‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 182 sur 633 · TRANSPORT — TRANSPORTATION · texte numérisé non relu

TRANSPORT — TRANSPORTATION

Grandes Voies de communication internationsiles; Paris, 1875. — L.-J.-D. FÉRAUD-GïRAUD, Des Voies publiques et privées modifiées^ détruites ou créés par suite de l'exécution des chemins de fer; Paris, 1878. — A. de Foville, la Transformation des moyens de transport et ses conséquences économiques et sociales; Paris, 1880. — A.-N. Pa- RAMDiER, les Courants de circulation et les principes à suivre dans le tracé des voies de communication; Paris, 1880. — Frédureau. le Budget et les voies de transport; Paris, 1887. — Ch. uomel, ta Crise des transports ; Paris, 1887. — C. CoLSON, Transports et tarifs; Paris, 1890. — A. Martin, Etude historique et statistique sur les moyens de transport dans Paris; Paris, 1894. — E. Campredon, Rôle économique et social des voies de communication ; Paris, 1900. — Journal des transports (ann. 1891 et suiv.).

— V. en outre les bibl. des art. Canal, Chemin de fer, Commerce, Navigation, Port, Rivière, Route, Travaux PUBLICS.

Electricité. — A. Hillairet, Trans^nission électrique du travail mécanique; Paris, 1884. — J. Lauriol, Transport électrique de la force; Paris, 1886. — Kapp, Electric transmission of Energy ; Londres, 1891, 3* éd. — C. Pier- RON, le Transport de la force par l'électricité; Paris, 1892.

— Japing, Ueber elehtrische Kraft-uebertragung ; Tubin^ue, 1892. — G. Zweifel et R. Hoffmann,' Projets de stations centrales d'énergie mécanique; Paris, 1893. — J. Rodet, Distribution de l'énergie par courants polyphasés; Paris, 1898. — V., en outre, les principaux traités d'électricité industrielle.

TRANSPORTATION. La transportation est le mode actuel d'exécution des travaux forcés, de la déportation et de la relégation ; elle consiste dans l'expatriation des condamrfes que l'on envoie subir leur peine hors du territoire français. Nous n'avons à l'étudier ici que comme mode d'exécution des travaux forcés ; on a traité ailleurs de son application aux peines de la déportation et de la relégation (N . ces mots). La peine des travaux forcés (V. ce mot) a été subie d'abord sur les galères, ensuite dans des établissements spéciaux appelés bagnes et situés en France. Après plusieurs essais (V. Relégation), le régime des bagnes a été définitivement remplacé par celui de la transportation : ce fut l'œuvre de la loi du 30 mai 4854. Aux termes de cette loi (art. 1), toutes les colonies, à l'exception de l'Algérie, peuvent recevoir des condamnés. Actuellement, c'est le minisire des colonies qui désigne, pour chaque condamné, la colonie où il devra être transporté (Décr. du 16 nov. 4889 et décr. du 4 sept. 94, art. 7). La Guyane est plus spécialement destinée à recevoir les condamnés d'origine arabe ; la colonie d'Obock, les condamnés originaires de l'Afrique ou des Indes (Décr. du 3 mars et du 3 oct. 4886); et celle de Gabon, ceux qui sont d'origine annamite ou chinoise (Décr. du 4®^ déc. 4887). La Nouvelle-Calédonie est réservée aux Européens. La transportation est obligatoire pour les hommes condamnés aux travaux forcés ; elle est facultative pour les femmes. Les hommes âgés de soixante ans accomplis au moment de leur condamnation restent en France; pour eux, la réclusion à vie ou à temps remplace la transportation (L. du 30 mai 4854, art. 45).

Nous allons étudier maintenant le régime auquel sont soumis les transportés. Ils sont divisés en trois classes, d'après leur situation pénale, leur conduite et leur assiduité au travail (Décr. du 4 sept. 4894). Ceux de la première classe peuvent seuls obtenir des concessions de terrain ou entrer au service des particuliers ; ils peuvent être l'objet d'une remise et d'une réduction de peine ou être admis à la libération conditionnelle. Ces dernières faveurs ne sont accordées aux condamnés des autres classes que par exception et à condition qu'ils aient accompli des actes de courage et de dévouement. Les condamnés de la deuxième classe sont employés à des travaux de colonisation et d'utilité, pour le compte de l'Etat, des communes ou des particuliers. Ceux de la troisième classe sont affectés aux travaux les plus pénibles ; ils sont astreints au silence de jour et de nuit, vivent séparés des autres condamnés et, en principe, devraient être isolés la nuit. Le décr. du 13 déc. 4894 détermine dans quelles conditions les condamnés peuvent être employés par les particuliers, fixe le salaire et la durée du contrat. A leur départ, les condamnés sont répartis entre la deuxième et la troisième

classe par le ministre de la justice. Après un temps d'épreuve dont la durée augmente avec la gravité de la peine, ils peuvent passer dans la classe supérieure en vertu d'une décision prise par la direction de l'administration pénitentiaire sur l'avis de la commission disciplinaire qui fonctionne dans chaque colonie. Les condamnés incorrigibles forment une subdivision de la troisième classe : ils sont complètement séparés des autres et sont envoyés, soit dans des pénitenciers spéciaux, soit dans des camps disciplinaires, oii ils travaillent pour le compte de l'Etat. Ils sont traités plus durement que les autres.

A quelque classe qu'ils appartiennent, les condamnés sont astreints au travail. Ceux qui n'accomplissent pas la tâche imposée n'ont droit qu'au pain et à l'eau; ceux qui l'accomplissent reçoivent un bon de cantine qui leur permet de toucher une ration de nourriture : il faut avoir obtenu, pendant la semaine, quatre bons de cantine pour avoir droit, le dimanche, à la ration. Des bons supplémentaires sont accordés aux condamnés qui se conduisent bien; ils peuvent les échanger contre de la nourriture, ou en verser la valeur dans leur pécule (Art. 42 du décr. du 4 sept. 4894). Ils sont autorisés à s'acheter de menus objets, avec l'argent de ce pécule, s'ils ne préfèrent l'envoyer à leur famille. Les condamnés de la première classe et qui ont obtenu une concession ou sont employés par les particuliers ont seuls le droit de détenir de l'argent.

Cette discipline sévère est maintenue par des punitions rigoureuses qui sont : la prison de nuit (de un jour à un mois) : le condamné couche sur un lit de camp avec la boucle simple ; la cellule (de un jour à deux mois) : le condamné est isolé, mis à la boucle simple, et, tous les trois jours, ne mange que du pain; le cachot (un jour à un mois) : le condamné est mis au pain sec deux jours sur trois, enfermé dans un local obscur et porte la double boucle. Les peines corporelles sont supprimées. La seule punition que puissent infliger les gardiens est celle de la prison, et pour deux nuits au maximum. Les punitions plus fortes sont prononcées par une commission spéciale, dite commission disciplinaire, composée de trois fonctionnaire et d'un greffier, et qui entend le coupable et les témoins. C'est elle aussi qui examine les réclamations des condamnés. Ce n'est pas un tribunal : en effet, elle n'inflige pas des peines, mais des punitions ; elle ne connaît pas des infractions aux lois pénales, elle réprime seulement les infractions à la discipline.

Les infractions à la loi pénale (contraventions, délits ou crimes) commises par les condamnés sont régies par le code de justice militaire pour l'armée de mer. Les peines appliquées sont (Décr. du 3 oct. 4889) : la mort, la réclusion cellulaire de six mois à cinq ans, l'emprisonnement de six mois à cinq ans. L'évasion est punie de deux à cinq ans de travaux forcés pour les condamnés à temps ; les condamnés à perpétuité subissent la double chaîne pendant le même délai (L. du 30 mai 4854, art. 7). A côté de ces punitions et de ces peines, on trouve, dans nos lois, tout un ensemble de mesures ayant pour but d'encourager les condamnés au bien et au travail. Ils peuvent être relevés de la déchéance de leurs droits civils, autorisés à disposer des biens qu'ils ont acquis dans la colonie (L. du 30 mai 1854, art. 42) et à se marier : le décr. du 24 mars 4866 leur facilite le mariage, notamment en les dispensant de l'obligation de demander le conseil de leurs parents. Nous avons vu que la transportation n'est pas obligatoire pour les femmes condamnées aux travaux forcés. On ne transporte le plus souvent aux colonies que celles qui désirent contracter mariage avec des condamnés ou des libérés et qui en font la demande. On transporte aux mêmes conditions les femmes condamnées à la réclusion ou à l'emprisonnement, et enfin, on autorise aussi les femmes des condamnés à aller les rejoindre. Enfin les condamnés peuvent être admis au bénéfice de l'assignation et recevoir des concessions de terrain.

