‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 190 sur 633 · TREMBLEMENT · texte numérisé non relu

TREMBLEMENT

La division de Charcot est restée classique et permet un bon groupement des divers tremblements. Parmi les tremblements qui se produisent au repos, il faut classer : le tremblement de la paralysie agitante, à rythme lent, diminuant ou disparaissant durant l'exécution des mouvements volontaires ; le tremblement si^m^e ; celui du goitre exophtalmique à rythme rapide ; ceux de la paralysie générale^ de X alcoolisme y de V intoxication mer eurielle, etc., etc. A la variété des tremblements se produisant à l'occasion des mouvements appartiennent les tremblements de la sclérose en plaques, de la maladie de Friedreich. Une catégorie à part doit être établie pour la trépidation épilep(oïde et pour les tremblements posthémiplégiques. Enfin le tremblement hystérique, qui peut affecter toutes les formes précédentes. Il est fréquent de voir le tremblement provoquer des troubles de l'écriture, troubles dont l'apparition est souvent précoce. D'' M. Potel.

IL Géologie. — Tremblement de terre. — Les tremblements de terre ou séismes sont des éboulements du sol qui peuvent produire, dans les pays qu'ils traversent, depuis un frémissement à peine perceptible jusqu'à des bouleversements effroyables. L'une des plus terribles catastrophes de ce genre que l'histoire ait enregistrée est celle de 526, qui fit périr, sur le littoral méditerranéen, 420.000 personnes au témoignage de certains auteurs, 200.000 d'après d'autres. Le moyen âge ne nous a laissé le souvenir de rien qui approche. Mais en 4693, Messine, au pied de l'Etna, fut détruite par un phénomène de même nature, qui coûta la vie à plus de 60.000 hab. Lisbonne eut le même sort en 4755 ; le nombre des morts s'éleva à 30.000. Ces vingt dernières années ont été ellesmêmes marquées par plusieurs tremblements de terre d'une violence exceptionnelle : à l'Ile d'Ischia (28 juil. 4883), où il yeut 2.343 victimes ; àl'îlede Java (26 août 4883), où périrent 80.000 personnes ; en Andalousie (25 déc. 4884), où l'on compta 745 morts et 4.426 blessés ; sur la côte de Ligurie, entre Nice et Gênes (23 févr. 4887), où le nombre des morts s'éleva à 634, celui des olessés à 525 ; au Japon, où il y a eu, une première fois, le 28 oct. 4894, en une minute, 7.000 morts, 400.000 blessés, trois villes populeuses détruites, puis, le 45 juin 4898, 30.000 riverains engloutissons une vague énorme, due à une secousse sous-marine.

Un tremblement de terre débute ordinairement par une agitation presque imperceptible du sol : rien ne paraît remuer et pourtant la terre frissonne. Après quelque temps de cette trépidation légère, tout cesse assez souvent, pendant plusieurs minutes, pendant plusieurs heures, puis le frissonnement recommence, continu ou intermittent. Enfin, viennent les secousses véritables, plus ou moins brusques, plus ou moins fortes. D'autres fois, au contraire, la commotion violente est immédiate et il y a alors ou un choc unique ou plusieurs chocs successifs. Trois sortes de secousses peuvent être distinguées : des secousses verticales, où le choc se produit de bas en haut ; des secousses horizontales, avec choc latéral ; des mouvements ondulatoires, au cours desquels le sol oscille comme une mer houleuse. Fréquemment, la secousse est au centre de la surface ébranlée, verticale ou horizontale et il se produit sur les bords une simple ondulation. La durée des secousses est très variable. On en a observé qui ne duraient qu'une fraction de seconde. Mais elles peuvent, en se succédant rapidement, produire les plus grands ravages : à Ischia, par exemple, le 28 juil. 4883, tout était fini au bout de seize secondes. On a vu, par contre, les mouvements du sol continuer à se faire sentir durant des mois, des années. A Viège, dans le Valais, une première secousse, dont le contre-coup fut perçu jusqu'à Paris, eut lieu le 4^'' juil. 4855; elle fut suivie, pendant quatre mois, d'une série de commotions, beaucoup plus faibles, mais très fréquentes, qui s'espacèrent ensuite, pour ne cesser complètement qu'en 4857. Aux îles Sandwich, en 4868, il y eut, pendant le seul mois de mars, 2.000 se-

