TIBÈRE — TIBÉRIADE
préfet du prétoire en 16 ap. J.-C. Le pouvoir exceptionnel qu'il exerçait, surtout lorsque Tibère se fut retiré en Campanie, inspira à ce parvenu l'ambition de monter sur le trône impérial. Pour mettre ce projet à exécution, il ne recula devant aucun crime. Il fit empoisonner le propre fils de l'empereur, Drusus ; de nombreux parents ou amis de l'empereur, même Agrippine, la veuve de Germanicus, et ses jeunes enfants, furent, les uns exilés, d'autres jetés en prison, d'autres même réduits à se donner la mort. Mais Séjan se perdit lui -même par l'excès de son audace. Il osa demander à Tibère la main de sa belle-fille Livie, veuve de Drusus. L'empereur la lui refusa et commença à le soupçonner. En 31, Tibère, qui ne quittait plus l'île de Caprée, dans le golfe de Naples, envoya au Sénat une lettre accusatrice contre Séjan: le porteur de la lettre, Macron, gagna l'appui de la garde prétorienne, et Séjan fut massacré. Après Séjan lui-même, la plupart de ses amis furent poursuivis et condamnés. Dès lors les accusations de lèse-majesté se multiplièrent, et Tibère fut vraiment pendant les cinq dernières années de son règne le prince cruel que Tacite a dépeint. De très nombreux sénateurs, plusieurs personnages illustres se donnèrent la mort pour échapper au supplice. Tandis que le sang coulait ainsi et que la terreur régnait à Rome, Tibère, dans sa retraite, se livrait, dit-on, à d'ignobles orgies. Pourtant, on jugerait mal le règne de Tibère si l'on s'en tenait là. Pendant les vingt-trois ans qui s'écoulèrent entre la mort d'jVuguste et celle de son successeur, le régime impérial s'affermit et le monde romain vécut en paix. Tibère donna au principat sa forme durable; il fît disparaître quelques-uns des vestiges républicains qu'Auguste avait respectés. Ainsi il enleva aux comices le droit de désigner les magistrats de Rome, consuls, préteurs, édiles, tribuns de la plèbe, questeurs, et transféra ce droit au Sénat; en 23, les cohortes prétoriennes, jadis cantonnées séparément dans divers quartiers de Rome, furent réunies et occupèrent aux portes de la ville un seul et même camp, connu sous le nom de Castra Prœtoria. Cependant Tibère se montra toujours respectueux des attributions et des droits du Sénat. Les finances furent bien administrées; à sa mort, l'empereur laissa un trésor de 2.700 millions de sesterces (environ 700 millions de fr.). Pour les provinces, le règne de Tibère fut une époque de justice. Une surveillance rigoureuse pesa sur tous les gouverneurs, légats impériaux et proconsuls ; elle les empêcha de commettre trop d'exactions. Contre les peuples barbares,
Tibère suivit une politique ferme , mais prudente et mesurée. 11 combattit sans faiblesse l'insurrection du chef de bandes numide Tacfarinos, et la révolte des Gaulois Florus et Sacrovir : il surveilla avec attention tout ce qui se passait en Asie, sur les confins de la Syrie, de laCappadoce et de l'Arménie, décidé à ne point laisser entamer les frontières nécessaires de l'em- ^/ 1^ u ^ T pire ; mais , d'autre
^^^^^!H^ I / part, il renonça
à annexer la Germanie ; après les brillantes campagnes de Germanicus, qui effaçaientl'humiliation du désastre de Varus, il ramena tout près du Rhin la frontière de l'empire, renonçant à l'étendre jusqu'à l'Elbe.
Tibère couronné de chêne (Buste du Musée du Louvre).
Tibère ne mérite pas d'être comparé à Caligula, Néron ou Commode. S'il fut odieusement cruel pendant les cinq dernières années de son règne, il ne faut pas oublier qu'il fut avant son avènement un des capitaines les plus brillants du siècle d'Auguste; et que, devenu empereur, il administra le monde romain avec justice et rigueur. Tacite s'est fait trop complaisamment l'écho de cette aristocratie romaine, qui fut durement frappée par Tibère, mais dont les vices et la lâcheté écartent toute sympathie. Pour bien juger le successeur d'Auguste, il convient de se rappeler le vainqueur des Germains, des Pannoniens et des Dalmates révoltés, l'homme d'Etat qui sut maintenir et consolider l'édifice élevé par Auguste. J. Toutain.
