‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 21 sur 633 · THUCYDIDE · texte numérisé non relu

THUCYDIDE

cydide ne sont {)as connus. Il est probable toutefois qu'il périt de mort violente, peut-être pendant un voyage à Scapté-Hylé, et à une date voisine de Fan 400, mais sûrement antérieure à 395.

L'histoire de Thucydide s'arrête à la vingt et unième année de la guerre, en 408. Elle est divisée en huit livres, mais cette division n'est pas de l'auteur, et d'ailleurs elle n*est pas la seule que les anciens aient connue, car il y avait aussi des éditions en neuf livres, d'autres en treize.

Il y a une grande différence entre l'ouvrage de Thucydide et ceux des historiens grecs qui l'avaient précédé, les logographes et Hérodote. Une vingtaine d'années seulement séparent la naissance de Thucydide de celle d'Hérodote, et pourtant il semble que leurs histoires appartiennent à des époques très distinctes. Celle d'Hérodote est un récit épique, celle de Thucydide une histoire philosophique. Des traditions rapportent qu'il fut élève du philosophe Anaxagore et des rhéteurs Prodicus et Antiphon ; ce qui est sûr, c'est que pendant sa jeunesse les plus illustres des sophistes enseignèrent à Athènes avec un succès extraordinaire, qu'il fut le contemporain de Périclès, dont il étudia de très près le génie politique, et que ces diverses influences contribuèrent à développer en lui l'esprit critique. Ce qu'il veut faire, c'est une œuvre utile et durable (xT%a £tç àsi) ; aussi son choix s'est-il porté sur un événement contemporain, susceptible de fournir d'instructives leçons. Par là même il se sépare nettement des logographes qui avaient raconté l'histoire mythique des diverses cités grecques, et d'Hérodote chez qui le récit des guerres médiques est encombré de légendes. Pour Thucydide, la qualité fondamentale de l'historien est l'exactitude qui entraîne avec elle l'impartialité, et son premier devoir est la recherche de la vérité. Lui-même a exposé sa méthode au début de son livre (I, 20, 21, 22), où il nous dit le soin qu'il a mis à recueillir tous les documents, tous les témoignages, et à les comparer entre eux, pour en tirer ce qu'ils contenaient de vérité. Les expressions dont il se sert sont caractéristiques, soit qu'il blâme les hommes d'accueillir sans critique (âSaaavtaTwç) les récits des événements passés, soit qu'il constate que pour la plupart la recherche de la vérité est exempte de fatigue (aTaXaiîTcopoç), soit enfin qu'il dise avec combien de peine (Itzœovmç) il a pu démêler la vérité parmi les renseignements contradictoires qui lui étaient fournis. Mais la méthode d'exposition de Thucydide n'est pas moins remarquable que sa méthode de recherche. L'ouvrage commence par un préambule célèbre où l'auteur expose les raisons qui l'ont déterminé à écrire de préférence la guerre du Péloponnèse : c'est l'événement le plus important de l'histoire grecque jusqu'à son époque, et, pour le démontrer, il fait un exposé concis plein de hardiesse et de pénétration de l'histoire grecque jusqu'aux guerres médiques. Puis il expose sa méthode historique. Et, après cette sorte de préface, il montre avec une extrême précisions les causes lointaines ou immédiates qui ont mis aux prises Athènes et Sparte. Une fois arrivé au récit même de la guerre, il établit avec le plus grand soin la date des premières hostilités, et désormais se renferme exclusivement dans son sujet. Point de digressions sur les affaires intérieures de Sparte et d'Athènes ou des autres Etats de la Grèce, encore moins sur l'histoire des événements antérieurs et sur celle des autres peuples. Ni anecdotes ni récits oratoires ; rien que ce qui est indispensable pour l'exactitude et la clarté du récit. Il raconte les faits de la guerre année par année, saison par saison, par étés et par hivers, embrassant à la fois tous ceux qui se sont passés en différents endroits pendant la même période, et ne craignant pas de morceler ainsi ses récits. 11 décrit les lieux qui servent de théâtre aux opérations de la guerre, et il pousse le souci de l'exactitude matérielle jusqu'à insérer dans son ouvrage un monument authentique, le texte d'un traité entre Athènes et Argos, qu'on a retrouvé

gravé sur une plaque de marbre. Contenue par une méthode si inflexible, la narration de Thucydide est nécessairement très sobre, un peu raide même et un peu sèche. C'est à peine si, pour mieux faire comprendre les faits, il y mêle des réflexions générales très rapides, des définitions morales, des analyses de sentiments. Il s'arrête pourtant quelquefois et suspend le cours de son récit pour expliquer dans quelques résumés lumineux, dans quelques considérations profondes, les causes des événements, la situation morale des peuples, le fond même de la politique. Il décrit ainsi la peste d'Athènes, dont l'influence fut si grande au début de la guerre ; il trace, à l'occasion des troubles de Corcyre, et pour en expliquer l'origine, un tableau général des mœurs grecques à cette époque. De ces réflexions, de ces peintures morales et de l'ensemble de l'œuvre, se dégage la philosophie de Thucydide. Il ne voit pas dans les événements humains le résultat d'une intervention divine, mais la conséquence de lois générales qui gouvernent le monde. Quand il décrit une éclipse de soleil ou de lune, c'est comme le ferait un savant. S'il parle des oracles, c'est parce que c'est de l'histoire, sans y croire. Il se place à un point de vue purement humain, et quand il parle des dieux, c'est à titre de réalités pour les Grecs de son temps. II leur oppose la faiblesse de l'homme, faiblesse dont il ne peut se relever que par la raison (yvcufAri). Et c'est ici que l'on peut trouver une analogie entre Thucydide et Anaxagore ; seulement tandis que le vouç d' Anaxagore est l'intelligence prise en soi, la yvwjitî de Thucydide est l'intelligence appliquée à la connaissance des choses. C'est cette qualité que Thucydide met au premier rang ; elle représente à ses yeux ce qu'il y a de supérieur dans l'homme, et quand il fait l'éloge de quelques grands hommes, c'est toujours à cause de leur Yvwfjt,?;. Sans doute, l'intérêt est le mobile des actions humaines ; mais il ne faut pas que l'homme se laisse entraîner par la passion (op^T)) : l'égoïsme humain, pour réussir, doit être intelligent et par conséquent moral. C'est pour n'avoir pas observé les lois des choses que les hommes échouent dans leurs entreprises. Une telle philosophie est nécessairement impartiale, et en eôet Thucydide s'efface de son livre autant que possible, pour se placer au point de vue de ceux dont il raconte les actes. Mais l'impartialité n'exclut ni le patriotisme ni les préférences politiques, et dans nlus d'un passage de son histoire on reconnaît l'œuvre d un Athénien fier de sa patrie, dans maint autre on voit qu'il était porté vers une démocratie tempérée et n'avait pour les démagogues que du mépris.

