‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 256 sur 633 · TUNNEL · texte numérisé non relu

TUNNEL

1825 le bouclier pour le çercement de son tunnel sous la Tamise (V. ci-dessus). Depuis, l'engin a reçu de nombreux perfectionnements. En 1892, l'ingénieur Berlier l'a introduit en France pour exécuter le siphon de Clichy, puis, en 1895, celui de la Concorde. Cette dernière année, un autre ingénieur, Chagnaud, l'a utilisé, pour la première fois chez nous, à la construction des souterrains de chemins de fer. Depuis, il a été employé sur nombre de chantiers, variant de dispositions et de formes avec chaque constructeur : bouclier Chagnaud, bouclier Fougerolle, bouclier Dioudonnat, bouclier Champigneul, bouclier Weber, bouclier Lamarre, etc., mais se composant toujours, qu'il fût circulaire, elliptique ou semi-elliptique, des mêmes éléments essentiels. Toutefois, les uns permettent de fouiller en entier la section du tunnel (Chagnaud, Dioudonnat, Weber, Lamarre). Avec les autres, au contraire, on ne creuse que la partie correspondante à la calotte, autrement dit le «strosse», la partie entre les pieds-droits ne s'enlevant qu'après et par les procédés ordinaires, alors que le revêtement de la calotte est terminé (Fougerolle, Champigneul). Dans son ensemble et abstraction faite des différences de détail, le bouclier se compose de deux poutres métalliques,

Fig. 5. . Bouclier Champigneul (coupe longitudinale).

circulaires ou elliptiques, que relient longitudinalement des entretoises et qui partagent Fengin, dans le sens de Taxe du tunnel, en trois parties : F avant-bec, le corps et la queue (fig. 5 et 6). L'avant-bec s'avance en porte à

Fig. 6. — Bouclier Cliampigneul (coupe transversale).

faux ; son arête, qui est tranchante, se trouve découpée en visière, et c'est à son abri que les mineurs excavent le front d'attaque et préparent la course. Le corps proprement dit se trouve compris entre les deux poutres. Il procure le point d'appui sur le sol, donne la stabilité au bouclier. La queue, coupée en carré, est comme Favant-bec, en porte à faux. On la supporte par des consoles prenant appui sur la poutre arrière et c'est sous sa protection que s'exécute le revêtement. Le tout a une longueur qui varie, dans les conditions normales, de 5 à 7 m. Une enveloppe en tôle d'acier, de 15 à 18 millim. d'épaisseur, est rivée sur les cornières supérieures des poutres. Elle constitue la carcasse du bouclier et délimite l'extrados de la voûte, dont elle épouse la forme. Des vérins, au nombre de huit à dix, sont régulièrement espacés sur le périmètre intérieur du corps central et fixés au-dessous des caissons que

forment les deux poutres et les entretoises. Mus par un système de pompes, qu'actionne une dynamo, ils prennent appui, d'autre part, sur la partie du revêtement déjà terminée et servent à faire progresser l'engin en avant. Diverses méthodes ont été préconisées pour l'emploi du bouclier. Nous n'en décrirons qu'une, la plus usuelle, en France du moins. Elle consiste à préparer seulement le chemin en creusant en avant une série de fouilles voisines sur une section totale plus étroite que la section définitive. Dans sa marche, l'engin dresse l'excavation et fait tomber les terres intérieures. On utilise ainsi la puissance de l'avant-bec, du couteau, en réduisant au minimum l'effort demandé aux vérins. L'épaisseur de la couronne qu'on laisse dépend de la nature du terrain et de la difficulté qu'éprouve le couteau à y pénétrer. En général elle est de 0"»,30. Le revêtement s'exécute à l'arrière, simultanément. La largeur d'un cintre est, le plus habituellement, de 1 m. , et c'est de cette quantité que progresse à la fois, sous l'action des vérins, l'ensemble de l'appareil, à mesure que l'excavation correspondante est préparée à l'avant et le revêtement terminé à Farrière. Le bouclier trouve sa principale application dans les terrains ébouleux et aquifères. On le munit, dans ce dernier cas, d'une ou deux cloisons verticales percées d'ouvertures qu'on peut fermer par des portes et qui le partagent en deux ou trois chambres. La vase, pendant le mouvement en avant, flue par les portes et on l'enlève dans le corps même, à l'abri de l'enveloppe et de la cloison. Les nouveaux tunnels sous la Tamise, ceux de la Severn et de la Mersey, celui de la rivière Saint- Clair, aux Etats-Unis, ont, notamment, été construits par ce procédé. On Fa aussi utilisé, dans ces derniers temps, pour les voies ferrées établies sous les rues des grandes villes : Central London Railway à Londres, prolongement de la ligne d'Orléans jusqu'au quai d'Orsay et chemin de fer métropolitain à Paris. De façon générale et malgré les trépidations dues aux voitures, dont la circulation avait été maintenue, on a pu opérer dans tous ces cas sans accidents. Il y a eu toutefois quelques mécomptes : avantbecs faussés par la rencontre de vestiges d'anciennes substructions ou d'égouts, mouvements dans le sol et excavations dans les chaussées des voies suivies, etc. Les vitesses moyennes réalisées sur les chantiers du Métropolitain de Paris ont varié entre 0'«,60 et 3"^,80 par jour, suivant les circonstances et les terrains.

