‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 236 sur 633 · TRUBLET - TRUCK-SYSTEM · texte numérisé non relu

TRUBLET - TRUCK-SYSTEM

plus beaux vers ne pouvaient se lire sans quelque ennui, il appliqua à la Henriade le vers de Boileau sur la Pucelle : Et je ne sais pourquoi, je bâille en la lisant. Certes, en écrivant ces lignes, Tabbé Trublet n'avait nullement l'intention d'offenser Voltaire ; en un sens, il lui rendait hommage ; mais Voltaire n'aperçut pas ce sens ou ne voulut pas l'apercevoir et, pour se venger, il écrivit dans le Pauvre Diable les vers qui ont fait passer le nom du malheureux abbé à la postérité :

L'abbé Trublet avait alors la rage D'être à Paris un petit personnage, etc.

Pour dernière disgrâce, Trublet s'attira l'inimitié du parti des philosophes. Il collaborait au Journal chrétien, et ce journal les avait dénoncés comme étant les plus dangereux ennemis de l'Eglise et de la royauté. Aussi, lorsque l'abbé Trublet se présenta, en 1736, à l'Académie française, la porte lui en fut obstinément fermée. Ni la protection de Fontenelle, ni l'estime de Montesquieu et du président Hénault, ni celle de Maupertuis qui lui dédia une de ses œuvres, ne purent de longtemps être utiles à l'abbé Trublet. Il n'entra à l'Académie qu'en 1761, vingt-cinq ans après s'y être présenté pour la première fois. Sa réception eut lieu le 13 avr. ; il remplaçait le maréchal de Belle-Isle. Il profita de cette occasion pour envoyer à Voltaire son discours de réception et lui demander son amitié. Voltaire lui fit une réponse aimable, promit de ne plus l'attaquer et tint sa promesse. Mais il était trop tard; dès longtemps les vers du Pauvre Diable étaient connus de tous. En 1767, l'abbé Trublet se retira dans sa famille à Saint-Malo. Il était archidiacre et chanoine de sa ville natale et, de plus, trésorier de l'Eglise de Nantes. Des vapeurs, puis des infirmités attristèrent sa vieillesse qui d'ailleurs fut calme. Il faut citer parmi ses ouvrages : Essais de littérature et de morale (1735); Pensées choisies sur f Incrédulité (1737); Panégyriques des saints, suivis de Réflexions sur l'Eloquence (il^^); Mémoires pour servir à Vhistoire de la vie et des ouvrages de La Motte et de Fontenelle (1761). En outre, il collabora au Mercure, au Journal chrétien, au Journal des Savants ; il édita, avec l'abbé Séguy, Y Introduction à la Connaissance de l'esprit humain de Vauvenargues et, seul, V Essai sur la formation des corps organisés de Maupertuis. Rien dans l'œuvre de l'abbé Trublet ne méritait de lui survivre : mais il était lui-même très supérieur à ses ouvrages, et tous ceux qui ont parlé de lui ont vanté le charme de sa conversation et son humeur égale et douce. A. Bayet.

BiBL. : d'Alembert, Histoire de l'Académie française, t. VI. -— Sabatier, les Trois siècles.

TRÙBNER (Wilhelm), peintre allemand, né à Heidelbergle 3 févr. 18oi. lève de Feuerbach et de Leibl. Il travaille à Munich où il a fait paraitre, en 1893, deux recueils de ses tableaux d'histoire et de ses études reproduits par l'héliogravure.

TRUC ou TRUCK (Chem. de fer). Ce mot, d'origine anglaise, désigne, soit les wagons plates-formes sans. bords, dites aussi « wagons plats », qui servent à transporter les voitures, les pierres de taille, les bois de charpente, etc. (V. Chemin de fer, t. X, p. 1041), soit encore une sorte de plate-forme exhaussée au-dessus de la voie ferrée, qui facilite le chargement sur ces wagons. On appelle également truc un chemin de fer étabh sur les cintres d'un grand pont en construction et sur lequel se meut un treuil servant à élever, descendre ou transporter les matériaux. Lorsque la largeur du pont n'est pas très considérable, il se place dans l'axe longitudinal des cintres. Quelquefois, il règne sur les bords, auxquels on donne à cet effet plus de longueur qu'il n'est nécessaire. On utilise, du reste, le même mode de transport dans la construction des grands édifices ; le truc est alors installé sur un mur déjà élevé ou sur des échafaudages solides allant de la sapine aux différentes parties du chantier aérien à desservir.