L'histoire de Thucydide n'est pas seulement une œuvre scientifique. Comme toutes les histoires écrites par les anciens, elle est aussi une œuvre d'art. Sans doute, Thucydide cherche avant tout la vérité, mais il veut que cette vérité émeuve autant qu'elle instruit, et la composition de son livre est essentiellement dramatique. Schlegel a même pu comparer l'histoire de Thucydide à une subhme tragédie historique. Il y a, en effet, soit dans l'ensemble, soit dans les différentes parties, un intérêt intense et croissant qui entraîne vers le dénouement. Les récits qui font connaître les événements, les descriptions qui en donnent l'impression pathétique, les harangues qui en font connaître les causes s'y succèdent dans des proportions harmonieusement calculées pour éclairer l'intelligence et toucher la sensibilité du lecteur. Jamais Thucydide ne sacrifie au désir d'émouvoir le souci de l'exactitude ; mais chacune des parties principales de son histoire n'en est pas moins composée comme un drame avec ses péripéties et son dénouement. Les narrations n'y ont rien d'oratoire, et l'auteur n'y intervient pas ; c'est la force même des expressions, la gravité du ton, le choix savant des détails qui font naître l'émotion. Ce pathétique de Thucydide, apparent dans de courts récits, se montre surtout dans les narrations des grands événements et dans les descriptions de batailles. L'ardeur des passions humaines et la tris-

tesse de la guerre y apparaissent avec un saisissant relief. Quant aux harangues, Thucydide, comme Hérodote, en a usé volontiers. On n'en compte pas moins de trenteneuf en style direct dans les sept premiers livres de son histoire, et en cela il obéissait à une tradition littéraire dont les origines remontent jusqu'à l'épopée. Mais l'usage qu'il en fait est bien différent, et il se tient à égale distance de la méthode esthétique de son prédécesseur et de la méthode scientifique moderne. Lui-même a d'ailleurs expliqué (I, 22) la façon dont il les a composées : elles lui servent à amener la narration, mais surtout à faire connaître les hommes, les partis, les peuples. Il est rare, en effet, que Thucydide se livre à des considérations personnelles sur la conduite de ses personnages ou qu'il en trace des portraits ; à peine rencontre-t-on quelques mots sur Archidamos, Périclès, Cléon, Brasidas, Hermocrate, Phrynichos et Antiphon : il les fait agir ou parler, et c'est ainsi que nous les connaissons. D'ailleurs, il n'a garde de reproduire textuellement leurs paroles, c'eût été impossible le plus souvent, ou même de leur donner un langage très voisin de la réalité : l'art antique, attaché à l'harmonie de la forme, n'eût jamais admis dans une composition littéraire les différences de dialecte et de style que des discours originaux y auraient apportées. La forme de ces harangues est donc toujours à peu près la même, et c'est par les idées seulement qu'elles diffèrent : Thucydide fait parler ses orateurs selon la vraisemblance, d'après leur rôle, leur situation, leur caractère, et en donnant toute leur force aux raisons qu'ils ont dû soutenir. Il arrive même parfois que l'orateur n'est pas désigné. C'est alors pour ainsi dire « à la situation même » que l'auteur donne la parole, préoccupé qu'il est, dans une circonstance où la personnalité de l'orateur est indifférente, de reproduire simplement les traits principaux d'une scène historique. D'ailleurs, Thucydide ne fait guère parler ses orateurs, anonymes ou non, que dans les circonstances graves où il s'agit de prendre une résolution : les choses se passaient ainsi dans la vie pubhque des Grecs. Et alors il a soin d'opposer les discours deux à deux, nous fournissant les arguments contraires des politiques en présence, et peut-être entraîné à ce parallélisme par son goût pour l'antithèse. Seul, dans l'histoire de Thucydide, Périclès n'a pas de contradicteur ; et que ce soit parce qu'il représentait plus particulièrement les idées de l'auteur, ou que Thucydide ait voulu montrer l'influence prépondérante de cette éloquence qui dirigea pendant quarante ans les affaires d'Athènes, toujours est-il qu'il lui a donné une place exceptionnelle.

L'histoire de Thucydide est écrite en dialecte attique ; elle diffère par là de celle d'Hérodote dont le fond est le nouvel ionien, et des écrits des logographes. Sa langue et son style ont une ressemblance souvent notée avec ceux d' Antiphon, dont il fit lui-même un grand éloge, et les anciens ont fréquemment associé leurs noms en les ci tant comme les maîtres du style ancien et sévère (aùaiTjpoç y^apaxirip — austerum dicendi genus). Thucydide est remarquable par la propriété des termes et la richesse du vocabulaire. Il choisit ses mots de façon à rendre toutes les nuances de la pensée, et emploie au besoin des locutions archaïques ou poétiques ; il affectionne les termes abstraits, et use fréquemment d'adjectifs neutres, de participes et de verbes employés substantivement. Sa phrase admet une certaine liberté de construction ; et comme il aime la vigueur et la concision tout autant que l'exactitude, il s'écarte parfois, pour y atteindre, des règles grammaticales, change de sujet sans l'annoncer, supplée une expression nécessaire, mais qui se trouve impliquée dans une autre, abandonne une construction commencée, et va ainsi jusqu'à l'anacoluthe ; ce qui rend une lecture rapide assez malaisée et justifie le reproche d'obscurité qu'on lui a adressé dès l'antiquité. Mais ce qu'il y a de plus frappant dans son style, et qui trahit l'influence des sophistes, c'est l'antithèse, qui d'ailleurs n'est pour lui qu'un ins-

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trument de précision. Les mots, les membres de phrase sont opposés ou juxtaposés en une symétrie savante et cherchée, destinée à mettre en relief les différentes parties de la pensée et traduite grammaticalement par des particules comme [jlsv et 81, té et xal, oux et àXXà. La structure des phrases n'a pas le laisser aller d'Hérodote, ce n'est plus la U^iç £ip7][i,£vri ; mais ce n'est pas davantage la période d'Isocrate ou de Démosthène. Les propositions y sont laborieusement accouplées les unes aux autres, et les idées secondaires accumulées autour de l'idée principale, mais plutôt par la force de la pensée que par Ja rigueur de la syntaxe. Nulle part, même dans les harangues, le style n'est oratoire ou passionné : il y règne une harmonie grave et sévère, presque toujours égale.