Procédé pneumatique. Lorsqu'il y a lieu de craindre des infiltrations abondantes, soit que le terrain recèle de nombreuses sources, soit qu'on opère sous une rivière ou un bras de mer, l'air comprimé peut rendre de grands services, en empêchant l'eau de pénétrer dans le chantier d'attaque de front. Une séparation est établie entre la partie achevée du tunnel et le chantier d'avancement. On maintient dans celui-ci, où l'on accède à travers un sas en air, une pression qui varie avec les circonstances. L'avancement de l'appareil est suivi de près par le chantier de maçonnerie. Ce procédé, qui parait avoir été expérimenté pour la première fois par Hersent et Couvreur à l'occasion du creusement d'une galerie dans le port d'Anvers, a aussi été employé au début des travaux du tunnel de FHudson, et, en France, au tunnel deBraye, dont le percement s'est poursuivi dans des sables très aquifères. Fraysse Fa amélioré en remplaçant le blindage ordinaire en planches ou en madriers par des palplanches en fer percées de trous sur la face en contact avec les sables et contenant de l'air insufflé à 2, 3, 4 et 5 atmosphères.

Procédé par congélation. On y a recours dans les mêmes circonstances. On en connaît deux : le procédé Pœtsch, qui consiste à faire circuler une solution concentrée de chlorure de calcium, à très basse température, à travers des tubes qu'on loge dans le terrain à congeler, et qui permet de déterminer en moins d'un mois, dans les terrains les plus aqueux, un bloc solide de 6 m. sur 8 m., occupant toute la hauteur des tubes ; le procédé Lind"

TUNNEL — TUPIGNY

marky dans lequel la congélation est produite par une machine réfrigérante envoyant, par heure, vers le front d'attaque, séparé du reste du tunnel par une double cloison en planches, 700 m. c. d'air froid.

Perforation mécanique (V. Air, t. I, p. 1048, et Perforateur) .

Revêtement. Le revêtement, qui se compose, nous le savons, de deux pieds-droits, d'une voûte reposant sur ces pieds-droits et d'un radier les reliant à leur base, se fait, le plus souvent, en maçonnerie ordinaire. Son épaisseur, qui est en moyennnede 0™,70, peut descendre à 0™,30 dans les terrains très consistants et aller jusqu'à 1 m. et même au delà si le sol est ébouleux ou si les pressions à supporter sont considérables. Dans les roches très dures, on peut parfois se dispenser de tout revêtement ou, tout au moins, ne le faire que partiel. En tout cas, on maçonne toujours les deux têtes ou entrées. Les matériaux employés sont, de préférence, de faible échantillon : briques ou moellons. La pierre de taille ne se rencontre qu'exceptionnellement. En Amérique, il existe aussi des exemples de souterrains revêtus intérieurement d'une charpente en bois. On avait enfin, tout d'abord, dans le procédé du bouclier, fait exclusivement usage de revêtements métalliques. Ils se composaient d'une série d'anneaux, démontés, pour les rendre plus maniables, en segments, qu'on assemblait sur place au moyen de boulons. Mais depuis cinq ou six ans, on leur a substitué le revêtement maçonné, qu'on exécute directement, comme nous l'avons plus haut indiqué, sous la queue du bouclier.