BiBL. : Tacite, Anna/es, liv. I-VI. — Duruy, De Tiberio imperatore ; Paris, 1859. — Du même, Histoire des Romains; Paris, 1879-85. — Gentile, L'imperatore Tiberio; Milan, 1887.
TIBÈRE Constantin, empereur d'Orient (578-82). Commandant de la garde impériale à la mort de Justinien, et ayant en cette qualité fort contribué à l'avènement de Justin II, il fut, quand ce prince devint fou, associé à l'empire comme césar (574), et il lui succéda en 578. Très orthodoxe, il persécuta les monophysites à l'intérieur ; au dehors, il lutta énergiquement, sur le Danube, contre les Avares, en Italie contre les Lombards, en Asie contre les Perses ; mais sauf sur ce dernier point, ce fut avec peu de succès. Par sa prodigalité enfin, Tibère ruina les finances, et prépara les difficultés du règne suivant.
BiBL. : Hertzch, dans Coynment. philologee senenses; t. III, 1884.
TIBÈRE Apsimar, empereur d'Orient (698-705). Drongaire des Cibyrrhéotes, il fut proclamé empereur par la flotte révoltée contre Léontios, et son court règne fut marqué par quelques succès sur les Arabes. Il fut en 705 renversé par Justinien JI, aidé du khan des Bulgares Tervel, et exécuté dans l'Hippodrome. Ch. Diehl.
TIBÉRIADE. Ville de Palestine, sur la rive occidentale du lac du même nom; 4.000 hab., dont les deux tiers juifs (10 synagogues), 1.200 musulmans et 200 chrétiens. Fondée vers l'an 16 ap. J.-C. en l'honneur de l'empereur Tibère par Hérode Antipas qui en fit sa résidence et y éleva de somptueux monuments gréco-romains. A cette époque, elle n'était pas en faveur auprès des juifs, car l'établissement des fondations avait amené au jour de nombreux ossements humains dont le contact constituait une souillure. Jésus n'y vint pas. Lors de la révolte des Juifs contre les Romains, l'historien Josèj)he fortifia la ville ; mais les habitants ouvrirent les portes à Vespasien sans résistance. Après la destruction de Jérusalem, Tibériade devint le centre du judaïsme : le sanhédrin y fut transféré de Sepphoris et aussi la célèbre école talmudique de Jamnia. C'est à Tibériade que la Michna ou commentaire de la Tôrah et la partie la plus ancienne du Talmud fut rédigée vers l'an 200 de notre ère par le rabbin Juda Haqqadôch, et que la Guemara ou Talmud dit de Jérusalem parut vers le milieu du iv® siècle. On doit aussi à l'école rabbinique de Tibériade le système de notation des voyelles employé encore aujourd'hui pour le texte biblique et connu sous le nom de vocalisalion masorétique. On cite parmi les docteurs ayant vécu dans cette ville les rabbins Akîba et Maimonidès qui ont leurs tombeaux à quelques kilomètres vers le S. Khosroès prit Tibériade en 614, et les Arabes en 637. Elle fut donnée en fief à Tancrède et l'ancien évêché rétabli. Prise par Saladin en 1187, après la défaite de Hattin, rendue aux Francs en 1240, elle retomba au pouvoir des musulmans en 1247. Au xviii^ siècle, ses fortifications furent restaurées par le gouverneur Zâhir el-Omar. Un tremblement de terre, en 1837, la détruisit presque entièrement. Les ruines de la ville antique sont au S. du bourg actuel dont les murailles sont d'époque arabe. Là aussi sont des bains chauds très réputés contre les rhumatismes. L'eau, qui sort à 62^, contient du soufre et du chlorure de magnésium.