L'histoire de Thucydide fut à peine publiée qu'on la considéra comme un chef-d'œuvre. Xénophon dans ses Helléniques, Théopompe, Cratippus entreprirent de la continuer. Démosthène la copia, dit-on, huit fois de sa main. Cicéron, Quintilien et tous les anciens, à l'exception de Denys d'Halicarnasse, ont porté sur son auteur les jugements les plus élogieux. Thucydide a même été imité non seulement par des historiens^ comme Plutarque (Vie deNicias), Polybe (Siège de Diépanum), Salluste, mais par des poètes comme Lucrèce. L'admiration des modernes n'a pas été moindre. Charles-Quint portait toujours sur lui dans ses expéditions la traduction de Seyssel. Le chanceher de L'Hospital l'a cité aux Etats généraux le 43 déc. 4561. Enfin les historiens et les savants modernes, Hobbes, Macaulay, Grote, etc., s'accordent à voir en lui un des plus grands historiens qui aient jamais existé. « Ce n'est pas l'historien, dit Heeren, c'est l'histoire même qui semble parler. » Paul Giqceaux.

BiBL. : Editions critiques de Bekker (Berlin, 1832/. J.-M. Stahl (Leipzig, 1873), A. Croiset (livres I et II, Paris) ; annotées de Poppo (1821-40), Classen (1862-78), Krûger (1860), et les éditions classiques de Arnold (1840), Bœhme (1864-76), DiDOT (Paris, 1875, 2" éd.), etc.

Principaux ouvrages : Denys d'Halicarnasse, De Thucydide historico judicium, ~ Otfried Muller, Histoire de la, littérature grecque (traduction Hillebrand). — J. Girard, Essai sur Thucydide ; Paris, 1860. — A. Croiset, Histoire de la littérature grecque; P&vis,

THUEL (Le). Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. de Rozoy-sur-Serre ; 256 hab.

THUELLIN. Com. du dép. de l'Isère, arr. deLaïourdu-Pin, cant. de Morestel ; 504 hab.

THUÈS-entre-Valls. Com. du dép. des Pyrénées- Orientales, arr. de Prades, cant. d'Olette ; 139 hab.

THUEYTS (Athogiœ-Tuechl. Ch.-l. de cant. da dép. de l'Ardèche, arr. de Largentière ; 2.503 hab. Le bourg est situé sur une haute terrasse basaltique, dite Chaussée des Géants, provenant des coulées du volcan de la Gravenne qui le domine au N. Cascade de la Gueule d'Enfer formée par le Merdaric se précipitant d'une grande hauteur dans le précipice de laves noires au fond duquel coule l'Ardèche. Echelle du Roi, longue fissure naturelle dans la haute muraille basaltique et aménagée en escalier, par laquelle on monte de la rivière sur le plateau. Sources minérales, prairies et bois de châtaigniers.

THUG (de l'hindou thag, bandit). Association hindoue de malfaiteurs qui avaient érigé en profession le meurtre secret par étranglement, n'employant nul autre procédé. On les signale à DehH dès le xn® siècle, et de père en fils ils se sont perpétués et répandus dans toute l'Inde. Leur adresse et le soin qu'ils avaient de ne jamais s'attaquer à des Européens leur permirent de rester indemnes jusqu'en 4831. A cette date, le gouverneur général Bentinck prit contre eux des mesures énergiques ; les recherches dirigées par le capitaine Sceman avaient abouti enoct. 1 853 à la condamnation de 1.562 thugs. Ces terroristes se recrutaient dans toutes les castes, mais de préférence parmi les adorateurs de Si va et de Bhavani ou Dourga ; ils acceptaient aussi des musulmans. Leurs sinistres exploits furent popularisés par le roman de Meadow Taylor, Con*

THUa — THUN

fessions of a Thug (Londres, 1839, 3 vol.). Ils ont à peu près disparu. A. -M. B.

THUGNY-Trugny. Corn, du dép. des Ardennes, arr. et cant. de Rethel; 540 hab.

THUGUT (Franz-Maria, baron de), homme d'Etat autrichien, né à Linz le 8 mars 4 736, mort à Vienne le 29 mai 1818. Elève de l'Académie orientale, il se rendit à Constantinople (1754), devint interprète de la cour (1766), ambassadeur à Contantinople (1769) où il obtint la cession de la Bukovine à l'Autriche, ce qui lui valut la baronnio(1772).Il négocia avec la Prusse lors de l'affaire de la succession de Bavière (1778), fut ambassadeur à Varsovie (1780), Naples (1787), plénipotentiaire adjoint aux armées du prince de Saxe-Cobourg et de Souvorov pour prendre l'administration de la Moldavie et de la Valachie (1788), négocia la paix de Sistova (1790). Après la retraite de Kaunitz et l'échec de la politique antiprussienne de Cobenzl, Thugut fut nommé directeur général des affaires étrangères (1793); disciple de Kaunitz, il chercha à empêcher le partage final de la Pologne et à procurer à l'Autriche des compensations aux dépens de la France ; cette politique reposant sur l'alliance anglaise fut déjouée par les victoires des Français qui conquirent la Belgique ( 1794) , puis l'Italie (1 796) . La paix de Gampo- Formio offrant à l'Autriche des dédommagements sur l'Adriatique, Thugut alla organiser ces nouvelles provinces. Il (juitta le pouvoir en sept. 1800. — Vivenot a publié une série de documents relatifs à Thugut, notamment Th. und sein polit. System (Vienne, 1870, 'i vol.); Vertrauliche Briefe des Fr, von Th. (1871, 2 vol.); Quellen zur deutschen Kaiser politik OEsterreichs (continué par Zeissberg, 1873-90, 5 vol.). A.~M. B.

THUIA (Bot.) (V. Thuya).

THUILE (La). Com. du dép. de la Savoie, arr. de Chambéry, cant. de Saint-Pierre-d'Aihigny ; 750 hab.

THUILES (Les). Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. et cant. de Barcelonnette ; 351 hab.

THUILLEY-aux-Groseilles. Com. du dép. de Meurtheet-Moselle, arr. de Toul, cant. de Colombey-les-Belles ; 230 hab.

THU ILLIER (Pierre), peintre français, né à Amiens en 1799, mort en 1858. Elève du graveur Watelet, puis du peintre de marine Gudin. Ce fut un précurseur des réalistes. Parmi ses œuvres principales, d'une grande intensité d'expression, nous citerons : Vue de la vallée du Drac, Piuines du château de Champ, Entrée d'une forêt dans les Ardennes, Le Puy en Velay, Vue prise à Elbiar près d'Alger, Pâturages dans les montagnes du Dauphiné, la Vallée de Thuily dans le Dauphiné, le Lac d'An7îeci/.

THUILLIËRES. Com. du dép. des Vosges, arr. de Mirecourt, cant. de Vittel; 219 hab.

