‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 130 sur 633 · TOUR · texte numérisé non relu

TOUR

du xviii® et du coramencemenl du xix^ siècle, se perd, comme origine, dans la nuit des temps. Diodore de Sicile fait hommage, il est vrai, de son invention à Talos, neveu de Dédale, mais il est hors de doute que des civilisations antérieures le pratiquaient déjà, principalement pour les ouvrages de poterie. Au moyen âge, toutes les professions travaillant le bois, la pierre, le marbre, les métaux, faisaient usage, concurremment avec les potiers, de tours, sans que, du reste, à cette époque, on ait paru se préoccuper d'en améliorer le mécanisme à Paris, les registres de la taille de l'année d292 mentionnent treize tourneurs établis, ceux de l'année 1313, dix. Ils y formaient une communauté sous le titre de maîtres tourneurs et rempailleurs de chaises. La confection des tranchoirs, écuelles et autres vases de bois très en usage alors dans les intérieurs bourgeois était leur spécialité. En d507, ils furent réunis aux tabletiers. Vers le même temps, d'importants perfectionnements commencèrent à être apportés dans l'art de tourner. On imagina notamment le tour ovale dont le principe paraît dû à Léonard de Vinci et qui était considéré comme si merveilleux que, cent ans plus tard, le titre de « tourneur en ovale » était encore recherché par les habiles de la profession.

Les tours peuvent être, on le conçoit, horizontaux ou verticaux, selon que Taxe de rotation occupe Tune ou l'autre de ces positions. Les tours verticaux ne sont guère employés que pour le façonnage des poteries (V. Céramique, t. IX, p. 4186). Les tours horizontaux, les plus généralement répandus, se divisent en deux grandes classes : les tours à pointes et les tours en l'air.

Le tour à pointes est un tour dans lequel la pièce à tourner est maintenue par les deux extrémités de son axe de rotation au moyen de pointes coniques. La « machine à tourner les moyeux » que représente la fig. 4 de l'art. Charronnage est, comme dispositions générales, un tour à pointes. L'établi ou banc est constitué par deux pièces longitudinales, parallèles, horizontales et de même hauteur, les jumelles, reposant sur deux pieds en arcs-boutauts. Au-dessus sont trois supports. Deux sont fixes et portent les tourillons de l'arbre moteur. Le mouvement de rotation est souvent produit, dans les machines de petite dimension, par une courroie à pédale qu'actionne le pied du tourneur. Dans les grandes machines, le moteur est presque toujours mécanique, et les poulies destinées à recevoir la courroie sont étagées, de façon à pouvoir faire varier à volonté la vitesse. L'arbre moteur se termine par une bille de bois carrée ou poupée, dans laquelle est enclavée l'une des deux pointes coniques. La pièce à tourner est maintenue contre cette pointe par un écrou à toc. Le troisième support a également une poupée et une pointe, faisant vis-à-vis aux précédentes, mais il est mobile le long des jumelles, auxquelles il est également fixé par une vis de pression, et, en le déplaçant, on rapproche ou on écarte les deux pointes. La pièce à tourner se trouve ainsi pressée ou abandonnée. L'outil ou crochet est une lame d'acier ou une pointe, trempées au degré convenable. Anciennement, il était mû à la main par l'ouvrier, qui l'appuyait sur un support à chaises; mais presque toutes les machines, au moins celles destinées aux grands ouvrages, sont maintenant munies de l'équipage à chariot, imaginé au commencement du XIX® siècle par l'ingénieur Bramah. C'est un chariot auquel l'outil se trouve fixé et qui est susceptible de prendre, par le moyen de deux vis sans fin, un double mouvement de translation, l'un parallèlement aux jumelles, Tautre perpendiculairement. Deux petites manivelles déterminent chacun de ces mouvements, dont les guides doivent être très soigneusement dressés, afin de les rendre aussi doux et aussi précis que possible, et, lorsqu'on se borne à manœuvrer la première, ce qui fait avancer Toutil latéralement tout en le tenant à une distance constante de l'axe de rotation, on obtient une surface parfaitement cylindrique. Elle est, au contraire, à

génératrices variables à volonté, si on manœuvre simultanément les deux manivelles. Enfin, le porte-outil est souvent disposé de façon à pouvoir prendre une direction inclinée. On détermine alors sur la pièce des lignes obliques.

