TIARE — TIBÈRE
Tiare pontificale.
ville d'Olbia au roi Saitaphernes et conservée au musée du Louvre. Les empereurs d'Orient portèrent la tiare jusqu'au xv^ siècle, et les papes ont adopté la tiare pour coiffure. La tiare pontificale fut en usage au moins depuis le ïx^ siècle, mais elle a subi de nombreuses et importantes modifications. La plupart des tiares représentées dans les peintures du moyen âge et de la Renaissance sont de pure fantaisie. A l'origine, la tiare paraît avoir été un bonnet conique entouré d'un diadème et peut-être analogue à la couronne à fond d'étoffe élevé que porte Charlemagne dans une mosaïque de la place de Saint- Jean de Latran, à Rome. Le fond en étoffe fut de bonne heure en drap d'or empesé, puis, à l'époque gothique, il fit place à un cône de métal. Eug. Mùntz a établi que ce fut la tiare exécutée par Nicolas IV et portée par BonifaceVIll qui passa pour celle de saint Silvestre. Emportée à Avignon par Clément V, rapportée à Rome par Grégoire XI, puis à Avignon par Clément VII, elle passa en Espagne avec l'antipape Benoît XIII; reprise en 4429 par Martin V, elle fut enfin volée en 148?) et disparut. C'était un cône à cercle gemmé ; parfois les tiares eurent deux cercles superposés, et enfin, sous Benoît XII (4 334-42), elles se garnirent des trois couronnes considérées aujourd'hui comme un symbole essentiel. C'est sous les papes d'Avignon que la tiare prit le style gothique et, de coiffure usuelle, devint un insigne héraldique. A la Renaissance, on imagina la forme ovoïde et renflée encore en usage et l'on substitua au bouton terminal un globe crucifère. Depuis le xiv^ siècle, les artistes ont figuré saint Pierre et Dieu le Père luimême coiffés de la tiare. C. Enlart.
BiBL. : A. HÉRON DE ViLLEFossE, Coiïiptes vendus de rAccid. des Jnscr., 1896, pp. 133-42. —Max. Collignon, Tiare en or offerte par la ville d'Olbia au roi Saitopharnes (Mël. Piot, 1899, t. XI, p. 5). — Eug. Muntz, la Tiare pontificale du'viw au xvi« siècle {Mém. de VAcad. des Inscriptions), lh97.
TIARET. Ch.-l. de cant. et de com. mixte du dép. et arr. d'Oran, à plus de 4.000 m.d'alt., sur les hauts plateaux, au point où se divisent les eaux entre la Mina et le Nahr-el-Ouassel, branche supérieure du Chélif ; 5.728 hab., dont 4.060 Français, 4.237 étrangers. C'est une place française fondée en 1843 sur les ruines de la Tin- Qarlia romaine, Tihert berbère. Au-dessous du bordj ou fort percé de trois portes, est le quartier indigène de Sidi-Khaled. Tiaretest un marché agricole important pour les moutons, la laine, les grains, etc. ; il dessert le Sersou. C'est la tête d'une ligne de chem. de fer qui aboutit à Mostaganem (V. Oran [Dép.]).
La com. mixte, vaste de 4 57. 682 hect., comptait 22.624 hab. en 4896.
TIARINl (Alexandre), peintre italien, né à Rologne en 4577, mort en 4668. Il débuta comme peintre dans sa ville natale ; mais un duel qu'il eut avec un de ses camarades l'obligea de se réfugier à Florence, où il passa quelque temps. De retour à Rologne, il y étudia dans l'atelier de Louis Carrache, puis il ouvrit lui-même un atelier, et sut y former de bons élèves. Tiarini a beaucoup travaillé, abondamment produit : son talent facile, le caractère heureux de ses compositions, son dessin savant, son coloris aimable, en ont fait un des peintres les plus intéressants de l'école bolonaise. On considère comme son chef-d'œuvre un Saint Dominique, dans l'église de ce nom, à Rologne. De nombreux ouvrages delui, tant à l'huile qu'à fresque, sont admirés dans cette même ville, et à Florence, à Reggio, à Vienne, à Dresde, à Munich, etc. G. C.
TIBALDI (Pellegrino), peintre italien (V. Pellegrini).
TIBATL Ville du Soudan central, cap. d'une principauté vassale de l'Adamaoua, à 235 kil. S. de Yola; elle est peuplée de Peuls et de Voûtés, nègres musulmans.