THU IN. Ville de Belgique, ch.-l. d'arr. adm. de la prov. de Hainaut,arr. judiciaire deCharleroi, à 30kil. S.-E. de Mons, sur la Sambre; 6.500 hab. Stat. des chem. de fer de Cologne à Paris et de Bonne-Espérance à Chimay. Fonderies de fer, corroiries, tanneries, savonnerie, exploitations de carrières, chantiers de constructions navales. On remarque à Thuin la tour Notger, construction mihtaire du x*^ siècle, et le beffroi, qui date de 1639.

Histoire. — Thuin existait à l'époque romaine. On y a découvert des antiquités et notamment des monnaies de Septime Sévère. Au ix^' siècle, Arnould de Lotharingie donna Thuin et l'abbaye de Lobbes à l'évèque de Liège, Francon, et la ville demeura à la principauté liégeoise jusqu'à la fin de l'ancien régime. Elle subit plusieurs sièges : les Français furent repoussés en 1654 ; ils s'en emparèrent en 1794. Les armoiries de Thuin sont : D'azur au lion d'or.

THUIR. Ch.-l. de cant. du dép. des Pyrénées-Orientales, arr. de Perpignan ; 3.055 hab. Carrières de marbre; fabriques de bouchons et de machines agricoles. Hcstes d'anciennes fortifications.

THUISY. Com. du dép. de la Marne, arr. de Reims ; cant. de Verzy ; 193 hab.

THUIT (Le). Com. du dép. de l'Eure, arr. et cant. des Andelys ; 110 hab.

THUIT-Angër (Le). Com. du dép. de l'Eure, arr. de Louviers, cant. d'Amfreville-la-Campagne ; 286 hab.

THUIT-Hébert. Com. du dép. de l'Eure, arr. dePonî- Audemer, cant. de Bourgtheroulde ; 199 hab. Stat. du chem. de fer de l'O.

THUIT-SiGNOL (Le). Com. du dép. de l'Eure, arr. de Louviers, cant. d'Amfreville-la-Campagne; 620 hab.

THUIT-SiMER (Le). Com. du dép. de l'Eure, arr. de Louviers, cant. d'Amfreville-la-Campagne ; 228 hab.

THULAY. Com. du dép. du Doubs, arr. de Montbéliard, cant. de Blauiont; 112 hab.

THULDEN (Théodor van), peintre et graveur flamand (V. Tulden).

THU LÉ (lie). Nom donné parles anciens géographes, à partir de Pythéas, à l'île la plus éloignée vers l'Océan boréal, au N.-O.'de l'Europe; elle fut regardée par les littérateurs comme la plus septentrionale de la terre habitée (ulii^na Thule). La localisation précise pour les géographes identifie Thulé aux îles Shetland.

BiBL. : MuLLENHOFF, Dcutsche Altertumskuhde, 1890, t. I, 2e éd.

THULIUN! (Chim.). Métal non encore isolé, qui accompagne en petite quantité l'erbine (V. Erbium) et qui appartient à la catégorie des métaux des terres raines. Il a été trouvé par Soret et Clève dans la partie rouge et la partie bleue du spectre d'absorption de l'erbine, où son oxyde, intermédiaire entre l'erbine et l'ytterbine, détermine deux raies ayant respectivement les longueurs d'onde 680 et 465. Son symbole est Thu, représentant en équivalent 56,9 et comme poids atomique environ 171. Les sels paraissent incolores ou peu colorés. Le chlorure donne, d'après Thalen, un spectre de plusieurs raies d'une intensité faible.

THU MANN (Paul), peintre allemand, né à Tschacksdorf (Lusace) le 5 oct. 1834. Il a professé aux Académies de Leipzig (1860), de Dresde (1872) et de Berlin (1875). Son œuvre se compose d'un grand nombre d'illustrations (environ 3.000) pour divers ouvrages (Enoch Arden, r Amour et Psyché, de Hamerling, l'Amour et la Vie des femmes, de Chamisso, etc.), et de peintures : il s'adonna d'abord au genre historique (cinq tableaux de la Vie de Luther, à la Wartbourg)', puis traita des sujets antiques ou de fantaisie : Psyché , les Sirènes, Sub rosa, VOccasion, etc. ; il a exécuté aussi un grand nombre de portraits et d'études de femmes. J. B.

THUMERÉVILLE. Com. du dép. de xMeurtlie-et-Moselle, arr. de Briey, cant. de Conflans; 170 hab.

THU ME RI ES. Com. du dép. du Nord, arr. de Lille, cant. de Pont-à-Marcq ; 1.005 hab. Sucrerie et distillerie.

THyMERY(Jean de), diplomate français (V. Boissise).

THUMMEL (Moritz-August, chevalier de), écrivain allemand, né à Scha^nefeld, près Leipzig, le 26 mai 1738, mort à Cobourg le 26 oct. 1817. Imitateur de V^ieland et de Sterne, il a écrit, en une langue châtiée, des ouvrages humoristiques de fine observation, parsemés de traits d'esprit à la française. Nous citerons : Wilhelmine oder der vermœhlte Pédant (1764) dont le succès fut considérable; Inokulation der Liebe {Ml\); Reise in die mlttœgigen Provinzen von Frankreich (1791-1805, 10 vol.). Ses œuvres ont été réunies et publiées avec une biographie rédigée par Gruner (nouv. éd., J8;i{-55. 8 voL). A.-M. B.

THUMMIN (Hist. juive) (V. Ourim).

THUN (franc. Thoune). Ville de Suisse, dans le cant. de Berne ; 6.020 hab. Elle est située sur l'Aar, à une petite distance du lac, à l'entrée de l'Oberland bernois. i.es amateurs de la belle nature en ont fait un de leurs séjours favoris. Cette ville, très ancienne, possède quel ques vieilles rues qui, par leur construction, révèlent

THIN - THURGOVIË

encore leur antiquité ; elle a du cachet. Une colline élevée qui porte le château bien conservé des anciens comtes de Kibourg, ainsi qu'une église avec une haute tour octogone, domine la cité. On y jouit d'une vue splendide sur une admirable contrée dont l'horizon est formé des plus beaux massifs des Alpes Bernoises. Thun est la place d'armes la plus importante de la Confédération suisse, la contrée qui s'ouvre devant la ville étant pourvue de plaines spacieuses favorables aux manœuvres militaires et au tir d'artillerie. Il y a une grande caserne, des ateliers de réparation du matériel, des fabriques de munitions, etc.

