TRIAS - TRIBOLO
été question plus haut, on ne connaît pas dans les régions circumpacifiques de dépôts triasiques autres que le trias supérieur. A Werchojansk et dans le golfe d'Okhotsk, ce sont des schistes à Pseiidomonotis ochoHcay qui existent également au Japon. Dans la Nouvelle-Calédonie, où l'on a d'ailleurs aussi trouvé un Stenarcestes et un PhylloceraSy et dans la Nouvelle-Zélande, ce sont des schistes renfermant une espèce très voisine, Pseudomonotis Rich- 7nondiana. Dans l'Alaska, dans la Colombie britannique, dans le Nevada et la Californie (schistes de Svearinger), une autre espèce représentative, Pseudomonotis subcircularis, occupe le même niveau, associée à d'autres LameUibranches et à des Céphalopodes du type de Hallstadt. En Colombie et au Pérou, enfin, on retrouve de même des schistes à Pseudomonotis. Ces schistes peuvent donc être considérés comme le faciès caractéristique du géosynclinal circurapacifique. Leur sub«tratum est le plus souvent inconnu, mais il est probable qu'ils reposent en beaucoup de points en transgressivité sur des dépôts paléozoïques. C'est au moins ce qui paraît résulter du fait que dans ces mêmes régions on ne signale pas de trias inférieur et moyen. D'ailleurs, en quelques points de la Californie, on voit le calcaire carnien de Hosselkus, avec Ealobia cf. superba, Tropites, Arcestes, etc., reposer directement sur le carbonifère.
Type continental en dehors de C Europe. Un faciès continental, qui ressemble beaucoup au grès bigarré de l'Europe occidentale, est très développé et paraît représenter le trias tout entier sur de très vastes étendues dans plusieurs des aires continentales de l'époque.
Dans l'E. des Etats-Unis, en particuher dans le Connecticut et dans la Virginie, de grandes surfaces sont recouvertes par des grès horizontaux, très puissants, discordants sur les terrains primaires antérieurement plissés. La surface des bancs présente souvent de nombreuses empreintes de pas, que l'on attribuait autrefois à des oiseaux, mais qui proviennent certainement de Dinosauriens. On y trouve aussi des restes de poissons et des empreintes végétales, indiquant des affinités avec la flore du trias supérieur d'Europe. Dans l'Afrique australe et dans l'Inde péninsulaire, le permien continental supporte en concordance des couches triasiques de même nature, sur lesquelles reposent encore des couches à flore rhétienne. L'ensemble constitue les séries de Karoo et de Gondwana. Il est difficile d'établir des limites précises entre les trois systèmes, mais les couches de Beaufort, de l'Afrique australe, riches en ossements de Théromorphes, et les couches de Panchet et de Kota Maleri, de l'Inde péninsulaire, puissantes de plusieurs milliers de mètres, représentent vraisemblablement le trias. Les restes végétaux que l'on y rencontre indiquent que la flore possède encore de grandes affinités avec la flore permienne.
Distribution des terres et des mers. Comme dans les périodes géologiques précédentes, il existait sans doute au trias un vaste continent nordatlantique, comprenant l'ancien boucher canadien, le Centre et l'E. des Etats- Unis, le N. de l'Europe, le Spitzberg et les espaces intermédiaires. Momentanément et principalement au trias moyen, dont les dépôts sont souvent transgressifs, les parties périphériques de ce continent sont envahies par les eaux, tandis qu'ailleurs on ne rencontre que des dépôts continentaux. Le continent sino-sibérien paraît n'avoir été séparé qu'imparfaitement, et seulement au début du trias, du continent nordatlantique. Il était sans doute baigné au N. par un océan arctique. De l'absence du trias au Brésil et dans l'Afrique centrale et de la présence dans l'Afrique australe de dépôts exclusivement continentaux, on peut conclure à l'existence d'un continent africano-brésilien, qui, au trias encore, faisait peutêtre corps avec le continent australo-indo-malgache, sur l'emplacement duquel on ne connaît aussi que des dépôts continentaux. Là grande masse continentale de l'hémisphère N, et celle de l'hémisphère S. se trouvaient
séparées par une vaste mer, dirigée de l'O. à l'E. etpar'semées d'îles probablement nombreuses. C'est la Tethy$ de Suess, dont on connaît les dépôts depuis l'Espagne jusque dans les îles de la Sonde. Enfin, une mer circumpacifique formait un vaste chenal sinueux, fermé sur luimême, entourant un continent pacifique, d'ailleurs hypothétique. Dans les géosynclinaux de la Tethys et du pourtour du Pacifique, la série triasique n'est que rarement continue, il semble y avoir eu un mouvement de régression au trias moyen, correspondant à la transgression sur les aires continentales et, inversement, la transgression manifeste du trias supérieur dans les géosynclinaux (Alpes orientales, Mysie, Himalaya, Californie) semble avoir eu comme compensation une régression sur les aires continentales (Europe occidentale, Spitzberg).