Les condamnés en assignation sont ceux qui travaillent

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au service des particuliers. Ledécr. du 43 déc. 4894 règle la durée et les conditions du contrat, létaux du salaire, dont deux cinquièmes reviennent à l'Etat, deux cinquièmes sont versés au pécule et un cinquième est remis à l'assigné, et met à la charge de l'employeur le logement, la nourriture et les frais de maladie.

Les condamnés de la première classe, à condition déposséder un pécule suffisant, peuvent obtenir dfts concessions de terrains, sont pourvus d'une maison pour les cultiver ou y établir un commerce ou une industrie. Il leur est fourni des vivres pendant trois ou six mois, et une première mise d'outils et d'effets d'habillement et de couchage, dont ils doivent rembourser la valeur après un délai de dix ans (Décr. du 48 janv. 1895). La concession leur est accordée moyennant paiement d'une rente annuelle et perpétuelle. Elle reste provisoire et révocable pendant cinq ans au moins ; elle est révoquée de droit en cas de condamnation criminelle, de tentative d'évasion et de non-paiement de la rente ; et le retrait est seulement facultatif en plusieurs autres cas, notamment en cas de condamnations correctionnelles, de punitions disciplinaires , de non-exploitation de la concession. Les condamnés qui jouissent d'une concession provisoire, autres que ceux qui ont été condamnés à perpétuité, recouvrent le droit de faire tous les actes nécessaires à son administration et à son exploitation. Lorsque la concession est devenue définitive, le retrait n'est encouru que pour cause de non-paiement des arrérages de la rente. D'ailleurs, à ce moment, la rente peut être rachetée, et alors la concession devient la propriété du condamné. Le décr. du 48 janv. 4895 règle d'une façon très libérale la succession des condamnés : au premier degré les descendants habitant la colonie, et en concours avec eux, la veuve habitant la colonie qui a droit à l'usufruit de la moitié ; à défaut de descendants, la veuve habitant la colonie qui succède pour le tout ; à son défaut viennent les frères et sœurs et leurs descendants habitant la colonie. Les concessions forment des conquêts de communauté. La femme condamnée, dont le mari ne réside pas dans la colonie, est pleinement capable d'administrer la concession qui lui a été accordée ; l'autorisation de son mari ou de la justice ne lui est même pas nécessaire pour aliéner ou hypothéquer sa concession devenue définitive,

A l'expiration de sa peine, le condamné aux travaux forcés à temps ne peut pas rentrer en France : si la peine prononcée contre lui est de huit ans, il est astreint à résider dans la colonie où il l'a purgée pendant toute sa vie ; si la peine est inférieure à huit ans, il est tenu d'y résider pendant un temps égal à la durée de sa peine. Le condamné, même gracié, n'est pas dispensé de cette obligation, à moins d'une disposition expresse du décret de grâce : ceci s'applique aussi au condamné à perpétuité (L. du 30 mai 4854, art. 6). Le condamné, qui s'appelle désormais libéré, est libre en principe, avec cette importante restriction qu'il ne peut quitter la colonie sans autorisation : toute infraction à cette interdiction est punie de un an à trois ans de travaux forcés. C'est le seul cas où le libéré soit justiciable des conseils de guerre. Etant libre, il rentre dans le droit commun, au point de vue de la juridiction appelée à juger les infractions commises par lui, et, à la différence du condamné, il est justiciable des tribunaux de droit commun. Non seulement il lui est défendu de quitter la colonie, mais il continue à être l'objet d'une surveillance assez étroite ; il doit répondre, deux fois par an, à un appel ayant pour but* de constater sa présence, sous peine d'un emprisonnement de deux mois à un an qui peut être porté au double en cas de récidive (Décr. du 43 janv. 4888) ; il ne peut changer de résidence dans la colonie même qu'à condition d'en faire la déclaration à l'autorité, sous peine d'une amende de 46 à 400 fr. ou d'un emprisonnement de six jours à un mois (Décr. du 29 sept. 4890).

Le libéré n'est pas, comme le condamné, astreint au

travail. Mais s'il ne justifie pas de moyens d'existence consistant dans la possession légitime d'une fortune suffisante ou dans l'exercice d'un métier ou l'exploitation d'une concession, il est considéré comme se trouvant en état de vagabondage (Art. 7 du décr. du 29 sept. 4890). La loi d'ailleurs lui donne les moyens de travailler et de gagner sa vie. Comme le condamné, il peut entrer au service des particuliers, exercer les industries autorisées par les règlements ou obtenir une concession. La concession lui est accordée après versement d'un dépôt de garantie : d'abord provisoire, elle devient définitive au bout de cinq ans ; elle est à peu près soumise au même régime que les concessions accordées aux condamnés.

La transportation ainsi comprise rencontre encore des adversaires. On ne peut nier qu'elle n'ait atteint son but principal qui est d'éloigner de la France les malfaiteurs dangereux. Mais on lui reproche d'apporter trop d'adoucissement dans l'exécution de la peine des travaux forcés et de rendre cette peine moins rigoureuse que celle de la réclusion ou de l'emprisonnement. Les transportés, en effet, vivent en plein air, et, le plus souvent, ensemble : la surveillance est fatalement relâchée, ils jouissent de nombreuses faveurs, pour peu qu'ils aient une bonne conduite. C'est tellement vrai qu'on a vu souvent, dans les prisons, les détenus commettre des crimes entraînant la peine des travaux forcés, uniquement dans le but d'être transportés ; pour déjouer ce calcul, la loi du 24 déc. 4880 a dû permettre au juge de décider que la peine des travaux forcés qu'il prononce sera subie, en tout ou en partie, dans la prison même où le crime a été commis.

En introduisant la transportation dans nos lois, on espérait la faire servir au développement de nos colonies. A ce {)oint de vue encore, on lui reproche d'avoir été plutôt nuisible qu'utile, et l'on compare l'état de la Guyane française avec la prospérité de la Guyane hollandaise et surtout de la Guyane anglaise. En Nouvelle-Calédonie , elle paraît avoir produit de meilleurs résultats ; toutefois, les colons libres de cette possession se plaignent d'être noyés dans la foule des condamnés et des libérés qui mettent en péril et leurs biens et leur vie.

On touche là un défaut principal de la transportation : c'est qu'elle exige des colonies, une flotte et une armée pour les défendre et des frais considérables ; c'est aussi qu'elle ne peut figurer dans la législation d'un pays indéfiniment, et qu'il arrive assez vite un jour où les possessions coloniales de ce pays ne peuvent plus recevoir de condamnés. L'Austrahe est un exemple frappant de ce fait. Dès 4788, l'Angleterre y transporta des condamnés. Ils y créèrent des familles, simultanément des colons s'y établirent ; et la population libre augmenta tellement que, en 4868, sur les protestations des habitants libres, elle cessa d'être un lieu de transportation. La transportation n'est pas supprimée en Angleterre ; seulement on ne l'exécute plus, parce que les colonies refusent de recevoir les condamnés. En Europe, la Russie est, avec la France, l'Espagne et le Portugal, le seul pays qui emploie la transportation comme mode d'exécution de certaines peines : elle envoie les condamnés en Sibérie. L. Le Sueur.

BiBL. iLÉvEiLLÉ, les Institutions pénitentiaires. — Blos- SEviLLE, la Colonisation pénale de l'Angleterre. — Gar- RAUD, Droit pén., t. I, p. 473; 2" éd., t. Il, pp. 90 et suiv.

TRANSPORTEUR (Tech.). Le nom générique de transporteur s'applique à divers appareils employés, dans les chantiers, usines et magasins, à l'enlèvement et au transport mécaniques des déblais, minerais, sables, terres, graines, etc. Pour les petites distances, ce n'est, fort souvent, qu'une toile sans fin passant, aux extrémités de sa course, sur deux tambours. La matière à transporter, placée sur la toile àl'un des bouts, va se déverser, à l'autre bout, dans une trémie. Si cette matière est trop lourde, la toile est remplacée par des palettes en tôle ou en bois, que portent deux chaînes sans fin roulant sur des galets et qui, se recouvrant l'une l'autre, forment un plancher continu

Enfin dans les grands établissements et pour les longues distances, on se sert de plus en plus des transporteurs aériens à câbles (V. Câble aérien, t. YIII, p. 622).

