de Reims, pour avoir pillé les biens de son église, qui étaient en Aquitaine. La marche de Toulouse, réduite à peu près au Toulousain, après avoir eu plusieurs maîtres, surtout Charles le Chauve, fut réunie au royaume par l'avènement de Louis le Bègue (877), mais resta au comte Eudes (f 918), fr^re de Bernard, qui possédait héréditairement les comtés de Rouergue et de Quercy et en bénéfice le Carcasses et le Razès. Par mariage, il acquit l'Albigeois. En 880, le comté de Toulouse passa sous la domination de Carloman.

IlL Toulouse sous ses comtes. — Le roi Eudes fut reconnu en 888 par le comte Eudes, qui a souscrit l'acte de fondation de Cluny par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine (910). Le comte Eudes s'associa son fils Raimond II, qui lui succéda, après avoir eu des difi'érends avec Benoît, vicomte de Toulouse. En 918, Raimond devint marquis de Gothie en indivis avec son frère Ermengaud, tous deux restèrent fidèles à Charles le Simple (922), Raimond combattit les Sarrasins qui arrivèrent jusqu'à Toulouse (920) et les Hongrois (923). Raimond III Pons son fils, qui lui succéda en 924, ne reconnut pas Raoul comme roi ; il acquit l'Uzège et le Vivarais, intervint dans la vicomte de Narbonne, et mit en déroute les envahisseurs hongrois ; il fonda une abbaye à Thomières en l'honneur de saint Pons. Raimond et Ermengaud, en se soumettant au roi Raoul, reçurent le duché d'Aquitaine (932), qui leur fut confirmé par Louis IV d'outre-Mer (9i4), mais sortit de leur famille, à la mort de Raimond-Pons (950). Le comte Guillaume III Taillefer, son fils, fit un partage avec Raimond n, descendant d'Ermengaud ; Raimond II, comte de Rouergue, Quercy et Albigeois, fut la tige des comtes de Saint-Gilles (975 env.). Guillaume, par son mariage avec Emme, acquit une partie de la Provence, il mourut vers 1037. Son fils Pons, qui lui succéda, lui était associé dès 1004; il unit l'abbaye de Moissac à Tordre de iUuny. Le titre de vicomte de Toulouse était porté vers 940 par Aton, vers 961 par Adhémar, par un autre Adhémar (1050) et son frère Armand (1074). A la mort de Guillaume III, l'aîné de ses fils, Guillaume IV, devint comte de Toulouse; le cadet, Raimond, épousa l'héritière du comté de Provence, hérita des domaines en Rouergue de la branche cadette. Guillaume IV, en donnant le fief du Lauragais au comte de Barcelone, reçut son hommage féodal (1071); en 1056, un concile provincial réuni à Toulouse prit des décisions disciplinaires importantes. Le duc d'Aquitaine Gui Geoffroi s'empara de Toulouse (1079). Guillaume IV fit des concessions à l'abbaye de la Daurade qu'il choisit pour lieu de sépulture des comtes, il régularisa le chapitre de la cathédrale de Toulouse; ses deux fils étant morts, il légua le comté de Toulouse au comte de Saint-Gilles, Raimond, son frère, et mourut en 1093 pendant son pèlerinage à Jérusalem. Le bourg de Saint- Sernin existait en 1077, la nouvelle église collégiale y fut consacrée par le pape Urbain II (1096). Le comte Raimond IV prit la croix et partit pour Jérusalem, laissant ses domaines à son fils Bertrand ; il prit une part brillante à la première croisade, avec ses chevaliers, aux sièges de Nicée, d'Antioche, de Jérusalem, refusa la couronne de Jérusalem , conquit pour lui le comté de Tripoli, où il mourut (1105) et oii son neveu Guillaume-Jourdain lui succéda. Guillaume ÏX d'Aquitaine, qui avait épousé Philippa, fille du comte Guillaume IV, revendiquait le comté de Toulouse, il s'empara de cette ville et l'occupa de 1097 à 1100. Le comte Bertrand partit pour la Terre Sainte (1109) où il mourut (1112), laissant le comté de Toulouse à son frère Alphonse- Jourdain, né en 1103 en Terre Sainte, qui fut chassé de sa capitale (1114-19) par Guillaume IX d'Aquitaine. En 1120, les Hospitaliers de Jérusalem fon-