Les plus longs tunnels. — Le plus long tunnel de chemin de fer est actuellement encore le tunnel du Saint- Gothardy qui mesure exactement 15kil., et dont la construction a duré dix ans, de 1872 à 1882 (V. Air, t. I, p. 1049). Viennent ensuite, en laissant de côté les tunnels sous l'eau :1e tunnelduMont-Cenis(iS^8'-li),({m a 12i^ii,23; le tunnel de VArlberg (1880-84), sur la ligne d'Innsbruck à Bluden, qui a 10^'\25 ; le tunnel de Ronco (1883-88), sur la ligne de Gênes à Alexandrie, qui a 8^'^^28 ; le tunnel de Borqallo (1887), sur la ligne de Parme à la Spezzia, qui a 7''",7o ; le tunnel de Hoosac (1854-76), sur la ligne de Troy à Greenfield, aux Etats-Unis, qui a 7^^\65 ; le tunnel de MarianopoH (1879-85), sur la hgne de Palerme à Catane, qui a 6^'^^48 ; le tunnel de Slandpige ( 1 832), sur la ligne de Londres à Birmingham, qui a 4^"^97. En France même, les plus longs tunnels de chemins de fer sont ceux de la Nerthe (4.639 m.), de Blaizy (4.100 m.), du Credo (3.965 m.), de Rilly (3.450 m.); les plus longs souterrains de canaux sont ceux de Bony (5.670 m.) sur le canal de Saint-Quentin, de Mauvages (4.877 m.) sur le canal de la Marne au Rhin, de Balesmes (4.020 m.) sur le canal de la Marne à la Saône, de Pouilly (3.300 m.), sur le canal de Bourgogne, de Braye-en-Laonnois (2.365 m.) sur le canal de l'Oise à l'Aisne, de Moiit-de-Billy (2.300 m.) sur le canal de l'Aisne à la Marne.

Comme tunnels sous l'eau, on doit citer d'abord le tunnel de la Seuern (1873-88), qui a 7^"^35, puis le tunnel du Saint' Laurent, près de Montréal, qui a 4^^^\75, le tunnel de la Mersey (1880-85), qui a 3'^^\20, le tunnel de Saint-Clair (iSS9-9i), au Canada, qui a l''^^81'.

D'autres grands tunnels sont en construction ou projetés. Letunnetdu Simplon, qui portera à cinq le nombre des grandes traversées des Alpes, atteindra 19.770 m., soit presque un tiers enplusqueleSaint-Gothard. Décidé en 1895, il a été commencé en 1898, et les travaux en sont très activement poussés (V. Simplon). Le tunnel de r Atlantic- Averne, l'East-River, entre New York et Brooklyn (chem. de fer de Manhattan), aura, avec ses prolongements et raccordements, à peu près la même longueur. Le tunnel deMeudon (ligne d'issy àViroflay), commencé en 1898, doit mesurer 3.360 m. Il a été divisé, pour l'exécution, en deux parties presque égales, l'une, du côté [ssy, percée par les anciennes méthodes de boisage, l'autre,

GRANDE encyclopédie. XXX[.

du côté Viroflay, avec un bouclier Fougerolle. Les deux tunnels projetés en Angleterre, l'un sous le bras de mer de Soient, entre l'île de Wight et la côte, l'autre entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, à hauteur de l'île Magee, auraient, le premier 6'^ii,400, le second 60 kil. environ, dont 24 sous la mer. Le tunnel sous la Manche, entre le cap Gris-Nez et Eastware, n'en eût eu que 32. On sait que les travaux, déjà entamés sur les deux côtes, ont été interrompus en 1883 par ordre du gouvernement anglais.