TRANSPOSITION (Mus.) (V.MusiQi]E,t.XXIV,p. 622).

TRANSSEPT (Archit.) (V. Transept).

TRANSSUBSTANTIATION (Théol.) (V. Eucharistie).

TRANSVAALou RÉPUBLIQUE Sud-Africaine. Géographie physique. — (Cf. la carte au mot Cap.) Etat de la partie orientale de l'Afrique du Sud, situé entre 22° et 28« 40' de lat. S. et 22° 30' et 29° 30' de long. E. de Paris. Les frontières sont naturelles sur presque tout le pourtour: le tleuve Limpopo au N.-O. et au N. ; les monts Leboffibo à FE. ; le Vaal au S. ; à VO. seulement la frontière est conventionnelle. Au S. du Vaal se trouve l'Etat libre d'Orange; à FE., la colonie portugaise de Mozambique, qui, en face de la baie deDelagoa, n'a que 80 kil. de large. Sur tout le reste de ses frontières, le Transvaal touche aux possessions anglaises : au N., le Matabéléland et l'empire de Khama, compris dans la Rhodesia méridionale ; à FO., le Betchouanaland ; au S., la colonie du Cap par le Griqualand occidental, et Je Natal avec ses dépendances du Zoulouland et du Tongaland. En outre, le Transvaal est complètement isolé de la mer. Sa superficie est de 308.200 kil. q. La population totale était, en 1898, d'après un Almanach officiel, de 4.094.156 hab., se décomposant ainsi: blancs: 245.397 (137.947 hommes, 107.450 femmes) ; indigènes : 748.759 (148.155 hommes, 183.280 femmes, 417.324 enfants).

Géologie. — Le Transvaal fait partie de ce plateau sud-africain, émergé dès l'époque primaire, jamais submergé depuis, qui, au S. du Zambèze, forme un vaste ensemble très homogène par sa constitution. Ce plateau plonge au N. jusqu'au bassin quaternaire du lacNgamiet s'incline aussi un peu à l'O. Au S. et à FE., le terrain archéen apparaît au bord de la mer, surplombé, à peu de distance, par des couches de sédiments gréseux, d'origine terrestre, déposés à la fin de l'époque primaire et au commencement de l'époque secondaire. Mais dans l'ensemble de ces couches sensiblement horizontales, il faut distinguer deux parties: en remontant du S. au N., on trouve d'abord une première terrasse gréseuse qui forme la montagne de la Table ; puis, à peu de distance, commence une autre terrasse qui forme le Nieuweveld, s'étend sur l'Orange et le Natal et franchit le Vaal : c'est la formation appelée grès de Karoo (karoo vient d'un mot hottentot qui signifie sol aride). C'est dans ce grès que sont situés les gisements carbonifériens du Transvaal. — Avec le Witivatersrand reparaît le grès du Cap, accompagné de formations très importantes de gneiss et de granits, et qui va s'appuyer auN. contre le massif presque exclusivement granitique du Matabéléland. Donc, à l'exception de la bande comprise entre le Vaal et le Rand, le Transvaal diffère de l'Orange par sa constitution géologique. C'est dans ces terrains plus anciens du Transvaal que se trouvent les gîtes métallifères, et en particuher For. La venue de cet or paraît être due à la dislocation calédonienne ; il est donc contemporain de For de Norvège, du pays de Galles, de Sibérie et du Brésil, postérieur à For du Dakota, qui est venu à l'époque huronienne, antérieur à For des Montagnes Rocheuses et d'Australie, qui a été amené par la dislocation alpine. L'or du Transvaal est concentré dans un ciment siliceux, d'âge dévonien, formé de petits galets de quartz agglomérés. Cet or se présente dans des conditions particulières qui ont fait croire quelque temps que son exploitation ne serait pas fructueuse. Invisible dans la masse des galets, on ne peut le discerner qu'à leur surface, ou sur les parois des fentes ; dans le fond des couches il n'est même discernable qu'au microscope, et il est associé, sans être combiné toutefois, à des pyrites. Jamais il ne se présente sous la forme de pépites ; on a remarqué seulement que c'étaient les reefs ou filons les plus minces qui contiennent le plus de métal précieux proportionnellement au volume de la roche encaissante.

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Relief du sol. — Par suite de sa nature de plateau incliné du S.-E. au N.-O., le Transvaal a tout son relief principal reporté surtout à FE. ; c'est la chaîne des Drakenberge (V. ce mot) qui remonte au N. jusqu'au Limpopo, à l'approche duquel elle diminue d'altitude et augmente de largeur. Les Drakenberge ne forment pas d'ailleurs le rebord le plus oriental du plateau, qui est constitué par une chaîne régulière, d'altitude plus faible, appelée au S. monts Lebombo, auN. monts Longwe. Le reste du Transvaal, généralement plat, est cependant traversé, deFE. à FO., par trois systèmes de chaînons parallèles, aux collines peu élevées. Ce sont d'abord les deux chaînes qui marquent la saillie du plateau transvaalien sur le grès de Karoo, et qui se rejoignent vers Pretoria : le Witwatersrand et les Magalees berge. Plus au N., le massif du Waterberge mérite son nom par la quantité de petits affluents qu'il envoie au Limpopo ; ce massif se divise en plusieurs chaînons orientés aussi de FO. à FE. ; Badsberge^ DwarsbergCy Witfonteinberge, Marikeleberge, Zandriver berge, Hanglipberge, Makaponsberge. Enfin l'extrémité N.~E. du pays, le massif de Zoutpansberge se soude à la partie N. des Drakenberge, s'avance au N.-E. jusqu'au Limpopo, et détache à FO. une série de chaînons qui tracent comme la corde de Farc de cercle décrit par le fleuve : Blauwoberge, Muralberge, Moratiberge. Par suite des différences d'aspect entre le plateau et les montagnes, on divise le pays en trois régions : le Hoogeveld, ou haut pays, le Boschveld, ou pays boisé, et le Gebrokenveld, ou pays accidenté. — Le Hoogeveld est formé par le territoire situé au S. des Magaleesberge et à l'O. des Drakenberge. L'ait, se maintient entre 1.350 et 2.350 m. C'est un pays monotone, à climat rude, où il n'y a pas de forêts, où la végétation même des prairies est peu abondante. Les seuls arbres qu'on y rencontre sont plantés autour des fermes isolées. — Le Boschveld comprend le N.-O. et le N. du pays; c'est essentiellement le plateau ; l'altitude diminue, le tropique est plus proche et les cultures sont plus faciles. Les nombreux affluents du Limpopo entretiennent des prairies où les troupeaux du Hoogeveld émigrent l'hiver ; c'est pourquoi l'on appelle aussi la région le Winterveld. Quant au mot Bosch^ il ne désigne pas, à proprement dire, des forêts, mais des bouquets de hêtres ; les euphorbes, les mimosas, les acacias sont aussi fréquents. — Le Gebrokenland, formé parles montagnes de FE., est couvert de forêts d'une exploitation difficile.

Climat. — Le Transvaal se trouve situé dans la zone subtropicale du Sud, à la même latitude que les plaines du N. de la République Argentine, mais avec cette infériorité que le bourrelet montagneux américain, situé à FO., donne la pluie aux pampas, alors que les montagnes africaines, situées à FE., interceptent Fhumidité des vents de Focéan Indien. Les conditions climatériques du Transvaal sont très semblables à celles de FAustralie du Sud, et aussi à celles des hauts plateaux algériens. La zone des hautes pressions barométriques, qui donnent naissance aux alizés, couvre le Transvaal ; il en résulte un ciel généralement clair et sec, où, par suite, le sol s'échauffe fortement le jour et où le rayonnement nocturne est intense, causant un fort refroidissement et des rosées du matin abondantes. Les différences d'altitude introduisent cependant une certaine variété dans ces conditions générales. Dans le Hoogeveld, la moyenne de la température ne dépasse pas 14° à 16°; pendant l'été (décembre-janvier), elle monte à 21°-24°. L'hiver, la neige n'y est pas rare. Dans le Boschveld, le climat est plus doux et la gelée est presque inconnue l'hiver. Sur les cimes du Drakenberge, la neige subsiste plusieurs mois. A mesure qu'on se rapproche du Limpopo, les conditions climatériques deviennent de plus en plus tropicales ; d'ailleurs, pour la distribution des pluies sur l'année, le Transvaal est encore soumis à la loi des tropiques : c'est pendant l'été de Fhémisphère S. que tombe la pluie, alors qu'elle tombe

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pendant Thiver au Cap, dont la situation se rapproche davantage de la zone tempérée. C'est naturellement sur le Drakenberge que la hauteur des pluies est la plus grande, à cause de l'altitude et de la proximité de l'océan Indien ; elle est là supérieure à 60 centim. par an, alors que la moyenne s'abaisse vers 1*0. pour descendre au-dessous de 20 centim. sur le méridien du lac N'gami. — L'ensemble de ces conditions climatériques fait du Transyaal un pays généralement sain, sauf au N., dans les plaines basses et marécageuses du Limpopo, où les fièvres paludéennes attaquent les noirs eux-mêmes. On a d'ailleurs remarqué que les blancs indigènes sont plus fortement atteints que les colons venus d'Europe.

