‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 223 sur 633 · TROIE — TROIS-FONDS · texte numérisé non relu

TROIE — TROIS-FONDS

suivre certainement l'histoire de cette cité : protégée et enrichie par Alexandre et ses successeurs, en particulier par Lysimaque, elle était une des principales villes de la Mysie, lorsque les Romains occupèrent l'Asie Mineure. \ln 85 av. J.-C, pendant la campagne de Sulla contre Mithridate, elle fut prise par Fimbria et souffrit beaucoup. Mais Sulla lui rendit tout ce qu'elle avait perdu, et Jules César, qui prétendait descendre du Troyen Enée, lui accorda le privilège d'être exempte de tout impôt, de toute taxe.

Déjà, dès l'antiquité, plusieurs écrivains examinèrent la question de savoir si l'ilion de l'époque historique occupait le même emplacement que la Troie homérique. En général, on croyait qu'il en était ainsi. Mais un certain Démétrius de Skepsis et, après lui, Strabon combattirent cette opinion. Ils affirmèrent que la Troie homérique était située plus loin de la côte que la Nouvelle-llion, et qu'il fallait en fixer l'emplacement au S.-E. de cette dernière ville, en un lieu qui portait encore de leur temps le nom de 'IXiÉwv xoSpiri. Cette opinion ne prévalut pas, et c'est à la Nouvelle-llion que les empereurs Constantin et Julien allèrent visiter l'emplacement de Troie. Mais elle fut reprise avec éclat par Le Chevalier à la fin du xviii® siècle, et un vif débat s'est élevé parmi plusieurs savants modernes. Les uns, comme Le Chevalier, Mauduit etTexier, adoptant l'avis de Strabon, croyaient que la Troie homérique avait été située sur les hauteurs appelées aujourd'hui le Bounar-Bachi, tandis que l'emplacement de l'ilion historique se retrouvait à Hissarlik ; d'autres, en parliculier Eckenbrecher, ont repris la thèse de l'identité des deux emplacements ; enfin Ulrichs a proposé une troisième solution, suivant laquelle la Troie homérique aurait été placée au S.-E. d'Hissarlik, au N.-E. du Bounar- Bachi, en un point nommé Aktchi-Kivi. Les fouilles et les découvertes récentes de Schliemann (4871-82 et 1890) nous paraissent avoir résolu la question en démontrant que plusieurs villes successives se sont superposées sur le même emplacement, à Hissarlik. Schliemann, en effet, désireux de retrouver et de faire reparaître au jour les vestiges de la Troie homérique, entreprit à Hissarlik des recherches considérables. Ces recherches ont donné des résultats curieux. Il a poussé les fouilles jusqu'à 16 m. au-dessous du sol actuel. Elles ont amené la découverte de sept villes superposées, dont les traces sont nettement visibles (V. Grèce, fig. 1 , t. XIX, p. 306). La plus ancienne de ces villes remonte, semble-t-il, à l'époque préhistorique, ou tout au moins à la période de transition entre l'âge de pierre et l'âge de bronze : on a recueilli, dans ses ruines, des ustensiles en pierre dure, meules, mortiers et pilons, dos haches en pierre poHe et en jade, quelques instruments en cuivre et en bronze, et de nombreux fragments de poterie à ornementation incisée. Au-dessus de la couche profonde qui renfermait ces objets, s'étendaient les restes d'une cité très considérable et très riche : on y reconnut surtout les ruines d'un vaste palais, dans les salles duquel furent découverts de véritables trésors en métal précieux, diadème en or décoré de nombreuses pendeloques, bracelets, colliers et bijoux divers, vases en or et en argent, analogues à ceux qui furent retirés du sol de Mycènes et de Tirynthe. Outre ces trésors, on trouva des armes en bronze, des boucliers en cuivre, des idoles en marbre d'aspect grossier, de très nombreux vases en terre cuite reproduisant avec plus ou moins d'exactitude et d'élégance les formes de plusieurs animaux, beaucoup d'objets usuels ou de toilette en ivoire ou en os. Une épaisse couche de cendres recouvrait les ruines de cette ville. Il est légitime d'en conclure qu'elle périt dans un immense incendie, et que ce fut là probablement la Troie homérique. Au-dessus de la couche de cendres, Schhemann a cru distinguer les restes de trois autres villes, beaucoup moins importantes, qui se succédèrent en peu de temps sur le même emplacement. Une sixième ville, dans les ruines de laquelle ont été recueillis de nombreux vases en poterie

semblables à ceux qui ont été retrouvés dans les nécropoles étrusques les plus anciennes, est considérée par Schliemann comme une colonie lydienne. Enfin, à la surface du sol, est apparue l'ilion historique, colonie éolienne ; on y a relevé les traces de plusieurs monuments, en particulier d'un temple d'Athena, décoré de sculptures, et d'un théâtre. Des bas-reliefs, des inscriptions, des statuettes en terre cuite, des coupes à reliefs, des monnaies de l'époque hellénistique et de l'époque romaine y ont été recueillis en très grand nombre. Les fouilles ont été poursuivies, après la mort de Schliemann, par Dœrpfeld (1893- 94), qui en a complété et précisé les résultats. Il a montré qu'il y avait lieu de distinguer au moins neuf villes successives : la première marque la transition entre l'âge de pierre et l'âge du métal ; la seconde, couvrant 8.000 m. q. , et dont les vestiges sont entre 13 et 11 m. de profondeur^ était entourée d'une enceinte de briques écrues, assises sur fondations de pierre : c'est la ville brûlée que Schliemann regardait comme la Troie homérique et que Bœtticher prétendit être une nécropole d'incinération (hypothèse insoutenable). Cette ville, d'où provient le trésor que Schliemann appelle le trésor de Priam (musée de Berlin), semble antérieure à l'an 2.000 av. J.-C. ; en tout cas, elle est très antérieure à l'époque mycénienne, et ses vases, ses bijoux, ses ustensiles, ses constructions appartiennent à une période désormais qualifiée de troyenne. L'est seulement la sixième ville, vaste de 20.000 m. q., et de 500 m. de tour, enveloppée de puissantes murailles de 5 à 9 m. de haut, qui répond à la période de civilisation mycénienne et peut être identifiée avec la Troie homérique. Il ressort donc nettement des fouilles de Schliemann et Dœrpfeld que les villes, qui ont existé dans cette partie de la Troade, se sont toutes fondées sur le même emplacement ; et, en particulier, que l'ilion grecque et romaine occupait exactement l'endroit où s'était élevée, plusieurs siècles auparavant, une cité prospère, dont la civilisation correspond à celle de l'époque dite mycénienne.

Page 1