TRIBUN — TRIBUNAL
l'effet des décisions du Sénat; d'autre part, en vertu des attributions nouvelles qu'ils avaient peu à peu conquises, il leur était facile de jouer dans l'Etat un rôle des plus actifs. Les grandes crises politiques qui secouèrent Rome au II® et au i^^ siècle av. J.~C. furent provoquées par des tribuns : Tiberius et Caïus Gracchus étaient des tribuns ; Livius Drusus, qui voulait donner aux Italiens le droit de cité romaine, était un tribun. En face de l'oligarchie peu nombreuse, mais puissamment riche, qui dominait dans le Sénat et qui accaparait toutes les magistratures curules, les tribuns de la plèbe se firent les chefs de la démagogie romaine. Silla, chef de l'aristocratie sénatoriale, s'efforça d'anéantir leur influence. Il n'osa pas abolir purement et simplement le tribunat. Il laissa aux tribuns leurs plus anciennes prérogatives, c.-à-d. le droit de porter secours à tout citoyen, leur protection et le droit de veto, qui leur permettait de s'opposer à tout acte d'un magistrat; mais, pour prévenir l'abus de ce double droit, il fit voter une loi qui frappait d'une amende considérable et de la déchéance civile et politique tout tribun qui abuserait de son droit de secours. Les tribuns n'avaient plus le droit de proposer des lois au peuple qu'après avoir obtenu le consentement du Sénat. Enfin, pour écarter du tribunat les personnages ambitieux, Silla décida que tout citoyen qui aurait été tribun ne pourrait remplir ensuite aucune autre fonction publique plus élevée, telle que la préture ou le consulat. Ces réformes de Silla, inspirées par l'esprit de parti, ne furent pas durables. En 70 av. J.-C, les tribuns recouvrèrent toute leur ancienne puissance et redevinrent les chefs ardents de la démagogie romaine. Le plus fameux des tribuns d'alors fut Clodius, l'ennemi de Cicéron.
L'importance du tribunat s'évanouit en même temps que la République. Déjà César, pendant sa dictature, avait porté un coup très sensible à cette magistrature plébéienne en s' attribuant la puissance tribunitienne, ce qui lui conférait l'inviolabilité personnelle et le droit de veto. Auguste suivit cet exemple. Il laissa subsister le tribunat comme magistrature proprement romaine, mais il revêtit la puissance tribunitienne à vie et pour toute l'étendue de TEmpire. Par là il devenait sacro-saint et ajoutait à ses pouvoirs actifs à'imperator le droit de s'opposer, en vertu du droit de veto, aux décisions du Sénat.
Les tribuns, sous l'Empire, furent dépouillés de toute autorité. Ils devinrent presque des fonctionnaires municipaux de Rome. Associés aux édiles dans l'administration des quatorze régions de la ville, ils furent chargés d'organiser les fêtes qui se célébraient annuellement en l'honneur d'Auguste, les Augustalia. Le tribunat de la plèbe fut alors l'un des degrés de la carrière sénatoriale; il s'intercalait entre la questure et la préture. Il dura ainsi, de plus en plus obscur et délaissé, jusqu'au v® siècle ap.