TRENTE
protester contre la translation du concile, par ses envoyés à Bologne et par son ambassadeur à Rome. En outre, il i^wblidi l'Intérim (V. ce mot), formulaire en 36 articles sur les matières de doctrine, dont l'autorité devait durer jusqu'à la détermination d'un concile général sur les mêmes matières. On y tolérait le mariage des prêtres, et on y permettait la communion sous les deux espèces. En même temps était édité un décret de réformation, dont les règlements furent adoptés par des conciles provinciaux tenus à Augsbourg, à Trêves, à Mayence et à Cologne, en cette année-là et l'année suivante. — Après avoir tenté inutilement de faire venir à Bologne les prélats qui étaient restés à Trente, Paul III suspendit le concile, sous prétexte d'une congrégation qu'il voulait former à Rome, pour la réformation des mœurs et de la discipline. Il mourut le 40 nov. 1549. Le cardinal Del Monte lui succéda le 8 févr. 1550, sous le nom de Jules III.
Dès son avènement au pontiftcat, Jules III était entré en négociations avec l'empereur, pour la reprise du concile à Trente. H l'ordonna par une bulle du 14 nov. 4550. A la diète d' Augsbourg, l'empereur eut beaucoup de peine à la faire accepter par les protestants, qui demandaient la revision des décrets déjà faits à Trente. La réouverture se fit le 1^^ mai 1554, sous la présidence du cardinal Marcel Crescentius. Le pape lui avait adjoint comme légats Sébastien Pighin, archevêque de Manfredonia, et Louis Léporaan, évêque de Vérone, afin d'éviter les plaintes et les soupçons qui s'étaient produits sous Paul III, parce que les trois légats étaient des cardinaux. Cette xi® session n'eut lieu que pour la forme : on se contenta d'y faire un décret pour la reprise du concile. Les évêques venus à Trente étaient alors en trop petit nombre. Il s'accrut bientôt : dès le 41 oct. de la même année (xiii^ session), on comptait, outre les légats et les officiers du concile, 6 archevêques, 34 évêques, 4 abbés ou généraux et plusieurs princes ou ambassadeurs. — En la xii® session (1®^' sept.), Henri II avait fait protester contre la conduite du pape, qui l'avait déclaré excommunié et qui menaçait de mettre son royaume en interdit, à cause du secours qu'il avait prêté à Octave Farnèse pour se maintenir dans le duché de Parme, dont Jules III voulait le dépouiller. Il défendit de porter ou d'envoyer de l'argent à Rome, sous quelque prétexte que ce fût, ordonna de s'adresser aux Ordinaires pour toutes les affaires ecclésiastiques, et refusa d'envoyer les évêques de France à un concile qu'il déclarait n'être qu'une assemblée privée, réunie au profit de quelques personnes. — Dans la xiii® session (41 oct.), on lit lecture de la formule du sauf-conduit que le concile accordait aux protestants et de la réponse à la protestation du roi de France. — Le 24 janv. 4552, une congrégation générale et extraordinaire fut tenue pour recevoir en audience publique, dans le palais du légat, les ambassadeurs des princes protestants. On y enregistra une déclaration faite au nom de tous les Pères du concile, et portant que ce que le synode allait faire pour les protestants, en recevant et en écoutant leurs envoyés, ne devait point tirer à conséquence. Dans la xv® session, tenue le lendemain, on lut un décret pour le délai de la décision des matières jusqu'au 45 mars, en faveur des protestants, qui demandaient cette prorogation, afin d'attendre l'arrivée de leurs théologiens. On lut ensuite le sauf-conduit qu'on leur accordait à peu près dans la même forme que celui qui avait été accordé aux Bohémiens par le concile de Bâle. Les protestants se retirèrent, fort .mécontents de ce sauf-conduit, dans lequel ils prétendaient qu'on aurait dû insérer que leurs théologiens auraient voie consultative et décisive ; qu'on recommencerait l'examen des décrets précédemment faits ; que la sainte Ecriture seule serait juge de toutes les controverses ; enfin, que le pape se soumettrait au concile et qu'il défierait les évêques du serment qu'ils lui avaient prêté, afin de leur donner une entière liberté d'opiner. — Sur la nouvelle de la prise d'Augsbourg par Maurice de Saxe et du passage des Alpes
par l'armée des protestants confédérés, le concile fut suspendu par un décret publié dans la xvi® session qui se tint le 28 avr. 1552. Douze prélats espagnols protestèrent contre cette suspension. Charles-Quint laissa à son frère le soin de traiter avec les luthériens, et il écrivit au pape que le concile étant suspendu et la confusion devenant chaque jour plus grande, une diète seule pourrait ramener un état tolérable. L'année suivante, Jules III forma à Rome une congrégation de cardinaux et de prélats, pour travailler à la réforme de l'Eglise. Cette congrégation n'eut point de succès.