Nous avons vu à plusieurs reprises qu'il existait dans les mers triasiques une difi'érenciation de provinces zoologiques. Le bassin dans lequel se déposait le trias germanique n'est qu'une annexe de la province alpine ; par contre, la province boréale et la province himalayenne avaient des faunes bien individualisées, surtout si, au lieu d'envisager les faunes autochtones, on tient compte des variations géographiques des faunes arrivées par immigration brusque. Nous ne possédons pas d'éléments suffisants pour affirmer l'existence d'une province nordaméricaine indépendante. Emile Haug.
BiBL. : V., outre les traités de géologie de Credner, Neumayr, de Lapparent : F. v. Alberti, Beitrag zu einer Monographie des hunten Sandsteins, Muschel!kalks und Keupers und die Verbindung dieser Gebilde zu einer Formation (Trias) ; Stuttgart, 1834. — Du même, Ueberblick ûber die Trias ; Stuttgart, 1864. — E.- W. Benecke, Ueber die Trias von Elsass-Lothrinqen und Luxemburg, dans Abhandl z. geol. Specialkarte von Els.-Lothr. ; Strasbourg, 1877, 1. 1, liv. ÏV. — E. v. Mojsisovics, das Gebirge um Hallstadt^ àâns Abhandl. d. k. k. geol. Reichsanst. ; Vienne, 1873, t. VI, 1 et 2 (en cours). — Du même, Die Cephalopoden der mediterranen Triasprovinz^ ibid.; Vienne, 1882, t. X, — Du même, Arktische Triasfaunen, dans Mém. Acad. Imp. des Sciences de Saint-Pétersb. ; Saint- Pétersbourg, 1886, 7" sér., t. XXXIII, n» 6. — Du môme, Beitragezur Kenntniss der obertriadischen Cephalopoden- Faunen des Himalaya, dans Denkschr. d. math. Naturw. Cl. d. kais.Akad. d. Wiss.; Vienne, 1896.— S. von Wôhr- MA.NN. Ueber die uniere Grenze des Keupers in den Alpen, dans Jahr6. d. k. k. geol. Reichsanst. ; Vienne. 1889, t. XXXVIII. — A. BiTTNER, ibid., passim. — W. Waa- GEN, Salt-Range Fossils, II, Fossils from the Ceratite Li-
annuelle de géologie, dans Revue générale des sciences, passim.
TRIAUCOURT. Ch.-l. de cant. du dép. de la Meuse, arr. de Bar-le-Duc ; 860 hab. Patrie du philologue Lemaire (V. ce nom) .
TRIAZOIQUES (Dérivés) (V. Azoïques).
TRI 8ÊH0U. Com. du dép. de la Manche, arr. de Saint- Lô, cant. de Saint- Jean-de-Daye; 944 hab.
TRIBÉNI ou TRIVÉNL Ancienne ville de l'Inde, prov. de Bengale, au confluent de l'Hougli et de la Sarasvati. Très importante à l'époque de Ptolémée, ce n'est plus qu'un village où l'on remarque une célèbre mosquée et un monumental escalier sacré.
TRIBENZYLAMINE (Chim.) (V. Benzylamine).
TRIBICOS (Alch.). Alambic à trois becs, employé par les alchimistes gréco-égyptiens, aux débuts de l'invention de l'art de la distillation. Il était encore employé par les Arabes. M. B.
BiBL. : M. Berthelot, Introd. k V étude de la chimie des anciens.
TRIBOCL Peuple germain qui, vers l'époque de César, occupait les pays entre Vosges et Rhin, correspondant à la Basse Alsace (ancien dép. français du Bas-Rhin), après en avoir refoulé les Mediomatrici (V. ce mot et Alsace).
