TUILE — TUILERIES
mensions, et souvent munies à la partie supérieure d'un de leurs petits côtés d'un tenon pétri en même temps que la tuile et permettant de la fixer sur le lattis, et les tuiles à emboîtement, inventées à Altkirch (Alsace) en 4841, par les frères Gilardoni, tuiles en forme de rectangle ou de losange, munies de saillies et de cannelures, s' emboîtant les unes dans les autres, en vue de faciliter la pose, d'assurer l'étanchéité et aussi de diminuer les surfaces de recouvrement des tuiles les unes sur les autres et par conséquent de diminuer le poids des tuiles employées dans la couverture. Outre que la couverture en tuiles, malgré qu'elle nécessite plus de hauteur de comble et plus de force dans la charpente, est encore la plus économique des couvertures protégeant efficacement un édifice, la tuile plate elle-même est d'un usage presque illimité, et il n'est pas rare de voir réemployer de nos jours, dans les campagnes, des tuiles provenant de la démolition de bâtiments couverts il y a plus d'un siècle, seulement faut-il prendre la précaution de replacer les tuiles d'un même versant à leur exposition primitive ; en outre, les tuiles plates, neuves ou vieilles, servent dans les travaux de fumisterie pour la confection des conduits de ventilation. Ch. L.
TUILERIES (Palais et Jardin des). Après la mort, en l'hôtel des Tournelles, le 30 juin 1559, du roi Henri II, sa veuve, Catherine de Médicis, fit démolir cette résidence royale et, d'après le R. P. F. Jacques du Rreul (Le Théâtre des antiquités de Paris, 1612, pet. in-4, p. 1049), « fit commencer le magnifique bastiment de l'hostel Royal, dit des Tuilleries lez Paris, parce qu'il y avait anciennement une Tuillerie au dict lieu ». Le futur palais allait donc se trouver en dehors et à l'O. de la partie de l'enceinte de Charles V comprise entre la deuxième porte Saint-Honoré et la tour, dite du Rois, sur la Seine, tour au-devant de laquelle furent bientôt édifiées près de la rivière et presque en prolongation de la grande Galerie du Louvre la maison du Grand-Prévost et la porte Neuve : ce n'est au reste que sous Louis XIII que les terrains occupés par le palais et le jardin des Tuileries, tracé à l'O. au-devant du palais, furent compris dans les agrandissements de l'enceinte, laquelle fut portée de ce côté un peu au delà de la grille actuelle du jardin des Tuileries sur la place de la Concorde et eut pour limite les fortifications et fossés établis entre la troisième porte Saint-Honoré, à l'extrémité actuelle de la rue de ce nom, et la porte de la Conférence, près la Seine. Ces terrains du palais et du jardin des Tuileries avaient été acquis, dès 1518, de Nicolas de Neufville, secrétaire des finances, par François P', puis considérablement agrandis par les acquisitions faites par Catherine de Médicis elle-même, de 1563 à 1567; mais, dès le mois de mai 1564, cette reine fit commencer la construction du palais sous la direction de Philibert de VOrme et la fît continuer, après 1570, sous celle de Jehan Biillant (V. ces noms). Du Cerceau, dans le t. II des Plus excellents hastimens de France (Paris, 1679, in-fol., pL), nous a conservé le plan primitif du palais des Tuileries qui devait être construit dans un rectangle de 134 toises et demie de largeur sur 83 toises 1 pied de profondeur ; mais Catherine ne vit s'élever des constructions des Tuileries qu'une faible partie, la partie centrale consistant en un peu plus de la moitié du corps de logis en façade sur le jardin et les deux galeries contiguës, plus le pavillon attenant à la galerie du Midi, lequel fut terminé seulement sous Henri IV ; en revanche, elle aurait presque entièrement fait planter le jardin. Le pavillon central, couronné d'un dôme hémisphérique, les deux galeries contiguës, surmontées d'un attique, et les deux corps de logis quadrangulaires, auxquels aboutissaient ces galeries, bâtiments qui, malgré de fâcheuses et nombreuses amplifications, se sont conservés jusqu'en 1870, étaient renommés par leur riche architecture et par leur sculpture non moins riche, et passaient, avec l'ordre ionique dont les avait décorés Philibert de l'Orme, pour de gracieux modèles de l'architecture de la
Renaissance française. Le pavillon central comprenait, au temps de Catherine, un bel escalier qui, d'après le P. du Rreul, était « tournant en limaçon, suspendu en l'air
Façade (avant-corps, pavillon central et ailes) du Palais des Tuileries (côté du jardin).
sans aucun moyen qui en soutienne les marches, et était le plus beau chef-d'œnvre d'architecture et l'une des plus hardies pièces qu'on puisse voir en nostre France ». Henri IV, ne trouvant pas la partie des Tuileries construite sous Catherine assez vaste, y fit ajouter par Du Cerceau (V. ce nom) une aile à grands pilastres composites se dirigeant vers le midi et un énorme pavillon arrivant jusqu'au quai, l'ancien pavillon de Flore. Sous Louis XIV, les Tuileries eurent à subir d'autres importantes modifications qui en altérèrent l'élégante ordonnance : de 1660 à 1665, sous la direction de Levau (V. ce nom), la façade du palais fut achevée du côté du N. ; les pavillons dePhiUbert de l'Orme furent exhaussés, et le pavillon central vit disparaître son dôme cylindrique et fut couronné d'un dôme quadrangulaire, en même temps que la masse de ce pavillon était amplifiée et surélevée ; enfin, après des modifications, surtout intérieures, dirigées par Percier et Fontaine (V. ces noms) sous le premier Empire, sous Louis-Philippe, l'architecte Fontaine eut encore à augmenter, surtout comme combles, la masse des bâtiments et, malgré son talent, ne put qu'en alourdir encore l'aspect. Notre gravure représente, d'après Rlondel {Cours d'architecture ; Paris, 1673, in-8, t. HI, pi. IX), V avant-corps de la façade des Tuileries du côté du •jardin après les agrandissements et exhaussements exécutés par Levau sous Louis XIV et avant les modifications dues à Fontaine sous Louis-Philippe. Pendant le second Empire, le pavillon de Flore fut entièrement reconstruit, et d'élégantes transformations furent apportées aux appartements intérieurs de la partie méridionale du palais par l'architecte Lefuel (V. ce nom), qui, de plus, fit achever la grande galerie de communication du Louvre aux Tuileries, comprenant la salle des Etats, et eut, après la destruction du palais en 1871, à faire reconstruire les pavillons de Flore et de Marsan, le premier affecté aujourd'hui au ministère des colonies, et le second, sur la rue de Rivoli, affecté à l'Union centrale des arts décoratifs.
Le premier Jardin des Tuileries, au-devant du palais, commencé et terminé sous Catherine de Médicis, de 1564 à 1571, et dont Du Cerceau a gravé le plan en 1578, comprenait, dans le sens de la longueur, six grandes aUées coupées par huit autres dans le sens de la largeur, ces allées produisant ainsi des parquets ou compartiments rectangulaires renfermant des motifs variés : massifs