TIBERÏADE — TIBET
Le lac de Tibériade ou de Kinnéret, ou lac de Gennésar ou Génésareth, que traverse le Jourdain, est à 208 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée. Sa profondeur maxima atteint 250 m. dans la partie N. De forme ovale (21 kil. sur 9 1/2), ses bords sont couverts d'une végétation tropicale, mais éphémère. On y trouve de nombreuses espèces de poissons et en particulier le Chromis pater famiiias, dont le mâle porte les œufs et les petits dans sa gueule, et le Clarias macracanthus (Coracinus de Josèphe, Baboûr dos Arabes), un poisson qui crie. Les rives du lac sont célèbres dans l'histoire évangélique ; mais l'identification de tous les lieux que visita Jésus est loin d'être certaine. Au N.-E. du lac est la plaine basse el-Batîha, formée par les alluvions du Jourdain et où Ton place Bethsaïda Julias, patrie de Pierre, Jean et Philippe. Un peu plus au S. est sans doute le lieu désert où l'Evangile selon saint Matthieu {xiv,43et suiv.) localise la multiplication des pains qui assura la nourriture de cinq mille hommes. Au N.-O., el-Ghouweir, la plaine de Gennésar, célèbre par sa végétation et ses sources. Au N, de cette plaine, Tell Hoûm a été identifié avec Capernaoum; au S., Medjdel représente l'ancienne Magdala où naquit Marie-Madeleine, quelques-uns y voient aussi l'ancienne Tarichese que d'autres placent dans le S. du lac. Sur la rive orientale, Kersa serait l'emplacement de Gergesa ou Gadara. Qalaat el-Hosn correspond peutêtre à l'ancienne Gamala, position très forte ; Soûsiyéest l'ancienne Hippos de la décapole. R. Dussâud.
TIBERIO, peintre italien du xvi^ siècle, né à Assise, élève du Pérugin. Il a peint dans la manière de celui-ci une madone, à San-Martino, près Trévi, une madone à San-Francesco de Montefalco et cinq scènes de la vie de saint François (4512); à San-Domenico, à Assise, on a encore de lui une madone, et dans la même ville, à Santa- Maria degli Angeli, des scènes de la vie de saint François (151 8). Le musée de Berlin possède une Vierge à r Enfant de Tiberio (attribuée au Pérugin). TIBESTI ou TOU (V. Sahara, t. XXIX, p. 64). TIBET. Vaste région de l'Asie centrale, pays tributaire de l'empire chinois, limité au N. par le Turkestan oriental et la province du Koukou-nor, à l'E. par la province de Sse-tchouen, au S. par l'Inde britannique, le Boutan et le Népal, à l'O. par l'Inde britannique et le Cachemire. Géographie physique. — Le Tibet est situé sur un vaste plateau limité au N. par les monts Kouen-loun, au S. par l'Himalaya ; d'une superficie totale de plus de 2 millions de kil. q., ce plateau, qui a la forme d'un trapèze irrégulier, mesure 2.600 kil. dans sa plus grande longueur et 1.250 dans sa plus grande largeur. Il se divise physiquement en deux parties : la région des lacs et celle des rivières. La région des lacs, qui s'étend au S. des monts Kouen-loun, compte un très grand nombre de lacs, les principaux sont : le Pang-kong, Baka-namour, Iki-namour ou Maouang-tso qui a 700 kil. q. ; les lacs Mâna Sarowar; Tangrayoum-tso, qui a 300 kil. de tour, est situé à -4.600 m. d'alt.; Kyaring tso à 4.500 m. d'alt.; Gyaring tso qui a 1.300 kil. q., 4.430 m. d'alt. ; Tengrinor « le lac Céleste » ou Namtso, qui a 80 kil. de long sur 25 à 40 kil. de large, soit 1.800 kil. q., à une ait. de 4.609 m. ; Montcalm a moins de 600 kil. q. La région des fleuves ou rivières affecte la forme d'une hache ; elle a 300 kii. de largeur du côté du lac Pang-kong, 700 à l'autre extrémité, sur 1 .100 de largeur, couvrant ainsi une surface égale à la France ; elle enveloppe par conséquent la région des lacs de trois côtés en demi-cercle. Les principaux fleuves sont : rindus, son affluent Gartang tchou et le Satledj ; ces fleuves coulent vers l'O. Le Tsang po, qui est le fleuve le plus important du Tibet, traverse ensuite de l'O. à l'E. les provinces de Tsang et de Ou et prend le nom de Brahmapoutra (V. t. VII, p. 969). Dans la partie orientale du Tibet, trois grands fleuves descendent des monts Kouenloun ou de leurs nombreuses ramifications. Le Lou-kiang ou Salouen, le Dza-tchou ou le Mékong, le Ta-kiang ou