Hydrographik. — Le Transvaal est encadré par deux cours d'eau importants, le Vaal et le Limpopo, qui, toutefois, vu la faible quantité relative des pluies et la forte évaporation due au climat sec, ne sont pas de grands fleuves. Leur utilité est à peu près nulle au point de vue de la navigation, mais, dans ce pays essentiellement agricole, ils sont la base d'un système assez complet d'irrigation. Le Vaal prend sa source près de Klipstapel ; ses eaux jaunâtres coulent dans une vallée assez large, quoique les bords en soient escarpés. A sa jonction avec V Orange, il offre l'aspect d'une grande rivière; mais, plus en amont, on peut facilement le traverser à gué pendant la saison sèche; pendant les pluies d'été, il devient très large, et sa profondeur atteint 10 m.; ses rives, bordées de saules, sont alors inondées. Son principal affluent transvaalien est le Mooi-River, sur lequel est Potchefstroom, et qui prend sa source à Wonderfonteiriy dans des grottes garnies de stalactites. — Le Limpopo (V. ce mot) reçoit sur sa rive droite de nombreux affluents, pour la plupart de faible débit, dont les deux principaux sont VOlifant River qui, né au centre du Transvaal, coule à l'E. vers le territoire portugais, et ÏOumkomati qui traverse les monts Lebombo à la porte de Komati. — Etant données les conditions peu favorables du climat, beaucoup des petits affluents du Limpopo ont peine à rejoindre le fleuve dans la saison sèche et offrent une grande ressemblance avec les ouaddis sahariens. En somme, les points d'eau sont assez rares au Transvaal, et la grande quantité des noms de bourgs terminés par le mot fontein indique plutôt la rareté des sources que leur fréquence et l'utilité qu'elles offrent à une population agricole.

Flore et Végétation.— Sur les pentes des Drakenberge, surtout à l'E., où frappent directement les vents humides de l'Océan, on trouve de luxuriantes forêts qui, au N. de l'Olifant River, prennent un caractère de plus en plus tropical avec un bois jaune (Podocarpus Thumbergii) qui atteint 30 m. de haut, le bois de fer (Olea exas), le bois yuaini (Anagyre fétide), des lianes, l'arbre à pain, le figuier. Mais dans les vallées mêmes des montagnes s'annonce déjà la flore du plateau, avec des acacias et des mimosas, dont l'un, appelé par les Boers Wacht een beetje (Attends un peu), IVatt a bit Bush des Anglais, est muni de longues épines qui arrèlent le voyageur par ses vêtements. La végétation naturelle du plateau, avec ses cactus, ses euphorbes, ses bouquets d'arbres disséminés, offre, à beaucoup de points de vue, le même aspect que le scrub et le grass australiens. Sur le Hoogeveld, où il n'y a pour ainsi dire que des prairies, on incendie l'hiver l'herbe jaunie qui repousse avec les pluies d'été. — Quant aux plantes cultivées, celles qui réussissent le mieux sont le maïs et le froment des Cafres {Sorghum vulgare), espèce d'orge qui se contente de très peu d'eau. Les Européens sont parvenus à faire pousser en certains endroits le blé, la vigne et l'avoine. On cultive aussi les fèves, les pois, les melons d'eau et une sorte de canne à sucre. Les autres légumes européens arrivent à maturité, mais demandent beaucoup de soins. Les arbres fruitiers sont fort abondants : dans le Nord, le café, le pisang, l'ananas, l'oranger, le gaiac; dans le Sud et sur le Hoogeveld, les pommiers, les poiriers, les pruniers, ceux-

ci donnant des produits de qualité faible ; les pêches sont, au contraire, excellentes; quant au cerisier, il pousse tout en bois, sans jamais donner de baies.

Faune. — Comme tous les steppes africains où la forêt n'est pas assez épaisse pour gêner le développement de la faune, le Transvaal a nourri des troupeaux immenses d'animaux sauvages. On a vu des bandes d'antilopes et de zèbres qui comptaient plus de 50.000 têtes. Mais depuis vingt-cinq ans on leur fait une chasse acharnée et l'on ne rencontre pour ainsi dire plus de buffles ni de girafes. Aux mois de mars et d'avril, quelques éléphants et rhinocéros s'aventurent des marécages du Zambèze jusqu'à ceux du Limpopo, dans les eaux duquel aussi on trouve des hippopotames. Le lion, le léopard, la panthère, l'hyène, le chien sauvage, qui étaient très nombreux quand sont arrivés les Boers, ont presque disparu. L'ornithologie est pauvre : sur les eaux du Hoogeveld s'ébattent des hérons, des oies^ des canards, des poules d'eau. On ne rencontre que deux espèces de perroquets; mais, en revanche, il y a beaucoup d'aigles et de vautours, attirés par les proies vivantes ou mortes. L'autruche, qui existait autrefois à l'état sauvage en grande quantité, a été préservée de la destruction par une demi-domestication ; on la tient parquée dans des enclos où on lui arrache ses plumes sans la tuer. — Les crocodiles pullulent dans tous les grands cours d'eau; parmi les serpents, le boa natalis et le totovelo n'attaquent pas l'homme et sont moins dangereux que le serpent cracheur. Dans les endroits pierreux vivent des lézards, des scorpions, des scolopendres et une énorme araignée venimeuse. La mouche tsétséy si funeste au bétail africain, ne franchit guère le Limpopo. Mais les termites pullulent. — Les animaux domestiques sont des bêtes à cornes, des moutons, des chèvres, des chiens, des chevaux de race espagnole et anglaise, servant uniquement de chevaux de selle, les bœufs étant les animaux de transport. Les chevaux sont sujets à un mal appelé ïœil rose et surtout à la terrible maladie, dont 5 **/o à peine parviennent à guérir. Les chevaux qui résistent au mal après en avoir été atteints n'y sont plus sujets et sont dits salés; ils valent alors un prix considérable. On attribue cette maladie à ce fait que les chevaux passent la nuit dehors et mangent le matin l'herbe couverte de rosée. Les bouvillons et les génisses meurent aussi en foule des inflammations d'intestins et de la peste bovine ; dans ce dernier cas, on les abat et on donne la viande à manger aux Cafres.