Le lac de Thun (48 kil. q.) est un bassin allongé de 18 kil. de longueur sur 3 de largeur, formé par TAar; son altitude est de 560 m., sa profondeur maxima de 2i6 m. Ses deux rives sont surmontées de montagnes élevées et bordées de villages et de villas ; toute la contrée a un aspect très pittoresque. Le lac de Thun a un service de bateaux à vapeur pour desservir les rives et relier Thun à Interlaken ; un chemin de fer remplit le même but sur la rive gauche.

THUN. Com. du dép. du Nord, arr. de Valencieanes, cant. de Saint-Amand ; 553 hab.

THUN-l'Evéque. Com. du dép. du Nord, arr. et cant. (E.) de Cambrai ; 807 hab.

THUN -Saint-Martin. Com. du dép. du Nord, arr. et cant. (E.) de Cambrai; 720 hab.

THUN. Vieille famille autrichienne dont le château natal est situé dans le Tirol méridional, sur le Nonsberg (Val Fleims), dans la paroisse de Vigo. Les deux fils d'Anton (f 1525) formèrent deux lignées qui reçurent en 4604 le titre de barons, en 1629 celui de comtes ; l'aînée est actuellement italienne : la cadette acquit en Bohême de vastes terres divisées en 1671 en trois majorats : 1** et 2° Klœsterle, et Choltitz à deux branches, des comtes de Thun ; 3^ Tetschen aux comtes de Thun et Hohenstein. Cette dernière branche a fournie l'Autricheplusieurshommesd'Etat: Friedrich (1811-81), ambassadeur à Berlin (1852-54), à Saint-Pétersbourg (1859-63) ; son frère Léo, né à Tetschen le 7 avr. 1811, mort le 17 déc. 1888, passa par l'administration, s'associa en Bohême au parti national tchèque, puis se rallia au germanisme lorsque Schwarzenberg lui confia le ministère du culte et de l'instruction publique qu'il garda onze ans (juil. 1849-20 oct. 1860) ; il régénéra l'enseignement primaire et secondaire sur le modèle de l'Allemagne, signa un concordat avec le pape (18 août 1855) assurant à l'Eglise la haute main dans l'école. A la diète de Bohême, à la Chambre des soigneurs (1861), il fut le chef de l'extrême droite féodale, coalisée avec les nationahstes slaves. — Franz- Anton, né le 2 sept. 1847, fi!s de Friedrich, fut aussi l'un des chefs du parti féodal de Bohême; nommé administrateur de cette province (1889-96), il tenta de concilier les Tchèques et les Allemands. Il reprit cette tentative lorsque l'empereur le nomma ministre de l'intérieur et président du conseil (5 mars '1898) et refusa de rapporter les ordonnances établissant l'égalité des langues ; l'irritation des Allemands l'obfigea à se retirer. A. -M. B.

THUNBERG (Charles-Pierre), botaniste suédois, né à Jonkôping le !1 nov. 1743, mort à Tunaberg, près d'Épsal, le 8 août 1828. Elève de Linné, il prit ses grades en 1770, visita la France et les Pays-Bas, partit en 1771 comme chirurgien à bord d'un vaisseau de la compagnie des Indes, séjourna au Cap, à Java et au Japon, visita Ceylan et revint par l'Angleterre dans sa patrie où il fut nommé en 1784 professeur dans la chaire de Linné. Ouvrages principaux : Norœ insectorum species (Upsal, 1781-91, in-4, fig.) ; Nova plantaimm gênera {{jpsdLÏ^ il Si-iSO i, in- i-, fig.); ResautiEnropa, Africa,Asia... '/770-7^ (Upsal, 1788-93, 4 vol. in-8) ; Icônes plantarum japonicaruni (Upsal, 1794-1805, in-foL); Prodromus plantarum capensium (Upsal, 1794-1800, 2 vol. in-8, fig.) ; Flora ca/;nî-szs (Copenhague, 1807-12, 2vol. in-8, fig.; Stuttgart, 1822-23) ; avec Billberg : Plantarum brasilien-

sium decas prima (Upsal, if<01, in-4), continué par d'autres botanistes. D** L. Hn.

THUN EN (Johann- Heinrich von), économiste allemand, né à Kanarienhausen, près de Jever, le 24 juin 1783, mort à Tellovv le 22 sept. 1850. Elève de Thaer, il organisa une exploitation modèle sur le domaine de Tellow et publia un grand ouvrage, Der isolierte Staat in Bezieliung auf Landivirtscliaft und Nationalœkonomie (t. I, Î828; t. II, 1850 ; t. Ilf, 1863 ; 3« éd., 1875-76). Il reprit et développa la théorie de Ricardo sur la rente foncière et affirma que le salaire normal répondait à la formule \/âp; a exprimant le minimum nécessaire pour faire vivre l'ouvrier et sa famille; p, le produit du travail de l'ouvrier. En pratique, il organisa la participation aux bénéfices.

THUR. Rivière de Haute- Alsace, affl. de l'Ill, qui descend du Grand- Ventron, arrose le val de Saint Amarin et se partage à Sennheira en deux bras, dont le premier joint rill près d'Ensisheim, et le second près de Colmar ; à partir de ce dernier, la Thur a 88 kil. de long.

THUR. Rivière de Suisse, affl. g. du Rhin, qui naît près de Wildhaus (1.004 m.), traverse la vallée du Toggenbourg, dans le cant. de Saint-Gall, reçoit à Bischofszell la Sitter (dr.), forme une large vallée dans le cant. de Thurgovie auquel elle a donné son nom, puis dans celui de Zurich, et se jette dans le Rhin à Ellikon. Elle a 123 kil. dans un bassin de 1.780 kil. q.

THURAGEAU. Com. du dép. de la Vienne, arr. de Poitiers, cant. de Mirebeau; 1.189 hab.

THURE.Rivièredudép.duAV(i(V.cemot,t.XXV,p.6)

THURÉ. Com. du dép. de la Vienne, arr. et cant. de Châtellerault ; 1.971 hab. Eglise romane renfermant d'an-' ciens tombeaux ; ruines d'un vieux château.

THUR EAU -Dangin (Paul), historien français, né à Paris le 14 déc. 1837. Avocat à la cour d'appel de Paris, auditeur au Conseil d'Etat, il débuta dans la presse par sa collaboration au Français et aux revues littéraires, entre autres le Correspondant. Ses travaux historiques consciencieux, bien documentés mais d'une rédaction un peu froide dans sa correction, lui ont valu d'être élu membre de l'Académie française le 2 févr. 1893. Citons de lui : la Pologne et les Traités de Vienne (Paris, 1863, in-8) ; Paris, capitale pendant la Révolution française (\ SI ^, in-8) ; Royalistes et Républicains {{SI ^, in-8) ; V Eglise et lEtat sous la monarchie de Juillet (1879, in-Ï2) ; Histoire de la monarchie de Juillet (1884-92, 7 vol. in-8) , son chef-d'œuvre ; le Parti libéral sous la Restauration (1876, in-8) ; Pie IX (1878, in-12) ; la Renaissance catholique en Angleterre au xix^ siècle (1899, in-8). ^ THURET.Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. de Riora, cant. d'Aigueperse ; 1.186 hab. Donjon féodal.

