TOURETTE -~ TOURGUENIEV
cèdent, fut évêque de Valence (1817). — Marie^Félix- Imbaud de La Rivoire, marquis de La Tourette, né à Paris le 26 janv. 1812, mort à Tournon le 18 juin 1886, petit-fils, par sa mère, du grand Chaptal, entra dans Farmée en 1832 et démissionna en 1839 pour épouser une nièce de La Bédoyère. Élu député de l'Ardèche en 1846, membre du centre droit, il fut un des partisans de Guizot. Non réélu en 1848, il réussit à se faire nommer à l'Assemblée législative le 10 mars 1850, lors d'une élection partielle. Très clérical, il fut battu en 1852, après une campagne électorale très vive, par Boissy d'Anglas. Mais après sa mort il le remplaçait (24 juil. 1864) et conservait son siège jusqu'en 1870, Après une tentative malheureuse en 1876, lors des élections pour la Chambre des députés, il rentra dans la vie privée. R. S.
TOURETTES-suR-LoiJP. Com. du dép. des Alpes-Maritimes, arr. de Grasse, cant. du Bar; 912 hab.
TOUR FAN (Kouang-ngan-tching). Ville du Turkestan chinois, ch.-l. du district du Kansou extérieur, à 140 kil. S.-E. d'Ouroumtsi; 10.000 hab. A 50 kil. 0. se voient les ruines de la vieille cité embellie par les Ouïgours et détruite au xv® siècle ; la nouvelle fut le dernier centre de résistance desDoungares musulmans en 1877.
T0UR6AÏ. Province (oblast) de l'Asie centrale russe, rattachée au gouvernement général d'Orenbourg, dénommée d'après la rivière Tourgai, cours d'eau prenant sa source dans les Oulou-taou (monts Oural) et qui se perd dans les lacs, après un parcours d'environ 450 kil. La province de Tourgai, formée en 1868 de l'ancienne province des Kirghis d'Orenbourg, couvre une superficie de 456.397 kil. q. et 453.123 hab. (en 1897). Elle est comprise entre le gouv. d'Orenbourg dont la séparent le fleuve Oural auN. , les prov. d'Akmolinsk à rE.,du Syr-daria au S. et d'Ouralsk à rO. Sauf à l'angle N.-O. où la province atteint les contreforts méridionaux des monts Oural, cette région forme un immense steppe, sans eau, ni végétation. A peine obtient-on, dans des années exceptionnellement favorables, des récoltes suffisantes pour la population fort clairsemée de la province. Cette population se compose de Kirghis, en majeure partie pasteurs et nomades. La province compte quatre centres d'agglomération : Ak-tubé, Karaboutagh, Tourgaï, Irghiz. On évalue la population sédentaire à environ 24.000 individus, la plupart Petits-Russiens ; les nomades sont au nombre de 430.000 environ, dont 385.400 Kirghis, répartis en 68.400 kibitkas. La quantité comme la qualité du bétail varient suivant les saisons. En temps normal, les Kirghis disposent d'une moyenne d'un million de chevaux, plus de 200.000 chameaux, plus de 600.000 bêtes à cornes, 2.300.000 moutons, 120.()00 chèvres. Mais ces chiffres sont souvent réduits de moitié ou davantage à la suite de grandes sécheresses et épizooties. Au point de vue administratif, la province de Tourgai est partagée en cinq districts portant le nom de : Iletzk, ch.-l. Ak-tubé; Nicolaei, sur le Pobol, ch.-l. Kustanaz; Tourgai, Irghiz. — La bourgade de Tourgaï compte à peine 500 hab. autour d'un fort bâti en 1845 sur la route de Tachkend à Orsk. P. Lem.
T0UR6EE (Albion Winegar), écrivain et jurisconsulte américain, né à Williamsfield (Ohio) le 2 mai 1838. Après avoir servi dans l'armée fédérale pendant la guerre civile, il fit partie des conventions de 1868 et de 1875, et occupa les hautes fonctions de juge de la cour supérieure de l'Etat de 1868 à 1874. Professeur de droit renommé, rédacteur en chef du Continent (1882-84), on lui doit un très grand nombre d'ouvrages de valeur, parmi lesquels nous citerons : The Code (1877); A digeste of cited cases (1879), Staiurory décisions of the North Carolina Reports (1 879), et des romans, dont les plus connus sont :Toinette{iS1 4^); Figsandlhistles(;\S19); Black Ice (1886); Button's Inn (1887); Pactolus Prime (1890) ; A Son of old Harrij (1892) ; An Outing with the queen of llearts (1894); The man who outlived himself (iS9S), etc. R. S.