Ethnographie. — La population du Transvaal se compose, pour les deux tiers, d'indigènes, Cafres, Hottentots et quelques Boschimans, et de blancs descendants de calvinistes hollandais et français, auxquels se joignirent quelques Allemands au début du xviii® siècle ; comme dans l'Orange, ils s'appellent les Boers (cultivateurs). On lira plus loin l'histoire de leurs établissements successifs. Aujourd'hui il y a une fusion complète entre tous les éléments ethniques qui ont formé le peuple boer. Les Boers sont généralement de haute taille, robustes ; les hommes portent souvent la barbe longue ; les femmes ont la peau blanche et fine ; l'habitude de la vie au grand air et de la chasse leur donne un air calme et réfléchi ; ils dissimulent leurs émotions et ont, au premier abord, l'air méfiant. La pauvreté relative du pays où ils vivent et aussi leur religion ne leur ont pas permis d'atteindre le point de l'évolution économique où sont arrivés les peuples modernes. Ils sont sans doute agriculteurs, quand le sol et l'eau le permettent, et même, dans les régions parcourues par les lignes de chemin de fer, ils emploient parfois des outils agricoles perfectionnés. Mais ils sont surtout pasteurs et chasseurs ; on peut même dire que beaucoup d'entre eux sont presque nomades. Sauf quelques personnages riches qui habitent dans les villes, le reste de la population vit dans des fermes isolées, au nombre d'environ 20.000, placées au centre du domaine ; ce domaine était primitivement de 2.500 hect., mais les enfants étant nom-

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breux et chacun d'eux ayant droit à une part égale d'héritage, les domaines se sont morcelés, quoique les nouvelles familles aient toujours poussé plus avant dans le Veld, à la recherche de nouvelles terres. La maison d'habitation se compose d'une grande pièce centrale, avec des pièces adjacentes où sont les Kts ; le plancher est formé d'argile battue avec de la bouse de vache. La maison est souvent sale, comme le Boer lui-même. Le Boer porte des vêtements de forme européenne et se coiffe d'un chapeau à larges bords. Dès l'enfance, il monte à cheval et devient un cavalier accompli ; quand il part en chasse ou à la guerre, il emmène deux chevaux qu'il monte alternativement toutes les deux heures. Le cheval n'est jamais qu'une bête de selle, car les transports se font au moyen de l'immense wagon, en forme de chariot biblique, traîné par six à dix paires de bœufs. Ce chariot, construit par les Boers eux-mêmes, avec ses roues pleines, ses flancs massifs, est une véritable forteresse oii les sagaies des Cafres s'enfoncent sans la traverser. En dessous est fixée une grosse malle qui porte les objets précieux et le trésor monnayé de la famille : car si le Boer est fier de posséder une grande étendue de terrain et des bestiaux nombreux, il aime aussi acquérir de grandes quantités d'or. A l'intérieur du chariot sont des tables et des sièges portatifs que l'on descend sur le Veld au moment du repas. Ce chariot est employé, non seulement pendant les t7^eks ou courses à la conquête de nouveaux territoires, mais aussi pendant les déplacements annuels, quand le manque d'herbe chasse les troupeaux du Hoogeveld vers le Winterveld ; c'est encore dans le chariot à bœufs que les Boers se rendent dans les villes pour assister aux fêtes nationales. — La nourriture se compose surtout de viande de mouton et de chèvre ; on ne tue des bœufs que pendant l'hiver ; on mange les abats immédiatement, et le reste, séché, forme le bitlong, nourriture de chasse et de guerre. — Malgré sa méfiance de paysan réactionnaire pour tout ce qui est étranger, le Boer est très hospitalier pour tout voyageur qui arrive à cheval : « Les gens qui vont à pied, dit Tante Sannie dans V Histoire dhine ferme africaine, d'Olive Schreiner, sont tous des voleurs, des menteurs, des meurtriers, des prêtres catholiques ou des séducteurs ». Naturellement, les Anglais sont exceptés de cette hospitalité ; mais il est remarquable que, parmi les autres étrangers, ce sont les Hollandais que les Boers aiment le moins à recevoir. Reclus attribue ce sentiment à la susceptibiUté des Boers en face de Hollandais civilisés qui alfectent de répondre dans une langue pure au jargon corrompu que parlent les campagnards sur les bords du Vaal et du Limpopo. La langue boer n'est plus en effet du hollandais ; malgré leur soin jaloux à garder la pureté de la race blanche, les Boers confient en effet leurs enfants à des nourrices hottentotes, c'est avec de petits noirs que les jeunes Boers jouent dans leur enfance ; il en est forcément résulté l'introduction de nombreux mots africains ; des expressions portugaises et même malaises, apportées par les coolies des mines, ont aussi contribué à déformer la langue, beaucoup plus que le français, dont l'usage fut interdit dès le xviii® siècle. Avant tout, le Boer est calviniste; partis d'Europe au moment de la grande ferveur réformatrice, ses ancêtres ont pratiqué la religion avec plus d'intransigeance que les protestants d'Europe ; leurs descendants ont trouvé dans la vie agricole et pastorale qu'ils étaient forcés de mener, dans l'isolement des familles, un aliment à leur confiance dans les seules paroles de la Bible ; ils sont beaucoup plus semblables aux anciens Hébreux que n'importe quel peuple moderne. Hs ont ressuscité le patriarcat : le père de famille est chef et prêtre : tous les matins avant le lever du soleil, tous les soirs après le repas, il lit un chapitre de la grande Bible des ancêtres, le commente et donne sa bénédiction à toute sa gens après le chant des psaumes, n est chef militaire et maître absolu dans la ferme ; malgré la pureté des mœurs, il imite parfois Abraham et, au

témoignage de Livingstone, peut prendre une seconde femme sans que la femme légitime songe à s'en plaindre. Les Boers se marient d'ailleurs jeunes et ont beaucoup d'enfants. Toute alliance, même en dehors du mariage, est formellement interdite avec les gens de couleur. Outre les membres de la famille, la ferme abrite les Bijwoners, clients libres de race blanche, mais de condition inférieure, puisqu'ils ne sont pas propriétaires de terre. Enfin le service est fait par des Cafres qui, malgré les mots, sont de véritables esclaves, seuls dignes de manger la chair impure des animaux non saignés à blanc selon le rite de Moise, et généralement bien traités, à condition qu'ils ne cherchent pas à sortir de leur état de sujétion. — Tout chef de famille devant être capable de lire et de commenter la Bible, l'instruction primaire est universellement répandue et est donnée au sein de la famille. Cependant depuis quelques années le gouvernement de Pretoria avait fait des efforts pour organiser un enseignement primaire régulier. En 1896, le nombre des écoles était de 330 rurales, 34 urbaines, celui des élèves de 7.738 et la dépense de 1.113.000 fr. L'enseignement secondaire était donné dans un Staatsgymnasium, fondé en 1892, et divisé en deux départements : littéraire ou classique, et scientifique. Les nécessités nouvelles avaient fait aussi établir une école des mines. A Pretoria existe une bibliothèque. Les Boers aiment en effet la lecture, surtout celle des journaux, par lesquels ils se tiennent au courant de la politique, dont ils raffolent. Suivant l'expression de Farini, ils sont « politicailleurs jusqu'aux moelles ». Très jaloux de l'autonomie de chaque famille, les républicains du Transvaal rappellent bien les citoyens des répubhques antiques, beaucoup plus que les démocraties modernes ; ce sont de véritables patriciens, supérieurs à leurs clients et à leurs esclaves, mais égaux entre eux et sacrifiant tout à ce souci de l'égalité : dans la guerre actuelle, pendant la retraite qui suivit la bataille de Norval's Pont, ils déposèrent leurs officiers presque sous le feu de l'ennemi, pour procéder à de nouvelles élections.

Géographie politique. — Avant la guerre actuelle avec l'Angleterre, la République sud-africaine était régie par une constitution élaborée en 1858, fréquemment amendée depuis, particulièrement en 1885 et 1897, et qui s'est trouvée forcément suspendue par les opérations militaires. Aux termes de cette constitution, le pouvoir législatif est contié à un Volksraad ou Parlement de deux Chambres, composées chacune de 27 membres choisis par les districts pour une durée de quatre ans. Les membres de la Chambre basse doivent être âgés de trente ans, être propriétaires fonciers, de religion protestante et n'avoir encouru aucune peine criminelle. Ils sont élus par les Burghers de la première et de la seconde classe, alors que les membres de l'autre Chambre ne sont élus que par les Burghers de la première classe. La première classe comprend tous les hommes blancs qui résidaient sur le territoire de la République avant le 29 mai 1876, ou qui ont pris une part active à la guerre de l'indépendance en 1881 , contre le raid Jameson en 1895-96, à l'expédition du Swaziland en 1894, ainsi que leurs enfants âgés de seize ans. La naturalisation peut être obtenue, au bout de deux ans de résidence, par l'enregistrement sur le livre du veldcornet, le serment de fidélité et le payement de 50 fr. Les étrangers naturalisés peuvent devenir, par une résolution spéciale de la chambre haute, citoyens de première classe après douze ans de naturalisation. Les enfants d'étrangers, même nés au Transvaal, ne jouissent d'aucun droit politique. Mais s'ils se font enrôler à seize ans, ils peuvent être naturalisés à dix-huit. — Ces dispositions relatives aux étrangers ne sont pas applicables aux gens de couleur. D'après la loi du 25 juin 1885, les Cafres, les coolies de l'Inde, les Arabes, les Malais, les mahométans ne peuvent obtenir les droits de citoyens ni devenir propriétaires fonciers; dans les mines, ils ne