THURET (Gustave), botaniste français, né à Paris le 23 mai 1817, mort à Nice le 10 mai 1875. D'abord attaché d'ambassade à Constantinople, il recueillit des collections de plantes dans la péninsule balkanique et revint en France en 18 H. Il s'occupa avec distinction des Algues et, dès 1851, publia ses Recherches sur les zoospores des Algues et les anthéridies des Cryptogames, couronnées par l'Académie, puis en 1855-57 donna ses Recherches sur la fécondation des Fucacées. Il fonda ensuite un magnifique jardin d'essai à Antibes, où il planta les premiers eucalyptus qu'on ait vus en Europe et légua à l'Etat ce jardin qui, après sa mort, fut dirigé par Naudin. Parmi les nombreuses monographies sorties de sa plume, citons encore : Essai de classification des Nostochinées (1875, in-8). D"* L. Hn.

THUREY. Com. du dép. du Doubs, arr. de Besançon, cant. de Marchaux; 131 hab.

THUREY. Com. du dép. de Saône-et-Loirc, arr. de Louhans, cant. de Saint-Germain-du-Bois ; l.OU hab.

THURGOVIE. Canton suisse situé à l'extrémité nord de la Suisse, borné au N. par le lac de Constance et le Rhin, à TE. par le lac de Constance, au S. par le cant.

THURGOVIE — THURINGE

de Saint-Gall, et à l'O. par celui de Zurich. Sa superficie est de 988 Ml. q., sa population de 413.110 hab., en majorité protestante. Il appartient au plateau suisse. Néanmoins le sol est accidenté ; la vallée de la Thur (V. ce mot) est bordée sur la rive gauche de cette rivière d'une chaîne de montagnes dont la plus haute ait. est à 1.135 m.; sur la rive droite des collines coupées de nombreux vallons qui s'abaissent en gradins dans la direction du lac de Constance et qui donnent au pays un aspect extrêmement agréable et pittoresque. Grâce à la douceur du climat, la Thurgovie est très fertile ; la culture des arbres fruitiers en fait un immense verger ; la vigne y prospère. Les principaux cours d'eau sont la Thur et la Murg, son affluent ; la Sitter et le Rhin appartiennent |à ce canton pour une petite partie de leur cours ; de même la plus grande partie de la rive S. du lac de Constance. Les localités principales sont, outre Frauenfeld, le chef-lieu, Romanshorn, Arbon, Rischofszell, Weinfelden. La population s'adonne à l'agriculture, à l'élève du bétail^ à la pêche et à l'industrie ; on exporte une grande quantité de pommes et de poires.

Le cant. de Thurgovie, le dix- septième en rang de la Confédération suisse, est une république démocratique représentative. La constitution qlii le régit actuellement et qui date de 1869 a introduit le référendum suivant lequel toutes les lois ainsi que toute dépense excédant la somme de 50.000 fr. doivent être soumis au peuple. Tout citoyen est tenu sous peine d'amende d'exercer son droit de suffrage. Le pouvoir législatif est exercé par le grand conseil, l'exécutif par un conseil de cinq membres élus par le peuple ; il y a comme instance judiciaire supérieure une cour d'appel et de cassation. Toutes les autorités sont nommées pour une période de trois années. Le canton est divisé en huit districts (Arbon, Bischofszell, Diessenhofen , Frauenfeld, Kreuzlingen, Miinchwillen , Steckborn, Weinfelden). La fortune de l'Etat est d'environ 6 millions ; le budget porte à peu près 2 millions en recettes et autant en dépenses. L'enseignement public est très avancé ; il y a une école cantonale supérieure et une école normale d'instituteurs. Toutes les institutions d'utilité publique sont très développées.

L'appellation d'abord étendue à toute l'Helvétie nordorientale, à l'E. de l'Argovie, se restreignit au ix® siècle, quand on en détacha le Gau ou canton de Zurich.

La Thurgovie, après avoir fait partie du duché d'Alamanie, passa successivement sous la domination des ducs de Zaîhringen, puis des comtes de Kybourg (1098) et de Habsbourg (1264). Il appartint à la maison d'Autriche jusqu'en 14ô0. A cette époque, les cantons suisses (Berne excepté) s'en emparèrent, et le pays forma un pays sujet, à titre de bailliage commun, de ses conquérants. La chute de la Confédération suisse, en 1798, en fit une partie intégrante de la république helvétique. Depuis 1803, la Thurgovie forme un canton suisse. D'' Gobaï.

BiBL.: PupiKOFER, Gesch. des Thurgaues; 1886-89,2 vol., 2« éd.

THURINGE. Région d'Allemagne occupant environ 13.000 kil. q. partagés entre les principautés de Saxe (ligne Ernestine), de Reuss et Schwarzburg et quelques cantons de la Saxe prussienne. C'est la région accidentée comprise entre le Thuringerwald au S. et le Harz au N. , les hauteurs boisées de Hesse et la plaine de Gœttingue à rO., la plaine de Leipzig à l'E. On y distingue le Thuringerwald au S., puis la terrasse de Thuringe qui sépare ce massif de celui du Harz, la vallée de la Saale et celle de rUnstrut. Le Thuringerwald s'étend de la Werra à la Rodach (affl. du Main), dans la direction du N.-O. au S.-E.: la Rodach la sépare du Frankenwald continué par le Fichtelgebirge. C'est un massif de 110 kil. de long sur 10 à 35 kil. de large, dominant les régions voisines de 400 à 500 m. ; la crête est parcourue par une route frontière très ancienne, le Rennsteig; les escarpements sont abrupts vers le N.-E. et la Saale, assez doux du côté de '

