TRIANGULATION - TRIAS
BC
gueur AB, qui sera la base de la triangulation (V. Base, t. V, p. 569). Puis on détermine, avec un théodolite ou avec un cercle répétiteur, les angles des triangles successifs en visant du point A les points B et C, du point B les points A et C, etc. Dans le triangle ABC, le côté A B et les deux angles BAC et ABC étant ainsi connus, on en déduit trigonométriquement, par un calcul très simple, la longueur des deux autres côtés et, tout particulièrement, celle du côté BC. Mais alors le côté BC et les deux angles CBD et BCD, ceux ci mesurés directement comme il a été dit, sont, à leur tour, connus : on en déduit la longueur CD, et on obtient de même DE, EF, FG, GA'. D'autre part, AA' a une direction bien déterminée, puisque, par hypothèse, c*est un méridien ou un parallèle. L'angle a^ AB est, notamment, s'il s'agit d'un méridien, l'azimut de la direction AB, lequel peut se déterminer de différentes manières (V. Azimut, t. IV, p. 994), et, s'il s'agit d'un parallèle, son complément. On connaît donc, dans le triangle ABa, outre le côté AB et l'angle ABC, un deuxième angle %AB. On en tire les trois autres éléments : les longueurs A%, %B, et l'angle supplémentaire Aafi. Dans le triangle ^Cttg, le côté Ca^, égal à Ba^ est connu, l'angle Ca^^, opposé par le sommet à l'angle Aa^B, l'est également, et aussi l'angle afia2, qui n'est autre que BCD. On peut calculer conséquemment les côtés ^1%, Cag, et l'angle supplémentaire Cag^i. On opère de même pour les triangles a^l^a.^, a^Ea^, a^Fa^, flgGA', et on a ainsi successivement les fractions d'arc Aa^, a^a.2, ^52^3, ^3^4, aâ^5,4 %A', qu'il ne reste qu'à totaliser pour avoir la longueur cherchée AA'. Pour s'assurer, d'ailleurs, de l'exactitude des résultats obtenus, on mesure à la règle, directement, comme on l'a fait pour AB, le troisième côté du dernier triangle, GA', qui devient la base de vérification. Cette mesure directe doit fournir la même longueur que colle déduite du calcul. Si les deux longueurs, qui, d'ordinaire, diffèrent très peu, ne sont pas, néanmoins, rigoureusement égales, c'est qu'il y a eu dans les opérations de légères erreurs. On ne recommence pas pour cela toute la triangulation : on modifie seulement les angles et les côtés du réseau de manière à faire accorder les deux mesures, soit en recourant à la méthode très savante et très rigoureuse, mais des plus laborieuses comme calculs, que Laplace a indiquée dans sa Théorie analytique des probabilités (3® suppl.), soit en se contentant de celle moins exacte, mais d'une application plus facile, proposée par Puissant dans son Traité de géodésie (t. I, p. 405). Nous renvoyons, pour l'exposé de l'une et de l'autre, à ces deux ouvrages.
Nous avons supposé, dans ce qui précède, que les triangles résolus étaient rectilignes. En réaUté, ils sont sphériques, et lorsqu'on prend pour mesure des angles faits par les côtés des triangles successifs avec la ligne AA' le supplément de la somme des deux autres angles desdits triangles, on commet une légère erreur. On l'évite à l'aide de la méthode de Legendre, qui permet de ramener le calcul d'un triangle sphérique très peu courbe à celui d'un triangle rectiligne ayant des côtés de même longueur que ceux du triangle sphérique. Elle a son point de départ dans le théorème suivant : « Les angles d'un triangle rectiligne s'obtiennent en retranchant de chacun des angles du triangle sphérique le tiers de l'excès sphérique (V. Excès) ». Elle procure une approximation très grande, car, dans les mesures faites en Espagne par Biot et Arago, alors qu'un côté de triangle, calculé par les formules de la trigonométrie sphérique, avait été trouvé égal à 82.555 toises 64, le même côté, calculé parles formules
Fig. 2.
de la trigonométrie rectiligne, mais avec correction de l'excès sphérique, fut trouvé de 82.555 toises 62. Elle exige, par contre, que tous les triangles du réseau soient à peu près équilatéraux. C'est là, du reste, une condition qu'on cherche, de toute façon, à réaliser le plus possible, car elle présente, à d'autres égards encore, de sérieux avantages.
On conçoit, par exemple, que si l'on a deux triangles ABC et ABG, dans lesquels le côté AB est commun ainsi que l'angle A, mais l'angle C plus grand que l'angle C, une même erreur dans la mesure des angles A et B donnera pour position du sommet C une erreur CD moindre que l'erreur CD' résultant de la fausse position du sommet C .
Au plus grand angle correspond par conséquent la plus petite erreur, et les divers angles devront être le plus grands possible, ce qui a lieu lorsqu'ils sont tous égaux, autrement dit lorsque les triangles sont équilatéraux. Quant à Terreur qui peut résulter de ce qu'il a été impossible, ce qui est, dans la pratique, le cas le plus fréquent, d'établir l'instrument, théodolite ou cercle répétiteur, au sommet même du triangle, au centre même de la station, on la corrige par la réduction au centre de la station (V. Centre, t. ÏX, p. 4150). Enfin, ilconvient détenir compte aussi, le cas échéant, des erreurs de phase (V. Phase). Lorsque la triangulation doit servir, non plus à la mesure d'un arc de méridien ou de parallèle, mais à l'établissement de la carte d'un pays, le canevas, au lieu de se borner à une seule chaîne, forme une série de réseaux enchevêtrés et classés d'ordinaire en trois ordres (V. Canevas, t. IX, p. 35, et Carte, t. IX, p. 578). La série des opérations est, à cette différence près, la même : on commence par mesurer une base, puis on détermine les angles des triangles successifs. Toutefois, c'est alors la position des sommets de ces triangles qu'on a principalement en vue de fixer pour en faire les repères des levés topographiques ultérieurs. Quant aux lignes, elles n'ont plus, comme les méridiens ou les parallèles, leur direction naturellement déterminée, et l'on en est réduit, pour les mesurer, à les jalonner dans toute leur étendue, ou, si elles offrent un trop grand développement, à les calculer au moyen des coordonnées géographiques de leurs extrémités. L. S.