dèrent le prieuré de Saint-Rémi, à Toulouse. Dans cette ville, Alfonse-Jourdain créa autour du Chàteau-Narbonnais, sa résidence, une salvetat. Il guerroya contre le duc d'Aquitaine et le comte de Barcelone; un traité avec ce dernier régla le partage de la Provence (112o) entre les maisons de Toulouse et de Barcelone. Alphonse étendit son influence sur Carcassonne. Il accorda aux Toulousains, parmi lesquels saint Bernard vint prêcher contre les hérétiques, leurs premières franchises (1141 et 1147) et exemptions d'impôt. Il mourut à la croisade, empoisonné à Césarée (1148). Le comte Raimond V, son fils, était très puissant, il épousa Constance, sœur du roi Louis VIL En 1152, les Toulousains ont un conseil commun, qui promulgue un petit code pénal et commercial, et un conseil plus étroit appelé capitulum. Une ligue formée contre Raimond V par le comte de Barcelone fut soutenue par le roi d'Angleterre Henri II, qui assiégea Toulouse, mais se relira devant Louis VII entré dans la ville pour la défendre (1159). Raimond V reçut les hommages des vicomtes de Carcassonne, de Nîmes, du comte deMelgueil; sa cour était fréquentée par les plus brillants troubadours. Depuis 1166 jusqu'à sa mort, il lutta contre le roi d'Aragon Alphonse 11, sans pouvoir lui enlever la succession de Provence, contre Henri II d'Angleterre et son fils Richard Cœur de Lion, qui menaça Toulouse d'un siège (1188). Toulouse, en 1175, avait douze capitouls, six pour la cité et six pour le bourg, qui l'administraient et rendaient la justice au civil et au criminel. L'abbé de Citeaux y vint prêcher contre les hérétiques albigeois, déjà très nombreux, dénoncés par lecomte (1177). Raimond VI, qui lui succéda H 194), réunit à ses domaines le comté de Melgueil, le Quercy, la vicomte de Nîmes, reçut les hommages du seigneur de Montpellier et du vicomte de Narbonne, reçut en gage les vicomtes de Millau et de Gévaudan. La ville de Toulouse également augmentait en puissance : ses consuls obtenaient par les armes de leur milice des exemptions de leudes et de péages des seigneurs de Lomagne, de Villemur, de villes de Rabastens, Gaillac, Saverdun (1202-4). L'organisation communale se complétait par les mesures bienveillantes du comte, qui, de 1181 à 1182, avait pacifié les esprits, en confirmant les règlements de police des consuls. Depuis 1181, il y avait vingt-quatre consuls. Les progrès de l'hérésie des Albigeois à l'égard desquels Raimond VI était très tolérant attirèrent l'attention de la papauté, secondée par l'évêque Folquet de Marseille ( 1206); le meurtre du légat Pierre de Castelnau, qui avait excommunié le comte, provoqua la prédication de la croisade. La défaite de Raimond VI et ses alliés à Muret (1234), laissa Toulouse sans défense, et Simon de Montfort y entra (1215), il y établit un châtelain qui rendait la justice, assisté de quatre prud'hommes nommés par le conquérant. Les Raimond n'avaient pas donné de privilèges formels à leurs fidèles Toulousains, Montfort en profita pour supprimer le consulat. Le concile de Latran dépouilla Raimond VI, ne laissant à son fils que Nîmes et le marquisat de Provence. Saint Dominique fonda son ordre à Toulouse (1215). Simon de Montfort, violant son serment, fit raser les fortifications de Toulouse, excepté le Château-Narbonnais, où il établit son gouvernement, et leva sur la ville une amende de 3.000 marcs d'argent, exila en outre les principaux bourgeois. Aussi Raimond VI, revenant d'Aragon avec des troupes, fut-il accueilli avec joie par les Toulousains (1217), qui, par un effort héroïque, fortifièrent leur ville démantelée, ainsi que le faubourg de la rive gauche, du nom de Saint-Cyprien (San Subrajy et soutinrent un long siège, où Simon de Montfort trouva la mort (1218). Raimond VI reprit alors l'avantage, et Toulouse résista au siège fait par le prince Louis de France (1219). Le comte (f 1222), reconnaissant, accorda à sa ville des exemptions et franchises considérables ; en 1223, Raimond VII, son fils, reconnut aux habitants le droit d'élire leurs vingt-quatre consuls, deux par quartier ou partida; voici les noms des quartiers : dans la cité, la

TOULOUSE

Daurade, le Pont- Vieux, la Dalbade, Saint-Géraud (plus tard la Pierre), Saint-Etienne et Saint-Rome; dans le bourg, Saint-Pierre-des-Cuisines, Las CroseSy Arnaud- Bernard, Pouzonville, Matabiau, Villeneuve. Les consuls avaient l'administration des finances et de la justice, ils nommaient les gardes de nuit, les surveillants des marchés, les peseurs publics. Raimond Vil commença les négociations pour sa récanciliation avec l'Eglise, mais le légat, cardinal de Saint- Ange, lui était très hostile, et il détermina le roi Louis VIII à se mettre à la tête d'une nouvelle croisade contre le comte excommunié (1226) ; Toulouse ne fut pas prise, les armes de Raimond ne furent pas constamment malheureuses, le concile de Meaux (4229) lui accorda Tabsolution, mais il dut céder ses domaines au roi de France, détruire les murailles de Toulouse et de trente villes et châteaux, et entretenir pendant dix ans des maîtres de théologie, droit canon, philosophie et grammaire. Ce fut l'origine de l'Université de Toulouse, constituée (1245) par l'adjonction de professeurs de droit civil et de médecine ; elle était organisée démocratiquement, comme celle de Bologne, car l'assemblée générale des maîtres et écoliers nommait ses administrateurs, sous le contrôle du chancelier du chapitre de la cathédrale, chargé de surveiller les croyances religieuses. En outre, ITnquisition fut établie dans la ville réconciliée avec l'EgUse (1229). Les capitouls furent excommuniés, lorsque les Toulousains eurent chassé leur évêque et les inquisiteurs (1235). Raimond VII, chargé de la répression de l'hérésie, fut plusieurs fois excommunié quand son zèle faiblissait ; il essaya en vain, par sa diplomatie, de faire et préparer des obstacles à l'exécution du traité de 1229. Des commissaires royaux firent prêter serment au roi par tous les Toulousams ^1243) ; le droit de nomination des consuls que ceuxci avaient transféré à Raimond VII en 1241 leur fut rendu par lui (1248). Raimond VII avait différé le voyage en Terre Sainte, qui lui était imposé jusqu'au moment de sa mort (1249). Ses domaines : le comté de Toulouse, une partie de l'Albigeois, le Rouergue et le (Juercy, l'Agenais et le marquisat de Provence passaient à sa fille unique Jeanne, femme d'Alphonse, comte de Poitiers, au nom duquel des commissaires royaux reçurent au Château-Narbonnais les serments des chevaliers de ces domaines et des consuls et habitants de Toulouse. Ce prince venu du Nord trouvait exagérée l'indépendance de cette ville, il la combattit dès 1254, réduisant à douze le nombre des capitouls, qu'il prétendit nommer. Le débat durait encore à l'époque de sa mort (1271).