La troisième ouverture du concile eut lieu le 18 janv. 4562, après une suspension de près de dix années Pie IV l'avait promise au conclave qui l'élut {25 déc. 4559). Dans un consistoire tenu le 40 janv. suivant, il déclara le dessein qu'il avait d'assembler un concile général. Ferdinand, successeur de Charles-Quint, et le roi de France, se trouvaient d'accord pour désirer la réforme des abus qui fournissaient aux protestants leurs arguments les plus puissants. Mais de graves difficultés résultaient de la différence des vues sur les termes de la nouvelle convocation et sur l'autorité des décisions antérieurement adoptées à Trente. Les Espagnols estimaient que la nouvelle assemblée ne devait être que la continuation des précédentes. Les Français et les Allemands voulaient que le travail de réformation et la discussion dogmatique fussent repris par un concile nouveau, ne relevant que de lui-même. — Par bulle du 29 nov. 4560, le pape rétablit le concile général avec indiction à Trente, pour la semaine de Pâques 4564. Les cardinaux de Mantoue, Dupuy, Séripand, Hosius, Simonette et d'Altemps, furent nommés pour présider, en quahté de légats. Des nonces furent envoyés à tous les princes catholiques et protestants, pour leur présenter la bulle; ils eurent peu de succès auprès des protestants. Des difficultés suscitées par quelques princes firent différer l'ouverture jusqu'à l'année suivante. L'assemblée où elle se fit est comptée comme xvii® session du concile de Trente. Il s'y trouvait 442 prélats, accompagnés de ceux qui avaient le droit d'assister au concile. On lut la bulle et le décret pour la reprise du concile. Dans le 4écret, il n'était point parlé de continuation, quoique les prélats espagnols eussent beaucoup insisté sur ce point. On se servit seulement des termes : célébration du concile, toute suspension étant levée: on employait aussi ces autres termes : les légats présidant et proposant. Quatre prélats espagnols s'opposèrent à cette dernière expression, craignant qu'il ne parût que les légats étaient maîtres absolus. Néanmoins, elle passa à la pluralité des suffrages. Dans la xxiv^ session, le comte de Luna, ambassadeur d'Espagne, ayant renouvelé très vivement les plaintes des Espagnols contre les mots : les légats proposant, le concile répondit qu'en les adoptant, il n'avait pas entendu changer en aucune façon la manière ordinaire de traiter les affaires dans les conciles généraux.