TRIBOLO (Niccolè Pericoli, dit le), sculpteur italien, né à Florence en 4500, mort en 1550. Apprenti menuisier, puis élève du Sansovino, il fut appelé à Bologne, où il exécuta, pour les portes de Saint-Pélrone, de gracieuses et expressives eftigies de Sy billes, en marbre, ainsi
TRIBOLO — TRIBULUS
qu'une Assomption. Le pape Clément Viï étant venu assiéger Florence (1529), Tribolo lui vendit les plans de défense. On lui doit de remarquables ouvrages à la bibliothèque Laurentienne et deux statues pour le mausolée de Julien de Médicis : les grands ducs Alexandre et Gosme I^'' le protégèrent ; il fit la statue équestre de Jean de Médicis et presque toutes les sculptures d'un arc de triomphe dont il avait donné le plan et qui fut élevé à Florence à l'occasion du mariage d'Eléonore de Médicis avec le vice-roi de Naples. 11 faut encore citer parmi ses œuvres les plus admirées : lé tombeau d'Adrien Vï, à Rome ; la fontaine du château de Castello ; une statue à' Ange et les tombeaux de Medici et de Matteo Corte, à Pise, etc. Surintendant des ponts et chaussées de Florence, il réussit moins bien dans cet ordre de travaux. — Le Tribolo se distingue, parmi les artistes de son époque, par une curieuse recherche de la délicatesse dans l'art et de l'élégance des formes. &. Cougny.
TRIBON (Cost.) (V. Costume, t. XII, p. 1155).
TRI BONI EN, jurisconsulte romain, originaire de Macédoine ou de Pamphylie, mort en 546 ap. J.-C. H a été le bras droit de Justinien dans l'œuvre de codification législative qui a rendu ce prince à jamais célèbre. D'une érudition immense, sa science, au rapport des annalistes, n'avait d'égale que son avidité. Il aurait trafiqué avec impudeur de sa connaissance du droit et de son crédit. Les constitutions-préfaces du Code, du Digeste, des Institutes permettent de reconstituer exactement sa carrière honorifique. Il ÎMimagister officiorum (magisteria dignitate inter agentes decoratum) en 528. En 529, il est quœstor sacri palatii, chef suprême de la justice. Il demeure dans ce poste jusqu'en 532, après l'émeute Nika dirigée en partie contre lui. En 533-534, il redevient magister officiorum. En 535, il est rétabli dans son office de quœstor. Ces hautes fonctions et aussi sa science juridique le firent désigner successivement comme membre de la commission de rédaction du Code, comme président de la commission de rédaction du Digeste, chargé de choisir ses collaborateurs, de régler le plan du travail, comme président de la commission de rédaction des Institutes et de la commission de réédition du Code. Beaucoup d'historiens modernes lui reprochent, non plus seulement son avidité sans conscience, mais la façon irrespectueuse dont il a traité les monuments anciens de la littérature juridique romaine qu'il a dépecés pour en composer une mosaïque sans art et qu'il a sciemment altérés pour faire cadrer leurs décisions avec le droit de l'époque. Il y a quelque exagé ration de sévérité dans ce jugement. Tribonien n'a fait que suivre les procédés de travail en honneur au temps où il a vécu. On ne peut donc lui reprocher que d'avoir éié de son époque. C'est là une critique à laquelle bien peu d'entre nous peuvent échapper. La méthode des compilateurs qu'il dirigeait ne témoigne pas, il est vrai, d'une grande originalité d'invention. Mais elle a eu son bon côté. Elle nous a conservé, fragmentairement sans doute, mais avec une suffisante exactitude, des écrits juridiques anciens qui, sans leur insertion telle quelle dans la compilation, eussent été à jamais perdus. Quant aux interpolations que Tribonien ou ses collègues ont fait subir aux originaux (changements qui, du nom de Tribonien, ont été appelés tribonianismes), elles sont la conséquence forcée du mode de rédaction adopté. Elles ont défiguré les œuvres anciennes, pas assez pourtant pour rendre méconnaissable leur véritable physionomie, ni même assez pour dérouter la critique moderne. G. May.
BinL. : pROcoPE,Z)e bello Persico, I, 24,25. Ed. Dindorlî, I, pp. 122-129. — Krueger, Histoire des sources du droit romain (trad. Brissaudj ; Paris, 1891, pp. 431, 133, 434, 436, in-8. — Ch, DiEHL, Figures biizantines, dans Grande Revue ; Paris, l'"' déc. 1900.