IV, Toulouse sous la monarchie française. — Toulouse passa, avec l'héritage d'Alphonse de Poitiers, sous la domination du roi Philippe III ; ses consuls prêtèrent serment entre les mains du sénéchal de Carcassonne. Les coutumes et privilèges de la ville furent confirmés (1273). Philippe III, en effet, se montra plus conciliant qu'Alphonse, réprima les empiétements et exactions de son viguier, accorda l'exemption de la leude pour les marchandises circulant en gros (1278). Une commission temporaire, tirée du Parlement de Paris, fut instituée à Toulouse (1280) où le roi fit trois séjours en 1280 et 1283. Une ordonnance donna la nomination des 12 capitouls au viguier, mais sur une liste de 24 présentée par les capitouls sortants (1283). Les coutumes de la ville, remarquables sur beaucoup de points, furent rédigées en 1283 et soumises à l'approbation du roi, qui, en ajournant vingt articles, les fit promulguer en 1286. Toulouse fournit à Philippe le Bel un corps de troupes considérable (1294). L'évèché de Toulouse fut diminué par l'érection de celui de Pamiers (1294). A cause des plaintes contre l'Inquisition, le roi lui imposa le contrôle de l'évêque (1301-4) ; pendant le séjour qu'il fit dans la ville (1304), Philippe IV accorda aux consuls la juridiction criminelle, et l'intervention du sénéchal dans leurs conflits avec le viguier. Le pape Clément V passa par Toulouse (1309) et fut pris pour arbitre par les consuls et le sénéchal. En 1317, Toulouse

devint siège archiépiscopal ; Louis X confirma ses privilèges. Les Etats de Languedoc y furent tenus (13d9). Les pastoureaux y massacrèrent tous les juifs (1320). La société de la gaie science, fondée par sept troubadours (1323), y institua les Jeux floraux, que subventionnèrent les capitouls. En 1329, le pape Jean XXII réforma l'Université, autour de laquelle furent fondés, au xiv® et au xv^ siècle, de nombreux collèges. Un étudiant, Aimeri Bérenger, qui avait tué un capitoul dans une rixe (1332), ayant été décapité sur sentence des capitouls, le consulat fut supprimé ainsi que la commune. Moyennant 50.000 livres, le roi les rétablit, en décidant que ses oflîciers choisiraient les 12 consuls sur une liste de 36, dont les deux tiers pour la cité, l'autre tiers pour le bourg. La ville offrit, en 1343, 12.000 livres pour le rachat des infractions monétaires et pour la réforme des monnaies. En 1352, la ville fut menacée par les troupes anglaises, le comte d'Armagnac y leva des troupes parmi les habitants, il faillit y être tué par une violente sédition (1357). Le comte de Poitiers y retabfit l'ordre, y réunit les Etats de Languedoc (1358). Toulouse fournit 6.000 moutons d'or pour la rançon du roi Jean ; elle eut à souffrir de la tyrannie et des exactions du duc d'Anjou qui y fit de longs séjours (1365-80). Sous prétexte de « rébellions, désobéissances, tuchineries », Charles VI condamna Toulouse à payer une amende de 184.000 livres qui fut recouvrée au moyen d'une taxe sur la viande (1384) ; il réduisit à 4 le nombre des capitouls, que les réclamations le forcèrent à porter à 8 en 1389 (pendant le séjour qu'il fit à Toulouse) et à 12 en 1400. Les juifs, persécutés en 1322, y étaient revenus cinquante ans après, au nombre d'environ cinquante familles, ils y avaient une école, une synagogue et un cimetière. En 1406, à l'occasion de deux candidatures à l'archevêché de Toulouse, il y eut des troubles graves, où l'Université prit part. Le dauphin Charles accorda aux habitants le privilège de franc-fief, et aux capitouls l'exemption d'impôts, c'est là l'origine de la noblesse conférée aux capitouls par l'exercice de leur charge, et il institua le Parlement de Toulouse (1420) (V. Parlement). Aussi les habitants de Toulouse et du Languedoc le soutinrent-ils de leurs deniers ; il confirma les privilèges de la ville (1422). Le Parlement en fut chassé par la peste (1425) et alla à Béziers. Charles VU rendit aux capitouls la justice criminelle (1434), mais leur nombre fut réduit définitivement à huit fd438), et les officiers royaux d'un côté, le Parlement de 1 autre, empiétèrent désormais sans cesse sur leurs attributions. Charles VII séjourna à Toulouse (1442-43) et conserva à la ville son hôtel des monnaies ; il y établit définitivement le Parlement. La peste v sévit (1451) ; un incendie en détruisit les trois quarts (1463), et la peste suivit; aussi Toulouse fut-elle exemptée de tailles pour cent ans, le Parlement quitta la ville et n'y revint, ainsi que la Cour des aides, qu'en 1468. C'est vers 1450 que la tradition place l'existence de dame Clémence Isaure, bienfaitrice de la société des Jeux floraux, mais c'est un personnage imaginaire. Peste en d472, peste et famine en 1474. Toulouse est la quatrième ville de France où l'on ait imprimé (12 juil. 1476). La Cour des aides de Toulouse est transférée à MontpelHer (1477). Charles VIII accorda à Toulouse l'exemption des tailles moyennant 2.500 livres par an (1487). Des troubles sanglants y éclatèrent à cause de l'opposition entre l'archevêque élu par le chapitre et l'archevêque nommé par le pape (1493-94). Toute cette période fut presque continuellement marquée à Toulouse par la peste, qui y enleva 3.000 personnes en août 4506. Les capitouls détruisirent toutes les maisons situées hors des remparts qui furent réparés (1525). La Réforme, introduite à Toulouse par des étudiants étrangers, fit de 1532 à 4538 des progrès dans l'Université: le Parlement commença une énergique répression : le professeur Boissonné, le bachelier Cadurque, l'inquisiteur Rochette furent brûlés en place du Salin. Une bourse des marchands fut