A la xvm® session (26 févr.), il n'y avait encore aucun évêque d'Allemagne, ni de France. Le 8 mars, on publia le sauf-conduit accordé aux hérétiques, en la même forme que celui qui avait été donné aux Allemands en 4552. Il contenait de plus une extension en faveur des autres nations, mais sans les nommer, pour ne point paraître les taxer d'hérésie. Dans la xix® session (44 mai), on ne fit que proroger la décision et la publication des décrets à la session prochaine. Ces retardements étaient occasionnés par les instances de l'empereur Ferdinand, qui savait que les Espagnols persistaient à demander que le concile fût déclaré continué, et par celles de Saint-Gelais de Lansac, nommé ambassadeur de France, qui avait écrit pour qu'on ne décidât rien avant que lui, ses collègues et les prélats français fussent arrivés. Il arriva le premier ; les autres ambassadeurs de France, Arnaud du Ferrier, président au Parlement de Paris, et Guy du Faure, seigneur de Pibrac, président au Parlement de Toulouse, vinrent quelques jours après. On les reçut ensemble, dans une
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congrégation qui fut tenue à cet effet le 26 mai. Pibrac y prononça un discours qui mécontenta beaucoup de Pères du concile, parce qu'il dit que le concile tenu sous Paul 111 et sous Jules III n'avait rien fait de bon. Dès son arrivée à Trente, Lansac avait écrit à l'ambassadeur de France à Rome d'employer tous ses soins auprès du pape pour l'engager à laisser libres les propositions, vœux et délibérations du concile, afin de ne point se mettre au hasard de faire dire que ceux qui présidaient au concile faisaient venir le Saint-Esprit de Rome dans une valise. En son Histoire du concile de Trente, le cardinal Pallavaccini fait remarquer que ce propos avait été tenu par l'un des ambassadeurs de Ferdinand, dans une lettre adressée à Maximilien II. Dans la xx« session (4 juin), on prorogea de nouveau la publication des décrets. Le 7 mai, les ambassadeurs de l'empereur remirent aux légats le mémoire des articles dont ce prince réclamait la réformation. Les légats refusèrent de le présenter au concile ; ils écrivirent à l'empereur, qui se rendit à leurs objections et abandonna le tout à leur prudence. Dans un consistoire, le pape déclara le concile continué. En conséquence (xxi® session, 16 juil.), les Espagnols se désistèrent de leur demande en déclaration de continuation du concile. Dans une des congrégations qui suivirent cette session, on discuta l'article de la concession du calice dans l'Empire. Les voix se partagèrent extrêmement. 166 prélats étaient présents : 38 furent pour le refus ; 29 pour la concession ; 24 pour renvoyer l'aHaire au pape; 31 admirent la concession, à condition qu'on remettrait l'exécution au pape, 10 voulurent qu'on le priât d'envoyer des délégués en Allemagne; enfin, 19 limitèrent la concession à l'Allemagne et à la Hongrie. On convint de renvoyer la décision au pape.
Après la xxii® session, l'annonce de la prochaine arrivée du cardinal de Lorraine, qui devait venir à la tête des prélats français, détermina les Pères du concile à la prorogation de la session suivante, demandée par les ambassadeurs de France, et même à la suspension des congrégations. On était dans un moment de crise : à l'occasion du sacrement de l'ordre, on traitait de l'institution des évêques ; il s'agissait de décider si cette institution est divine ou si les évêques tiennent leur mission du pape. Jamais article ne fut plus fortement débattu, jamais les avis ne furent proposés et soutenus avec plus de vivacité. Chacun des partis espérait que le cardinal de Lorraine se rangerait de son côté. Les légats le reçurent comme « un ange de paix, que Dieu leur envoyait pour réparer les brèches que la discorde ne pouvait manquer de produire dans des assemblées aussi nombreuses que Tétait le concile ». Tous les Pères allèrent au-devant de lui. Il fut entendu, le 23 nov. 1562, dans une congrégation générale, où se trouvèrent tous les prélats, au nombre de 219, et tous les ambassadeurs. Le cardinal prononça un discours, qui fut trouvé vif et éloquent, mais où il ne toucha aucune des matières contenues dans les instructions qu'il avait reçues de la cour. Ces instructions portaient qu'il eût à réclamer la réformation de l'Eghse universelle, sans insister avec opiniâtreté sur celle de Rome, à laquelle le pape prétendait travailler lui-même. Il devait demander que l'usage du calice fût rétabli en France, que toute administration des sacrements aux laïques se fit en langue vulgaire, de même que les prières publiques et le chant des psaumes à certaines heures, sans rien changer au service de l'Eglise en langue latine. On n'y disait rien du mariage des prêtres ; le roi insinuait seulement que, si on ne pouvait faire autrement, il serait à propos de ne leur donner l'ordination que dans un âge exempt de tout soupçon. — L'année suivante (1563), le cardinal de Lorraine et quelques autres prélats se rendirent à Innsbruck, auprès de Ferdinand, qui y tenait une diète. Ils assistèrent à une assemblée de théologiens convoquée par ce prince, qui était mécontent du concile, parce qu'il ne voulait pas admettre ses demandes, et qu'on n'y travail-
lait pas avec assez d'ardeur à la réfbrmation. Le cardinal eut avec l'empereur de longues conférences, après lesquelles, Ferdinand devint plus pressant que jamais ; il écrivait au pape que si le concile ne faisait rien, il faudrait recourir à des conciles nationaux. — Mort du cardinal de Mantoue, premier légat et président du concile. On considérait généralement le cardinal de Lorraine comme celui qui était le plus propre à lui succéder. C'était justement ce que le pape appréhendait le plus, quoiqu'il reconnût ou parce qu'il reconnaissait en lui « le second personnage de l'Eglise ». Il se hâta de nommer, pour remplacer le défunt, le cardinal Morone et le cardinal Navagero. Les congrégations restèrent suspendues jusqu'à l'arrivée des deux légats.