TRU CHÈRE (La). Corn, du dép. de Saône -et-Loire,

arr. de Màcon, cant. de Tournus, sur la Seille et la Saône ; 402 hab. Moulin, chaiseries. Nombreux tumulus dans la prairie. Découvertes intéressantes au point de vue paléontologique et archéologique.

TRUC H ET (Jean), plus connu sous le nom de Père Sébastien, mécanicien français, né à Lyon en 1657, mort à Paris le 5 févr. 1729. Entré dans l'ordre des Carmes et envoyé à Paris pour y professer la théologie, il ne s'y occupa guère que de mécanique, fut remarqué de Colbert, qui lui fit allouer une pension de 600 livres, et prit part à de nombreux travaux d'hydraulique, notamment aux adductions d'eaux pour les jardins de Versailles et à la construction du canal d'Orléans, dont il eut la direction. En 1699, il fut nommé membre honoraire de l'Académie des sciences. Il a imaginé ou perfectionné de nombreuses machines. On lui doit, entre autres, le chariot connu sous le nom de diable, qu'emploient les charpentiers pour le transport des grands arbres, et un appareil pour la démonstration de l'accélération de la chute des corps. Le Père Sél3astien a aussi indiqué un dispositif nouveau pour l'obtention des voûtes plates en maçonnerie (V. Abeille). Il n'a laissé comme écrits que des mémoires insérés dans le recueil de l'Académie.

BiBL.: Fontenelle, E/oge du P. J. Truchet, dans Mém. A Cad. Paris, 1729.

TRUCHSESS DE Waldburg (Gebhard), archevêque de Cologne, né le 10 nov. 1547, mort à Strasbourg le 31 mai 1601. Il embrassa la carrière ecclésiastique et fit ses études à Ingolstadt, Dillingen et Pérouse. Neveu du cardinal d'Augsbourg, Otton, il eut une rapide carrière : dès 1560 il était chanoine d'Augsbourg; de là il passa à Strasbourg, puis à Cologne (1567), prévôt à Augsbourg en 1576, et en 1577 archevêque de Cologne. Epris d'Agnès, comtesse de Mansfeld, il passa du côté de l'EgUse réformée (1582) et épousa Agnès le 2 févr. 1583. Le chapitre métropolitain de Cologne résista énergiquement à son désir de faire passer l'électorat de Cologne au protestantisme ; d'autre part, comme Truchsess s'était fait calviniste, et non luthérien, les princes luthériens hésitèrent à le soutenir. Le pape excommunia l'archevêque, et le parti catholique élut à sa place le prince Ernest, fils du duc de Bavière. La guerre civile se déclara entre les deux prétendants (1583) ; le prince Ernest était soutenu par la Bavière et par les Espagnols des Pays-Bas, tandis que Gebhard obtenait l'appui du Palatinat. Obligé d'évacuer Bonn qu'il avait occupée, Truchsess se retira en 1584 en Hollande, tandis que ses partisans continuèrent la lutte. En 1589 il se rendit à Strasbourg où il obtint le doyennat.

BiBL : KLEiiNsoRGEN, Tagcbuch von Gebhard Truchsess ; Munster, 1780.

TRUCK-SYSTEM. On désigne par ce terme un certain mode de paiement du salaire ouvrier, qui consiste à payer tout ou partie du salaire autrement qu'en espèces, par exemple, en denrées alimentaires, en prestations de chauffage ou autres, ou encore en produits fabriqués (à charge pour l'ouvrier de les revendre). Les ouvriers sont en général hostiles à ce mode de rémunération : 1« ils soupçonnent souvent, non sans raison, que le patron évaluant ces objets en nature, dans le compte du salaire, plus cher qu'ils ne lui coûtent, fait par là un bénéfice injustifié; 2° ces fournitures entravent la liberté que veut avoir l'ouvrier d'employer à son gré son salaire, d'acheter ou de ne pas acheter telle ou telle denrée, en telle ou telle quantité, chez tel ou tel fournisseur; elles l'obligent parfois à la consommation forcée de choses dont il ne se sent pas le besoin; 3° dans le cas où les objets donnés en paiement sont une part des produits fabriqués (ou des déchets ou de certains accessoires, etc.), elles déplacent du patron à l'ouvrier le risque de la mévente, sans compensation correspondante de bénéfice possible, et rendent ainsi le gain de l'ouvrier très aléatoire; 4<^les organisations syndicales et les forces ouvrières qui tendent à l'établissement d'un tarif, d'un taux de salaire connu, bien défini, convenu des deux parts, pour les différentes catégories d'ouvriers,

condamnent ce mode de rémunération, parce que la partie du salaire, payée en nature, échappe ordinairement à toute évaluation précise et générale, et peut permettre par suite de violer le tarif d'une façon détournée et cachée. Les abus que permet ce mode de paiement ont été tels que dans plusieurs pays des mesures législatives commencent à être prises pour l'interdire et que partout des projets de réglementation sont à Tétude. M. Simiand.

