TROYES - TRUANDS
J.-L.-D. de Seguin des Bons, 4825-43; J.-M.-M. Debelay, 4843-48 ; P.-L. Cœur, 4848-60; E.-J. Ravinet, 4860-75; P.-L.-M. Cortet, 4875-98; G.-A. dePélacot,
Grands HOMMES. — Troyes est la patrie de plusieurs grands hommes : Jacques Pantaléon (4485-4264), pape sous le nom d'Urbain IV ; le rabbin SalomonJarchi(f 4iOo), érudit ; Juvénal des Ursins (-1-4434), prévôt de Paris ; le président Mathieu Mole (t 4656); le poète Chrétien de Troyes (-1-4494); Jean Passerat (f 4602), un des auteurs de la Satire Mé nippée ; le jurisconsulte Pierre Pithou (4539-96); Férudit Grosley(t 4785); les peintres Nicolas (t 4668); Pierre
(t 4695) et Mignard (4642-95); les sculpteurs Girardon (t 4745) et Simart (f 4857). H. Conrad.
BiBL. : N, CAMUZA.T, Promptuavium sacrarum antiquitatum Tricassinai diocesis, 1610, in-8. — Le Grand, Coutume du bailliage de Troyes ; Paris, 1737, in-fol. — Courtalon-Delaistre, Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, 1783, 3 voL in-8. — Corrard de Bre- BAN, les Rues de Troyes anciennes et modernes, 1857, in-8.
— Du même,iîec/ierc/ies sur l'établissement et Vexercice de Vimprim,erie à Troyes, 1858, in-8. — Grosley, Ephémérides troyennes, 1757-68, 12 vol. in-32. — D'Arbois de JuBAiNviLLE, Documcnts relatifs à la construction de la cathédrale de Troyes, 1862, in-8. — • Le Brun d'Albanne, le Trésor de la cathédrale de Troyes, 1863, in-8. — Au- FAUVRE, les Tablettes historiques de Troyes, 1858, in-8. — Du même, Troyes et ses environs, 1860, in-8. — Dp même, les Anciens édifices de Troyes, 1862, in-4. — Boutiot, Histoire de Troyes et de la Champagne méridionale, 1870-80, 5 vol. in-8. — Babeau, Histoire de Troyes pendant la Révolution, 1873-74, 2 vol. in-8, nombreux ouvrages et articles sur des sujets relatifs à l'histoire de la ville, de 1872 à 1884.
— AssiER, Troyes au xv siècle; Paris, 1875, in-12. — Du même, les Arts et les Artistes dans l'ancienne capitale de la Champagne, 1876-77, 2 vol. in-12. -- Mémoires de la Société académique de l'Aube; Annuaires de l'Aube; Collection de docum,ents relatifs à la ville de Troyes et à la Champagne méridionale, en cours de publication depuis 1878. — Guide de l'étranger dans Troyes, 1882, in-16. — On trouvera un résumé très clair et très vivant dans G. Carré, Histoire populaire de Troyes et du dép. de l'Aube; Troyes, 1881, in-8.
TROYES (Chrétien de), poète français (V. Chrétien).
TROYON. Corn, du dép. de la Meuse, arr. de Commercy, cant. de Saint-Mihiel ; 704 hab.
TROYON (Constant), peintre paysagiste et animalier français, né à Sèvres le 25 août 4840, mort à Paris le 24 févr. 4865.11 commença par exercer le métier de décorateur sur porcelaine et entra en cette qualité à la manufacture de Sèvres : attiré par l'art, il acheva d'apprendre le dessin auprès de Kiocreux et, plus tard, de Poupart, dont ses premières œuvres portent l'influence visible : il avait fait auparavant un tour de France, le bâton à la main^ gagnant sa vie comme il pouvait chez les fabricants de porcelaine et dessinant sur sa route tout ce qui le frappait dans la nature. Les premières toiles qu'il exposa au Salon de 4833, le Parc de Saint-Cloud, la Fête de Sèvres, portent la trace de ses maîtres et sont médiocres, d'une convention arriérée.