On ne put tenir la xxiii® session que le 15 juil., à cause des grandes contestations survenues entre les Pères sur les décrets à publier, notamment sur le décret de doctrine concernant le sacrement de 1' Ordre (V. ce mot). Le concile évita de déclarer sur quel droit est fondée l'institution des évêques ; il évita de même, à cause de la diversité des sentiments, de prononcer sur les prérogatives de puissance du pape, qu'on avait proposé de définir. — D'autres difficultés firent proroger jusqu'au 11 nov. la session suivante, qui avait été indiquée pour le 16 sept. Dans l'intervalle, le cardinal de Lorraine alla à Rome conférer avec le pape. Le roi de France envoya à ses ambassadeurs un ordre précis de protester contre un décret qu'on proposait de publier sur la réformation des princes, tendant à les asservir à l'autorité de l'Eglise, et de se retirer à Venise, si on voulait passer outre. Du Ferrier fit à ce sujet un discours très vif en plein concile ; contredit avec la même vivacité, par l'évêque de Montefiascone, il répondit plus vivement encore, quitta le concile et se retira à Venise, où Pibrac était déjà. Lansac avait été rappelé en France. Un décret de la xxv^ session contient une exhortation aux princes de protéger la liberté de l'Eglise et de maintenir les ecclésiastiques dans leurs immunités et dans leurs juridictions. — XXIV® session. Il nov. Parmi les décrets de réformation qui y furent publiés, ceux qui concernent la juridiction ecclésiastique suscitèrent sur plusieurs articles très importants des protestations fort vives du cardinal de Lorraine et des prélats français.
La plupart des membres du concile commençaient à en désirer la fin : les uns par lassitude, à cause de sa longue durée; les autres, par déception, parce qu'ils le voyaient impuissant à réaliser une réformation sérieuse; les autres, par crainte, parce qu'ils redoutaient qu'il ne finît par entreprendre de la réaliser ; les autres, comme le cardinal de Lorraine, par désir de réserver toute leur activité pour les affaires politiques. Ce qui les détermina ou parut les déterminer tous, ce fut la nouvelle apportée à Trente d'une maladie dangereuse de Pie IV. On appréhendait ou on feignait d'appréhender que sa mort n'occasionnât un schisme, à cause de la division qui pourrait, se produire entre le sacré collège et le concile, touchant le droit d'élire le nouveau pape. — La xxv® session, qui n'avait été indiquée que pour le 9 déc. , eut lieu le 3 de ce mois. Ce fut la dernière. Les Pères avaient encore plusieurs choses à déterminer, mais la nuit les sépara. Ils se rassemblèrent le lendemain, par continuation. Ils publièrent cinq décrets, dont le quatrième concernait la réception et l'exécution du concile. Il avait été rédigé par les cardinaux de Lorraine et Madruce, qui en pesèrent tous les termes, pour obvier à toutes les objections. Il fut suivi d'une lecture de tous les décrets qui avaient été faits sous Paul III et sous Jules III. Ensuite on publia le cinquième et dernier décret pour la clôture. Pour éviter la confusion, le cardinal de Lorraine avait composé une série d'acclamations, qu'il prononça à haute voix, et que les Pères reprirent de même. Elle se terminait par ces mots : « Ceci est la foi de saint Pierre, des Apôtres, des Pères et des orthodoxes », — Les Actes furent souscrits par 255 Pères,