cousses. Le tremblement de terre du 25 déc. 4884, en Andalousie, se prolongea jusqu'au 44 avr. 4885, et, à cette dernière date, il y eut encore plusieurs maisons détruites. Celui du 23 févr. 1887, sur la côte de Ligurie, fut marqué par trois séries de secousses: la première, la plus violenfe, se fit sentir, à Menton, à 5^38"», et dura 4«^30« ; les oscillations se succédaient à 2 ou 3 dixièmes de seconde d'intervalle ; la seconde se produisit à 5M9"^, la troisième, beaucoup plus faible, à 8^45^; jusqu'à la fin de mai, les conimotions se renouvelèrent, de plus en plus atténuées. A Gifu, au Japon, en 4894, on en compta, du 28 oct. au 40 nov., 4360, dont plusieurs très fortes. L'amplitude des secousses verticales peut être considérable. En 4837, au fort chilien de San Carlos, un mât enfoncé en terre de 10 m. et assujetti solidement par des tiges de fer fut violemment projeté en l'air. En Calabre, en 4783, on vit des maisons sauter comme si, sous elles, une mine eût fait explosion et, après le tremblement de terre du 4 févr. 4797, qui rasa Riobamba (Equateur), on retrouva, de l'autre côté de la rivière, sur une colline haute de plus de 400 m., les cadavres de plusieurs habitants. Les effets des mouvements ondulatoires, pour être moins violents, n'en sont pas moins curieux : en 4842, à Caracas, et en 4878, à Battang, en Chine, le sol était agité comme une mer battue par l'ouragan ou comme un liquide en ébullition, et maintes fois l'on a observé que les arbres, après s'être penchés jusqu'à toucher la terre avec leurs branches, se redressaient, l'onde passée, dans leur position primitive. Des phénomènes fort divers accompagnent les secousses. Leur moindre effet, que nous avons déjà signalé, est la destruction des édifices: les murs parallèles à l'onde, c.-à-d. se présentant de front à l'attaque, sont naturellement beaucoup plus souvent renversés que ceux dont la direction lui est perpendiculaire. Des crevasses du sol s'observent aussi dans la plupart des tremblements de terre. Les unes restent béantes ; d'autres se referment aussitôt, engloutissant tout ce qui se trouvait à la surface. Leurs dimensions peuvent être considérables : à Cergulli, l'une d'elles mesurait en longueur 2 liil., sur 40 m. de largeur et 40 m. de profondeur. Les dénivellations du sol sont également fréquentes. Parfois c'est un effondrement : un district tout entier du delta de l'indus, celui du grand Rurm, disparut ainsi, en 4849, dans la mer, donnant naissance à un golfe de 5 m. de profondeur sur plusieurs milliers de kilomètres carrés d'étendue. D'autres fois, c'est un soulèvement : le port de Nipon, au Japon, se trouva, en janv. 4855, sinon mis à sec, du moins rendu inutilisable, et, en 4864, après une éruption du Vésuve, la côte voisine se trouva, sur une longueur de 200 m., relevée de 4 m. Les autres effets des tremblements de terre ont un caractère plutôt accessoire. Ce sont, outre des bruits souterrains (qu'on a comparés tantôt au roulement du tonnerre, tantôt à un cliquetis de ferraille), l'apparition de brouillards, de coups de vent ou d'orages subits, ainsi que des dégagements de gaz, de vapeurs, voire même de flammes. On a signalé encore, quoique plus rarement, des éruptions de boue, de sable, d'eau chaude. D'une façon générale, en effet, les phénomènes séismiques, en dérangeant l'équilibre des couches meubles du sous-sol, apportent, dans le régime des eaux souterraines, d'assez profondes modifications. Hervé-Mangon a notamment constaté que les eaux du puits artésien de Passy se troublaient de façon très manifeste à chaque secousse ressentie dans l'Europe centrale, et les sources thermales de Louèche ont, depuis le tremblement qui a dévasté en 4855 la vallée du Rhône, gagné, outre 7° de chaleur, une notable augmentation de leur débit.