Le tour en Vair est un tour dans lequel la pièce à tourner n'est maintenue qu'à l'une des extrémités de son axe de rotation. Un tour à pointes peut toujours être transformé en un tour en l'air : il suffit d'enlever le support mobile et de remplacer Técrou à toc par un mandrin dans lequel on encastre fortement la pièce. Cette disposition a un avantage. La pièce peut être tournée parallèlement à son axe, comme avec le tour à pointes ; de plus, elle peut, en plaçant l'outil, ou obliquement à l'axe, ou parallèlement, ou suivant l'axe même, être, ou tournée par le bout, ou percée, ou évidée concentriquement à sa surface extérieure. C'est également avec un tour en l'air qu'on obtient les surfaces sphériques. On se sert alors d'un support qui tourne autour d'un axe vertical fixe et qu'on fait mouvoir à l'aide d'un engrenage à vis sans fin. A chacune de ses positions, la pointe de l'outil trace dans la pièce préalablement dégrossie un parallèle de la sphère, et, en lui faisant décrire un demi-grand cercle, on obtient la surface entière, sauf le point par lequel elle était fixée à l'axe, qu'on reprend après coup. Enfin le tour en l'air permet encore d'obtenir une surface plane. On remplace, à cet effet, le mandrin par une plate-forme que l'on fixe au bout de l'axe, perpendiculairement à sa direction, et sur laquelle la pièce est, à son tour, fixée au moyen de boulons. Un outil placé sur le chariot, parallèlement à l'axe, attaque cette pièce par bandes circulaires concentriques situées dans un même plan.

Un perfectionnement apporté dans les tours les a rendus complètement automatiques. Une roue dentée fixée sur la tête de la vis du chariot a chacune de ses dents successivement accrochées par une came en crochet fixée sur la pointe mobile. A chaque tour delà pièce à tourner, le chariot et, par conséquent, l'outil, se déplacent, de la sorte, d'une quantité qui est aussi faible que l'on veut et qui dépend uniquement tant du pas de la vis du chariot que du nombre de dents que porte la roue dentée.

Le tour est, en même temps que la plus ancienne, la plus employée de toutes les machines-outils. Sous le ciseau du tourneur, les bois les plus durs : buis, gayac, érable, etc., se dégrossissent, s'arrondissent, s'ornent de filets, de gorges, de cannelures, et deviennent boîtes, balustres, supports, colonnes, couvercles, tout ce qu'il veut, en un mot. C'est, d'autre part, à l'aide du tour que se parachèvent beaucoup des produits de la grande et de la petite industrie métallurgique : arbres de transmission, pièces d'artillerie, rouages d'horlogerie, etc., et il joue, convenablement modifié, un rôle fondamental dans les machines à percer, à fileter, à guillocher, à aliser, à raboter, à mortaiser, à tarauder (V. Perçage, Filetage, GuiLLOGHis, Alésoir, etc). Hulot a même imaginé un tour à portrait, qui permet de reproduire, en les réduisant dans un rapport donné, les médailles et les bas-reliefs de

Tour à portrait.

petite dimension. Il se compose, en principe, de deux poupées à axes parallèles, pouvant s'éloigner ou se rapprocher Tune de l'autre. Sur Tune est placé le modèle, sur l'autre la matière à travailler. Une barre de fer rectangulaire, articulée à l'extrémité du bâti et portant, d'une part, une touche ou pointe fine, de l'autre un burin, règne sur toute là longueur de l'appareil. Si, pendant que les axes des deux poupées tournent d'un mouvement lent et

Page 1