C'est probablement à la rencontre de Roqueplan, qui sut discerner son talent, que Troyon dut de s'engager dans sa véritable voie : l'étude de la nature. Sous l'influence de Dupré et de ses études en Limousin, en Bretagne et
dans la forêt de Fontainebleau, il progressa rapidement; dès 4836, il exposa des œuvres où se marque une vue originale de la nature ; ses œuvres les plus remarquées de
cette période sont :
Vue prise aux environs d' Argentan (4836); Fossé dans le Limousin, Vues de Saint-Aubin (4837); l'Entrée de V Allée noire, Paysage près de Saint- Cloud (4838); Paysage en Bretagne [iSW); Tobie et r Ange (iSM); les Baigneuses {i%^% ; les Environs de Vannes (4843) ; Dessous de forêt à Fontainebleau (iSU); la Vallée de Chevreuse , Sous bois (4846) ; Chemin creux en Normandie, etc.
Un voyage que Troyon fit en Hollande (48 i7) acheva de donner à son talent tout son développement : jusque-là il n'avait peuplé ses paysages que de figures insignifiantes ; à partir de 4848, sous l'influence des maîtres hollandais qu'il étudia 'profondément, surtout Paul Potter, et suivant le conseil de son ami Charropin, il introduisit dans ses natures des animaux (vaches, chevaux, moutons) qu'il sut merveilleusement harmoniser avec le paysage ; dès lors, il mit des animaux dans tous ses tableaux. Il ne tarda pas à devenir un peintre animalier de premier ordre. C'est un réaliste dans la meilleure acception du mot ; sa main, que la nature avait faite un peu lourde, avait fini par acquérir, à force de travail, une grande sûreté d'exécution; il peignait largement, avec force, tout en gardant une grande fraîcheur de ton. Ses paysages sont simples, d'une grande impression et d'une belle vérité : les motifs principaux sont empruntés aux environs de Paris, à la Normandie et à la Touraine ; les animaux qui les peuplent ont un caractère de vérité et d'ampleur saisissant : il a peint quelquefois des animaux de taille naturelle avec des paysages et des effets de lumière comme fond. La transparence de ses horizons où se jouent l'ombre et la lumière, les animaux enlevés en pleine pâte, ont acquis à Troyon une grande et légitime réputation.
Ses œuvres principales sont : le Retour de la ferme (1849, musée du Louvre); la Vallée de la Touques (4852); les Bœufs se rendant au travail des champs (4855, musée du Louvre) ; la Voiture a âne (chez W. Wilson) ; Soir d'été en Normandie, le Gué, 'Iroupeau de moutons après l'orage, l'Abreuvoir, Moutons le matin, le Chien du berger, Paysage avec un iroupeau de moutons et des bœufs, etc. Un excès de fatigue fit perdre la raison au peintre en 4863.
BiBL. : DuMESNiL, Troyon, Souvenirs intimes; Paris, 1888. — A. HusTiN, Troyon; Paris, 1893.
TRUANDS. On appelait de ce nom, au moyen âge, des vagabonds mendiant par fainéantise. On le trouve dès le xii® s. Etant données les mœurs des truands, truander signifiait mendier, mais aussi faire des friponneries. Truandaille désignait l'espèce des truands, truanderie, leur genre de vie ou bien quelque tromperie faite par eux. Truand, qu'on rencontre aussi sous la forme trutain (trulanus), a été employé comme adjectif avec le sens de misérable, quelquefois de paresseux et même de puant, et en vint à vouloir dire menteur. Ce mot a vraisemblablement pour origine un mot celtique ayant la même acception. Les autres étymologies qu'on en a données (notamment celle de treu
TRUANÙS — TRUBLÈT
pour tribut) sont fantaisistes. Parmi les textes nombreux oU il figure, on peut citer ces vers d'Eustache Deschamps :
Je ne fusse pas bons truans; Je ne sçai deux fois demander, et :
Un mal vestu est appelle truant.