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peuvent travailler que comme manœuvres, et il leur est interdit, sous peine du fouet et de la prison, de recevoir de l'or comme salaire. — Le pouvoir exécutif est confié à un président et à un vice-président, élus pour cinq ans par les Burghers de la première classe, et rééligibles; ils sont assistés d'un conseil exécutif de six membres. Le président nomme tous les fonctionnaires. — La justice est rendue par une haute cour, où le jury n'existe en matière civile que si une des parties le réclame, par des cours d'appel pour les affaires civiles et criminelles et par des tribunaux de première instance. — Le Transvaal n'a pas d'armée permanente, sauf un corps d'artillerie à cheval comprenant 32 officiers, 79 employés et 289 hommes. Cette forte proportion d'officiers indique bien que là même on n'a affaire qu'à des cadres. Tous les hommes valides peuvent en effet être appelés sous les armes depuis l'âge de seize ans. L'armée est commandée par un membre du Conseil exécutif qui a le titre de commandant général. Elle est divisée en commandos placés sous les ordres de commandants et de veldcornets, et dont la composition n'est pas uniforme. Le commandant et le veldcornet sont élus par leurs soldats, et les chefs de famille servent de sous-officiers à leurs enfants. Il est d'ailleurs impossible de donner des renseignements précis sur l'armée du Transvaal ; on en connaissait fort peu de chose avant la guerre, et il est probable que l'organisation s'est modifiée au cours des opérations. — Les principales sources de revenu de l'Etat transvaalien étaient, avant la guerre, en 4898 : les douanes(26.674.875fr.), les cnemins de fer (46.723.775 fr.) ; les licences minières (45.650.625 fr.); les explosifs (5.583.550 fr.); les timbres (7.434.575 fr.); les postes et télégraphes (5.458.300 fr.) ; au total : 99.589.000 fr. Les principales causes de dépenses étaient : les travaux publics (22.283.300 fr.); traitement des fonctionnaires (27.009.550 fr.); département de la guerre (8.930.625 fr.) ; police (7.234.775 fr.). Le total des dépenses a été, en 4898, de 99.286.825 fr. La dette publique était, à la même époque, de 66.509.850 fr.

Le territoire de la République sud-africaine est divisé en dix-sept districts, dont chacun est administré par un magistrat et un conseil local, le Landrost et le Hemraad. Ces districts portent les noms des principales villes : Bloemhof, Ermelo, Heidelberg, Lichtenburg, Marico, Middelburg, Pat-Reteef, Potchefstroom, Pretoria, Rustenburg, Standerton, Utrecht, Vryheid, Wakkerstroom, Waterberg, Zoutpansberg.

Parmi les villes transvaaliennes, un petit nombre seulement ont quelque importance : Pretoria (V. ce mot). — Barberton, à 600 kil. à l'E. de Pretoria, ne comptait, en 4885, que quelques huttes; la découverte de l'or en a fait une ville aussi importante que la capitale. Mais le phénomène a été surtout manifeste à Johannesburg ; cette capitale de l'or, qui n'existait pas avant 4886, comptait 40.000 hab. en 4892, 402.078 au recensement de juiL 4896. Comme dans toutes les villes d'origine analogue, le«nombre des hommes est très supérieur à celui des femmes : 79.345 pour 22.763. La population se décompose en 50.907 blancs, 952 Malais, 4.807 coolies hindous et chinois, 42.533 Cafres, 2.879 métis. Johannesburg est bâtie sur la pente S. du Witwatersrand, à 400 kil. au S. de Pretoria, dans une plaine aride, défoncée par les mines, poussiéreuse. Son ait. de 4.600 m. lui donne un climat rude pendant l'hiver. Mal bâtie, avec des rues peu régulières, elle est prolongée par des villages de cabanes qui en forment comme les faubourgs. On y mène une vie d'affaires, fiévreuse et brutale; l'existence est chère. Un tramway à vapeur met Johannesburg en relation avec Boksburg, à l'E., le centre des mines de houille.

Dans les limites du Transvaal se trouve renfermé, sous des conditions un peu spéciales, le SwazilarÂ. La superficie de ce territoire est d'environ 20.000 kil. q. sur lesquels vit une population de 40.000 à 50.000 indigènes et de 900 à 4.200 blancs. La langue des indigènes est un

dialecte zoulou. Par la convention de 4884, entre le gouvernement britannique et le Transvaal, l'indépendance du Swaziland avait été reconnue; par un acte de 4890, le gouvernement de la population blanche était confié à un comité spécial, et en 1 894 un nouveau règlement, ratifié par le Volksraad le 44 févr. 4895, plaça le Swaziland sous le protectorat et l'administration de la République sud-africaine. — Le Swaziland est surtout pour les Boers un territoire où ils mènent pendant l'hiver les troupeaux du Hoogeveld.

Géographie économique. —-Jusqu'en4886, le Transvaal fut un pays exclusivement agricole ; aujourd'hui encore, les Boers sont presque exclusivement cultivateurs et pasteurs. Les produits agricoles du pays ne suffisent d'ailleurs plus à nourrir la population. Celle-ci s'est en effet accrue du triple par l'arrivée des étrangers, des Uitlanders, presque tous occupés à l'exploitation des mines. Ce sont les mines d'or qui tiennent la première place. L'exploitation commença en 4884, mais demeura peu importante jusqu'en 1884. Voici, depuis cette époque jusqu'en 4898, le chiffre de la production annuelle :

Années

Années

Francs

Les mines sont la propriété de l'Etat qui désigne des inspecteurs pour donner les concessions et les surveiller. Toutes les concessions ne sont d'ailleurs pas encore en exploitation, beaucoup d'entre elles ne servant que de base aux spéculateurs. Les principaux champs d'or sont : le champ d'or de la vallée du Kaap, dans le district deLydenburg, le centre de l'exploitation est Barberton ; le champ d'or de Komati, au S. du premier; le champ d'or du Witwatersrand, le plus important de tous ; le champ d*or de Krûgersdorp, dans le district de Pretoria ; les champs d'or de Boodepoort, dans le district de Heidelberg; de Schoonspruit et àe Booderand, dans le district de Potchefstroom ; de Macabastadt, de Hontboschberg , dans le Zoutpansberg ; des collines de Murchison, sur le Limpopo. — L'or n'est d'ailleurs pas le seul minéral que l'on trouve sur le territoire transvaalien. On a découvert des diamants dans le Zoutpansberg et dans les districts de Pretoria et de Bloemhof. Les exploitations d'argent, de plomb et de cuivre sont suspendues depuis 4894. Mais des mines de houille de qualité supérieure fournissent des quantités croissantes de combustible ; le gisement principal est à Brakpan, à l'E. de Bokesburg, dans le district de Johannesburg. Voici les chiffres de la production dans les trois dernières années pour lesquelles nous ayons des renseignements: 4896, 4.437.297 tonnes; 4897, 4 million 600.242 t.; 4898,4.907.808 t. — A part les industries minières, les autres industries sont à peu près nulles ; il y a seulement quelques manufactures de tabacs, trois fabriques d'explosifs, quelques distilleries et brasseries.

Les principaux objets exportés sont l'or, les laines, les céréales, les peaux et cuirs, le tabac, l'ivoire et les plumes d'autruche. Le nombre et la valeur des objets importés sont beaucoup plus considérables ; ils consistent en machines, animaux vivants, habits et tissus, matériel de chemin de fer, chaussures, farine et grains, maïs, spiritueux, sucre. La valeur totale des importations a été, en 4898, de 4.066.995 livres st. — Les routes sont peu nombreuses. Les lignes de chemin de fer rayonnent autour de Pretoria. Une ligne descend au S. par Johannesburg vers Bloemfontein et Le Cap ; de Johannesburg s'en détache à rO. un embranchement vers Potchefstroom et Kimberley; à l'E., vers Heidelberg, Standerton, Wakkerstroom,

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Pietermaritzburg et Durban. De Pretoria une ligne va à FO. dans la direction de Mafeldng jusqu'à Lichtenburg ; une autre monte au N. jusqu'à Pietersburg, dans le Zoutpansberg ; une autre enfin se dirige sur Lourenço-Marquez par Middelburg et Komati, avec un embranchement sur Lydenburg. La longueur totale des lignes construites était en sept. 4898 de 4.200 kil. ; celle des lignes en construction, de 4S0; celle des lignes projetées de 400. — Le réseau télégraphique est très développé, et Pretoria est en communication, dans l'extrême Nord, avec Blantyre, près du lac Nyassa. — Le système des poids et mesures et monnaies est le même que dans la colonie du Cap.