TOULOUSE

créée par édit royal (4549). L'archevêque Odet de Châtillon embrassa le protestantisme. Quatre cents étudiants demandèrent pour la nouvelle religion une église (1560 ) , plusieurs capitouls embrassèrent la Réforme. Entre catholiques et huguenots, il y eut une émeute (1564) ; les réformés, qui exerçaient leur culte, selon l'édit de janvier, hors des murs de la ville, protégés par les hommes d'armes des capitouls, tentèrent de' livrer la ville au prince de Condé ; ils mirent le siège devant le Palais, où le Parlement prenait la tète du parti catholique, une partie de la ville fut incendiée et pillée par les deux partis en armes, mais les protestants furent forcés de s'enfuir et furent tués en partie (12-15 mai 1562). Le gouvernement royal réintégra huit capitouls protestants, condamnés à mort par le Parlement. Les catholiques y formèrent une Sainte ligue (1563). Les difficultés entre les capitouls et le Parlement furent réglées par arrêt du conseil (1566). A la nouvelle du projet des protestants de livrer la ville au prince de Condé, les Toulousains s'armèrent, l'Université et le Parlement se formèrent, les catholiques ligués s'organisèrent en croisade (1567). Condé et Coligny ravagèrent les environs et les faubourgs de la ville, favorisés par rinertie du gouverneur Damville. Les protestants de Toulouse, emprisonnés par ordre du roi, furent massacrés par un certain nombre de fanatiques, qui pillèrent leurs maisons, malgré la défense du Parlement (1572). Les personnes suspectes de protestantisme furent arrêtées à plusieurs reprises ; la peste fit quelques apparitions. Montmorency, gouverneur du Languedoc, était à la tête de la Ligue à Toulouse ; son lieutenant Joyeuse, le Parlement et les capitouls dirigeaient les modérés et les royalistes ; les deux partis en vinrent aux armes, mais la Ligue domina, depuis 1586, dans la ville, au milieu des ravages de la peste. Les hgueurs instituèrent un conseil des dix-huit pour l'administration de la ville, ils assassinèrent le premier président Durant! et l'avocat géftéral Daffis, qui prêchaient la soumission au roi (1589), et tinrent à Toulouse leurs états généraux. Le nouvel archevêque, cardinal de Joyeuse, les soutenait; à la mort du duc de Joyeuse (1592), son frère, jusque-là capucin, reprit le titre de duc, et continua la guerre civile. Mais la conversion de Henri ÏV et ses concessions aux capitouls amenèrent la soumission de la ville ; après une nouvelle tentative de Joyeuse (1595), le Parlement enregistra l'édit de Folembrai et proclama la paix (1596), qui ne fut pas troublée en 1620, grâce aux arrêts tolérants du Parlement. La ville s'imposa fortement pour aider le roi au siège de Montauban (1621) et lui fournit de l'artillerie et des munitions peu après. On évalue à 50.000 personnes les victimes de la peste à Toulouse (1628-30-31). Louis XIII et Richelieu y vinrent pour obtenir du Parlement la condamnation à mort de Montmorency ; le garde des sceaux présida le jugement, la ville fut occupée militairement, et les capitouls furent suspendus jusqu'après l'exécution (1632).

A la fin des guerres civiles, Toulouse était fort appauvrie: or les impôts augmentaient, et elle avait à supporter continuellement les frais d'étape des troupes allant en Catalogne ; un bateau chargé de blé y provoqua une émeute (1643). Les capitouls voulurent faire payer la taille aux membres du Parlement, qui laissa supprimer les élections capitulaires par arrêt du Conseil (1644-45), la résistance de la bourgeoisie fut brisée. Les nouveaux capitouls, nommés par lettre de cachet, entrèrent en conflit, à cause de la taille, avec- le Parlement (1645-46), il y eut de longs troubles. Le consistoire municipal accorda des secours au poète Goudelin. L'abonnement des tailles fut rétabli au profit de la ville (1650) ; en 1653, la peste sévit; les Etats de Languedoc s'y réunirent, Louis XIV y vint (1659). Les dettes de la ville s'élevaient à 2 millions de livres en 1662. Le faubourg Saint-Michel fut dévasté par un incendie qui ruina quatre ou cinq cents familles (1672). Les protestants n'y étaient pas plus de 479, d'après l'intendant d'Aguesseau en 1685. Le Parlement, avec l'appui du

roi, était le maître à l'hôtel de ville, d'où les libertés avaient à peu près disparu, malgré le serment prêté par le roi en 1659. Les capitouls, nommés par lettres de cachet, préoccupés seulement d'acquérir l'anoblissement par leur charge, délaissent les affaires municipales, dont s'occupe l'intendant, surtout Lamoignon de Bâville, de 1685 à 1717. Le roi se fait livrer les canons de la ville (1685) et se réserve formellement la nomination des capitouls, qui faisaient construire la salle dite des Illustres, destinée à renfermer les bustes des plus célèbres Toulousains. En 1692, la vénaUté de la charge de maire est introduite; rachetée en 1699, elle fut ensuite plusieurs fois rétablie, de même que celles des charges de lieutenant, de maire et de capitouls. L'intendant évalue à 18.040 familles la poputation de la ville (1698) où, malgré sa belle situation, le commerce est à peu près nul, parce que les fils de marchands prennent des charges de magistrats ou de capitouls. Cependant, en 1701 , une chambre de commerce y fut créée, à la place de l'ancienne bourse ; une direction des gabelles y fonctionnait. Les capitouls se plaignirent à l'intendant L. de Bernage de la décadence de la ville (1717), où une inondation de la Garonne fit de terribles dégâts, surtout dans le faubourg Saint-Cyprien (1727). En 1726, le peintre Rivalz fonda une école des beaux-arts sous les auspices des capitouls. Des troubles éclatèrent à cause de la cherté du blé et de l'exagération des impôts (1747). L'afîaire célèbre de Jean Calas s'y passa (1761). Le cardinal-archevêque de Brienne fit construire les quais de la ville. Le Parlement, qui refusait d'enregistrer les nouveaux édils de finances, vit le palais occupé militairement (1764) et dut céder; il fut dissous en 1771, pour l'établissement d'un Parlement Maupeou qui eut à prendre des mesures contre une grave épizootie (1775). La chambre de commerce de la ville obtint des mesures pour l'amélioration du cours de la Garonne où la navigation était devenue très difficile (1776). En 1778, le capitoulat fut réorganisé ; un conseil général devait élire quatre commissions permanentes et les quatre officiers de la ville. Le Parlement réclama contre ces mesures. Ses refus d'enregistrement le firent exiler et remplacer par cinq grands bailliages (1788).