T0UR6ÉVILLE. Com. du dép. du Calvados, arr. et cant. de Pont-l'Evèque ; 339 hab. Stat. du chem. de fer de l'Ouest.
TOURGNOL (Gaucher- Jules), homme politique français, né à Saint-Léonard (Haute-Vienne) le 18 juin 1833. Professeur d'histoire et de géographie, il devint principal du collège de Baume-les-Oames, de 1870 à 1886, et du collège de Saintes, de 1886 à 1895. Conseiller municipal de Saint- Léonard, il a fondé la France du Centre dont il est rédacteur en chef. H a été élu député en 1898, dans la 2^ circonscription de Limoges (Haute-Vienne), au ballottage contre le député sortant Golteron ; il est radicalsocialiste.
TOURGUENIEV (Alexandre-Ivanovitch), historien et archéologue russe, né en 1784, mort à Moscou le 17 déc. 1845. Conseiller d'Etat, il a publié d'intéressants travaux relatifs à l'histoire, à la diplomatie, à la statistique, à l'ancien droit de la Russie. On a publié le résultat de ses recherches sous le titre : Hlstoriœ Bussiœ monumenta (Saint-Pétersbourg, 1841-42).
TOURGUENIEV (Nikolaï-Ivanovitch), historien russe, né en 1790, mort en 1871, frère du précédent. Il fit ses études à Gœttingue, puis entra au service de l'Etat en Russie; en 1813, il fut adjoint en qualité de commissaire russe au baron de Stein pour l'administration des provinces allemandes reprises à la France. Revenu en Russie, il fut nommé conseiller d'Etat ; membre depuis 1819 de la Ligue du bien public, il fut impliqué dans la conspiration de 1825; condamné à mort par contumace, il se réfugia à Paris où il vécut depuis lors. Il a écrit : la liussie et les Russes (Paris, 1847, 3 vol.).
TOURGUENIEV (Ivan-Serguiévitch), célèbre romancier russe, né à Orel le 28 oet. (9 nov.) 1818, mort à Bougival, près de Paris, le 3 sept. 1883. Son père était un officier d'allures assez brutales ; sa mère, plus âgée que son mari, avait été épousée pour sa richesse, après avoir eu une enfance et une adolescence extrêmement pénibles dans la maison de sa mère remariée, puis auprès d'un oncle chez qui elle s'était réfugiée pour échapper aux obsessions de son beau-père. Le ménage eut deux fils : peu de temps après la naissance d'Ivan qui était le second, son père donna sa démission et vint s'installer au village de Spasski- Loutovinov, tout près de Mtsensk. C'est là que s'écoula l'enfance du futur écrivain, sous la perpétuelle menace des colères de son père et des scènes nerveuses de sa mère. Enfant docile, il profita sérieusement des leçons des divers gouverneurs dont sa famille l'entoura ; mais, ne trouvant pas d'accueil tendre auprès de ses parents, il était tout naturel que sa sensibilité délicate cherchât une consolation ailleurs qu'au foyer familial. Quelques vieux serviteurs serfs, victimes comme lui des colères de ses parents, et surtout la nature environnante, avec ses plaines blondes de moissons et ses forêts de bouleaux blancs et de chênes, lui inspirèrent un précoce attachement qu'il devait plus tard immortaliser. En 1817, sa famille vint se fixer à Moscou, et il entra en pension, pour être reçu, en 1833, à la Faculté des lettres de l'Université. En 1834, la famille entière passe à Saint-Pétersbourg, où le père de Tourgueniev meurt. Désormais, le futur écrivain et son frère allaient se trouver aux prises avec les caprices de leur mère, avare et nerveuse jusqu'à la manie. En 1837, Ivan subit son examen de sortie. L'année d'après, selon la mode des fils de famille de ce temps, le jeune poète se rendit à Berlin pour y parfaire ses études. La philosophie l'attirait, et il étudia He^el avec passion; mais surtout il prit goût à cette civilisation étrangère dont sa patrie était si totalement privée ; dès qu'il allait pouvoir s'arracher à son pays natal, il devait revenir se fixer dans cet Occident dont la culture intellectuelle le séduisait si fort. En attendant, il revint à Saint-Pétersbourg (1841) pour y passer ses thèses de professorat, mais, changeant d'avis, il entra dans les bureaux du ministère de l'intérieur. C'est de cette époque que datent les premiers es-
sais littéraires de Tourgueniev. Il publia en 1843 un petit poème : Paracha, qu'il eut la joie de voir apprécié par le grand critique Biélinski. Jusqu'en 1847, il vécut à Saint-Pétersbourg, fréquentant des artistes et des écrivains, écrivant force vers, luttant contre la mauvaise hu« meur de sa mère, et, en réalité, cherchant sa voie, sans trouver une forme où il pût couler les idées et les sentiments qui bruissaient en lui.