L'étendue embrassée par les tremblements de terre varie autant que leur durée et leurs effets. Une secousse qui, en mars 4879, jeta hors de leur lit les habitants de Linthal, dans le comté de Glaris, ne fut guère ressentie à plus de 30 kil. de là. Le tremblement de terre de Lisbonne, en 4755, produisit au contraire ses effets sur une

TREMBLEMENT — TREMBLEVIF

superficie d'au moins 3 millions de kil. q., et, le 46 nov. 1827, dans l'Amérique du Sud, toutes les localités situées entre Bogota etPopayan, sur une longueur de 1.500 kil., furent détruites de la même manière. Le mode de propagation n'est pas non plus partout le même. L'ébranlement peut être linéaire, c.-à-d. suivre, à partir du point d'origine qu'on appelle foyer apparent ou épicentre^ une direction unique, en n'affectant de part et d'autre qu'une zone étroite, qu'une bande. Il longe alors, soit le pied d'une chaîne de montagnes, soit une côte maritime. Il peut être central, c.-à-d. rayonner autour d'un point dans toutes les directions. Il y a même souvent, à la fois, plusieurs centres d'ébranlement distincts, ou bien le centre se déplace suivant une direction déterminée. On cite, en troisième lieu, des cas d'ébranlement transversal, dans lesquels les secousses se sont fait sentir simultanément sur une même ligne droite marquant l'axe de l'ébranlement. Qu'il appartienne, d'ailleurs, à l'une ou à l'autre de ces trois catégories, le tremblement de terre se propage à travers Técorce terrestre suivant les lois ordinaires de l'ébranlement des solides : il détermine en conséquence une surface d'onde (V. Onde), qu'on dénomme d'ordinaire onde séismique ou sismique, et l'on appelle courbes homoséistes ou isoséistes les courbes successives de son intersection avec la surface du sol. La vitesse de propagation de cette onde, très facile, on le conçoit, à noter, a été de 540 m. par seconde pour le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755 ; de 568 m. pour celui des provinces rhénanes, en 1846 ; de 742 m. pour celui de l'Allemagne centrale, en 1872 ; de 5.200 m. pour celui de Charleston, en 1886 ; de 584 à 1.452 m. pour celui de la côte de Ligurie, en 1887. Elle n'a été trouvée que de 131 '^,50 dans le tremblement de terre du Pérou en 1868. Elle est faible également lorsque la propagation se fait, non plus par le sol, mais à travers une grande masse d'eau. Il se produit, dans ce cas, une onde de translation, qui occasionne, à la surface, ce que les navigateurs ont quelquefois appelé des tremblements de mer et qui se traduit, sur les rivages par de terribles ras de marée (V. ce mot) : la mer se retire d'abord, puis revient sous la forme d'une vague gigantesque, de 10, 20, parfois 30 m. de hauteur, qui se précipite sur la côte, où elle engloutit tout, comme à Java en 1883, comme au Japon en 1898. Lors du premier de ces deux cataclysmes, l'onde marine de translation se propagea jusqu'à la pointe de Galles, sur 3.1 iO kil., avec une vitesse moyenne de 277"^,77 à la seconde, et jusqu'à Port- Louis, dans l'île Maurice, sur 5.500 kil., avec une vitesse de 273'^, 50. C'est à peu de chose près celle de propagation de la marée.

Les tremblements de terre sont l'objet, depuis un certain nombre d'années déjà, d'études systématiques et très suivies. Elles ont eu pour principaux auteurs Heim, K. Fuchs, Abbot, Fouqué, Falb, de Rossi, Suess,R.Mallet, J.-D. Dana, D. Forbes, Perrey, Mercalli, J. Schmidt, Oldham, von Lasana, Forel, etc. Des stations, munies d'appareils spéciaux (V. Séismomètre), ont, d'ailleurs, été établies en de nombreux points, notamment au sommet du Vésuve et de l'Etna, à Rome, à Padoue, à Strasbourg, à Gœttingue, à Trieste, à Larbach, à Bruxelles, dans l'île de Wight, à Toronte (Canada), à Tokio, à Batavia. Plusieurs sociétés spéciales se sont, en outre, créées : VUfficio centrale di meteorologia e di geodinamica, VEarthquake Investigation Co^nmittee, le Bureau pour l'étude des tremblements de terre de Tokio. Enfin, à la suite du congrès de géographie de Berlin de 1899, une Société internationale de séismologie, dont le siège est à Strasbourg, a été fondée. L'un des premiers problèmes qu'aient à résoudre les séismologues est la détermination duj siège initial, du foyer de l'ébranlement superficiel. Plusieurs méthodes y ont été employées, les unes fondées sur l'observation de l'intensité et de la direction des secousses, une autr§ sur l'heure de la première