TRIBONYA (Ornith.) (V. Talève).
TRIBORD (Mar.). C'est pour l'observateur qui, placé à l'arrière d'un navire, regarde l'avant, la moitié située à droite du plan longitudinal. Le côté gauche, symétrique
de celui de tribord, est celui de Ràbord, et nous renvoyons à ce dernier mot pour l'explication des différentes expressions dans lesquelles se rencontrent les termes de tribord et de bâbord.
TRI BOULET. Le vrai nom du fou de Louis XIÏ et de François P^ était Ferrial, Ferial, Fevrial, Feurial ou le Fevrial. Né avant 4500, à Foix-lez-Blois, c'était un idiot, maltraité par les enfants et les valets de Blois (d'où lui vint sans doute le surnom de Triboulet). Louis XII le prit en pitié, lui trouva probablement de l'esprit, le choisit comme fou en titre à la mort de Caillette, et lui donna pour « aide et gouverneur » Michel Le Vernoy. Cette charge passa, sous François I®^, à François Bourcier. Jean Marot faisait ainsi, en 1529 au plus tard, le portrait de Triboulet :
Triboulet fut un fol, de la tôte écorné.
Aussi sage à trente ans que le jour qu'il fut né,
Petit front et gros yeux, nez grand et taille à voste (à voCite),
Estomac plat et lon^, haut dos à porter hotte ;
Chacun contrefaisait, chanta, dansa, prêcha.
Et du tout si plaisant qu'onc homme ne fâcha.
Triboulet (peut-être disgracié sous François I®^ pour quelques paroles trop libres) doit être, d'après ce texte, mort avant 1529 ; il l'était sûrement en 1536. Il avait un frère, « enfant de cuisine » du roi. Il n'était sans doute pas marié. Le rôle que lui fait jouer V. Hugo dans le Roi s'amuse est de pure fantaisie. On lui a prêté beaucoup de mots qu'il n'a jamais prononcés ; mais il a dû être autre chose qu'un simple idiot. Rabelais l'appelle un morosophe (sage-fou). Il fut remplacé par Brusquet. H. Hauser.
BiBL. : J. Bernier, Ilist. de Blois, 1682, in-4. — Jal, Dictionn. critique.
TR I B 0 U L ET, dit Pon teuil^ acteur français (V. Ponteuil) .
TRIBU. I. Antiquité. — Le mot de tribu, c.-à-d. tiers, désignait la division primitive du peuple romain en trois groupes égaux ; il fut ensuite appliqué aux divisions topographiques de ce peuple où vinrent s'ajouter, aux quatre tribus ou quartiers delà ville, 31 cantons ruraux (tribus rusticœ) (V.Tart. Rome, pp. 879etsuiv.). — Par extension, les écrivains latins ont appliqué ce nom de tribu aux subdivisions ethniques des peuples grecs, connues des Grecs sous le nom de (puXai et répondant à une idée différente. La phylé grecque était un groupe d'hommes prétendant descendre d'un ancêtre commun ; les Ioniens, par exemple, se divisaient en quatre tribus : Géléontes, Hoplétes, Agicores et Argadées ; chacune de ces tribus était à Athènes subdivisée en trois phratries (V. ce mot). Clislhènes, lorsqu'il revisa la constitution attique, réfartitle peuple entre dix tribus nouvelles dénommées d'après d'anciens héros légendaires; en 307 av. J.-C, on y ajouta la phylé Antigonis et la phylé Demetrias, en l'honneur des maîtres du jour ; en 123 ap. J.-C, une treizième phylé Hadrianis en l'honneur de l'empereur. Les Dorions se divisaient en trois phylés ou tribus, que l'on retrouve dans chacune de leurs cités : Hylléens, Dymanes et Pamphyles.
Les modernes emploient le mot tribu pour désigner les groupes politiques et secondaires des peuples demi-civilisés ou sauvages (cf. l'art. Etat) ; en général, il exprime une parenté ethnique. Chez les Arabes et les Berbers, celle-ci est affirmée parle rattachement à un ancêtre commun, dont les membres de la tribu s'affirment les descendants ; c'est le sens des mots Ouled et Béni, qui figurent en tête de toutes ces appellations. A. -M. B.