Enfin le Métropolitain de Paris constituera, lorsque les hgnes actuellement concédées seront construites, l'un des plus grands et des plus intéressants réseaux de tunnels encore existant. Sur une longueur totale de 65 kil., plus de 45 doivent être, en effet, en souterrain. Le tronçon actuellement terminé (1901) est tout entier dans ce dernier cas. Il mesure, de la porte de Vincennes à la porte Maillot, i0^'\6, auxquels s'ajoutent 3'"\3 pour les raccordements de l'Etoile à la place Dauphine et au Trocadéro. La largeur intérieure est, pour deux voies à 1"\44 d'écartement, de 6"^,60 au niveau des rails, de 7"',10, deux mètres et demi plus haut, au niveau des naissances. Lajhauteur sur l'axe ne dépasse pas 5^^,20. Les pieds-droits sont en arc de cercle, la voûte est elliptique, le radier est concave. La maçonnerie a une épaisseur de 0«^,75 pour les pieds-droits, de 0™,75 pour la voûte, à la clef. Un enduit continu de 2 centim. la revêt intérieurement afin d'empêcher les suintements. Les travaux furent répartis en onze lots. Le bouclier fut partout employé, afin de ne pas interrompre, autant que possible, la circulation, maison laissa aux entrepreneurs le choix du système. En quinze mois, tout était terminé, infrastructure et superstructure. A Londres, le vieux Métropolitain, qui mesure 64 kil., est presque entièrement en souterrain. Il comprend notamment un circuit fermé de 21 kil., sur lequel s'embranchent toutes les autres lignes. Le nouveau Central- London n'est également qu'un long tunnel de iQ^'^\^.

Prix de revient. — Les statistiques officielles évaluent à 1.300 fr. par mètre courant le prix de revient moyen des tunnels jusqu'ici construits en France. Les minima et les maxima paraissent avoir été, sauf circonstances tout à fait exceptionnelles : pour les tunnels à une voie, de 35 m. q. de section, 800 et 1.200 fr.; pour les tunnels à deux voies, de 50 m. q. de section, 1.200 et 2.200 fr. Le tunnel du Mont-Cenis a coûté 75 millions defr., soit 6.130 fr. par mètre, le tunnel du Samt-Gothard, 67 millions de fr., soit 4.450 fr. par mètre, le tunnel de l'Ariberg, 42 millions de fr., soit 4.050 fr. par mètre. Les 14 kil. actuellement achevés du Métropolitain de Paris ont coûté 37 millions de fr., soit un peu plus de 2.500 fr. par mètre. Les travaux du tunnel de Meudon ont été adjugés 1.500 fr. le mètre. La dépense du tunnel du Simplon est estimée devoir s'élever à 45 millions de fr., soit 2.300 fr. par mètre: la moitié du prix de revient du tunnel du Saint-Gothard, le tiers du prix de revient de celui du Mont-Cenis. Pour le tunnel projeté entre la Grande-Bretagne et l'Iriande, on devrait compter, d'après le devis, 250 millions de fr., soit 4.200 fr. par mètre. L. S.

BiBL. : F. RziKA, Tunnelbaukunsl ; 2° éd., Berlin, 1874, ^2 ~Ï^-:^.\P^}^^^^^' Tunnelling explosive compounds and rock drills ; New York. 1878. — Revaux, Percement des Alpes; Paris, 1879. — Walker. Tlie Severn Tunnel - \fJ!i^on% ^^f- -;.C DoLEZALEK, Tiinnclbau; Hanovre', 1889-90, ^ vol. -- G. HuMBERT, Traité des chemins de fer: Pans, 1891. - E. Ponezen, Travaux de terrassements, tunnels et dragages; Paris, 1891. - L. Troske, Die Londoner Untergrundbahnen ; Berlin, 1892. — Bricka Traité de la construction et de l'exploitation des chemins de fer- Pans, 1891. ~.R. Philippe, le Bouclier; Paris, 1900.

TUPAC-Ajiaru (V. Pérou, § Histoire).

TUPAIA(Zool.) (V. Cladobaïe).

TUPELO (Bot.)(V. Nyssa).

TU PIS. Peuplade du IJrm7 (V. ce mot, t. Vil, p. 1089). TUPIGNY. Corn, du dép. de l'Aisne, arr. de Vervin<=! cant. de Wassigny; 99i- hab. Stat. de chem. de fer.

TUPIN - TUHBËLLARIÉS

TUPIN-et-Semons. Corn, du dép. du Rhône, arf. de Lyon, cant. de Condrieu ; 359 hab.

TUPIZA. Ville de Bolivie, dép. et à 225 kil. S. de Potosi, sur un tributaire du Piicomayo, près de la frontière argentine; 3.000 bab. Entrepôt du commerce sur la route de Potosi à Jujuy.

