‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 197 sur 633 · TRENTE ANS · texte numérisé non relu

TRENTE ANS

feld amena à son secours une armée palatine qui prit Pilsen d'assaut (21 nov.). En 1619, la mort de l'empereur Mathias et l'élection de Ferdinand lï (28 août) rendirent toute transaction impossible ; Thurn avait menacé Vienne, mais le général impérial Bucquoy avait défait Mansfeld et marché sur Prague. Les Bohémiens déposèrent Ferdinand et élurent roi de Bohême Félecteur palatin Frédéric V (26 août). Délaissé par son beau-père Jacques l^"" d'Angleterre et par ses coreligionnaires d'Allemagne, tandis que Ferdinand II obtenait le concours actif de la ligue catholique et de l'Espagne, il perdit contre Tilly la bataille de la Montagne Blanche (8 nov. 1620), qui livra Prague et la Bohême aux catholiques. La répression y fut atroce : confiscations en masse, bannissements et supplices par milliers, abolition totale de la liberté de conscience ; de même en Moravie, en Silésie et dans l'archiduché d'Autriche. Les vainqueurs ne s'en tinrent pas là. L'électeur palatin fut mis au ban de l'empire, sans observation des formes légales (29 janv. 1621) ; l'Union évangélique se déclara dissoute (24 avr. 1621). L'exécution de l'électeur palatin fut confiée au duc de Bavière à qui l'on promit ses dépouilles ; le Palatinat rhénan fut envahi par les Espagnols de Spinola, défendu par les troupes de Mansfeld et de Christian de Brunswick, complètement dévasté par les uns et les autres. Mansfeld et le margrave de Bade-Durlach défirent les Bavarois de Tilly à Wiesbach (27 avr. 1622), mais se divisèrent ; le margrave fut écrasé à Wimpfen (6 mai), le duc de Brunswick à Hœchst (20 juin). Trompé par des négociations avec l'empereur, l'électeur palatin déposa les armes, congédiant ses m^cenaires qui passèrent au service des Hollandais et se frayèrent passage à Fleurus à travers l'armée espagnole (29 août). La conquête du Palatinat fut achevée par la prise de Heidelberg (19 sept.), dont Tilly expédia la bibliothèque au pape, deMannheim(3nov.) et enfin de Frankenthal( mars 1623). Une diète princière assemblée à Ratisbonne transféra la dignité électorale à la Bavière (23 févr. 1623), par une sorte de coup d'Etat violant la constitution du Saint-Emph'e. Le Haut-Palatinat fut annexé à la Bavière, et la Lusace donnée en gage à l'électeur de Saxe comme récompense de sa neutralité. Les condottieres Christian de Brunswick et Mansfeld s'étaient retirés au N. ; le premier vit son armée détruite à Stadtlohn par Tilly (6 août 1623) ; le second guerroyait en Frise orientale et négociait avec la France. Celle-ci venait de s'allier à Venise et à la Savoie pour chasser les Espagnols de Valteline, et tentait de détacher la Bavière de l'empereur. On négociait une vaste coaUtion où devaient entrer Bethlen Gabor, prince de Transylvanie (qui, après avoir vaincu et tué Bucquoy à Nenhœusel, avait traité moyennant la cession de sept comitats de Hongrie, cet. 16^1), la Turquie, les Etats protestants. Suède, Danemark, Angleterre. Toutefois, la guerre ne devint pas encore générale à cause de l'abstention de la France et de l'Angleterre ; Louis XIII, occupé à combattre les huguenots, se contenta de dégager la Valteline ; Charles II laissa sans effet l'alliance conclue à Southampton (7 sept. 1625) avec les Provinces-Unies, et étendue par le traité de La Haye (9 déc. 1625) au Danemark. Si la guerre continua, ce fut à cause de la politique agressive de l'empereur et du parti catholique allemand.

Période danoise, Tilly avait conduit son armée dans le cercle de Basse-Saxe, quoiqu'il fût demeuré neutre. L'Allemagne du Nord, presque toute protestante, était en péril ; on élut chef militaire de la Basse-Saxe le roi Christian IV de Danemark (mars 1625), dont le fils était évêque protestant de Verden, coadjuteur des évêchés de Brème et Halberstadt. Jusqu'alors l'empereur n'avait pas eu d'armée, il avait été défendu par celles des Ligueurs et de l'Espagne ; le condottiere Wallenstein s'offrit à liii en former une ; en un mois, il leva 20.000 hommes ; l'exemple de Mansfeld avait montré comment la guerre nourrit la guerre et comment des généraux sans scrupules pouvaient vivre sur le pays, Wallenstein, dont l'armée se grossit