Un concile de 1227, tenu à Trêves, prescrit aux curés de ne pas permettre que les truands et autres vagabonds chantent à la messe, et une ordonnance du roi Jean, de 1351, enjoint à tous « gens oiseux ou joueurs de dés ou enchanteurs es rues ou truandants ou mendiants » de travailler ou de sortir de Paris ainsi que des villes des environs dans les]troisjours, s'ils sont valides. Mais, somme toute, on manque d'autres renseignements sur eux, et ce qu'on en dit, c'est seulement en réalité ce qu'on sait de ces classes dangereuses qu'on ne voit apparaître d'une façon nette qu'au commencement du xv® siècle. Il est permis de décrire sous le mot truand l'organisation des gueux telle qu'elle semble avoir existé à la fin du moyen âge et au début des temps modernes. On nommait gueux ces bandes de misérables qui comprenaient, en même temps que des criminels échappés, des ouvriers paresseux, des gens de métiers aventureux et des déclassés. Au point de vue de leur organisation, ils se subdivisaient en tribus : les soldats (beroards, gandins, feuillards, drilles, narquins ou narquois, francs- taupins, etc.), les merciers, mercerots, mercelots, colporteurs en quelque sorte de contrebande ou marchands ambulants, les mendiants, les Bohémiens ou Egyptiens, les voleurs proprement dits. Au xvi^ siècle, la confrérie, formée par une grande partie de gueux, comportait une hiérarchie régulière, tout au moins parmi les mercelots, au nombre desquels a compté Villon. On était d'abord pechon ou apprenti, puis blesche, puis coesme, coesmelotier ou coesmelotier huré, degrés qui correspondaient à ceux de la corporation de la mercerie prise pour modèle. Les deux ordres supérieurs, propres aux gueux, étaient celui des cagous, chefs de province chargés de la police et de l'instruction des novices, celui des archisuppôts, sans pouvoir effectif, et qui composaient le collège des prêtres et des savants de la confrérie, avec, au sommet, un roi ordinairement appelé le grand Coesre (V. ce mot). Montaigne dit bien que de son temps les gueux avaient « leurs dignités et ordres politiques » (Essais, 1. XIII, ch. xiri). Les soldats mercenaires qu'on peut en glober sous la dénomination de routiers n'étant pas à assimiler aux gueux, encore moins aux véritables truands, mendiants, au besoin malfaiteurs, ce sont ceux-là seulement qui étaient débandés qui semblent avoir formé, quelque temps en tout cas, une classe de la monarchie du grand Coesre. Sans doute, à proprement parler, les Bohémiens, qui apparaissent dans le premier tiers du xv® siècle, étaient également distincts des gueux, mais ils avaient avec eux des rapports habituels, et c'est peut-être à leur exemple que les gueux voulurent avoir un roi et des officiers. Quant aux voleurs de profession, ils n'entrèrent dans cette corporation ou confrérie qu'au commencement du XVII® siècle, et encore les brigands de grand chemin en furent-ils toujours exclus. Sous Henri IV, les voleurs tenaient leurs assises à Paris, au Port-au-Foin, près de la place de Grève, et les officiers qu'ils avaient élus prononçaient contre les délinquants la peine de l'amende, du fouet ou même de la mort. Il faut rappeler aussi que les francs-bourgeois, logés gratuitement à Paris, grâce à la libéralité d'un particulier et avec exemption d'impôts, dans la rue qui a pris leur nom, n'étaient que des truands. Au xyii® siècle, parlant de son époque, Sauvai distingue parmi les truands les argotiers ou gueux, les coupeurs de bourse et les voleurs de nuit et de grand chemin. Ce sont les argotiers, pauvres fréquentant fes foires et marchés, qui reconnaissent alors pour roi le grand Coesre ; ils composent le « royaume argotique », et c'est du langage particulier dont ils font usage qu'ils tirent leur nom. Pour être officier, il fallait avoir un magasin de masques, de
haillons, de bandages. S'ils ne vivaient pas comme les argotiers sous des règlements, les coupeurs de bourse, à la différence des voleurs, se conformaient au moins à quelques coutumes, et, pour obtenir ce titre, il fallait avoir fait deux chefs-d'œuvre en présence des maîtres, avoir subi de pénibles épreuves. Les corps des coupeurs de bourse était subdivisé en compagnies dont les membres n'opéraient jamais seuls et que commandaient des capitaines. Les compagnons qui suivaient servaient de receleurs ; ils évitaient aussi de se trouver trop nombreux et avaient des signes de convention pour se renseigner sur le nombre qu'ils devaient être en telle occasion. C'est la création de l'hôpital général, en 1656, qui amena la disparition de toute cette organisation des truands. Encore faut-il ajouter que le grand Coesre paraît avoir simplement transporté la tenue annuelle de ses Etats à Sainte- Anne-d'Auray dans un pré dit le Pré des gueux et que le royaume des argotiers dont s'étaient retirés les voleurs n'en subsista pas moins
(V. COÛR DES MIRACLES, t. XIII, p. 74). M. BaRROUX.