BiBL. : V. les différents traités de géodésie.
TRIANON (Grand et Petit) (V. Versailles).
TRIAS (GéoL). Le nom de trias fut donné en d834 par le géologue allemand d'Alberti à l'ensemble des terrains qui étaient connus depuis la fin du xvin^ siècle sous les noms de « Buntsandstein » ou grès bigarré, de « Mu~ schelkalk » ou calcaire conchylien, de « Keuper », ou marnes irisées. Ces trois termes du trias ou système triasique sont compris dans l'Europe centrale, entre le « Zechstein » ou permien supérieur et le lias.
Caractères paléontologiques. — Un des traits les plus particuliers de la flore triasique est fourni par des Algues vertes du groupe des Siphonées verticillées, les Dinlopora et les Gijroporella, qui devaient abonder dans certaines mers, en particulier dans la région alpine, à en juger par l'abondance avec laquelle leurs incrustations calcaires se rencontrent dans de puissantes masses de calcaires qu'elles constituent à peu près en entier. La flore terrestre comprend d'assez nombreuses Filicinées, appartenant aux genres Anomopteris, Pecopteris, ClathropteriSy etc. Les Equisétacées sont représentées par de véritables Equiseimn, de taille géante, et par le genre Schizoneura. On a signalé encore un dernier représentant des Sigillaires. Les Gymnospermes jouent déjà un rôle prépondérant avec les Cycadées, qui se réparti^:-
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sent entre les Cycadinées (Pterophyllum) et les Bennet* titées (Alethophylluniy Yuccites), ainsi qu'avec les Conifères {Voltzia, Albertia, Araucarites). Les Angiospermes que l'on a cités sont attribués aujourd'hui aux Gymnospermes.
On ne connaît dans la faune triasique qu'un petit nombre de Foraminifères, de Radiolaires, de Spongiaires» ces derniers appartenant surtout au groupe des Pharétrones. Les Zoanthaires comprennent, à côté d'un représentant à peu près unique des Tétracoralliaires (Gtôfani^o^^?/lis), d'assez nombreux HeXacoralliaires, qui apparaissent brusquement par immigration. Mentionnons encore quelques Tabulés (Chœtetes, Monticulipora) et des Hydrozoaires {Heterastridium), Les Echinodermes ne présentent plus ni Cystoïdés ni Blastoïdés, à moins que le curieux genre Tiarechinus ne doive être rangé dans cette dernière classe. Les Crinoides sont bien déchus de leur ancienne splendeur et le genre Encrinus seul est abondant. On connaît quelques Stellérides et des Ophiurides. Les Echinides appartiennent presque tous aux Cidaridés, dont plusieurs espèces sont remarquables par des radioles de forme bizarre.
Les Brachiopodes comprennent, à côté de Térébratulidés (Cœnothyris) et de Rhynchonellidés, des Koninckinidés ainsi que des Spiriféridés, encore assez nombreux pour imprimer à la faune triasique un certain cachet paléozoïque. Parmi les Lamellibranches, il convient de citer un assez grand nombre d'Aviculidés (Hœrnesia, Pseudomonotis, Avicula, Daonella^ Halobia, Posidonomya), puis les familles des Ostréidés, des Mytilidés, des Cardiniidés, des Pholadomyidés, qui apparaissent pour la première fois. Les genres Megalodus et Myophoria, déjà connus antérieurement, atteignent leur maximum. Les Gastropodes se répartissent dans les familles des Pleurotomariidés, des Trochidés, des Loxonématidés, des Cérithidés, des Turritellidés, des Naticidés, etc.
Les Céphalopodes présentent les plus grandes affinités avec ceux du permien. Dans les Nautiloïdés, il faut mentionner, à côté de formes enroulées (Pleuronautilus, Trematodiscusjy les derniers Orthoceras. Trois phylums d'Ammonoïdés paléozoïques donnent naissance à des types triasiques : des Glyphiocératidés dérivent les Arcestidés, les Tropitidés et peut-être les Ptychitidés ; des Agoniatitidés, les genres Ussuria, Proptychites et probablement Otoceras et les Dinaritidés ; des Géphyrocératidés, les Lécanitidés, les Cératitidés, les Pinacocératidés, les Phyllocératidés. Cette dernière famille seule passe du trias dans le jurassique. Il existe également dans le trias quelques Ammonoidés à coquilles déroulées : Choristoceras, Cochloceras, Rhabdoeeras. Les Bélemnoïdés sont représentés par AulacoceraSy Atractiles, Phragmoteuthis. Parmi les Crustacés, on peut citer quelques Oslracodes, tels qn*Estheria, et un genre de Décapodes Macroures, Pemphix,
Parmi les Poissons, ce sont les Ganoïdes de l'ordre des Lépidostéidés (Semionotus, Colobodus, Lepidotus, Pholidopleurus, Pholidophorus) qui prédominent, mais on constate également la présence des Sélaciens {Hybodus, Acrodus), de véritables Téléostéens {Belemnorhynchus. Saurichthys, Leptolepis) et àdDii^neustes (Ceratodus). Les Labyrinthodontes sont des Stégocéphales très caractéristiques du trias, car ils ne sont que faiblement représentés au permien. On leur attribue aussi des traces de pas pentadactyles, qui ont été décrites sous le nom de Chirothei'Uim. Les Reptiles véritables sont surtout représentés par des Rhynchocéphales, des Théromorphes abondant surtout au Cap (Dicynodon, Pareiosanrus, Lycosaurus, Galesaurus), des Sauroptérygiens {Nothosaurus, Lariosaurus), des Crocodiliens, ces derniers encore très primitifs, présentant des caractères communs aux Dinosauriens, aux Rhynchocéphales, aux Lacerliens (Belodon, Aëtosaurus). A mentionner en outre les premiers Ichthyosaures, la première Tortue {Proganochelys), quelques Dinosauriens (Zanclodon), dont les em-
preintes de pas tridaetyles sont très communes dans les grès triasiques du Connecticut.
