TOURGUENIEV — TOURMALINE
russe, il faut ajouter qu'il fut un évocateur sobre. C'est là que se manifeste le mieux la différence entre lui et Léon Tolstoï. Dans l'œuvre de Tolstoï se reflète tout un monde; dans celle de Tourgueniev, nous voyons apparaître seulement des individus. Mais les nuances de caractère de ces individus sont observées avec une finesse tellement suggestive, que nous voyons vivre ces personnages. Ce n'est pas sans raison, apparemment, que le grand romancier a choisi de préférence ses personnages parmi des hommes chez qui l'excès de culture intellectuelle, en affaiblissant la faculté de vouloir, provoquait des luttes incessantes et d'interminables oscillations de sentiments.
En résumé, le talent de Tourgueniev est plus délicat, plus sensible, plus nuancé, plus près de nous que celui de Tolstoï. C'est pour ces raisons que beaucoup de lecteurs français le préfèrent entre tous les romanciers russes. Ses qualités de forme, sa mesure, son réalisme souverainement discret, son goût, son talent de généralisation sans pédantisme, sont des qualités auxquelles nul d'entre nous ne peut rester insensible, tandis que nous sommes plus d'une fois déconcertés par ce qu'il y a de colossal chez Tolstoï ou de maladif chez Dostoïevski.
Les œuvres de Tourgueniev ont été traduites en français pour la plupart de son vivant. En voici les titres avec les dates d'apparition : Nouvelles moscovites (4869); fumée (i868 et 1874) ; Etranges Histoires; le roi Lear de la steppe; les Eaux printanières (1873); Reliques vivantes, etc. (1876); Terres vierges (1877); Souve-nirs d'enfance; OEuvr es dernières (1885); Un Bulgare; A la veille (1886) ; Nouvelles Scènes de la vie russe (1887); Premier Amour (1889); Assia; Faust (1895); Mémoires d'un seigneur russe; Scènes de la vie russe (1896). Jules Legras.
BiBL. : p. BouRGET, Nouveaux Essais de psychologie contemporaine ; Paris, 1886, iD-12. ■— E. Hennequin, les Ecrivains francisés ; Paris, 1889, in-12. — T. de Wyzewa, Ecrivains étrangers ; Paris, 1896, in-12. — E. Dupuy, les Grands Maîtres de la littérature russe; Paris, 1897, in-12, 4» éd. — E. DE Vogué, le Roman russe; Paris, 1897, iii-12, 4« éd.
TOURILLON.L Mécanique. — Les tourillons sont deux cylindres terminant un treuil ou un arbre de machine (V. Arbre, t. lU, pp. 578 et 583) et reposant sur des coussinets. Ils fournissent au treuil ou à l'arbre, pendant sa rotation, ses points d'appui. Le frottement est, d'ailleurs, d'autant plus petit que leur diamètre est plus réduit. C'est pourquoi on les fait, le plus généralement, en métal, et si l'on appelle D leur diamètre, l leur longueur, F l'effort maximum auquel ils doivent être soumis, R la résistance du métal à la flexion, il faut et il suffit, même en tenant compte du cisaillement (V. ce mot), que l'on ait la relation
VtîR
Les tourillons des roues prennent plus spécialement le nom de fusées (V. ce mot). — Le tourillon qui réunit deux pièces articulées ensemble est un prisonnier. Enfin, dans l'artillerie, on appelle, par analogie, tourillons les deux cylindres de métal qui sont placés de chaque côté d'une pièce de canon, entre la culasse et la volée, et autour desquels celle-ci tourne quand on lui fait quitter la position horizontale.
IL Chasse (V. Fauconîserie).
TOU ring-Club (V. Tourisme).