secousse en divers points, une autre sur l'observation des crevasses. Elles ont amené à constater que le foyer apparent, l'épicentre, qui n'est pas, on le comprend, un point unique, mais bien une surface, la surface épicentrale, limitée par une courbe appelée pléistoséiste, a parfois une amplitude considérable, comme dans le séisme du Japon central de 1891, où il atteignait 11.500 kil q. Il est, d'autre part, fréquemment en mer : à 20 kil. au S. de Port-Maurice, dans le tremblement de terre de la côte de Ligurie (1887). Le second problème qui se pose est la détermination de la profondeur du centre d'ébranlement. Sur un point, tous les observateurs sont d'accord : il est toujours à une faible distance de la surface, entre 11 et 60 kil. (18 kil. pour les séismes de 1884, en Andalousie, efde 1887, sur la côte de Ligurie). A l'île d'Ischia, en 1883, il aurait même été à moins de 1 kil. Les statistiques paraissent, en troisième lieu, établir qu'il existe, au cours de chaque siècle, deux périodes paroxysmales d'énergie séismique. L'explosion de chacune est relativement brusque et le déclin graduel. Il semble, en outre, y avoir dans la saison chaude plus de tremblements de terre que dans la saison froide. Leur liaison avec les phases lunaires est, au contraire, mal établie. Leur nombre total est considérable. De 1865 à 1873, on en a catalogué 1.184 et, en Suisse, 166, dont 18 d'étendue notable, ont été enregistrés pour la seule année 1881. Au Japon, le nombre annuel des secousses dépasse 500. Quant à la cause des tremblements de terre, elle ne doit pas être attribuée, comme on Ta fait longtemps, aux seuls volcans. Certes, les contrées volcaniques y sont plus sujettes, l'effort que font, dans chaque éruption, pour s'échapper, les gaz et les vapeurs, déterminant presque inévitablement de fortes commotions locales. Mais à côté de ces ébranlements, qu'on a qualifiés de volcaniques, il en est d'autres, au champ d'action très étendu, les tremblements de terre endogènes ou telluriques de divers auteurs, qui s'observent loin de tous volcans (les Alpes, par exemple, où il n'en existe aucun, sont fréquemment secouées) et dont la cause première ne se révèle pas avec autant de netteté. Ce peut être, en effet, ou un écroulement de masses rocheuses internes ou une explosion produite à l'intérieur du globe par l'accumulation de vapeur d'eau, à très haute tension, ou encore, et surtout, un phénomène de dislocation de l'écorce terrestre, résultat du rétrécissement continu de la circonférence de la Terre. Cette dernière classe de tremblements de terre, les séismes orogéniques, constituent, suivant la conclusion de Heim, Suess et J.-B. Dana, l'un des phénomènes de la formation des montagnes. L. S.

BiBL. : Tremblement de terre. — R. Mallet, Earthquake Catalogue of the British Association; I.ondres, 1858. — Falb, Grundzûge elner Théorie der Erdbeben; Gratz, 1871. — K. Fuchs, les Volcans et les Tremblements de terre; Paris, 1878. — J.-F.-J. Schmidt, Studien ueber Erdbeben ; 2« éd., Leipzig, 1879. — Heim, Die schweizirischen Erdbeben; Berne. 1881. — De Rossi, Nouvelles études sur les tremblements de terre; Leyde, 1883. — Rudolph, Submarine Erdbeben; Stuttgart,' 1887. — Fouqué, les Treinblements de terre; Paris, 1889. — Hœrnes, Erdbebenkunde; Leipzig, 1893. — A. de Lapparent, Traité de géologie ; Paris, 1893, t. II, pp. 253 et suiv. — Taramell'i et Mercelli, Annali deï Uffizio di Geodinamica.

TREMBLES (Les). Corn, du dép. d'Oran, arr. et cant. de Sidi-bel-Abbès, sur le Sig ; 2.774 hab., dont 196 français, 620 étrangers. Stat. dechem. de fer. Centre agricole bien irrigué ; vignes.

TREMBLETTE (Bot.) (V. Briza).

TREMBLEUR.L Physique. — Petit instrument de physique souvent utilisé pour envoyer dans un circuit un grand nombre de courants électriques par seconde ; les principales dispositions ont été décrites t. VI, p. 4496. A. J.

IL Ornithologie (V. Pigeon, t. XXVI, p. 945).

IlL Histoire religieuse (V. Quakers).

TREMBLEVIF.Com. du dép. de Loir-et-Cher (V. Saint- ViAtre).

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