V. Toulouse depuis la Révolution. — La convocation des Etats généraux de 1789 trouva à Toulouse la désorganisation : les trois ordres demandèrent des réformes, relatives surtout aux impôts. Le 26 nov. 1789, les capitouls prirent l'initiative d'une adresse au roi et à l'Assemblée nationale. Toulouse fut déclarée chef-lieu du nouveau département (1790). La municipalité de Toulouse organisa le 4 juil. 1 790 une fête de la fédération avec les départements du Sud-Ouest. L'archevêque, M. de Fontanges, n'ayant pas prêté serment, le corps électoral élut le P. Sermet (1791), que ses harangues en patois languedocien rendirent populaire. Le tribunal révolutionnaire de Toulouse, créé en nov. 1794, fonctionna pendant 92 jours : un de ses condamnés fut Jean du Barry. Les Toulousains combattirent glorieusement dans la 32« demi-brigade à Lonato. La ville vota en faveur de Napoléon I®^ (1804), qui en 1808 y fit un séjour et décréta des travaux d'utilité municipale. Le 10 avr. 1814, bataille de Toulouse entre le maréchal Soult et les Anglais de Wellington. Sous la Restauration, la municipalité royaliste ne put empêcher le meurtre du maréchal de camp Ramel, commandant de la place, par les royalistes exaltés (1815). Les inondations de la Garonne de 1827 et 1835 furent de beaucoup dépassées par celle de 1875 qui dévasta les quartiers Saint-Michel et des Amidonniers et surtout le faubourg Saint-Cyprien.

VI. Monnaies. — Des tiers de sou mérovingiens portant la légende TOLOSA FIT prouvent l'existence d'un atelier monétaire à Toulouse depuis cette époque. Des deniers carolingiens y furent frappés, avec la légende TOLVSA ou TOLOSA CiyiTAS,sous Charlemagne, Louis le Pieux, Pépin II d'Aquitaine, Charles le Chauve ou Charles l'Enfant, Carloman, Charles le Gros et Eudes. Depuis Guillaume III Taillefer (950-1037), la monnaie de Toulouse a porté le

TOULOUSE

nom du comte qui la faisait frapper. A l'origine, Févêque de Toulouse battait monnaie. La monnaie des comtes eut une grande influence dans tout le Midi sous le nom de deniers raifflondins ou toisas, dont le type est à l'avers une croix. Alphonse de Poitiers introduisit la monnaie tournois, mais en conservant la légende TOLOSA CIVITAS; Philippe III fit de même ; il fit frapper à Toulouse des doubles tournois dits toulousains. Sous les rois ses successeurs, l'atelier monétaire de Toulouse frappa toutes sortes de monnaies royales.

Hommes célèbres. — Peire Raimon, troubadour (1170- 1200); Peïre Vidal, troubadour (1175-1215); Peïre Guilhem, troubadour (1230-37) ; Guilhem Anelier, poète historien (1277); Guilhem Molinier, poète et grammairien (xiv® siècle) ; Louis II, roi de Naples, comte de Provence (1377-1417); Arnaud de Ferrier, jurisconsulte et diplomate (1508-85); Jacques Cujas, le célèbre jurisconsulte et professeur de droit (1522-90); Raimond de Fourquevaux, écrivain militaire et diplomate (f 1574) ; Gui du Faur de Pibrac, homme politique, diplomate, moraliste et poète (f 1584); Etienne Duranti, premier président au Parlement de Toulouse (f 1589); Nicolas Bachelier, architecte et sculpteur (première moitié du xvi*^ siècle); Catel, historien (f 1626); Pierre Goudouli ou Goudelin, poète en idiome languedocien (f 1649); François Maynard, poète (f 1646) ; Pierre de Caseneuve, érudit (f 1652); le chevalier Antoine Deville, ingénieur militaire (f 1656); Campistron, poète (f 1713); Jean Palaprat, auteur comique (f 1721); François de Troy, peintre (f 1730); Antoine Rivalz, peintre (f 1735) et Jean-Baptiste Despax, son élève (f 1774) ; les conventionnels Delmas (1754-1800), Calés (f 1834) et Jean-Baptiste Mailhe (f 1839); François Lucas, sculpteur (1736- 1813); le général Verdier (f 1839); Legendre, géomètre (f 1833); Esquirol, médecin aliéniste (f 1840); Baour- Lormian, poète (f 1854); Isidore de Montbel (f 1861) et Joseph de Villèle (fl 854), ministres sous la Restauration; Hue, missionnaire (f 1862); Armand Duportal, puldiciste (t 1887); Bida, dessinateur (f 1895); Falguière, sculpteur (f 1900) ; Capoul, chanteur, directeur de la scène à rOpéra ; Mercié, sculpteur; Salvayre, compositeur; Marqueste, sculpteur; les deux Dieulafoy, le médecin et l'explorateur, membre de l'Institut, etc.