TOURISME. Désignation appliquée par les Anglais, puis par les divers peuples européens, aux voyages d'agrément comportant de continuels déplacements ; le goût des beautés naturelles, l'hygiène, le besoin d'exercice et de vie au grand air ont beaucoup îéveloppé le tourisme dans la seconde moitié du xix® siècle ; il s'accommode particulièrement de la marche pédestre, du cyclisme, de l'automobilisme ; l'alpinisme (abstraction faite des acrobaties des grimpeurs) est une branche du tourisme ; de même les
voyages en yacht sur mer et sur routes fluviales. Le tourisme d'été est le plus développé ; mais les classes les plus riches pratiquent également le tourisme d'hiver, voyageant dans les pays à climat plus doux ou bien, au contraire, allant sur les hautes Alpes et dans les pays froids pratiquer le patinage et le traîneau. — Les progrès du tourisme ont été accélérés par la formation de sociétés spéciales, parmi lesquelles nous citerons le Touring- Club de France et l'Union des associations allemandes de touristes ; enfin un groupement (union internationale) des grandes sociétés de tourisme des principaux pays a été constitué. Beaucoup de syndicats locaux se sont créés pour faire connaître les beautés naturelles et les monuments de la région et pour en faciliter l'accès. Le Touring- Club de France, qui s'adresse en premier lieu aux cyclistes et compte 73.000 membres payant régulièrement leur cotisation, emploie son budget annuel de 700.000 fr. à Ta publication d'une revue mensuelle, d'un grand ouvrage en 30 volumes sur les Sites et Monuments de France, d'annuaires, de guides et de cartes routières (France au 400.000«; Tunisie au 1.000.000^; environs de Paris, au 50.000% etc.), , à l'amélioration des routes et sentiers cyclables et pédestres, à l'installation de postes de secours (238 en 4900), à la pose de plus de 2.000 poteaux indicateurs, qu'il se charge au besoin d'établir, à l'institution de délégués locaux chargés à titre gracieux de donner aux touristes les informations utiles, à l'étude de toutes les questions d'intérêt général (règlements, circulation, ch. de fer, etc.); il recommande gratuitement des hôtels et des mécaniciens (2.500 hôtels et 2.200 mécaniciens), et exerce sur eux une surveillance effective, non seulement pour la stricte application des prix convenus, mais pour le perfectionnement de leurs installations, etc. Le T. C. F. facilite à ses adhérents l'accomphssement des formalités douanières. Un comité de contentieux et un comité technique sont chargés d'étudier et d'élucider tous les sujets intéressants les touristes, cyclistes et automobilistes; ils leur donnent des consultations gratuites. Les sociétés de tourisme s'efforcent, avec un succès croissant, de procurer à la France, à l'Allemagne et aux pays Scandinaves les avantages que la Suisse et l'Italie retirent de l'afflux des visiteurs étrangers. La Revue du Touring-Club en France, le Tourist à Berlin (depuis 1883), centralisent ces efforts dont profitent tous les voyageurs.
TOURKMANTCHAÏ. Village de Perse, sur la route de Tebriz à Kazvin, près de Mianèh. — Traité de paix entre la Russie et la Perse (21 févr. 1828), signé parle général Paskiévitch pour l'empereur Nicolas P^ et le prince Abbas-Mirza pour son père Feth-Ali-Chah. Il stipulait la cession d'Erivan et de Nakhtchévan, le payement d'une indemnité de guerre de 87 millions de fr., la fixation d'un droit ad valorem de 5 ""/o sur les exportations et les importations, et interdisait au pavillon persan de flotter sur la Caspienne, renouvelant ainsi une clause qui figurait déjà dans le traité de Gulistan (1813). Ce traité, qui est toujours en vigueur, a établi la prépondérance de la Russie dans le N.-O. de la Perse. Cl. Huart.
TOUR LAN DRY (La). Com. du dép. de Maine-et-Loire, arr. de Cholet, cant. deChemillé ; 1.438 hab.
TOURLAVILLE. Com. du dép. de la Manche, arr. de Cherbourg, cant. d'Octeville ; 8.304 hab. Petit port et station balnéaire du Becquet. Carrières d'ardoises et de grès quartzite. Fonderie de fer et de cuivre. Une manufacture de glaces y fut fondée par Colbert et n'existe plus depuis la fin du xviii® siècle.
TOURLIAC. Com. du dép. de Lot-et-Garonne, arr. de Villeneuve-sur-Lot, cant. de Villeréal ; 213 hab.
TOURLY. Com. du dép. de l'Oise, arr. de Beauvais, cant. de Chaumont ; 147 hab.