TRUCQ (Le). Com. du dép. de la Creuse, arr. d'Aubusson, caot. de La Courtine; 306 hab.

TRUCY. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. de Craonne; d90 hab.

TRUCY-l'Orgueilleux. Com. du dép. de la Nièvre, arr. et cant. de Clamecy; 476 hab.

TRUCY-suR-YoNNE. Com. du dép. de TYonne, arr. d'Auxerre, cant. de Coulanges-sur- Yonne ; 287 hab.

TRU DAINE (Daniel-Charles), administrateur français, né à Paris le 3 janv. 1703, mort à Paris le 19 janv. 1769. Fils d'un prévôt des marchands, il occupa tour à tour les charges de maître des requêtes, de conseiller d'Etat, d'intendant de la généralité de Riom, et, en 1743, fut chargé par le contrôleur général Orry de diriger, en qualité d'intendant des finances, le service des ponts et chaussées. Dès l'année suivante, il créa, en vue de réunir et de rapporter les plans des grandes routes dont l'exécution venait d'être prescrite, un bureau de dessinateurs, devenu, en 1747, l'Ecole des ponts et chaussées. Puis il institua l'assemblée des ponts et chaussées, qui, réunie chez lui, tous les dimanches, était appelée, comme de nos jours le conseil général des ponts et chaussées, à délibérer sur les projets des ingénieurs (V. Ponts et Chaussées), et, par d'autres mesures encore, non moins heureuses, imprima au service de construction des voies de communication, durant les vingt-trois années qu'il en eut l'administration, une impulsion des plus fécondes en résultats. C'est à lui, notamment, qu'on doit la plupart des grands ponts édifiés à cette époque, ceux d'Orléans, de Moulins, de Tours, de Joigny, de Saumur, de Montereau et de Neuilly, entre autres. En 1743, il avait été nommé membre honoraire de l'Académie des sciences. On ne connaît de lui aucun écrit. Son buste se trouve au palais de Versailles et à l'Ecole des ponts et chaussées. L. S.

BiBL. : X..., Eloge de Trudainé; Paris, 1772. -- E.-J.-M. ViGNON, Etudes historiques sur l'administration des voies publiques en France; Paris, 1862-64, t. il, 3 vol. — E. Choullier, les Trudainé ; Arcis-sur-Aube, 1884.

TRUDAINE DE MoNTiGNY (Jean -Charles-Philibert), administrateur français, né à Clermont-Ferrand en 1733, mort à Paris le 5 août 1777. Fils du précédent, qui l'associa dès 1757 à ses travaux, il lui succéda en 1767 dans sa charge d'intendant général des finances et dans ses fonctions de directeur de l'administration des ponts et chaussées. Il fut aussi, comme lui, membre honoraire de l'Académie des sciences. — Ses deux fils, dont le plus jeune était Trudainé de La Sablière, conseiller au parlement de Paris, périrent sur l'échafaud, en 1794, avec André Chénier, leur ami.

BiBL. : E. Choullier, les Trudainé; Arcis-sur-Aube, 188t.

TRUDPERT (Saint), missionnaire allem. du vu® siècle. Il vint vers 640 sur le haut Rhin, fonda en Brisgau un monastère et y fut tué ; fête le % avr.

BiBL. : Kœrber, Die Ausbreitung des Chnstentums im sûdlichen Baden, 1878.

TRUEBA Y DE La Quintana (Antonio de), littérateur espagnol, né à Montellano (Biscaye) le 24 déc. 1819, mort à Bilbao le 10 mars 1889. Destiné au commerce par ses parents, il publia ses deux premiers livres en 1851 : El Cid Campeador, roman historique, très récemment traduit en anglais par H.-J. Gill (Londres, 1895), et El libro de los cantares (poésie). En 1853, il entra comme rédacteur au journal la Correspondencia de Espana, où il continua sa collaboration jusqu'en 1862. Ce fut dans cette période qu'il écrivit ses œuvres les plus lues, Cuentos campesinos et Cuentos de color de rosa, oix la vie pay-

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