EvÊQUEs. — Saint Saturnin, martyrisé vers 250 ; saint Honorât, vers 263; saint Hilaire, vers 300; Rhodanius, 350-358 ; saint Sylve, 360 à 400 env. ; saint Exupère, vers 400; Maxime, vers 450; Héraclien, 506; saint Germier, 541; Magnulfe, 585; Willegisilus, 625, saint Erembert, 657; Arricius, 785; Mancion, 829; Samuel, 843; Salomon, 857; Hélisachar, 861 ; Bernon ou Bernard, 883-890; Armand ou Ardemald, 903-925; Hugues I«% 927-972; Aton I«^ 973; Issolus ou Islus, 974 986; Aton H, 990; Raimond H, 1005-10; Pierre Roger, 1018-31; Arnaud I«^ 1032-35; Bernard II, 1035-40; Hugues II, 1043; Arnaud II, 1045-56; Durand de Bredon, 1059-71 ; Izarn de Lavaur, 1070-1105; Amelius-Raimond du Puy, 1106-40; Raimond de Lautrec, 1140-63; Bernard Bonhomme, 1163-64; Géraud deLabarthe, 1164-70; Hugues HI, 1170-75; Bertrand de Villemur, 1175-78; Gozlin, 1168-79; Fulcrand, 1200; Raimond- Arnaud, compétiteur, dépossédé 1201-2; Raimond de Rabastens, déposé 1205; Foulques de Marseille, 1205-31; Raimond du Fauga, 1231-70; Bertrand de risle-Jourdain, 1270-86; Hugues Mascaron, 1286-96; saint Louis d' Anjou-Sicile, 1296-97; Arnaud- Roger de Comminges, 1297-98; Pierre de la Chapelle- Taillefer, cardinal, 1298-1305; Gaillard de Preissac, 1305-17.

Archevêques. — Raimond de Comminges, cardinal, 1305-28; Guillaume de Laudun, 1328-45; Raimond de Canilhac, cardinal, 1345-50 ; Etienne Aldebrandi ou Audebrand, 1350-60; Gaufred de Vayroles, 1360-76; Jean de Cardailhac, 1376-90; François de Gonzié, 1390-

92; Pierre de Saint-Martial, 1392-1401 ; Pierre Ravot, nommé par l'antipape Benoit XIH, 1401-8; Vidal de Castelmaurou, 1401-10; Dominique de Florence, 1410- 22; Denis du Moulin, 1422-39; Pierre du Moulin, son frère, 1439-51; Bernard du Rozier, 1452-75; Pierre de Lion, 1475-91 ; Pierre du Rozier, compétiteur malheureux, 1493-94; d'Hector de Bourbon, 1494- 1502; Jean d'Orléans, cardinal, 1502-33; Gabriel de Gramont, 1533-34; Odet de Chatillon, cardinal, 1534- 50; Antoine Sanguin, cardinal, 1533-59; Odet de Chantillon reprend l'archevêché, 1559-62; Georges d'Armagnac, cardinal, 1562-77; Paul de Foix, 1577-84; François de Joyeuse, cardinal, 1584-1605; Louis de Nogaret de Lavalette, 1605-27; Charles de Montchal, 1627-51; Pierre de Marca, 1651-62; Charles d'Anglures de Bourlemont, 1662-69; Pierre de Bonzi, cardinal, 1669-73; Joseph de Montpezat de Corbon, 1673-87; J.-B. Michel Colbert de Villacerf, 1687-1710; René- F>ançois de Beauvau, 1710-19; Henri de Nesmond, 1719-27; Jean-Louis de Balby de Berton de Crillon, 1727-39; Ch. -Antoine de La Roche-Aymon, cardinal, 1739-52; François de Crussol-d'Uzès-d'Amboise, 1752- 58; Arthur-Richard Dillon, 1758-62; Loménie de Brienne, cardinal, 1762-89; François de Fontanges, insermenté, remplacé par le P. Hyacinthe Sermet, 1791- 1802; Claude-François-Marie Primat, 1802-16; François de Bovet, 1816-20; Anne- Antoine- Jules de Clermont-Tonnerre, 1820-30; Paul-Thérèse-David d'Astros, cardinal, 1830-54 ; Jean-Marie Mioland, 1851-59; Julien-Florian-Félix Despre^, cardinal, 1859-95; François-Désiré Mathieu, cardinal, 1895-99 ; Jean-Augustin Germain, nommé en 1899.

Conciles. Des conciles ont été tenus à Toulouse en 829, vers 1006, en 1056, vers 1060, 1068, 1079, 1090, 1110, 1118, 1119 présidé par le pape Calixte II, vers 1160, 1229, 1327, 1590.

Monuments. — La cathédrale^ dédiée à saint Etienne, est formée d'un chœur et d'une nef entièrement différents d'aspect et non construits sur le même axe. En effet, la nef a été bâtie sous l'impulsion du comte Raimond VI, à partir de 1211 ; c'est une imposante construction de briques comportant trois travées de plan barlong, larges de 19"^, 24, voûtées de massives ogives au profll rectangulaire, dont l'arc est à peine brisé, et d'arcs doubleaux très puissants, qui sont actuellement dépourvus de piédroits, bien qu'à la naissance de la voûte soient encastrés dans le mur de forts chapiteaux. Ces chapiteaux, ainsi que ceux qui forment l'arcature de la galerie intérieure du mur de façade, sont d'un très beau style roman, imités du type corinthien, la perfection et le relief de leur sculpture ne permettent pas d'y voir, comme le voudraient les érudits toulousains, des restes de l'église cathédrale bâtie par l'évêque Izarn (1070-1105). Cette nef est décorée d'une clef de voûte, où la croix de Toulouse est sculptée, et d'une rose de 6''\76 de diamètre, dont le remplage rappelle celle de la façade de Notre-Dame de Paris, mais avec plus de lourdeur, et qui peut être datée de 1230. L'évêque Bertrand de Tlsle conçut le projet de construire une cathédrale semblable à celles du N. de la France, et il fit commencer en 1273 la construction d'un chœur avec collatéral et chapelles sur le pourtour, bâti en pierre de Roquefort (50 m. de longueur) ; il n'eut le temps d'en pousser la construction que jusqu'à la galerie en forme de triforium. A la mort de cet évêque (1286), les travaux furent presque complètement arrêtés, une toiture provisoire fut posée et ses successeurs s'occupèrent seulement des chapelles; en 1449, on commença à bâtir le grand portail qui s'ouvre sur la façade de la vieille nef. L'archevêque Jean d'Orléans reprit les travaux dans le chœur, dont il termina les chapelles ; les contreforts en furent surélevés pour permettre la construction d'arcs-boutants . Le clocher fut commencé à cette époque sur le côté de la vieille nef, c'est une tour rectangulaire très massive. Après l'in-