Enfin, on a recueilli les plus anciens Mammifères connus dans le trias supérieur de la Caroline du Nord, ce sont des Polyprotodontes {Dromatherium , Microconodon),
En résumé, on voit persister dans le trias quelques types paléozoïques de Cœlentérés, de Brachiopodes, de Céphalopodes . Par contre, on signale la première apparition des riexacoralliaires, des Bélemnoïdés, de plusieurs ordres de Reptiles, des Mammifères. Quelques genres sont particulièrement caractéristiques des dépôts triasiques, soit qu'ils s'y rencontrent exclusivement, soit qu'ils y atteignent leur maximum : Encrinus, Megalodus, Myophoria, de nombreux genres d'Ammonoïdés, PlacoduSy Labyrinthodon, etc.
Principaux faciès. — Au trias, plus encore peut-être qu'au dévonien, au carbonifère et au permien, les formations continentales jouent un rôle important. Dans l'O. des Etats-Unis, dans l'Afrique du Sud, dans l'Lide péninsulaire, elles existent à l'exclusion de tout autre faciès. Ce sont le plus souvent des grès rouges, renfermant des restes de Vertébrés et des empreintes végétales. Dans l'Europe occidentale, le trias inférieur est également en grande partie continental, et les géologues français considèrent depuis longtemps le grès vosgien comme une formation fluviatile. Des faciès analogues se rencontrent d'ailleurs aussi, quoique avec une extension plus locale, dans le trias moyen et supérieur. Les formations lagunaires, marnes bariolées et calcaires dolomitiques avec gypse et sel gemme, déposées dans des bassins d'évaporation, sont représentés à tous les niveaux, mais principalement dans le keuper. En Allemagne, dans FE. et dans le S. de la France, le trias moyen comporte seul des formations franchement marines, c'est le muschelkalk, intercalé au miheu de formations continentales et lagunaires. Il caractérise le type germanique du trias. En revanche, le type que l'on a appelé trias alpin, qui est surtout développé dans les Alpes orientales, est constitué souvent exclusivement par des dépôts marins, généralement néritiques, mais on y connaît aussi des formations bathyales. Les formations néritiques comprennent des argiles à Huîtres, ou à Gastropodes et Brachiopodes, des schistes à Poissons, des calcaires coralliens, des calcaires phytogènes à Gyroporelles, dans lesquels abondent les Gastropodes, souvent de grande taille, les calcaires à entroques. On peut ranger, par contre, dans les formations bathyales les calcaires noirs à Daonelles, les calcaires noduleux à Céphalopodes, les calcaires rouges de Hallstadt et peut-être aussi les calcaires gris fumée à Ceratites nodosus de l'Europe occidentale.
Délimitation et subdivisions. — La limite inférieure du trias ne peut en général être établie que difficilement d'une manière précise, car presque partout le trias fait suite en concordance parfaite au permien supérieur. Ce n'est guère que dans les Vosges méridionales et sur les bords du Massif Central qu'il existe une discordance angulaire entre les deux systèmes. Ailleurs la discordance se rencontre plus bas, soit à la hmite du permien inférieur et du permien supérieur, soit encore plus bas, à la limite du carbonifère moyen et du carbonifère supérieur. Dans le N. de l'Allemagne, il y a passage insensible entre le zechstein et le grès bigarré ; dans le S. ce dernier terme est transgressif et repose souvent directement sur les terrains cristallophyl liens. 11 en est de même dans les Alpes septentrionales, où le permien fait défaut, tandis que dans les Alpes méridionales les couches à Bellerophon permiennes et les couches de Werfen triasiques sont absolument concordantes. La limite est purement conventionnelle. Dans l'Himalaya et dans le Salt-Range, il existe de même un passage insensible entre les deux systèmes, de sorte que leur délimitation est très discutée.
La division classique en trois termes est basée exclusivement sur des caractères lithologiques, mais, pour peu
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que Ton range la « Lettenkohle » dans le muschelkalk ou trias moyen, les trois termes coïncident assez bien avec les divisions paléontologiques que l'on peut établir dans les régions essentiellement marines en se basant sur les Ammonoïdés. Le trias inférieur est marqué en Europe par l'apparition des Dinaritidés (Dinarites, Tirolites, Dorycranites), en Asie, par Tabondance des Lécanitidés, qui dérivent directement de formes permiennes. Un caractère négatif remarquable, c'est F absence, aussi bien en Europe qu'en Asie et en Amérique, des Arcestidés, qui existaient dans le permien et reparaîtront un peu plus tard. Au trias moyen apparaissent les genres Ptychites, Trachyceras, Balatonites, Ceratites, Gymnites, Sturia, etc. Plusieurs d'entre eux ne s'élèvent pas plus haut. Le trias supérieur est marqué par l'apparition brusque des Tropitidés et des Phylloceras. Quelques genres, comme Trachyçeras, Arpadites, Monoplillites, MegaphylliteSf PinacoceraSy sont communs au trias moyen et au trias supérieur.
Les subdivisions basées sur les Céphalopodes coïncident assez bien, comme nous le verrons plus loin, avec les subdivisions que l'on pourrait baser sur les déplacements des lignes de rivage. Le trias inférieur peut être divisé en deux étages, le gandarien et le werfénien, le trias moyen comprend le virglorien et le ladinien, le trias supérieur, le carnien et le norien (juvavien de Mojsisovics). Pour la limite supérieure du trias, V. l'art. Rhétien.
Répartition géographique et principaux types. — Nous passerons successivement en revue les dépôts triasiques des régions à type germanique et ceux de l'Europe occidentale, puis ceux des régions alpines et circumméditerranéennes. Nous aborderons ensuite le trias des régions boréales et asiatiques, celui des régions circumpacifiques, et nous étudierons enfin les types continentaux de l'E. des Etats-Unis, de l'Afrique du Sud et de l'Inde péninsulaire.
Type germanique. Pour étudier dans toute sa netteté le type classique du trias germanique, il faut se rendre dans le centre de l'Allemagne, où le bassin qui s'était établi dans le N. de la chaîne hercynienne atteignait son maximum de profondeur, c.-à-d. dans le Hanovre, le Brunsvick, laThuringe,laFranconie septentrionale, la Haate-Silésie. Au N, et au S. de cette région axiale, les formations continentales et lagunaires remplacent plus ou moins les dépôts marins, surtout lorsque l'on se rapproche des massifs anciens de Scandinavie, de l'Ardenne, de la Bohême, des Vosges et de la Forêt Noire.