d'aventuriers d^ tout pays, occupa Halberstadt, Magdebourg, somma le cercle de Basse-Saxe de désarmer, d'éloigner les Danois, de payer une indemnité de guerre. Mansfeld fut battu par Vi^allenstein au pont de Dessau (2d avr. 1626), passa en Silésie, puis en Hongrie où Wallenstein le suivit ; les deux armées fondirent ; Mansfeld alla mourir en Dalmatie près de Spalatro, le 26 nov. Dans l'intervalle, Tilly, resté au N., avait battu le roi de Danemark à Lutter (27 août), et l'insurrection d'Autrichie avait été noyée dans le sang. Une certaine mésintelligence pointait entre les Halsbourg et les catholiqu*^s ; elle se manifesta aux conférences de Bruxelles (mai-oct. 1626), les Bavarois ne se souciant pas d'aller faire la guerre aux Hollandais. Toutefois la campagne de 1627 acheva la défaite de Christian IV; Wallenstein détruisit le corps danois de Silésie, occupa les places du Brandebourg mal^^ré la neutralité de l'électeur, puis avec Tilly s'avança dans le Holstein ; il soumit le Slesvig, le Jutland, expulsa les ducs de Mecklembourg dont l'empereur lui donna les duchés (16 juin 1629), entreprit de créer une marine sur la Baltique, mais échoua au siège de Stralsund (août 1 628) ; une armée danoise débarquée à Wolgast fut culbutée, et le roi de Danemark signa la paix de Lubeck(12 mai 1629) qui lui rendait le Slesvig et le Holstein, mais l'obligeait à renoncer à intervenir en Allemagne. Dans l'intervalle, les fanatiques conseillers de l'empereur lui avaient fait promulguer Védit de restitution (6 mars 1629) qui imposait aux protestants la restitution de tous les biens ecclésiastiques occupés par eux postérieurement à 1552. Appuyé sur l'armée de Wallenstein, l'empereur projetait, non seulement l'écrasement total des protestants, mais la transformation de l'Allemagne en une monarchie centralisée. Ces plans furent mis à néant par Gustave- Adolphe et Richelieu.

Période suédoise. Les Habsbourg d'Espagne et d'Allemagne préparaient la guerre contre la France ; dès 1627 ils avaient massé une armée impériale à Haguenau; la succession de Mantoue avait mis aux prises en Italie Français et Impériaux (1629-30). Richelieu négocia la trêve d'Altmark (26 sept, 1629) entre la Suède et la Pologne, de manière à donner à Gustave-Adolphe la liberté d'intervenir en Allemagne. En mars 1630, les Suédois prirent l'offensive ; le corps qu'ils avaient laissé à Stralsund chassa les impériaux de l'île de Rugen ; le 4 juil. ils débarquèrent en Poméranie, s'emparèrent des bouches de l'Oder, îles d'Usedom et Woilin, ville de Stettin ; la Poméranie fut occupée par Gustave-Adolphe ; l'armée de l'empereur fut dispersée. A la même époque les électeurs allemands, assemblés en diète à Ratisbonne (juin-nov. 1630), refusaient de s'associer à la politique de Ferdinand Il et lui imposaient le renvoi de son général Wallenstein (13 août). La Hgue catholique reprenait la haute main, Tilly fut nommé général de l'armée impériale qui fut détruite; la paix fut signée avec la France. Cependant le roi de Suède, auquel le traité de Bœrwald (23 janv, 1631) avait assuré un subside de la France, n'avait d'autres alliés que la ville de Magdebourg, la Hesse-Cassel et Saxe-Weimar. Tilly prit d'assaut Magdebourg (20 mai 1631) tandis que le roi de Suède, quoique vainqueur à Francfort-sur-l'Oder (avril), était arrêté par les hésitations de l'électeur de Brandebourg ; l'horreur inspirée par le sac de Magdebourg servit la cause protestante ; Gustave-Adolphe imposa un traité d'alHance au Brandebourg (juin), fit envahir la Silésie par son lieutenant Horn, restaura les ducs de Mecklembourg, battit à Burgstall un corps catholique (juillet) et força Tilly à reculer ; ce dernier ayant envahi et ravagé la Saxe, l'électeur s'allia au roi de Suède (11 sept.) ; leurs armées réunies remportèrent devant Leipzig l'éclatante victoire de Breitenfeld (17 sept. 1631) qui marqua le triomphe d'une tactique nouvelle. Tandis que les Saxons s'emparaient de Pr,ague (15 nov.), Gustave- Adolphe traversait en vainqueur la Thuringe et la Franconie, et y agissait en con-

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