TOULOUSE

cendie de 1609 dont les parties hautes du chœur encore inachevé eurent à souffrir, le chapitre, avec l'aide du Parlement et des Etats de Languedoc, fit construire la voûte par P. Levesville, maître maçon d'Orlé.ins, qui la termina en 1611 ; alors on sculpta les stalles et les boiseries de Forgue. De 1664 à 1669, l'architecte Pierre Mercier éleva le grand retable du maître autel; dans ce retable de pierre et de marbre, Gervais Drouet sculpta le groupe de la lapidation de saint Etienne. — L'ancienne église collégiale Saint-Sernin est la plus importante des églises romanes de France : cet édifice mesure hors-œuvre 115 m. de longueur totale, 32^,52 de largeur de nef et 64 m. au transept. La îief, dont la voûte en berceau, portée sur des arcs doubleaux, s'élève à 21"^, 10, a des bas côtés doubles, voûtés d'arêtes, hauts respectivement de O'^^SS et 7*^,30. Le transept, très développé, a uabas-cOté qui se prolonge au pourtour de l'abside, également voûté d'arêtes et haut de 9"*, 55. Le transept, qui est muni de deux absidioles sur chacun de ses bras, et l'abside, qui a cinq absidioles, produisent à l'extérieur un ensemble très harmonieux. Le transept voûté en berceau et l'abside voûtée en cul-de-four ont la même élévation que la nef principale (21"^,10). Des tribunes s'ouvrent sur la nef et le transept par deux arcades géminées sur double colonnette, sous un arc de décharge ; voûtées en demi - berceau , elles contre-buttent la voûte de la nef. Cet édifice, construit en briques avec des chaînes et des claveaux de pierre, a une décoration de pierre scupltée, qui fait honneur à l'école toulousaine du xu® siècle. A l'extérieur ce sont des corniches et de beaux portails, il y a huit portes de style roman, car la nef et chacun des bras du transept se terminent par des portes jumelles, il y en a une sur le côté N. et une sur le côté S. de la nef; cette dernière est la plus ornée, son tympan et les deux bas- reliefs qui l'accostent

sont d'excellente sculpture. Les chapiteaux de l'extérieur et de l'intérieur sont au nombre des plus beaux types de chapiteaux romans à feuillages, à animaux et à personnages, avec tailloirs sculptés. Au carré du transept s'élève un clocher octogonal, à cinq étages surmontés d'une flèche. La façade inachevée présente la base de deux tours encadrant une sorte de narthex, là se voient des croisées d'ogives archaïques. Sous le sanctuaire se trouve une crypte, célèbre pour ses religues, qui fut reconstruite à la fin du xïii^ siècle, et depuis remaniée. Cette église est Tépanouissement du type roman auvergnat. Elle ne pouvait être qu'à peine commencée quand Urbain II, en 1096, en fit la dédicace, et était loin d'être achevée lors de la consécration d'un de ses autels par Calixte IL La maçonnerie a dû être terminée vers 1150, mais la sculpture décorative ne date que des troisième et quatrième quarts du XII® siècle. Au milieu du xiii® siècle, on refit le clocher, la façade resta inachevée avec un grand oculus sans remplage ; il y eut des travaux dans les parties hautes de l'édifice jusqu'au xvi® siècle, époque à laquelle on sculpta les stalles, et N. Bachelier construisit une avant-porte d'un joli style. En 1 855, la restauration en fut commencée

Église Saint-Sernin, à Toulouse.

par VioUet-le-Duc. — L'église de l'ancien prieuré de Saint- Pierre des Cuisines, où se tinrent quelques-unes des premières assemblées municipales de Toulouse, est englobée dans les annexes de l'Arsenal ; on y remarque un portail roman et un tombeau de même style en marbre, porté sur cinq colonnettes, précédé d'une triple arcature sur colonnettes de marbre, dans une niche creusée dans le mur de briques, à quelques mètres au-dessus du sol. L'église des Jacobins, une des plus belles de Tordre des frères prêcheurs, a été élevée dans le dernier quart du XIII® siècle, le chœur était terminé en 1292. Le vaisseau de cette église, long de 72"^,50, large de 19"^, 62, est divisé en deux nefs par une suite de 7 colonnes de 4 m. de circonférence, sur lesquelles viennent retomber les nervures des voûtes d'ogive qui s'élèvent à 29 m. de hauteur ; l'eflét est saisissant. La nef se termine par un chevet pentagonal, dans lequel des chapelles ont été percées plus tard.