BiBL. : Du CHANGE, Glossariam rnediae et infimœ latinitatis^ éd. de 1887, au mot Triitanus. — Sauval, Histoire de Paris, 1750, t. I, pp. 85, 165 et 510-518. — Aug. Vitu, le Jargon du xv siècle... [avec] Discours préliminaire sur l'organisation des gueux.. .; Paris, 1884, in-8.
TRUBER (Primus), théologien slovène, né à Rasica, près de Laibach, en 1508, mort à Deredingen, près de Tubingue, le 28 juin 1586. Chanoine à Laibach, il embrassa la doctrine luthérienne et la propagea chez les Slovènes, devenant le promoteur d'une littérature slovène ; il dut se réfugier en 1548 en Wurttemberg, traduisit la Bible, le catéchisme, etc., en slovène, et, après un séjour de quatre ans (1561-65) à Laibach, devint pasteur à Derendin^en (1566).
BiBL. : KosTRENCic, Beitrœgc zur Gesch. der protesi. LUI. der Sûdslawen ; Vienne, 1873.
TRUBLE (Pêche). Le truble ou troublé est un engin qui, le plus ordinairement, consiste en un demi-cercle en bois dont les extrémités sont reliées par une cordo ;> une perche droite est assujettie sur le demi-cercle sur lequel est montée une poche en filet à mailles plus ou moins grandes. Lorsque le truble est destiné à prendre des poissons dans un réservoir, on fait le plus souvent la monture de forme rectangulaire et l'engin prend alors le nom de troubleau. Sur les côtes de Bretagne, le treulot ou treuille, destiné à la pêche de le crevette, se compose d'une perche au bout de laquelle sont assemblées deux traverses parallèles soutenant entre elles un filet lâche dont les mailles ont 5 à 6 millim. d'ouverture. Le sanet, qui sert aux mêmes usages, a la forme d'une raquette. La salahre, qui, sur les côtes de Provence, sert à prendre la blanchaille, est un truble à manche bifurqué. E. S.
TRUBLET (Nicolas-Charles- Joseph), littérateur français, né à Saint-^Malo en déc. 1697, mort à Saint-Malo le 14 mars 1770. Plus connu par le portrait qu'a tracé de lui Voltaire que par ses ouvrages propres, l'abbé Trublet devient plus sympathique à mesure qu'on l'approche de plus près. Entré de bonne heure dans les ordres, il suivit, en 1721, à Rome l'abbé de Tencin qui venait d'être nommé conclaviste du cardinal de Bissy. Puis il revint se fixer à Paris. Dès 1717, il s'était signalé dans le monde des lettres. Le Télémaque de Fénelon, dont l'impression avait été sévèrement défendue pendant les dernières années du règne de Louis XIV, venait enfin de paraître librement en France. Trublet écrivit à son sujet dans le Mercure un article qui lui attira les éloges de La Motte et la protection de Fontenelle, et, dès lors, il se constitua l'admirateur et le disciple de ces deux écrivains, adopta leurs idées, célébra leurs amis et — entraînement plus dangereux — s'attaqua à leurs ennemis. On sait comment Fontenelle, La Motte et leurs partisans s'étaient faits les défenseurs attitrés de la prose et les détracteurs systématiques de la poésie, contre Voltaire et ses amis, héritiers du goût classique et des traditions de Boileau. L'abbé Trublet voulut dire son mot dans le débat et, pour prouver que les