TOURMALINE. I. Minéralogie. —Le nom detournaline, qui a été introduit en 1703, mais qui n'a prévalu que lentement sur l'ancien nom de Schorl ou SchœrU
TOURMALINE - TOUHNAGE
qualifie un genre plutôt qu'une espèce. Les minéraux auxquels il s'applique sont tous, il est vrai, des borosilicates d* alumine, généralement fluorifères. Mais la magnésie, le fer, le manganèse et les alcalis y interviennent en proportions variables. En outre, le rapport d'oxygène pour les bases protoxydes, les sesquioxydes, la silice et l'acide borique, est loin d'être constant dans les diverses variétés. Rammelsberg a obtenu, à l'analyse, les résultats suivants ;
RO R^O» Si02 BO»
Tourmaline magnésiennes . . .
— ferro-magnésiennes l 4 6 4
Tourmalines ferrifères 4 6 6 2
— , ferro-magné-
siennes et lithinifères 4 9 9 2
Tourmalines manganésiennes et lithinifères 4 12 42 4
Toutes les tourmalines ont leur mode de cristallisation dérivé du système rhsottîBoédrique, avec tendance à Thémimorphisme. Leurs prismes, qui sont à six ou à neuf pans, ont, conséquemraent, les deux extrémités dissemblables. De plus, ils présentent très souvent une section triangulaire rappelant un triangle sphérique. Les clivages sont imparfaits. Le polychroïsme est, dans les plaques minces, aussi marqué que celui du mica noir : on l'observe à son maximum en plaçant rallongement des cristaux normal à la plus courte diagonale du polariseur. La pyro-électricité est très nette. L'éclat est vitreux, transparent, translucide. La densité varie entre 2,94 et 3,24, la dureté entre 7 et 7,5. La cassure est conchoïdale ou inégale, la poussière incolore. Inattaquables par les acides, les tourmalines deviennent, après fusion, décomposables par l'acide sulfurique et, après une calcination au rouge vif, par l'acide fluorhydrique, avec dégagement de fluorure de silicium. Elles colorent la flamme en vert lorsqu'on les fond avec du bisulfate de potasse et du spath fluor.
Les diverses variétés de tourmaline oscillent toutes, d'après Riggs, autour de trois types de composition : les tourmalines magnésiennes, exemptes de lithine, les tourmalines lithinifères, exemptes de magnésie, et, entre les deux, les tourmalines ferrifères. La proportion du fluor y varie entre 0 et 0,78 Vo-
Les tourmalines magnésiennes peuvent recevoir la formule H^^Mg^s/gNa^Al^B^Si^^O^sz^ jEUes sont brunes ou jaunes, avec une densité variant de 3 à 3,07, et fondent au chalumeau en une scorie grise ou jaunâtre. Elles se rencontrent dans la pegmatite, le micaschite, quelquefois la dolomie. En Carinthie et, notamment, dans le bassin de la Drave, la tourmaline brune ou drauite est en cristaux prismatiques bien formés, dans une gangue de margarodite. Les variétés ferro-magnésiennes sont brun foncé ou noires.
Les tourmalines ferrifères, H^®Fe*Na'*Al^^B^^Si^'20^3'^, sont noires, avec une densité s'élevant jusqu'à 3,25, et fondent au chalumeau en scorie brune ou noire. Elles constituent le schorl proprement dit, généralement remarquable par son éclat vitreux et sa tendance à former des masses bacillaires (Stangenschorl). Elles abondent dans les pegmatites et les granulites, dont elles sont l'élément caractéristique. Les cristaux, qui arrivent à dépasser 0"*,30, sont souvent implantés en prismes ou en aiguilles, dans de grosses parties de quartz hyalin. Ils donnent alors naissance à une roche spéciale, Y hyalotourmalite. Le Feijao des sables diamantifères du Brésil est une tourmaline noire.