Il avait écrit en 1847 quelques minces nouvelles : l'une d'elles intitulée Khor et Kalinytch, qui mettait en scène deux paysans, parut dans un supplément du Contemporain, Elle fut accueillie par une explosion d'enthousiasme. On voulut savoir le nom de celui qui signait T. L., et, brusquement, Tourgueniev devint presque célèbre. Parti peu après pour l'Allemagne, il continua à composer des récits villageois qui parurent dans la même revue sous la rubrique de : Récits d'un chasseur, titre heureux qu'ils conservèrent lorsque, en 1852, ils furent réunis en volume. L'apparition de ce livre est une date considérable dans l'histoire de la littérature russe, et les contemporains ne s'y trompèrent point, car le gouvernement ne chercha plus, dès lors, qu'un prétexte pour se défaire du gênant écrivain. Le prétexte fut bientôt trouvé : une lettre que Tourgueniev écrivit à propos de la mort de Gogol le fit mettre aux arrêts et exiler dans ses terres. Si son livre faisait tant de bruit, ce n'était pas seulement parce que c'était un chef-d'œuvre, mais surtout parce qu'il exprimait une idée qui était mûre pour la publicité : l'horreur du régime du servage. Plus d'un écrivain russe avait déjà mis en scène des gens du peuple, mais pas un encore n'avait donné, comme Tourgueniev en ces pages, une révélation de l'âme des paysans, des serfs. Dans le cadre flexible d'une série d'aventures de chasse, le romancier avait glissé tant de vérité et d'humanité, qu'on était confondu : avec une délicatesse et un relief surprenants, il dessinait le profd de tous les passants rencontrés au hasard de ses courses : moujiks, paysannes, petits bourgeois, seigneurs élégants ou ruinés, raisonneurs ou toqués, en un mot, toute la population de sa province natale. Il ne laissait paraître aucune trace de sensiblerie en racontant les pires horreurs du servage ; mais son art était tellement sûr, que l'âme de ses lecteurs était plus émue par son apparente impassibihté qu'elle ne l'eût été par des imprécations. Surtout, il montrait au public russe les paysans sous un jour nouveau. Dans ces sortes de semi-bêtes brutes que l'on coudoyait tous les jours, que l'on rudoyait, que l'on vendait comme des animaux, sans souci de leurs liens de famille, Tourgueniev montrait une âme simple, à vrai dire, mais tendre et charmante, affectueuse et résignée, capable de raisonner sa souffrance et de l'exprimer dans des chants admirables. En un mot, à la Russie charmée, il révélait son peuple. Les Récits d'un chasseur sont un des livres les plus généreux et les plus savoureux de la littérature russe : c'est un de ceux qu*on ne se lasse jamais de relire, et ce fut, parmi les causes innombrables qui amenèrent l'émancipation des serfs, l'ouvrage qui prépara le plus efficacement le public à désirer ce grand acte.
Durant son exil sur sa terre, Tourgueniev se recueillit. Il écrivit peu, mais dut observer beaucoup ses voisins de campagne. De cette époque datent la touchante nouvelle intitulée Moumou, et celle qui a pour titre : Calme plat. En 1834, il fut gracié et se hâta de retourner en Allemagne pour rejoindre la famille de la cantatrice Pauline Viardot, qu'il ne devait plus quitter. Désormais, le romancier va partager sa vie entre Paris et Bade, ne faisant plus en Russie que de rares apparitions, comme celles de 1879, 1880 et 1881, où il connut les joies de la popularité. Désormais aussi, cet écrivain russe « déraciné » n'allait plus cesser, chose étrange, de peindre la société de son pays et de la suivre de loin dans ses transformations.
En 1856 parut son premier grand roman, Roudine : il y témoignait de qualités de premier ordre. Il peignait un caractère d'homme richement doué, mais incapable de