Cet édifice, masse colossale de briques, est soutenu par de puissants contreforts reliés enire eux, au-dessus des fenêtres, par des ar~ catures en arc brisé. Sur le flanc N. de l'église est accolé un magnifique clocher octogonal, de cinq étages percés de baies à amortissement triangulaire, haut de 44 m. Deux des côtés du cloître, terminé en 1310, se sont conservés ; ses colonnes jumelles de marbre blanc, reliées par des arcades de briques, supportent une charpente en appentis. De l'ancien monastère sont encore conservés un vaste réfectoire à voûte de bois très élevée, la salle capitulaire et une chapelle décorée de fresques» élégantes constructions du ^ commencement du xiv® siècle. — On peut citer encore comme représentant le type gothique toulousain, issu de l'emploi de la brique, le clocher de l'ancienne église des Cordeliers (xiii® siècle), — le cloître, le clocher, la salle capitulaire (xiv® siècle) et l'église (xv® siècle) de l'ancien couvent des Augustins, où est installé le musée, — le clocherfaçade (xiv® siècle) et le chevet plat flanqué de deux absides (xv® siècle) de Notre-Dame du Taur, — le clocher et la nef (xiv® siècle) de Saint-Nicolas de Saint-Cyprien, — la nef et le clocher de Notre-Dame de la Dalbade (xvi® siècle) dont la jolie porte est de style Renaissance (1537). — Les Chartreux bâtirent l'église Saint-Pierre, consacrée en 161 2. — Parmi les édifices civils anciens, les plus intéressants sont : une maison de la fin du xiii® siècle (15, rue Croix- Baragnon), lé collège de Foix (xv® siècle), des façades et des tours de maisons du commencement du xvi® siècle. — L'hôtel de Jean de Bernuy, marchand, bâti entre 1470 environ et 1530, présente une façade et une tour, où l'influence italienne pénètre le style gothique, et une cour de pierre délicieusement sculptée, avec portique voûté d'une arcade surbaissée à caissons. — La porte élevée au Capitole par Nicolas Bachelier se trouve transportée au Jardin des Plantes (1545). Près de l'hôtel de ville se trouve un donjon de 1525, d'aspect très lourd. — La Renaissance vit construire à Toulouse de charmants hôtels de brique et pierre ; beaucoup sont conservés. Les deux plus

TOULOUSE

beaux sont ceux qui furent bâtis sous la direction de Bachelier en 1537, pour Jean de Bogis, conseiller au Parlement, et en 1555 pour Pierre d'Assézat, marchand, puis capitoul. Ces hôtels ont des façades de briques ornées de colonnettes et de portails de pierre sculptée, avec de belles cariatides^ les croisées de pierre des fenêtres sont

également décorées à l'antique. L'hôtel d*Assézat a une tour surmontée d'une lanterne ; l'hôtel de Bogis, devenu la propriété du premier président Jean de Clary, reçut l'adjonction, en 1612, d'une façade entièrement de pierre surchargée d'ornements et d'un aspect lourd ; on l'appelle : hôtel de pierre. — L'hôtel de ville ou Capitole a

Le Capitole, à Toulouse.

une cour du début du xvii® siècle et une grande façade en brique et pierre, ornée de huit colonnes de marbre rouge, élevée par l'architecte Cammas de 1750 à 1769. — Le pont, dit Pont-Neuf, fut fondé par Bachelier et construit de 1552 à 1614. — Le palais du commandant de corps d'armée fut bâti par ordpe de l'empereur Napoléon III pour le maréchal Niel. — - Les plus belles promenades sont le Grand-Rond, le Jardin royal, le Jardin des Plantes, les allées La Fayette, les boulevards, le cours Dillon. Au lieu dit de l'Embouchure ou les Ponts- Jumeaux se réunissent les canaux du Midi, de Brienne et latéral à la Garonne. On peut citer la rue Saint-Rome et les rues modernes de Metz et d'Alsace-Lorraine. — Le musée, installé dans l'ancien couvent des Augustins et dans un bâtiment récent qui a été créé en 1795, a été réorganisé en 1817. Les œuvres de sculpture qu'il possède proviennent toutes de Toulouse ou de la région : les beaux marbres galloromains (statues de divinités, bustes d'empereurs) découverts à Martres-Tolosane (Haute-Garonne), où des fouilles du xvii^ siècle, de 1826 et surtout de 1893 à 1900 ont mis à jour les restes d'une villa ; les sculptures romanes (statues de piédroits, chapiteaux) provenant surtout des cloîtres de Saint-Etienne, Saint-Sernin et la Daurade ; des tombeaux et pierres tombales, des xm*^ et xiv® siècles ; dix belles statues d'apôtres du xiv® siècle. Les galeries de peinture contiennent plusieurs œuvres de la Renaissance italienne, des écoles hollandaise et allemande des xvi® et XVII® siècles, de l'école française des xvii® et xviii^ siècles, de l'école toulousaine moderne et contemporaine. La nouvelle salle des Illustres au Capitole a été décorée par les peintres et sculpteurs contemporains, nés à Toulouse ou dans le Toulousain. — Dans l'ancien collège Saint-

Raimond, construit vers 1510, un musée rétrospectif a été installé en 1891, on y conserve des objets d'art égyptiens, grecs, chinois, des bronzes gallo-romains, plus de 5.000 monnaies et médailles, romaines pour la plupart, des bijoux mérovingiens et visigothiques, des monnaies, des poids municipaux, des retables, peintures et miniatures, des émaux et des ivoires du moyen âge et de la Renaissance.

Au Jardin des Plantes, fondé en 1734 et déplacé depuis, est annexé un muséum d'histoire naturelle. -~ La bibliothèque municipale, fondée en 1762, comprend plus de 80.000 volumes et 887 manuscrits, dont l'un remonte au vm® siècle et les autres se succèdent à partir du XII® siècle. Une bibliothèque populaire renferme les ouvrages courants. — Les sociétés savantes ont d'assez riches bibliothèques. — Les archives du dép. de la Haute- Garonne renferment : 1*^ A la préfecture, les fonds civils de la généralité, de l'intendance, etc., les fonds religieux aussi très importants ; 2° au Palais de justice, les fonds du Parlement et le dépôt des archives notariales. — Les archives municipales sont un des plus beaux dépôts du midi de la France (cartulaires depuis le xii® siècle, annales du capitoulat de 1295 à 1787, comptes depuis le xv® siècle). — Les Sociétés savantes de Toulouse sont : l'Académie des Jeux floraux, qui existait sous le nom de Collège de la gaie science depuis 1323, et fut réformée et constituée en académie par lettres patentes du mois de sept. 1694. De 1696 à 1790, elle a fait paraître 78 recueils de pièces de poésie et d'éloquence, depuis 1806 un recueil annuel, trois ouvrages ont été publiés sous ses auspices. Chaque année,, le 3 mai, a lieu son concours littéraire, dont les prix sont des fleurs d'or et d'argent. L'Académie des

Page 1