Le trias inférieur débute partout par des grès argileux rouges, micacés, dans lesquels s'intercalent, sur le bord méridional du Hartz, des bancs d'oolithes calcaires. Plus haut viennent des grès plus grossiers, qui, dans la même région, alternent avec des lits de schistes à Estheria Alhertii et Gervillia Murchisoni. La partie supérieure du trias inférieur a reçu le nom de Rôth, en raison de la prédominance des argiles rouges avec gypses lagunaires. On y trouve en assez grand nombre des fossiles marins, tels que Myophoria costata, M. vulgaris, Gervillia socialis, Lingula tenuissima et même un Céphalopode, Beneckeia tenuis. Dans la Thuringe et la Franconie, des bancs de grès à empreintes de Chirothe" riumet des grès à plantes y jouent un rôle assez important. Plus au S., les grès à Voltzia heterophylla, Alberlia latifolia^ Anomopteris Mougeotij Equisetum arenaôewriy sont tout à fait prépondérants. C'est le grès bigarré proprement dit des auteurs alsaciens et lorrains, rouge cerise ou lie de vin et dépourvu de fossiles, à la base (« Zwischenschichten »), à teintes plus claires ou entièrement blanc et quelquefois très fossilifère, comme à Soultz-les-Bains, au sommet. Les couches à fossiles marins ont totalement disparu, ainsi que les intercalations de gypse. La partie inférieure du trias inférieur est même entièrement continentale. Elle est connue sous
le nom de grès vosgien. C'est un grès à grains siliceux cimentés par de l'oxyde de fer et par de petits cristaux de quartz qui scintillent au soleil. A la base et au sommet, on y trouve des conglomérats souvent très puissants, formant les rochers les plus pittoresques des Vosges. Le conglomérat de base est polygénique et augmente d'épaisseur vers le N., ses éléments proviennent sans doute du massif schisteux rhénan. Le conglomérat supérieur ne renferme que des galets siliceux, il augmente d'épaisseur vers le S. et doit vraisemblablement son origine à des cours d'eau descendant d'une terre émergée située au S. des Vosges, à l'E. du Massif Central. Bleicher a trouvé en deux points des galets renfermant des Graptolithes. Des grès argileux rouges, situés sous le conglomérat inférieur, doivent être encore attribués au permien, car ils renferment dans le Palatinat des intercalations de calcaires dolomitiques avec fossiles du Zechstein. Vers le N., le trias inférieur est connu jusqu'à l'île d'Helgoland.
Dans le centre et le N. de l'Allemagne et jusqu'en Souabe, le trias moyen est exclusivement marin et comporte principalement des dépôts calcaires ou dolomitiques et marneux, avec gypses et sel gemme à la partie moyenne, grès et couches charbonneuses vers le sommet. Aux approches de l'Ardenne et dans les Vosges, la partie inférieure devient également gréseuse. La faune est très uniforme du haut en bas de la série, quoique quelques espèces caractérisent des niveaux déterminés. Elle comprend surtout des Lamellibranches, d'où le nom de muschelkalk. Les Brachiopodes, les Cératites, les Crinoïdes sont très abondants à certains niveaux. Les restes de Crustacés, de Poissons, de Reptiles sont plus rares.
En se basant principalement sur les caractères lithologiques, on a établi dans le muschelkalk les subdivisions suivantes, qui sont remarquablement constantes :
1*^ Le « wellenkalk », comprenant surtout des calcaires et des dolomies à surface ondulée. On y rencontre, à côté des espèces banales, des Crinoïdes spéciaux (Dad^omnws, Holocrinus, Spiriferina hirsuta, Lima lineata) et des Ammonoïdés, dont quelques-uns sont voisins de formes alpines, voire même identiques avec elles (Beneckeia Buchi, Cératites trinodosus, C. antecedens, C. Ottonis, Balatonites sundershusanus, Ptychites dux, Acrochordiceras Damesi).
2« Le « groupe de l'anhydrite », comprenant des dolomies, des marnes bariolées, de l'anhydrite ou du gypse, du sel gemme, exploité en Thuringe, en Franconie, en Souabe. C'est une intercalation lagunaire, très peu fossilifère.
3<* Le « muschelkalk proprement dit », exclusivement calcaire et marneux, comprend d'abord des calcaires à enlroques (« Trochiten-Kalk »), avec Encrinns liliifor' mis, Lima striata, puis des calcaires en plaquettes à Cératites nodosus, avec intercalations marneuses. Les couches les plus élevées sont souvent caractérisées par Cératites semipartitus et Trigonodus Sandbergeri.
4° La « lettenkohle », souvent placée dans le trias supérieur, mais dont la faune comporte encore la plupart des Lamellibranches du muschelkalk, tandis que les végétaux se rapprochent beaucoup de ceux du keuper. Elle comprend des argiles bariolées, des dolomies, des grès à plantes, d'origine lagunaire ou fluviatile. On y trouve surtout des fossiles saumâtres [Anoplophora lettica, Lingula tenuissima, Estheria minuta); Ceralodus Kaupi, Mastodonsaurus y sont assez communs. Les Lamellibranches marins se rencontrent surtout dans les dolomies du sommet [Myophoria Goldfnssi), Ces divers termes sont remarquablement constants et se retrouvent jusqu'en Lorraine, mais le terme inférieur y est remplacé par des grès coquiliers (grès de Ruaux).
Le trias supérieur ou keuper est essentiellement lagunaire ou fluviatile. C'est le groupe des « marnes irisées » des géologues lorrains. En Franconie et en Souabe, on a
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affaire à des alternances multiples de marnes bariolées avec gypses et de grès avec Végétaux et Poissons (grès à roseaux, grès kSemionotus, « Stubensandstein »). On y a trouvé des Reptiles remarquables (Belodon Kapffi, Zanclodon lœve, Aëtosaurus ferratus). En Alsace et en Lorraine, on distingue à la base des argiles bariolées avec gypse et sel gemme, ce dernier exploité à Dieuze, Château- Salins, Varangeville, etc. ; puis viennent souvent des grès, colorés en rouge ou en vert, et des marnes rouges à concrétions dolomi tiques : la partie supérieure comprend surtout des marnes lie de vin ou vertes, avec bancs de calcaires dolomitiques à fossiles marins (Geroillia exilis^ Perna keiiperiana, etc.). Les mêmes subdivisions se rencontrent dans la Prusse Rhénane.