Yan-tsé kiang « fleuve Bleu ». De l'autre côté du Kouenbun ou plutôt des monts Bayen Kara sort le Hoang-ho qui coule au N.-E. pour aller se jeter dans le golfe de Petchili. Le système des *nontagnes est en rapport avec celui des eaux. La région des lacs est bornée au N. par les monts Kouen-loun qui se divisent en plusieurs chaînes de montagnes allant de l'O. à l'E. en décrivant une courbe vers le IN . ; la première des deux principales chaînes est formée par les monts Altyn tagh et les monts Chougou, la seconde par les monts Oustoun tagh, Arka tagh et Bayen Kara. Dans le centre, plusieurs chaînes de montagnes décrivent des courbes plus ou moins prononcées et se dirigent toujours de l'O. à l'E. Les principales, qui forment une grande artère, sont : les monts Maouang gang ri, Arou gang ri, les monts Dutreuil de Rhins, la chaîne des Volcans, les monts Dongbouré. Au-dessous, nous voyons les monts Bower, les monts Bonvalot, les monts Henri d'Orléans, les monts Litcledale, la chaîne du Tang-la qui court vers le S.-E. Au S., les principaux monts sont : les Aling gang ri, les monts Targot Iha, le mont Tchari Merou ; ces montagnes forment avec l'Himalaya les bassins de Flndus, du Satledj et du Tsang-po. Dans la partie orientale, les montagnes décrivent une courbe N.-S.-E. Elles sont plus nombreuses et forment les bassins des trois grands fleuves de cette partie du Tibet et de leurs nombreux affluents. Nous ne citerons que les monts Dzagar et les monts Pourdong ri, qui font presque suite aux monts Dongbouré, et les monts Ramnong gang ri formant la continuation de la chaîne de Tang-la. En quelque endroit où l'on se trouve on est entouré de hauteurs couronnées de neiges éternelles, on est flagellé par des vents aigus. La nature est austère et monotone. Dans la région lacustre, la végétation arborescente fait défaut et l'on n'y trouve que des pâturages à herbe courte et dure, au milieu de grands espaces absolument stériles. La culture commence à se montrer dans la partie méridionale ; les pentes des montagnes se revêtent de bois chétifs et clairsemés : genévriers, pins, sapins, ormes. Plus on descend vers le S., plus les cultures s'améliorent, les forêts couvrent les pentes des montagnes, les vallées ne dépassent plus guère que 2.500 m. d'alt. ; eUes produisent du blé, des légumes, des fruits, des raisins, des grenades. Le bassin de Tsang-po est le plus favorisé par la nature, on y récolte du riz, des abricots et du jujube. Le Tibet est riche en minéraux de toute sorte; il possède des mines d'or, d'argent, de fer, etc. L'abbé Desgodins cite quarante-trois mines différentes dans le bassin du Mékong. Le sable d'or se trouve dans toutes les rivières du Tibet oriental ; aussi il y a dans cette partie beaucoup de laveurs d'or chinois ou tibétains.
Parmi les animaux, nous nommerons : le yak domestique et le yak sauvage, magnifique animal ; Fargah à poitrine blanche, l'antilope appelée orongo, le porte-musc nommé par les Tibétains Gla va (V. Musc, t. XXIV, p. 583). On rencontre l'ours, le renard, l'écureuil, la loutre, la panthère, le mouton, la chèvre, etc.; parmi les oiseaux : le vautour, le corbeau, l'alouette, la perdrix, l'oie sauvage, la grue, etc. Beaucoup de lacs sont poissonneux. Géographie politique. — Le Tibet était partagé autrefois en quatre provinces : i^ Ngâri à l'O. Le centre principal de cete province est Gartok où se tient en août et septembre un marché très suivi; 2° Tsang. La ville principale, Tchigatze (14.000 hab.), est dominée par le plateau sur lequel se trouve le monastère de Tachi Ihoun po qui comprend plus de 300 édifices religieux et 4.000 moines, la ville de Gyantsé (12.000 hab.) et Tingri (1.500 hab.). On y fabrique des étoffes de laine; 3^ Ou, la capitale Lha-sa (15.000 hab.) sans compter 18.000 moines. Elle est entourée de beaux jardins ; à l'O. s'élève la montagne de Po-ta-la, on y voit la cité rehgieuse, résidence du talé-lama, la ville de Tche-tang (13.000 hab.); 4*^ Kham; les centres principaux sont Tsiamdo et Merkam.
Aujourd'hui le Tibet est divisé en un grand nombre de