TIBBON (Juda ibn), rabbin du xii^ siècle. Les Tibbonides, qui de Grenade étaient venus à Lunel, tiennent une place considérable dans la littérature juive par leurs traductions. Juda ben Saùl ibn Tibbon (vers 4467) possédait l'arabe aussi bien que l'hébreu. Il mit à la portée de ses coreligionnaires de Provence plusieurs ouvrages importants de la littérature judéo-arabe. Il traduisit les écrits théologiques de Saadyia, Rahya, Ibn Gabirol, Juda hal- Lévi et les écrits grammaticaux d'Ibn Djonâh. Il a laissé un testament qui présente un vif intérêt en raison des aperçus scientifiques et moraux qu'il contient.
Son fils Samuel ibn Tibbon (4460-1230) traduisit des livres de Maimonide, entre autres le Moréh, des écrits d'Aristote et d'Alfarabi, et composa un commentaire sur ÏEcclésiaste et sur quelques chapitres de la Genèse.
Son fils Moïse ibn Tibbon (vers 4260) continua la tradition paternelle en rendant accessibles aux juifs provençaux des écrits de Maimonide et de philosophes arabes.
Les Tibbonides ont eu le mérite de faciliter les études Ihèologiques et de créer en hébreu une langue philosophique. Louis-Germain Lévy.
TIBBOUS ou TOUBOU. Peuple de l'Afrique (V. Sahara, t. XXIX, p. 67).
TIBÈRE (Tiberius Claudius Nero), empereur romain (44-37 ap. J.-C), né en 44 av. J.-C, mort à Caprée le 46 mars 37 ap. J.-C. H était fils de T. Claudius Nero (V. Claudia [Gens]) et de Livie. Lorsque Livie devint la femme d'Octave, Tibère resta, comme soji frère Drusus, dans la maison de son père (38) ; mais à la mort de celui-ci (34), il rejoignit leur mère auprès du fondateur de l'empire. Nommé questeur en 24 av. J.-C, cinq ans avant l'âge légal, il parcourut très rapidement la carrière des honneurs. Dès l'année 20 av. J.-C, Auguste le chargea d'une mission en Arménie ; Tibère rétablit Tigrane sur le trône de ce pays. Gouverneur de la Gaule en 45 av. J.-C, il fut consul deux ans plus tard. En 42, il dut répudier, sur l'ordre d'Auguste, sa première femme Agrippine, fille d'Agrippa, qu'il aimait, afin d'épouser JuUe, fille d'Auguste, veuve d'Agrippa (V. Julie). Puis il partit pour l'IUyricum et la Pannonie, où des troubles très graves avaient éclaté. Il combattit les rebelles avec une énergie remarquable et rétablit dans cette région accidentée la domination romaine. En 9, après la mort de son frère Drusus, il gagna la Germanie, ramena à Rome le corps de son frère et prononça son oraison funèbre sur le Forum. Il fut ensuite envoyé par Auguste contre les Germains; il remporta sur eux plusieurs victoires et reçut les honneurs du triomphe. En l'an 6 Auguste l'associa au pouvoir suprême, en lui conférant pour cinq ans la puissance tribunicienne. Pourtant aucune sympathie n'existait entre l'époux et le fils de Livie. Tibère s'exila à Rhodes, où il vécut pendant sept ans dans une retraite complète. Lorsqu'il revint à Rome, après la mort de Caius et de Lucius Caisar, petits-fils d'Auguste, Auguste l'adopta et lui conféra de nouveau la puissance tribunicienne, cette fois pour dix ans. Peu de temps après, Tibère fut encore envoyé en Germanie ; il y remporta de brillants succès. Enfin, lorsque Auguste mourut, il fut proclamé empereur (44 ap. J.-C).
Tibère régna de 44 à 37 ap. J.-C. II inaugura son règne en faisant tuer le seul membre de la famille d'Auguste qui pût lui porter ombrage, Agrippa Posthume, en condamnant à mort Julie, fille d'Auguste, et son séducteur, un certain Sempronius Gracchus, enfin en rappelant de Germanie son neveu Germanicus, que les légions avaient voulu proclamer empereur et qui s'était couvert de gloire en reprenant aux Germains les aigles perdues par Varus. Germanicus, envoyé en Orient, y mourut subitement. Malgré les insinuations produites par certains historiens contre Tibère, il paraît peu probable qu'il soit coupable de cette mort. Mais deux ans à peine après son avènement, Tibère tomba sous l'influence d'un chevalier romain, Séjan, qui fut pour ainsi dire son mauvais génie. Séjan était devenu