Vers le N., des afleurements isolés et des sondages ont permis de reconnaître le keuper en divers points de la plaine de l'Allemagne du Nord, jusque sur les bords de la Vistule, et on le retrouve encore en Scanie.
Europe occidentale. De l'Allemagne du Nord le trias s'étend en Angleterre, mais il y présente un faciès bien plus continental. Le grès bigarré (« new red sandstone ») y supporte immédiatement les marnes irisées, sans que toutefois l'on puisse affirmer l'absence du muschelkalk, car les deux formations sont réunies par un passage insensible. Dans le Cotentin, des marnes rouges, des grès et conglomérats représentent le trias, mais on ne peut distinguer les trois termes. Dans l'E. de la France on voit le type germanique se prolonger jusque dans la Haute- Saône et dans le Jui^, mais dans la direction du Massif Central les termes inférieurs disparaissent graduellement. Sur le bord même du massif, en particulier dans FArdèche, des grès renfermant Myophoria Goldfusù, correspondant par conséquent à la « lettenkohle », reposent directement sur les terrains cristallins et supportent les marnes bariolées du keuper (Munier-Chalmas). Dans la région pyrénéenne les trois termes sont de nouveau bien individualisés. Le grès bigarré existe tout au moins dans les Basses-Pyrénées, en particulier à la Rhune ; le muschelkalk est représenté tout le long de la chaîne, mais les fossiles y font presque toujours défaut ; les marnes irisées sont souvent salifères, et leurs affleurements sont très fréquemment accompagnés de pointements ophitiques. Dans la Basse-Provence, le trias inférieur n'est pas connu, mais le muschelkalk se retrouve avec ses caractères lithologiques et paléontologiques. Ceratiies nodosus lui-même n'est pas très rare dans les environs de Toulon ; les marnes irisées y existent également. Le trias des Alpes françaises se rattache plutôt au type alpin.
En résumé, en France, une vaste terre ferme comprenait à la fois le Massif Central, l'Armorique et l'Ardenne. On connaît dans le Luxembourg des conglomérats côtiers et d'autres dépôts littoraux représentant tout le trias, qui se sont déposés sur le bord de ce dernier massif. La Meseta ibérique était, elle aussi, émergée, mais elle était baignée à l'E. par une mer, dans laquelle a vécu au moins temporairement une faune alpine.
Région alpine. La région alpine, dans laquelle le trias prend un très grand développement, était séparée de la province germanique par une barrière continentale comprenant la Bohême et s'étendant de là vers le S.-O., sans doute au travers de la plaine suisse. Les deux bassins communiquaient, d'une part, parle bassin du Rhône et la Provence, d'autre part, par la Haute-Silésie et les Karpates, où les dépôts présentent un caractère mixte entre les deux provinces. C'est ainsi qu'en Silésie les espèces alpines d'Ammonoïdés sont beaucoup moins rares que dans le reste de l'Allemagne et que l'on rencontre des dolomies à Diplopora, analogues à celles des Alpes.
Ce n'est qu'après de patientes recherches et de longues discussions qu'il a été possible d'établir un parallélisme, qui, d'ailleurs, est loin d'être rigoureux, entre les dépôts des deux provinces. Les caractères lithologiques et les faunes diffèrent le plus souvent de part et d'autre, cepen-
dant deux horizons bien nets, qui se trouvent avec des espèces communes, fournissent de précieux points de repère et permettent de préciser le synchronisme. C'est d'abord le virglorien, qui correspond rigoureusement au « wellenkalk », comme le montrent les Céphalopodes cités plus haut; c'est ensuite un banc calcaire, intercalé, en Franconie, dans le keuper inférieur gypsifère, qui renferme Myophoria Kefersteini, M. Raibliana, Myophoriopsis Rosthorni, Lamellibranches caractéristiques des couches de Raibl ou carnien inférieur de la province alpine (Wôhrmann). Un synchronisme basé sur les flores ne pourrait conduire qu'à des résultats incertains.
Dans les Alpes septentrionales le trias forme une bande ininterrompue depuis le Rhàtikon jusqu'à Vienne. Le trias inférieur y est représenté par des grès et des argiles rouges, avec gypse et sel gemme. Quoique l'on y ait pris le type du werfénien (de Werfen, Salzbourg), le groupe est beaucoup moins bien développé que dans les Alpes méridionales, et les fossiles y sont beaucoup plus rares. Des bancs calcaires à Myophoria costata permettent le parallélisme avec le rôth. Dans le trias moyen, le faciès calcaire prédomine souvent à l'exclusion de tout autre, notamment sur le bord septentrional de la région cristalline des Alpes centrales, qui était émergée, au moins partiellement. Dans les Grisons, dans le Tirol septentrional, dans le S. du Salzkammergut, on rencontre des masses puissantes de calcaires à Diplopores, souvent dolomitisés (dolomie de la Ramsau, avec Diplopora herculea, Megalodon, Zoanthaires, Gastropodes). Plus au N., un ensemble marno-calcaire à Lamellibranches et à Brachiopodes, les couches de Partnach, sépare les calcaires inférieurs de Virgloria ou de Reichenhall {Neritaria stanensis, Modiola triquetra) des calcaires supérieurs de TArlberg ou du Wetterstein, qui renferment des fossiles du muschelkalk proprement dit. Les Céphalopodes ne sont fréquents que dans des faciès locaux : dans les calcaires rouges à Ceratites trinodosus et nombreux Ptychites de laSchreyer Alm, près Hallstadt, et dans les calcaires noirs de Reiflingen (Haute-Autriche), où la distribution verticale des Ammonites permet de distinguer deux zones virgloriennes en superposition (von Arthaber), la zone à Ceratites binodosus et la zone à Ceratites trinodosus. Les Alpes septentrionales sont la région classique pour le trias supérieur, mais les calcaires de Hallstadt, célèbres pour leur richesse paléontologique, sont localisés dans un espace peu étendu. Partout ailleurs on rencontre à la base un niveau très variable, quant à ses caractères lithologiques (marnes, schistes, oolithes, cargneules, gypse et sel gemme, etc.), mais souvent assez fossilifère. C'est un équivalent des couches de Raibl des Alpes méridionales. On y trouve surtout des Lamellibranches et des Gastropodes, les Ammonites sont moins nombreuses (Carnites floridus, Trachyceras austriacum, Megaphyllites Jarbas , Joannites cymbiformis, etc.). Au-dessus se trouve une masse puissante de dolomies, le « Hauptdolomit », faciès phytogène de mer peu profonde. La dolomitisation est probablement contemporaine de la sédimentation. Outre les Diplopora qui remplissent la roche, on rencontre surtout Pleuroto maria solitaria, Geruillia exilis et des Megalodus. Dans l'Engadine et dans la région du Brenner, le hauptdolomit est transgressif et s'étend jusque sur les terrains cristallophylliens. Dans le massif du Dachstein, il est remplacé par un calcaire plus ou moins stratifié.