IL Histoire naturelle. — A mesure que la connaissance des caractères naturels des êtres vivants a fait des progrès, on a été amené à établir des divisions nouvelles dans la classification. C'est ainsi que la tribu, intermédiaire entre la famille et le genre, est un des groupements les plus utiles, parce qu'il permet de séparer les genres typiques de ceux dont les caractères se rapprochent de ce qu'on trouve dans les familles voisines, et par là de rattacher les familles les unes aux autres par une sériation naturelle.
Tri BU LUS (Bot.) (V. Herse).
TRIBUN
TRIBUN, TRIBUNAT(nist. rom.). Le nom de tribun fut porté à Rome par des officiers et des magistrats. Il ne paraît pas douteux qu'à l'origine ce titre n'ait été en relation directe avec les divisions du peuple appelées iribiis. Sous la royauté, par exem;)le, les officiers nommés tribuns (tribuni) commandaient les contingents de fantassins et de cavaliers fournis par les trois tribus primitives de Rome. De même, après la réorganisation des tribus romaines par Servius Tullius, le personnage chargé d'administrer chacune de ces circonscriptions nouvelles prit le nom de tribunus ou tribiinns œrarii. Mais, à l'époque historique, cette signification originelle du mot tribun avait disparu. Sous la République et sous l'Empire, il y eut à Rome deux grandes classes de tribuns : les tribuns militaires, qui étaient des officiers, et les tribuns de la plèbe, qui étaient des magistrats civils.
I. Tribuns MiLirAïuEs. — Dans la légion, quand elle fut définitivement constituée, le commandement appartenait à six tribuns militaires (tribuni militum), d'abord désignés par les consuls, plus tard élus par le peuple dans les comices tributes. Les tribuns militaires étaient toujours choisis parmi les jeunes gens de grande famille, pour lesquels ce grade était comme le début de la carrière publique. Au moment où la lutte du patriciat et de la plèl3e fut le plus ardente, les tribuns légionnaires furent souvent investis de la puissance consulaire et portèrent le titre de tribuni militum consulari potestate. — Sous l'Empire, les tribuns militaires conservèrent leurs grades et leur commandement, mais un chef unique fut placé au-dessus d'eux, à la tête de la légion : ce fut le légat {legatus legionis). Le nom de tribun fut aussi porté sous l'Empire par les officiers de certains corps spéciaux : ainsi chacune des cohortes prétoriennes était commandée par un tribun ; il en était de même pour les cohortes urbaines et les cohortes de Vigiles.
II. Tribuns de la plèbe. — Mais les tribuns de beaucoup les plus importants de Rome furent les tribuns de la plèbe (tribuni plebis). Sous la royauté et pendant les premières années de la République, les plébéiens, qui n'avaient accès ni au Sénat, ni aux magistratures, ni aux comices curiates et qui ne possédaient, malgré leur nombre, qu'une infime minorité de suffrages dans l'assemblée centuriate, étaient opprimés par les riches patriciens. Personne dans l'Etat ne pouvait légalement les défendre. Ils quittèrent Rome et lésolurent d'aller fonder une ville nouvelle sur le mont Sacré (V. Rome, p. 881). Les patriciens, effrayés de leur départ qui enlevait à la cité le plus grand nombre de ses soldats, consentirent à traiter avec eux. L une des conditions de la paix fut la création de magistrats chargés de représenter les plébéiens, de défendre leurs intérêts, de les protéger contre le despotisme et l'arbitraire des patriciens. Ces magistrats furent les tribuns de la plèbe. Ils ne pouvaient être choisis que parmi les plébéiens. Toute leur puissance, à l'origine, était fondée sur trois prérogatives : le droit de secours (jus auxitii), le droit de veto, l'inviolabilité personnelle. Par le droit de secours, ils pouvaient intervenir en faveur d'un plébéien, sur sa demande ou spontanément, et prendre sa défense contre les magistrats patriciens ; par le droit de veto, ils pouvaient s'opposer à l'exécution de tout acte décidé, soit par les magistrats, soit par le Sénat; enfin leur inviolabilité, consacrée par les châtiments les plus terribles, leur assurait une force considérable. Ainsi, au début, le pouvoir des tribuns (po lestas tribunicia) était essentiellement un pouvoir d'arrêt. Les tribuns étaient élus pour un an, mais ils étaient rééligibles. Ils ne pouvaient pas s'éloigner de Rome, et la porte de leur maison devait rester ouverte nuit et jour. Tout d'abord, ils étaient au nombre de cinq ; ce chiffre fut porté à dix en 457 av. J.-C. On ne sait pas avec certitude comment ils furent choisis à l'origine ; à partir de 471 , ils furent élus par la plèbe dans les comices tributes.