la Werra ; le massif est entaillé des deux côtés par des ravins profonds qui lui donnent l'aspect d'un peigne. Au N.-O. sont les hauteurs majeures, Grosser Beerberg (984 m.), Inselsberg (914 m.), Schneekopf (976 m.), entourées de stations thermales et touristiques ; au S.-E. l'aspect est davantage celui d'un plateau ondulé ; on y remarque le Burzelberg (917 m.), le Blessberg (864 m.), le Wetzstein (821 m.). La montagne est jusqu'au faîte revêtue de forêts de sapins et de pins; les vallées sont très pittoresques. La formation géologique est complexe ; au N.-O., de Ruhla à Smalkalde, on trouve le gneiss et le micaschiste, à FO. de l'Inselsberg et à Zella le granité; au S.-E., vers Saalfeld et la Schwarza, les schistes cambriens, suivis d'une bande silurienne et parallèlement de couches dévoniennes ; puis à l'E. , des grau wackes et schistes argileux que l'on classe dans le kulm et au-dessus du carbonifère, et plus loin des assises dévoniennes et des diabases éruptives. A l'O. des schistes cambriens de la Schwarza, domine le vieux grès rouge, injecté de mélaphyre ; au pied du massif, on voit les grès bigarrés et autres formations triasiques et le basalte; ils dominent dans la terrasse de Thuringe; celle-ci s'étend entre le Thuringerwald et le Harz, entre les vallées de la Saale et de la Werra; on y remarque, de l'O. à l'E., l'Eichsfeld (523 m.), le Duen (517 m.), le Hainleite (465 m.), les colhnes de Kyffhausen (486 m.), la Finne (386 m.), puis, au S. de cet alignement la forêt de Gœttingue (440 m.), le Hainich (465 m.), l'Ettersberg (481 m.) au N. de Weimar; citons encore, à l'E. delà Saale, la Rudelsburg. On trouvera des détails complémentaires dans les articles consacrés aux diverses principautés de Thuringe, notamment à celle de Saxe, branche Ernestine (V. Saxe). La Thuringe, située à l'angle de la Bohême, entre les domaines historiques de la Bavière, de la Franconie et de la Saxe, a perdu de bonne heure son individualité politique et est aujourd'hui le pays d'Europe le plus morcelé en Etats distincts enchevêtrés les uns dans les autres. C'est une contrée fertile, en général bien peuplée, avec une ville de second ordre (Erfurt) et plusieurs de troisième ordre (Weimar, Apolda, Géra, Greiz, Gotha) ; la population est presque exclusivement protestante. On cultive surtout le seigle dans le Thuringerwald, toutes les céréales sur la terrasse de Thuringe, la vigne à Naumburg; les cultures maraîchères prospèrent autour d'Erfurt ; à l'E. , l'influence industrielle de la Saxe se fait sentir et les industries textiles sont importantes.

Les Thuringiens paraissent dans l'histoire au début du v« siècle ; on les rattache aux Hermundures, mélangés de Semnons. Leur royaume s'étendait de la plaine septentrionale occupée par les Saxons jusqu'au Danube et même au delà du Rhin. Le roi franc Clovis, après avoir annexé d'abord ce district (491), s'attaqua au royaume principal, dont le souverain, Hermanfrid, invoqua l'aide de Théodoric l'Ostrogoth. Cela ne fit que retarder sa ruine ; en 531, il succomba dans la bataille de Burgscheidungen, sur l'Unstrut, et sonroyaume fut partagé : le Nord revint aux Saxons, le Sud, le bassin du Main aux Francs et forma la Franconie orientale. Le nom de Thuringe fut limité au pays entre Werra et Saale, oti l'on institua des ducs, probablement afin de résister aux Sorbes ; Dagobert reconnut ce titre à Ratolf (630), dont les successeurs furent à peu près autonomes dans leur résidence de Wurzbourg; mais leur dynastie s'éteignit au xiii® siècle, et la grande entreprise de la conversion chrétienne amalgama Thuringiens et Francs. La Thuringe fut gouvernée par des comtes francs dont la lutte contre les Sorbes fut la tâche principale ; en 805, on cite Madalgaud, établi à Erfurt; plus tard, ils prennent le titre de margraves ; le premier semble avoir été Thakulf (849-873) ; son successeur, Ratolf, défit les Sorbes de la Mulde ; puis vint Poppo de Babenberg, supplanté par Conrad (V. ce nom) ; puis Otton, le puissant duc de Saxe, étendit son autorité sur la Thuringe ; son fils Henri s'y installa fortement à IVfersebourg. A par-

- Si

ÏHURlNGE — THUHN

tir de ce moment, la Thuringe est demeurée dans l'orbite de la Saxe. Elle appartint aux margraves de Misnie, notamment à ceux de la maison de Weimar (xi® siècle). Des seigneurs locaux obtinrent, en 1130, la dignité de landgraves de Thuringe, avec pour capitale Mittelhausen ; Erfurt et Eisenach étaient les villes principales ; les principaux landgraves furent Louis II (4140-72), Louis III (1 172-90), son frère Hermann P^ (1190-1217), Louis IV (1217-27), mari de sainte Elisabeth; Henri Raspe qui évinça celle-ci et son fils et prétendit à l'Empire. A sa mort (1247), la dynastie étant éteinte, la Thuringe fut revendiquée par le margrave Henri de Misnie, qui en resta maître après des guerres acharnées. Les empereurs Adolphe de Nassau et Albert P'^ de Habsbourg tentèrent de s'emparer de la Thuringe, mais ce dernier en fut expulsé par les frères Frédéric le Mordu et Diezmann, petit-fils de Henri de Misnie. Dès lors, l'histoire de la Thuringe se confond avec celle des princes de la maison de Wettin, margraves de Misnie et ducs de Saxe. Frédéric le Sérieux (1324-49), fils de Frédéric le Mordu, se consolide ; ses fils, Frédéric le Sévère (1349-81), Balthasar (1349- 1406) et Wilhelm le Borgne (1349-1406), acquièrent une partie du comté de Henneberg, Cobourg, démembrent l'avouerie de Plauen; ils se partagent leurs domaines, Balthasar prenant la Thuringe, Frédéric l'Osterland et Wilhelm la Misnie. A Balthasar succède Frédéric le Pacifique qui hérite de Dresde et de la moitié de la Misnie et laisse à son tour son héritage, en 1340, à ses cousins, les fils de Frédéric le Belliqueux, l'électeur Frédéric II de Saxe et Wilhelm III ; ce dernier se voit attribuer la Thuringe au partage de 1445. Il meurt sans enfants (1482), et la Thuringe revient à ceux de son frère, Frédéric II, Ernest et Albert, lesquels procèdent, en 1485, au partage définitif, d'où sont issues les lignes actuellement persistantes de la maison de Wettin (V. Saxe). La Thuringe fut attribuée à la ligne Ernestine, sauf certaines parties que la Prusse s'est annexées en 1815. A.-M.B.