Dans d'autres points du Salzkammergut, on observe un faciès tout différent. Ce sont les calcaires de Hallstadt, peu puissants, généralement rouges, hachés de failles rendant l'étude des successions fort difficile. Hs reposent directement sur le virglorien, le ladinien n'est donc pas représenté. Les fossiles ne se rencontrent que par nids, dans lesquels c'est tantôt une espèce, tantôt une autre qui prédomine. On y trouve surtout des Céphalopodes, des Gastropodes, des Lamellibranches {Daonella, Halobia, Monotissalinaria)^ desBrachiopodes, quelquefois des Crinoides,
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des Zoanthaires et des Hydrozoaires (Heterastridium) . E. von Mojvisovics y a distingué les zones suivantes, basées exclusivement sur des considérations phylogéniques : i*^ Z. à Trachyceras aonoides; '^^ 1, k Tropites subbuUatus; 3*^ Z. à Sagenites Giebeli;^^7j. kCladisciles ruber ; 5** Z à Cyrtopleurites bicrenatus ; 6** Z. à P/nacoceras Melternichi: 7^ Z. à Sirenites Argonautœ. La zone inférieure correspond par sa faune aux couches de Haibl, elle constitue avec la suivante l'étage carnien. Les cinq zones supérieures constituent l'étage norien. Dans le carnien on voit persister quelques types ladiniens, mais les Tropitidés apparaissent brusquement par immigration. Le norien ne possède aucune espèce commune avec le carnien etdès sa base on voit apparaître f/«/onte,Dîomï^5, etc., tandis que Didymites apparaît seulement dans le norien moyen. Au fur et à mesure que l'on s'élève dans la série, de nombreux types s'éteignent graduellement. Les couches marneuses de Zlambach se trouvent à la limite du rhétien et renferment beaucoup d'Ammonoïdés déroulés. Le genre Celtites y est commun, ainsi que les Polypiers.
Dans la Basse- Autriche, près de Lunz, on rencontre à la base du trias supérieur, sous le hauptdolomit, des faciès très spéciaux des couches de Raibl. Le grès de Lunz renferme des débris végétaux très abondants qui semblent venir du massif de Bohême, émergé à cette époque. Les Alpes méridionales comprennent une région calcaire qui s'étend depuis le lac Majeur à TO. jusque dans la péninsule balkanique, où elles passent insensiblement aux Alpes Dinariques. Elles sont complètement indépendantes des Alpes centrales et septentrionales, et le trias, qui y occupe de grandes surfaces, y possède des caractères très différents. Le trias inférieur est représenté dans le Tirol méridional, en Vénétie, en Dalmatie, en Bosnie, par des couches beaucoup plus fossilifères que les couches de Werfen du versant N. des Alpes. On y distingue, à la base et faisant suite au calcaire à Belleropfion i^ermien, les couches de Seiss, schistes et grès avec Pseudomonotis Clarœ et Myacites fassaensis; au sommet, les couches de Campil, marnes et calcaires, renferment dans certains bancs des Céphalopodes (Tirolites cassianus. Binantes dalmatinus, Meekoceras caprilense, etc.), dans d'autres des Gastropodes (Naticella costata, Turbo rectecostatus) ou des Lamellibranches {Myophoria costata).
La terre classique pour le trias moyen du type alpin est la région des dolomies, dont le pittoresque est dû principalement aux variations de faciès de ce terme de la série triasique, car, à côté des couches marneuses ou marno-calcaires, dans lesquelles les intercalations de tufs volcaniques jouent un rôle considérable, on voit fréquemment se développer un faciès de calcaires ou de dolomies zoogènes ou phytogènes, qui forment comme des îles au milieu du faciès marneux. Dans le N.-O. de la région, on constate même l'envahissement de tout le trias moyen par le faciès dolomitique. La succession normale est la suivante : 1° virglorien, comprenant à la base, par exemple à Prags et à Dont, des calcaires marneux détritiques à Ceratites binodosus, puis des dolomies généralement sans fossiles; 2**ladinien, comprenant :â^.)les couches de Buchenstein ou zone à Tachyceras Curionii (calcaires noduleux ou zones, ai\ec silex et piètre verdé) ; b.) les couches de Wengen ou zone à Trachyceras Archelaus (marnes et tufs, avec bancs calcaires kDaonella); c.) les couches de Saint- Cassian ou zone à Trachyceras Aon, marnes très fossilifères avec Spongiaires, Zoanthaires, Crinoïdes, Echinides, Brachiopodes, Lamellibranches, petits Gastropodes, Ammonites. C'est dans ce niveau supérieur qu'est presque toujours intercalée la dolomie du Schlern. Les calcaires de la Marmolata (Tirol), d'Esino (Lombardie), de Recoaro (Vénétie), riches en Gastropodes de grande taille, en Diplopores, en Ammonites des genres Arpadites, Dinarites, semblent, par contre, occuper un niveau spécial entre les couches de Buchenstein et celles de Wengen. C'est à ce niveau que Tornquist a trouvé près de Recoaro plusieurs
exemplaires de Ceratites nodosus ou d'une forme très voi sine. Dans cette région de Recoaro, dans le Haut-Vicentin, le virglorien présente également des caractères particuliers. Sa partie inférieure rappelle beaucoup par sa faune le « wellenkalk » allemand, dans sa partie supérieure on rencontre quelques-unes des Ammonites caractéristiques des couches de la Schreyer Alm, c.-à-d. de la zone à Ceratites trinodosus. Cette même zone est assez fossilifère dans la Giudicaria et en Lombardie, où elle est représentée par des calcaires noirs bitumineux à Céphalopodes {Cer. trinodosus, Judicarites euryomphalus) et quelquefois avec restes de Reptiles (Lariosaurus). Mais c'est en Bosnie, à Han Bulog et à Haliluci qu'elle a fourni la faune la plus riche en Ammonites d'une belle conservation (Ptychites, Gymnites, Monophyllites, etc.).