Les attributions et les pouvoirs des tribuns ne cessèrent
de s'accroître sous la République ; le rôle qu'ils jouèrent dans l'Etat fut de plus en plus considérable. Ce fut par une série d'usurpations successives que les tribuns de la plèbe devinrent les magistrats les plus influents de Rome. A peine institués, ils donnèrent aux plébéiens l'organisation politique et les moyens d'action qui leur avaient manqué jusqu'alors. On leur avait concédé le droit de convoquer la plèbe et de promulguer des ordonnances applicables aux seuls plébéiens. Ils en profitèrent pour organiser une véritable assemblée plébéienne, l'assemblée tribute. Ces réunions de la plèbe n'eurent pas d'abord un caractère officiel ni légal; les résolutions qu'elles prenaient, appelées plébiscites (V. ce mot), n'étaient obligatoires que pour les plébéiens. Mais peu à peu cette assemblée de la plèbe devint plus importante que l'assemblée centuriate. Les tribuns citèrent devant elle des patriciens, même des consuls à l'expiration de leur magistrature, et les firent condamner : ainsi, en 491, un jeune patricien, Coriolan, ayant proposé au Sénat, pendant une disette, d'affamer les plébéiens et de ne leur distribuer du blé que s'ils consentaient à l'abolition du tribunat, les tribuns le citèrent devant l'assemblée tribute ; Coriolan dut s'exiler pour éviter une condamnation à mort. En 477, les tribuns citèrent devant la plèbe le consul T. Menenius, qui avait laissé écraser par les Véiens, sur les bords de la Crémère, les 306 Fabii ; le consul fut condamné à une forte amende. Par là les tribuns exerçaient un véritable contrôle sur les actes et la conduite des magistrats patriciens. Ce fut de même à l'aide de l'assemblée tribute que les tribuns introduisirent dans la constitution de l'Etat romain les réformes capitales qui mirent fin à la toute-puissance exclusive du patriciat. En 462, le tribun C. Terentilius Arsa fit voter un plébiscite ordonnant la rédaction d'un code de lois auquel les consuls seraient obligés de conformer leurs jugements. Pendant dix ans, les patriciens refusèrent de donner aucune suite à cette proposition ; à la fin, ils durent céder ; les décemvirs furent institués et les lois des Douze Tables furent rédigées. En 449, les tribuns firent décider que désormais les plébiscites auraient force de loi pour tous les citoyens. Les résolutions de l'assemblée tribute eurent dès lors la même importance que celles de l'assemblée centuriate. L'action des tribuns devint de plus en plus pressante. En 445, le tribun Canuleius demanda l'abolition de la loi qui interdisait les mariages entre patriciens et plébéiens et le partage du ccmsulat entre les deux ordres. Les patriciens cédèrent d'abord sur le premier point ; mais ils s'obstinèrent pendant près de quatre-vingts ans à se réserver pour eux seuls les fonctions de consuls. Les tribuns eurent à la fin raison de leur résistance. En 367, le consulat fut déclaré accessible aux plébéiens, et il fut décidé que l'un des deux consuls serait toujours choisi dans la plèbe. Peu à peu les autres magistratures, issues du consulat, furent de même partagées entre les deux ordres. Une seule des grandes magistratures romaines ne fut pas commune au patriciat et à la plèbe ; ce fut précisément le tribunat, qui resta toujours fermé aux patriciens.
Après l'établissement définitif de l'égalité civile et politique, les tribuns et l'assemblée tribute devinrent les rouages les plus actifs de la constitution romaine. Les comices tributes élisaient les tribuns, les édiles plébéiens, les questeurs ; leurs résolutions avaient force de loi pour tout le peuple romain et n'étaient plus soumises à la ratification du Sénat. L'assemblée tribute fut certainement, pendant les derniers siècles de la République, l'assemblée la plus importante de Rome. C'étaient les tribuns qui la convoquaient et la présidaient. Ils ne s'en tinrent pas là. Ils acquirent même le droit de convoquer le Sénat et de faire voter des sénatus-consultes. Leur puissance était donc double : d'une part, comme ils avaient conservé toutes leurs attributions primitives, ils pouvaient toujours tenir en échec l'autorité des magistrats patriciens et suspendre