Les tourmalines lithinifères,
Hi6(Na^Li2)4Aii6Bi2Sii20*3o,
sont généralement manganésiennes (densité, 3 à 3,4) parfois aussi ferrifères (densité, 2,94 à 3,44). Elles sont, d'ordinaire, lorsque les proportions des oxydes de man-
ganèse et de fer se trouvent égales, ou incolores, comme ïachroïte, ou faiblement colorées en rose ou en vert pâle. Un excès de manganèse donne les variétés rouges, qu'on trouve dans les pegmatites, en Sibérie et à l'île d'Elbe : rubellite, sibérite, apyrite. Elles sont très estimées en joaillerie (rubis de Sibérie). Il en est de même des variétés bleues (indicolite de Suède et de l'Oural) et vertes (tourmaline du Brésil) qui naissent d'un excès de fer et qui se trouvent aussi dans les pegmatites, quelquefois dans la dolomie.
IL Physique. — Pince a tourmalines. — Les cristaux de tourmalines possèdent la propriété remarquable d'absorber totalement, sous une épaisseur suffisante qui n'est pas considérable, 4 ou 2 millim., les rayons de lumière polarisée dans une certaine direction. Ils laissent passer, au contraire, «ne proportion maxima de lumière polarisée dans un plan faisant un angle droit avec la direction précédente de complète extinction. Pour les rayons polarisés dans des directions intermédiaires, ils sont plus ou moins absorbés : on peut toujours les décomposer en deux autres, polarisés l'un dans la direction d'extinction, l'autre dans la direction perpendiculaire ; seul ce dernier passe.
Une pince à tourmalines comprend deux tourmalines taillées parallèlement à leur axe, placées sur deux petits plateaux circulaires qui peuvent tourner dans leur plan ; chacun de ces disques porte une ligne indiquant la direction de l'axe de la tourmaline ; les deux plateaux sont superposés l'un à l'autre, de sorte qu'en plaçant l'œil contre une de ces tourmalines, si l'on regarde une lumière, les rayons émis par celle-ci n'arrivent à l'œil qu'après avoir traversé les deux tourmalines : à l'entrée dans la première, la lumière naturelle se réfracte en se divisant en deux rayons polarisés à angle droit ; l'un, le rayon ordinaire, est bientôt absorbé, pourvu que la plaque ait plus d'un millim. d'épaisseur; l'autre, le rayon extraordinaire, sort seul ; la première tourmaline sert donc de polariseur puisqu'elle transforme un faisceau de lumière natureUe en un faisceau polarisé, suivant la direction marquée sur la plaque ; en pénétrant dans la seconde tourmaline, qui jfait fonction d'analyseur, le rayon polarisé ne passe pas ou passe, en totalité ou en partie, selon que les deux traits des deux tourmalines sont rectangulaires, parallèles ou inclinés ; dans le premier cas, les deux tourmalines sont dites mises à l'extinction. Une graduation grossière, en huitièmes de circonférence, est parfois tracée sur la circonférence du disque qui porte la seconde tourmaline.
Cet instrument sert à étudier la polarisation chromatique dans les lames cristallines ; pour cela on place entre les deux tourmalines mises à l'extinction le cristal que l'on veut examiner ; cela est facile parce que les branches qui portent les tourmalines sont un peu élastiques et peuvent serrer un petit cristal entre elles deux. L'introduction du cristal entre les deux tourmalines mises à l'extinction a rétabli la lumière et, suivant la nature du cristal, on aperçoit des franges variées dont la forme apprend si le cristal est à un ou à deux axes optiques (V. pour la forme et les couleurs de ces franges. Polarisation, t. XXVIÏ, p. 68). A. JoANNis.
TOURMALINITE (Pétrogr.) (V. Granuute).
TOURMENTE. Rivière de France (V. Corrèze, t. Xïï, p. 4070, et Lot, t. XXÏI, p. 577).
T0URIVII6NIES. Com. du dép. du Nord, arr. de Lille, cant. de Pont-à-Marcq ; 520 hab.
TOU RMO. Tribu arabe du Sahara méridional, à 420 kil. 0. de Tombouctou, au N. du Macina ; elle vit de ses troupeaux de moutons et de chèvres.
TOURMONT. Com. du dép. du Jura, arr. et cant. de Potigny ; 572 hab.
TOURNACHON (Félix) (V. Nadar).
TOURNAGE. I. Métallurgie. — Opération qu'on fait subir aux pièces qui sortent de la forge ou de la fonde-