Histoire. — L'unité duTransvaal, comme celle de l'Etat libre d'Orange, s'est faite sous la pression des circonstances, d'abord pour conquérir le territoire sur les Cafres qui l'habitaient, ensuite et surtout pour résister aux envahissements de l'Angleterre. Pendant plus d'un siècle les descendants d'émigrés hollandais, français et allemands s'étaient maintenus au Cap, comme colons dépendant de la Hollande. Napoléon P'' et son frère Louis, roi de Hollande, trop occupés en Europe, abandonnèrent la colonie qui fut prise par les Anglais en 4806. Les Boers abandonnèrent alors le Cap en masse, et, faisant un trek vers le N.-E., s'établirent au Natal. Les Anglais les y suivirent bientôt, et, dès 4836, les Boers commencèrent à émigrer dans le pays compris entre l'Orange et le Vaal ; en 4842, le gouvernement anglais annexa le Natal, que les Boers abandonnèrent totalement. Une partie d'entre eux franchirent le Vaal et formèrent des établissements indépendants les uns des autres et, en fait, indépendants de tout gouvernement. En 4847, il n'y avait encore que quelques petites communautés fondées pour la défense contre les Cafres, et à peine unies entre elles par un vague lien fédératif. En 4848, sir Henry Smith annexa formellement l'Etat libre d'Orange. Les Boers de l'Orange se joignirent alors aux bandes transvaaliennes commandées par André Prétorius, attaquèrent le résident anglais à Bloemfontein et le firent capituler. Mais les Anglais, recrutant une forte armée de Cafres, écrasèrent les Burghers à Boomplats. L'Orange fut annexé. Mais au Transvaal Prétorius tenait toujours la campagne, et, en 4852, il signa avec les Anglais le traité de Sand River, qui laissait aux Burghers du Transvaal le droit de s'administrer librement. Tous les Transvaaliens ne reconnaissaient pas alors l'autorité de Prétorius, et ce ne fut que peu à peu que le pays prit ses frontières actuelles. Mais l'Angleterre n'avait jamais abandonné ses projets d'annexion. En 4869, elle prit possession des mines de diamant de Kimberley. En 4876, le Transvaal était en guerre avec le chef cafre Seevacoumi ; les Boers n'étaient pas en nombre suffisant, et le président Burgers manquait de fonds. L'Angleterre saisit l'occasion d'intervenir et envoya à Pretoria sir Théophilus Shepstone avec les pouvoirs nécessaires pour annexer le Transvaal à la colonie du Cap (42 avr. 4877). Les Boers tinrent, le 4 avr. 4878, un grand meeting à Doomfontein, et décidèrent d'envoyer Kriiger et Joubert à Londres pour protester contre l'annexion. Le gouvernement tory ne tint aucun compte de leurs réclamations. Un nouveau meeting fut tenu à Wonderfontein, et une nouvelle tentative fut faite au-près de sir Bartle Frère, haut commissaire à Capetown. Celui-ci se rendit en personne à Pretoria et remplaça sir Shepstone par sir Owen Laugon. Mais les négociations n'aboutirent pas, et sir Garnet Wolseley vint déclarer à Pretoria que plus jamais, sous aucun prétexte, l'indépendance du Transvaal ne serait rétablie. Sur ces entrefaites, Gladstone était revenu au pouvoir en 4880 ; Kriiger et Joubert firent auprès de lui une nouvelle démarche, mais sans résultat. Le 8 déc. 1880 un nouveau meeting décida de recourir aux armes ; en cas de défaite, un nouveau trek serait organisé au N. du Limpopo chez les Matabélés. Joubert fut nommé général en chef, n avait sous ses ordres trois commandos ; le premier fut chargé de couper la route au 9® régiment anglais,

qui marchait sur Pretoria ; le deuxième se rendit â Potchefstroom ; le troisième, qui était le plus fort, à Heidelberg. Le 20 déc, le 9^ anglais, en traversant le Blonkerspruit, fut anéanti ; il ne s'échappa qu'une vingtaine d'hommes. L'armée du général Colley, venant du Natal, espérait franchir les Drakenberge à la passe de Laingsnek ; il se heurta au troisième commando boer. Le 27 janv. 4884, il fut repoussé et se retrancha à Mount-Prospect. Le 8 févr., il fut encore battu sur l'Ingogo, et dans les jours qui suivirent eut toujours le dessous dans une douzaine de petits combats. Le 27 févr.^ il voulut s'installer sur la hauteur de Majuba, d'où il pouvait dominer de son artillerie la passe et la position des Boers. Joubert vit la manœuvre, et le 28 envoya une petite troupe de volontaires s'emparer de Majuba. Le général Colley fut tué avec 99 hommes; 434 Anglais furent blessés et 54 faits prisonniers. Gladstone ne s'obstina pas dans une campagne meurtrière; le 3 août 4884, fut signée la convention de Pretoria qui restituait aux Boers leur autonomie ; elle comprenait 33 articles précédés d'une introduction où il était assuré que les habitants du Transvaal se gouverneraient en toute liberté sous la suzeraineté de la reine d'Angleterre; l'art. 2 réservait, à la reine le droit de nommer au Transvaal un résident ayant les pouvoirs d'un chargé d'affaires et consul général, et de contrôler les relations extérieures dudit Etat, lequel serait représenté au dehors par les agents diplomatiques et consulaires anglais; l'art. 48 spécifiait que la correspondance du Transvaal avec le gouvernement britannique, au sujet des affaires étrangères, passerait par l'intermédiaire du résident. Le Volksraad du Transvaal ne ratifia ce traité qu'après hésitation (25 oct.). H en obtint la rectification par la convention de Londres du 27 févr. 4884, en échange d'une cession de territoire au S.-O. (abandon des républiques de Gosen et Stellaland) ; elle comprend 20 articles ; l'Angleterre garde seulement le droit de nommer un agent consulaire ; la « République sud-africaine » ne ' pourra, aux termes de l'art. 4, traiter avec un Etat étranger (sauf celui d'Orange) qu'avec la ratification de l'Angleterre ; celle-ci sera supposée acquise si l'Angleterre ne proteste pas dans un délai de six mois. La nouvelle convention ayant été incorporée à la première pour en remplacer les articles qu'elle modifie, les Anglais ont plus tard soutenu qu'elle laisse subsister le préambule de 4884, affirmant la suzeraineté de la reine ; le Transvaal répond que les articles énonçant le terme de suzeraineté oiît été d'un commun accord biffés en 4884 ; l'opinion des juristes étrangers est, en effet, que le Transvaal, depuis 4884, est un Etat souverain, sauf une restriction en ce qui concerne la faculté de traiter. La question n'a pas été résolue par la conférence de La Haye sur l'arbitrage parce que l'Angleterre a subordonné son adhésion à l'exclusion des délégués du Transvaal et de l'Orange (Etat incontestablement souverain) ; les puissances européennes ont cédé et se sont ainsi lié les mains pour l'avenir, ce qui les a empêchées de proposer l'arbitrage prévu à La Haye.