Le trias supérieur des Alpes méridionales se rapproche bien davantage du type des Alpes septentrionales que le moyen. Cela tient à son caractère transgressif, nous avons vu qu'il repose souvent directement sur les terrains cristallophylliens des Alpes centrales. La séparation qui existait précédemment entre les deux régions a vraisemblablement disparu. Les couches de Raibl, très fossilifères, mais souvent plus ou moins lagunaires, constituent un horizon très constant. Le « hauptdolomit » ou des calcaires semblables à ceux du dachstein atteignent des épaisseurs immenses. Par places les Gyroporelles et Megalodus triquêter y sont assez communs, on y a même trouvé quelques Ammonites caractéristiques des calcaires de Hallstadt.
Dans les Alpes occidentales y le trias est presque partout représenté à la base de la puissante série trangressive des terrains secondaires, mais, tandis que, sur le versant suisse et français il est très réduit, il atteint de grandes épaisseurs dans la zone axiale du Briançonnais. L'âge absolu des divers termes est loin d'être établi avec certitude. A la base se trouvent des grès très siliceux, improprement appelés quartzites; au-dessus vient la série des calcaires du Briançonnais, intercalés entre deux masses de gypse et de cargneules. On y a trouvé en quelques points des Gyroporelles. Sur le versant italien, des calcaires, renfermant Pleurotomaria solitaria et correspondant par conséquent au hauptdolomit, forment des pointements anticlinaux au milieu des schistes lustrés liasiques.
Régions méditerranéennes, Russie et Asie occidentale. Le type sudalpin du trias se retrouve dans l'Apennin, qui est sans doute aussi le prolongement tectonique des Alpes méridionales. Les couches de Werfen ont été signalées en quelques points, mais elles manquent en Calabre et en Sicile, où au contraire les termes moyens et supérieurs sont fort bien développés. C'est ainsi que l'on a signalé près de Lagonegro, en (Palabre, plusieurs niveaux ladiniens et carniens à Céphalopodes et à Daonelles. Le norien est représenté d'une manière assez constante par des calcaires à Gyroporelles avec Pleurotomaria solitaria et Gervillia exilis. Dans les régions qui entourent la Méditerranée occidentale, le trias présente des caractères mixtes entre le type germanique et le type alpin. Le trias inférieur n'y est pas connu avec certitude et il en est de même du trias supérieur. Dans les environs de Barcelone, on a trouvé quelques Céphalopodes virgloriens mal conservés, tandis que des Ammonoïdés du ladinien inférieur (Hungarites Pradoi) ont été recueillis, à Mora d'Ebro et dans les Baléares, dans des calcaires identiques à ceux du muschelkalk de l'Europe centrale. Ces mêmes calcaires existent en Andalousie, en Algérie, en Tunisie et en Sardaigne. Dans cette dernière région, on a même signalé Ceratites nodosus, tandis qu'en Algérie et en Tunisie on n'a encore recueilli que des Myophories et des Gervillies. Ces calcaires, généralement en plaquettes, sont toujours associés à des marnes, à des dolomies et à des gypses, voire même à des masses de sel gemme, indiquant la prédominance temporaire du régime lagunaire. A l'E. de la région alpine, on trouve tout d'abord des affleure-
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ments triasiques dans la forêt de Bakony, en Hongrie, où plusieurs termes sont très riches en Céphalopodes ; puis dans les Karpates de la Bukowine et dans la Dobrogea, où le virglorien et le ladinien, ainsi que le carnien inférieur sont représentés par des calcaires rouges en tout point semblables à ceux de Hallstadt. Anastasiu indique en outre, à Zibil, dans la Dobrogea, la présence à'Encrinus liliiformis et de Ceratites nodosus. C'est le point le plus oriental où ce Céphalopode ait été mentionné. Le trias alpin existe également en Serbie et en Grèce, et par ces régions nous atteignons l'Asie Mineure, où l'on connaît au moins deux localités remarquables. A Ismid, sur le Bosphore, Toula a découvert une riche faune virglorienne, avec Ceratites très particuliers. A Balia-Maaden, en Mysie, le trias supérieur est nettement transgressif ; il débute par un conglomérat de base et par des calcaires sableux à Spirifer Manzavinii^ qui reposent directement sur le carbonifère, puis viennent des schistes à Halobia Neumayri, avec Brachiopodes de Hallstadt (Bukowski, Bittner).
Le trias est exclusivement continental dans le bassin de la Volga, où il est représenté par des marnes bariolées faisant suite au permien ; il manque entièrement en Crimée et dans le Caucase ; on le retrouve au mont Bogdo, dans le steppe d'Astrakhan. Le werfénien y renferme Tirolites cassianus, Dorycranites bogdoanus et des Dinarites, c'est encore le type alpin. Il existe d'ailleurs également à Djoulfa, en Arménie, et à Darwas, en Boukharie {Meekoceras caprilense, Myophoria ovata, lœvigata). Dans le Pamir, on a de même rencontré des calcaires à Halorella et Monotis, puis, en Afghanistan, la présence du norien se trouve indiquée par la découverte d'un échantillon de ,Didy mites.
Himalaya et Sait Range. Ces gisements épars et encore mal connus jalonnent l'emplacement d'une mer triasique qui réunissait les Alpes à l'une des régions du globe où le trias est le mieux représenté, à l'Himalaya et à l'une de ses chaînes bordières, la Sait Range.