BiBL. : Trinius, Thûringer Wanderbuch; Minden, 1886- 96, 6 vol. — Regel, Thûringen, ein geographisches Handbuch; léna, 1892-95, 3 vol. — Carte touriste de Grsef, en 5 feuilles au 100.000».— WACHTER,T/iuringrischeGesc/izchte; Leipzig, 1826-30, 3 voI. — Bechstein, Sagenschatz des Thûringer Landes ; Hildburghausen, 1835-38, 4 livr. — Michel- SEN, Codex Thuringiœ dtplomaticuSy 1854. ■— Thuringische Geschichtsquellen^ 1854-92, 7 vol. — Rein, Thuringia sacra; Weimar, 1863-65, 2 vol. — Knochenhauer, Gesch. Thuringens in der karolingischen und ssechsichen Zeït ; Gotha, 1863. ■— Du même, Gesch. Th. zur Zeit des ersten Landgrafenhauses, 1871.

TH'URINGERWALD (V. Thuringe).

THURIN61EN (GéoL) (V. Permo-Gârbonifî:i\e).

TH U RI NS. Com. du dép. du Rhône, arr. de Lyon, cant. de Vaugneray ; 1.833 hab.

T H U R 1 0 1 ou TH U R I U M . Colonie grecque de l'Italie méridionale, fondée en 443 av. J.-C, par les Athéniens, pour remplacer Sybaris ; sa prospérité fut rapide, mais les Lucaniens lui firent grand dommage vers le milieu du siècle sui^ vaut. En 194, les Romains y fondèrent la colonie de Copia.

THURIOT DE La Rozière (Jacques-Alexis), homme politique français, né à Sézanne le 1®^ mai 1753, mort à Liège le 29 juin 1829. Avocat à Reims, il se rendit à Paris en 1789 et fut des vainqueurs de la Bastille; le dép, de la Marne le députa à la Législative, où il siégea à gauche et soutint toutes les démarches du parti révolutionnaire : au 10 août, c'est lui qui fit mettre en accusation les ministres d' Abancourt et Laporte ; le 1 1 , il demanda que les statues des rois fussent brisées; le 17, il fit voter la création du tribunal extraordinaire. Elu député de la Marne à la Convention, il fut de ceux qui hâtèrent le procès de Louis XVI, dont il vota la mort sans appel ni sursis. Il attaqua les Girondins comme monarchistes déguisés, Pétion comme fauteur des massacres de Septembre, Dumouriez comme vendu à rennemi. Membre da premier comité de Salut pubUc, il attaqua aussi Robespierre comme modérantiste , opposa au pontife de FEtre suprême le culte de la raison imaginé par la Commune de Paris, et

à la célébration duquel il entraîna, un peu par surprise, la Convention en corps. Président de l'Assemblée au 9 thermidor (V. ce mot), il ne fit que manœuvrer la sonnette pendant cette tragique séance, et, sûr de la victoire, répondit à l'apostrophe de Robespierre : « Président d'assassins! » par ces mots : « Tu n'as pas la parole ». Toutefois, il fit rejeter la motion de Lecointre contre les anciens comités. Il fat impliqué dans l'insurrection de germinal an III; fugitif, il bénéficia de l'amnistie de l'an IV. Juge au tribunal de la Seine sous le Consulat, il fut rapporteur du procès Cadoudal (V. ce nom) : il devint avocat général à la cour de cassation. Banni en 1816, il termina sa carrière comme avocat à Liège. H. Monin.

THURLOE (John), homme d'Etat anglais, né en 1616, mort à Londres le 21 févr. 1668. Inscrit au barreau de Londres en 1647, il devint en 1651 secrétaire de la mission envoyée en Hollande. Partisan dévoué de la politique de Cromwell, il s'occupa de l'organisation de son gouvernement et surtout des affaires étrangères. Thurloe sut merveilleusement agencer ce dernier service, sans oublier le cabinet noir et l'espionnage : aussi de tous les chefs de gouvernement de l'Europe, Cromwell étaitle mieux informé» Secrétaire d'Etat, membre du Conseil, gouverneur de la Charterhouse, Thurloe fut amplement récompensé de ses services par le protecteur qui d'ailleurs le traitait en ami et pour lequel il avait lui-même autant d'affection que d'admiration. Sous Richard Cromwell, son influence s'accrut encore. Il fut le leader du gouvernement au Parlement ; mais ses bons conseils ne purent empêcher la chute de Richard qui préféra écouter ceux de ses ennemis. A la Restauration, Thurloe fut arrêté, mais il connaissait trop de secrets que les royalistes ne souhaitaient pas qu'il divulguât : aussi fut-il bientôt remis en liberté, et il. termina tranquillement ses jours dans son petit appartement de Lincoln's Inn. Ses papiers d'Etat et sa correspondance, fort importants pour l'histoire du Protectorat, ont été publiés en 1742 (7 vol.). R. S.

THU RLOW (Edward), homme d'Etat anglais, né à Norfolk le 9 déc. 1731, mort à Brighton le 12 sept. 1806. Enfant turbulent et indiscipliné, il fut placé, après d'assez vagues études, chez un solicitor. Mais il s'occupa beaucoup plus à faire des vers ou à flirter qu'à suivre la jurisprudence. Pourtant il fut inscrit au barreau en 1752, et dès qu'il plaida il remporta des succès qui rendirent son nom populaire. Il devint solicitor gênerai en 1770, attorney gênerai en 1771 et il se distingua par la mise au point des grandes affaires de la compagnie des Indes et la solution de diverses questions importantes de droit constitutionnel. Créé baron et lord chancelier (1778), il prit tout de suite un ascendant considérable sur la Chambre des lords, et comme il était fort en faveur auprès du roi, il eut une part importante à toutes les grandes mesures gouvernementales. Il ne fallut rien moins que la coalition de Fox et de North pour le renverser (avr. 1783). Bien qu'il fût dans l'opposition, le roi continua à le consulter, et Thurlow reprit bientôt le grand sceau (23 déc. 1783) dans le cabinet de Pitt dont il fut quelque temps le collabor.ateur dévoué. Mais peu à peu leurs relations se refroidirent, et Thurlow, qui n'était pas toujours maître de sa parole, s'emporta à de tels excès et contre Pitt et contre Gren ville qu'on le força à démissionner (1792). Il essaya bien de revenir au pouvoir, grâce à de subtiles intrigues auprès du prince de Galles, mais, ayant échoué, il se tint presque complètement dans la vie privée à partir de 1802.

THURMAYR (Johannes) (V. Turmayr).

TH U RN (Heinrich-Matthias, comte de), né en 1580, mort le 28 janv. 1640 ; de famille protestante, il se distingua contre les Turcs, reçut le burgraviat de Karlstein, contribua à faire publier les Lettres de majesté (V. Bohême, Rodolphe II, Matthias, etc.), et fut choisi par les Etats de Bohême comme l'un des trente défenseurs de la foi. Il prit à Prague le 23 mai 1618 l'initiative de l'insurrection contre Matthias qui menaçait les protestants ; on sait que ce fut

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