L'Angleterre se préoccupa de couper aux Boers du Transvaal tout accès vers la mer et de les enclaver dans ses colonies (V. les art. Boers, Ca^p et Colonisation). Ce fut le motif de ses concessions de 4884 qu'elle a voulu reprendre ensuite. A ce moment, elle réussit à isoler le Transvaal de la colonie allemande du SvdOuest africain. Les Boers avaient aussi fondé vers l'E. la Nouvelle République afin de s'ouvrir l'accès de l'océan Indien vers la baie de Sainte-Lucie ; les Anglais occupèrent le rivage et la Nouvelle République démembrée se fondit dans le Transvaal (4887). Le pays des Souazi (Swasiland) intermédiaire entre le Transvaal et les territoires portugais de la baie de Delagoa fut aussi contesté ; mais les Boers qui en étaient maîtres en fait obtinrent le partage de la suzeraineté avec les Anglais (4890) et finalement, par le traité du 44 févr. 4895, l'administration totale de ce pays. Ils promettaient en revanche d'empêcher l'immigration de leurs

TRANSVAAL — TRANSVERSE

compatriotes dans les territoires de la Royal Chartered Company dirigée par Cecil Rhodes qui les enveloppait au N. — A cette époque, le développement des exploitations aurifères avait attiré au Transvaal une nombreuse population étrangère, en grande partie anglaise. Ces Uiilanders ou étrangers se trouvèrent aussi nombreux que les Boers et, se plaignant des taxes qu'on leur imposait, du monopole de la dynamite, etc., ne tardèrent pas à réclamer des droits politiques. La noblesse et les gens d'affaires anglais, désireux de se rendre maîtres des mines d*or et s'engageant de plus en plus dans le courant impérialiste sous la direction du ministre des colonies Chamberlain, prirent texte de ces réclamations pour préparer la conquête du Transvaal. Elle fut d'abord tentée par une surprise qui constituait un attentat au droit des gens machiné d'accord entre Chamberlain, Cecil Rhodes et le lieutenant de celui-ci, le D^ Jameson. Ce dernier, partant de Mafeking, passa la frontière le 30 déc. i895 avec 1.200 hommes et de l'artillerie et marcha sur Johannesburg, où il était attendu par des complices des sociétés minières. Mais il fut arrêté à Krugersdorp et obligé de se rendre à merci le 1®^ janv. 1896. Les Boers eurent la générosité d'épargner ces flibustiers, rendirent Jameson à l'Angleterre et gracièrent ses complices. L'empereur d'Allemagne avait adressé un télégramme de félicitations à Kruger, président de la République sud-africaine ; les Anglais tirent un accueil enthousiaste à Jameson ; l'enquête parlementaire sur son crime fut conduite avec un parti pris de déni de justice et d'apologie. L'entreprise contre les Boers fut continuée au nom des Uitlanders dont l'Angleterre prit la cause en mains. La crise finale fut provoquée par une pétition de ces étrangers à la reine d'Angleterre demandant son intervention pour leur faire accorder des droits politiques égaux à ceux des Boers (1899) ; ceux-ci objectaient que beaucoup de ces immigrants ne séjournaient que peu de temps sur leur territoire et offrirent de leur accorder les droits de citoyen après un séjour de sept années et moyennant certaines conditions de cens. Une conférence entre le président Kruger et Milner, gouverneur du Cap, impérialiste cauteleux et passionné, échoua, les Anglais n'admettant même pas un arbitrage pour cette intervention dans les affaires d'un Etat voisin. D'accord avec Steijn, président de l'Etat libre d'Orange, et les chefs des Afrikanders (Boers du Cap), Kruger fit de nouvelles concessions ; mais l'Angleterre émit la prétention de contrôlef les listes électorales et de donner aux Uitlanders la langue anglaise au Volksraad, enfin d'obliger le Transvaal à reconnaître la suzeraineté britannique (12 sept. 1899) ; en même temps, elle accumulait des forces militaires au Cap et au Natal.

De leur côté, les Boers se mettaient en état de défense et, l'agression devenant certaine, le 9 oct. ils adressèrent au gouvernement anglais un ultimatum demandant l'arbitrage et le retrait des armées britanniques massées sur leur frontière. N'ayant pas obtenu de réponse, le 12 oct. ils engagèrent la lutte, Transvaal et Orange coalisés, A l'O., ils bloquèrent Mafeking et Kimberley ; à l'E., ils envahirent le Natal ; l'armée anglaise du général White, battue vers Glencoe et Dundee (20 oct. 4899), fut enveloppée àLadysmith où elle se retrancha (30 oct.) après avoir perdu 2.000 hommes; mais le général Joubert ne poussa pas plus avant l'offensive. Au S., les Orangistes avaient envahi la colonie du Cap et occupé Stormberg et Naauwport. Le nouveau général en chef des Anglais, Redvers Buller, chargea Methuen de débloquer Kimberley, Gatacre de refouler les Orangistes hors du Cap, et lui-même s'occupa de débloquer Ladysmith. Methuen fut complètement battu à Maggersfontein (11 déc), Gatacre au Stormberg (10 déc.) et Buller à Colenso(15 déc.) où il perdit 9 canons. Nulle part, les Boers ne mirent à profit ces succès pour une offensive qui eût pu provoquer l'insurrection de leurs frères de race dans les colonies anglaises. De grands renforts furent expédiés d'Angleterre et un nouveau généralissime

désigné, Roberls, vainqueur des Afghans (20 déc), auquel on adjoignit Kitchener, le vainqueur des Madhistes, comme chef d'état-major. Buller, qui disposait de 30.000 hommes et 48 canons, redoubla d'efforts pour délivrer l'armée de Ladysmith (10.000 hommes); les Boers n'avaient pas la moitié des forces anglaises ; néanmoins Buller, après avoir passé la Tugela, fut défait à Spionskop (24 janv.) avec une perte de 2.300 hommes et ne dut qu'à l'inaction des Boers de pouvoir se replier sans désastre; il essuya un nouvel échec à Vaalkrans le 9 févr. Cependant Roberts, débarqué le 10 janv. et qui disposait maintenant de 150.000 combattants, prépara méthodiquement son attaque par les plaines de l'Orange. Il tourna les positions des Boers sur la Modder, cerna et força de capituler le général Kronje à Paardeberg (27 févr.) Les Boers levèrent le siège de Kimberley et de Ladysmith, mais ne purent empêcher les forces numériquement accablantes des Anglais d'entrer le 13 mars à Bloemfontein, capitale de l'Orange, dont l'annexion fut proclamée. Ils continuèrent la lutte dirigée par Louis Botha, après la mort de Joubert; le 12 mai Roberts prit Kroonstad, le 31 mai Johannesburg et le 5 juin Pretoria. Botha et le président Steijn ne se découragèrent pas, et le chef orangiste, Dewet, infligea de sanglants échecs aux envahisseurs dont il coupa souvent les commu nications, se maintenant à TE. de l'Etat d'Orange, comme Botha à l'E. du Transvaal. En 1901, les Boers reparurent au Natal et au Cap, poussant leurs incursions jusqu'à la mer et se recrutant parmi les Afrikanders. L'exaspération des Anglais se traduisit par la destruction systématique des fermes et l'internement des vieillards, femmes et enfants boers dans des «'camps de concentration » où la mortalité fut énorme. Ces atrocités n'affaiblirent pas la résistance et, en oct. 1 901 , les pertes des Anglais atteignaient 20.000 morts et 50.000 rapatriés. Leurs dépenses dépassaient 3 milliards, l'effectif entretenu en Afrique étant de plus de 200.000 soldats, en face de moins de 20.000 Boers. — Pour le détail des opérations militaires poursuivies depuis, beaucoup de renseignements nous manquent, et il est fort difficile, à l'heure actuelle, de distinguer les simples escarmouches des grands combats. Mais on peut dire toutefois que les Boers avaient promis de « faire une résistance qui étonnerait le monde », et qu'ils ont tenu parole. Ludovic Marchand.

BiBL. : C.-J. Alford, Geological Features of the Transvaal, South Africa ; Londres, 1891. — Albrecht, la République sud-africaine {Transvaal) aupoint de vue de l'émigration européenne, dans Réimpression du Recueil consulaire; Bruxelles, 1890. — Bel, les Mines d'or du Transvaal, dans Economiste français, 15 oct. 1892. — Bryce, Impressions of South Africa : Londres, 1897. — D'Es- TOURNELLES DE CONSTANT, le Trausvaal et l'Europe divisée, dans Revue de Paris, 15 mars 1900. — Dove, Klima des aussertropischen Sûdafrika ; Leipzig, 1888. — Farini, Huit mois au Kalahari ; Paris, 1887 (traduction). — Kno- CHENHAUER, Dic Goldfcldcr in Transvaal; Berlin, 1890. — Pierre Mille, les Boers, dans Revue de Paris, 15 juin 1900. — W. Reitz, un Siècle d'injustice.

TRANSVECTEUR (Mathém.). Lorsque l'on effectue la somme de deux vecteurs, AB, BG, placés de telle sorte que l'origine du second coïncide avec l'extrémité du premier, cette somme AC a été appelée par Hamilton du nom de transvecteur.

TRANSVERSALE (Géom.). Le nom de transversale désigne d'une façon générale une droite qui coupe une figure déterminée (polygone, courbe, polyèdre, surface, par exemple). Plus particulièrement, on donne le nom de transversale à une droite qui rencontre sur un plan les trois côtés d'un triangle ABG. Si les intersections de la transversale avec AB, BC, CA respectivement, sont G', A',B',

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