Dans l'Himalaya central, il existe un passage insensible entre les schistes et grès à Productus, qui représentent le permien, et les schistes et calcaires à Otoceras, renfermant de nombreux Céphalopodes (Griesbach et Diener). La faune de ces couches, qui constituent l'étage gandarien, comprend des types permiens, tels que Medlicottia Dalailamœ, Otoceras Woodwardi et autres espèces du même genre voisines de celles de Djoulfa ; puis, des types essentiellement triasiques, comme Ophiceras Sakuntala et 0. tibeticum et un certain nombre de représentants des genres Proptychites, Prosphingites^ Nannites, Danubites. Au-dessus viennent des calcaires et des schistes renfermant Hedenstrœmia Mojsisovicsi, Flemingites Bohilla, Danubites, etc. C'est l'équivalent des couches à Tirolites cassianus d'Europe.
Dans le Sait Range, le passage entre les couches à Productus permiennes et les couches inférieures du trias est non moins insensible. La « Ceratite Formation » de Waagen représente certainement en majeure partie le trias inférieur. Les calcaires et les marnes de la partie inférieure constituent un équivalent des couches à Otoceras de l'Himalaya. On y trouve surtout Sageceras Hauerianum, Prionolobus rotundatus, Koninckites volutus, des Gyronites, des Celtites, etc. Les grès et les marnes qui leur font suite renferment Flemingites Flemingianus, Aspidites superbus et des Gastropodes du genre Stachella. L'équivalence des couches inférieures avec les couches à Otoceras de l'Himalaya est établie indirectement par la découverte faite par Diener, dans la faune des grès à Céphalopodes de la baie de FOussouri (province maritime, Sibérie orientale), de deux espèces des couches à Otoceras {Ophiceras cf. Sakuntala et Meekoceras boréale) et d'une espèce des marnes inférieures du Sait Range (Ceratites minutus), associées d'ailleurs à de nombreuses espèces spéciales, qui appar-
tiennent aux genres Pseudosageceras, Dinarites, Danubites, Ussuria, Proptychites, Xenaspis, Meekoceras. Les Lamellibranches de ces trois régions asiatiques sont à peu près les mêmes que ceux des couches de Werfen, tandis que les Céphalopodes varient essentiellement de l'une à l'autre et dififèrent notamment du tout au tout de ceux du trias inférieur d'Europe.
Dans l'Himalaya, le virglorien inférieur est peu fossilifère, mais le virglorien supérieur contient de très nombreuses Ammonites, d'une fort belle conservation, appartenant surtout aux genres Ptychites, Sturia, Arcestes et à des espèces très voisines de celles de la zone à Ceratites trinodosus d'Europe. Comme dans les environs de Hallstadt, le ladinien fait défaut, au moins en certains points.
Dans le Sait Range, les calcaires à Ceratites supérieurs, avec Stephaniies superbus, nomhrenyiAcrochordiceraSy Celtites, Ceratites, etc., correspondent incontestablement au virglorien, tandis que le ladinien paraît représenté par des couches à Bivalves, pauvres en Céphalopodes (Pleuronautilus, Lecanites).
Le trias supérieur, qui, d'après Diener, repose dans certains points de l'Himalaya central sur le virglorien, possède dans cette région de grandes affinités paléontologiques avec celui d'Hallstadt. C'est une série de calcaires noirs dans laquelle on a pu distinguer plusieurs zones, se répartissant sur le carnien et le norien, et qui renferme de nombreuses espèces des genres Tropites, Styrites, Halorites, Juvavites, Ptychites, Joannites, Cladisciies, Pinacoceras, Arpadites, etc., dont quelques-unes sont identiques avec des espèces d'Europe. Dans le Sait Range, le trias supérieur paraît faire défaut.
Régions boréales. Dans l'Asie boréale et au Spitzberg, le trias est représenté par des dépôts marins dont les caractères paléontologiques diffèrent sensiblement de ceux du trias de l'Europe et de l'Inde. A l'embouchure de l'Olenek se trouvent des schistes noirs à concrétions calcaires renfermant en grande abondance des Dinarites, des Ceratites, des Sibirites, des Prosphingites, des Parapopanoceras, qui appartiennent à des espèces toutes spéciales, mais on y a trouvé aussi deux espèces himalayennes : Hedenstrœmia Mojsisovicsi et Ceratites subrobustus. Ces couches sont placées par E. von Mojsisovics dans le trias inférieur. Au Spitzberg, le trias inférieur manque, le virglorien reposant immédiatement sur le permien. On y distingue des couches inférieures à Monophyllites et Meekoceras et des couches supérieures extrêmement fossilifères, avec des Ptychites, des Ceratites, etc., associés à des Daonelles. Les espèces diffèrent aussi bien de celles de l'Europe que de celles de l'Inde. Le ladinien paraît représenté par des couches à Halobia Zitteli, le trias supérieur n'est pas connu.
Il est possible que le trias inférieur de l'Idaho et du Wyoming doive être, lui aussi, rapporté au type boréal, il est représenté par des couches détritiques à Meekoceras, épaisses d'un miUier de mètres, recouvertes immédiatement par des couches jurassiques.
Régions circumpacifiques. Le trias a été signalé en plusieurs points de la Chine méridionale. A Tali-fou, dans le Yunnan, Loczy a trouvé des calcaires en plaquettes, avec Bivalves, rappelant tout à fait le muschelkalk de l'Europe centrale. Plus à TE . , on a trouvé en deux points des Gastropodes voisins de ceux de Saint- Cassian (Koken, Douvillé). Au Tonkin, un Norites indique la présence probable du trias inférieur, un Juvavites, celle du trias supérieur. Dans l'arc malais, qui constitue le prolongement teetonique de l'Himalaya, le trias existe en Birmanie, à Sumatra et à l'île de Rottï, près Timor, sous la forme de couches à Halobies, à Posidonomyes, à Monotis salinaria. Au Japon, on peut mentionner l'existence de couches ladiniennes à Céphalopodes, qui se retrouvent dans la Colombie britannique et en Californie. Si l'on fait abstraction de ces deux points et de l'Oussouri, dont il a