‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 158 sur 633 · V. Critique historique (V. Critique et Histoire · texte numérisé non relu

V. Critique historique (V. Critique et Histoire

VI. Histoire religieuse. — Suivant notre coutume, nous demandons aux actes du concile de Trente l'expression officielle de la doctrine catholique. En sa IV^ session, ce concile a fait la déclaration suivante : « Le saint concile, suivant l'exemple des Pères orthodoxes, reçoit tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, puisque le même Dieu est l'auteur de l'un et de l'autre ; aussi bien que les Traditions, soit qu'elles regardent la foi ou les mœurs, comme dictées de la bouche même de Jésus-Christ ou par le Saint-Esprit, et conservées dans l'Eglise catholique, par une succession continue ; et elle les embrasse avec un pareil respect et une égale piété ». — Cette déclaration place sur le même rang l'Ecriture Sainte et la Tradition, elle leur reconnaît ou leur attribue une égale autorité. Elle fonde la valeur de la tradition sur deux hypothèses : 1° Des paroles de Jésus-Christ, nécessaires à l'accomplissement intégral de son œuvre et au salut de l'humanité, n'ont point été rapportées dans les livres du Nouveau Testament, elles n'ont été conservées que dans le souvenir des Apôtres. Ce souvenir, publié dans leur enseignement, a été transmis ora-

lement, de génération en génération, dans l'Eglise; 2^ de même, des paroles et des actes nécessaires à la constitution et à l'organisation de l'Eglise et inspirés par le Saint- Esprit aux Apôtres. Les théologiens appellent divines les traditions qu'ils rattachent à la première hypothèse, et aposioliques celles qu'ils rattachent à la seconde. En réalité, celte distinction ne porte que sur les mots, puisque les deux traditions proviennent également d'un auteur divin, soit Jésus-Christ, soit le Saint-Esprit, et qu'elles ont également pour organes les Apôtres, et pour canal la mémoire de l'Eglise. — La condition première et indispensable de leur authenticité est une succession continue, remontant à l'origine de la religion chrétienne.

Théoriquement, cette doctrine semble irréprochable. Il n'est point invraisemblable que des choses importantes en l'enseignement et spécialement en l'organisation de l'Eglise aient été omises dans les écrits du Nouveau Testament, surtout si ces choses étaient alors connues de tous les chrétiens et pratiquées partout. Il est donc difficile de récuser l'application positive de la règle proposée dans le Commonitorium (c. III) de Vincent de Lerins : Magnopere curandum id teneamus, quod ubique, quod semper, quod ub omnibus creditum est : hoc est etenim vere proprieque catholicurn. Hoc ita demum fit, si sequamur universitatem, antiquitatem, consensionem. Mais le doute et la difficulté commencent lorsqu'il s'agit de vérifier la réalité des conditions d'universalité, d'antiquité et d'adhésion générale, qui doivent être exigées de toute doctrine ou de toute institution présentée comme appartenant à la tradition primitive. Il est facile et convenable d'exclure tout ce dont on trouve le commencement dans les documents humains. Cependant il serait fort dangereux et fort décevant d'accepter, suivant le conseil de saint Augustin, comme provenant d'une tradition apostolique, toute instit ution généralement en vigueur dans l'Eglise catholique, mais dont l'origine n'est point indiquée par l'histoire. Cet argument, tiré de l'ignorance, se trouve fréquemment léfuté par les recherches historiques, qui découvrent l'époque où se sont produites des doctrines et des institutions considérées précédemment comme faisant partie de la tradition immémoriale, ou qui démontrent l'inauthenticité des documents dont l'Eglise romaine se sert pour leur prêter ce caractère. — L'Eglise d'Orient définit la tradition : la forme non écrite et mystiquement transmise de la parole de Dieu. En fait, sa tradition diffère de celle de l'Eglise d'Occident sur beaucoup de points, notamment sur les questions relatives au culte et à la vie chrétienne.

Tout en transmettant aux générations postérieures les notions et les préceptes qu'ils avaient recueillis de la bouche ou dans les écrits des disciples de Jésus -Christ, les successeurs des Apôtres prétendirent établir, selon le besoin, sur la base des traditions apostoliques, de nouvelles règles et de nouvelles institutions. C'est de cette manière que s'est formé ce qu'on appelle les Traditions ecclésiastiques, les Traditions des pères, les Règles des anciens. Elles sont considérées comme la suite et le développement des traditions apostoliques. — Non seulement le concile de Trente attribue à la Tradition et à l'Ecriture sainte une égale autorité, mais, en fait, il subordonne la seconde à la première, en soumettant à sa propre tradition l'interprétation de l'Ecriture sainte. « Pour arrêter et contenir les esprits inquiets et turbulents, il prescrit que, dans les choses de la foi et même de la morale, en ce qui touche au maintien de la doctrine chrétienne, personne, se confiant en son propre jugement, n'ait l'audace de tordre l'Ecriture sainte selon son sens particulier, ni de lui donner des interprétations contraires à celles que lui donne ou lui a données la sainte mère Eglise, ou opposées au sentiment unanime des Pères, alors même que ces interprétations ne devraient jamais être mises en lumière. » Au moyen âge, Abélard (Sic et non) relevait déjà hardiment les incohérences de la Tradition. Thomas d'Aquin

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