TUPY (Eugène), poète tchèque (V. Jablonski).

TUQUERRES. Ville de Colombie, dép. de Cauca, à 40 kil. 0. de Pasto et 3.400 m d'alt.; 8.000 hab. Son port est Tumaco.

TU RA (Cosimo), diti^ Co^m^, peintre italien du xv^ siècle, né à Ferrare en 1432, mort à Ferrare en 4495. Cet artiste, considéré comme peintre attitré des princes d'Esté, subit la double influence de Mantegna et de Piero délia Francesca. Il prit une part importante à la décoration de la salle du palais de Schifanoja, dont les fresques repj^ésenlent les Douze Mois. Sa technique est un peu hésitante. Ses figures, d'une certaine sécheresse, ont de beaux reliefs anatomiques, ses architectures sont justes et leur décoration de bon goût. On connaît de lui : à Ferrare, la Crèche, les Actes de saint Eustache, la Vierge entourée de saints, \q Martyre de saint Maurelius, les Miniatures de 23 livres de chœur ; à Londres, Jésus mis au tombeau, la Vierge et son divin fils; à Berlin, le Sommeil de V enfant Jésus ; au Louvre, une Pietà et un saint. A. Girodie.

BiBL. : F. MûNTZ, Histoire de l'art pendant la Renaissance, t. lïl.

TURANOSE (Chim.) (V. Saccharose).

TURBA PHILOSOPHORUM. Cet ouvrage, qui joue un grand rôle chez les alchimistes latins du moyen âge, affecte la forme d'un dialogué. C'est une compilation de citations attribuées à des philosophes anciens et à des philosophes alchimistes proprement dits. Elle est écrite en latin, mais traduite de l'arabe ; cependant aucun alchimiste arabe n'y est cité, mais seulement des auteurs grecs, dont les noms ont été plus ou moins défigurés dans cette double traduction. Elle est donnée comme l'œuvre d'Arisleus, pythagoricien, et elle reproduit des pages entières de la Chrysopée et de VArgyropée du Pseudo-Démocrite, ainsi qu'une multitude d'axiomes des philosophes grecs. La Turba est accompagnée de gloses et commentaires intitulés Allegoriœ sapientum, JEnigmata, etc., dus à des commentateurs arabes et latins de date postérieure. M. Berthelot.

BicL. ; Berthelot, Histoire de la chimie au moyen âge, 1. 1.

TURBALLE (La). Com. du dép. delà Loire -Inférieure, arr. de Saint-Nazaire, cant. de Guérande; 2.786 hàb. Station balnéaire. Fabr. de sardines à l'huile et de conserves alimentaires.

TURBAN (persan dulband). I. Coiffure. — Pièce d'étoffe de 5 à 6 m. de long et de quelques décimètres de

large que les musulmans se roulent autour de la tête en guise de coiffure ; ils sont, \iM. -A^^J^^ suivant la richesse de ceux qui les por- 'ï'urbans. tent, entoile,

en dentelle, en cachemire, en soie. Dans quelques contrées de l'Islam, le turban s'enroule autour d'une sorte de calotte qui porte le nom de fez. Seuls, les émirs qui se prétendent descendants du prophète ont le droit de porter le turban vert, ceux des autres Turcs sont blancs ou rouges. Le turban est de moins en moins porté dans les grandes villes de l'Empire turc, mais il s'est scrupuleusement conservé dans les provinces d'Asie où il est la coiffure des indigènes.

IL Malacologie. — Cette appellation désignait jadis des coquilles appartenant aux genres Turbo et Clanculus. Le

Turban persan est le Turbo cidaris de l'océan Pacifique ; le Turban de Pharaon estle Clanculus Pharaonis de la mer Rouge. On donnait encore le nom de Turban turc ou Balanûs tintinnabulum, lequel fait partie des Cirrhipèdes.

TURBE (Ane. dr.) (V. Coutume).

TURBÈH (de l'arabe turbè, tombe). Nom donné dans les pays musulmans à des mausolées dans lesquels sont renfermés les cercueils des grands personnages, princes ou saints. L'un des premiers soins des princes musulmans en montant sur le trône était de faire commencer la construction d'un monument magnifique, qui reçût leur dépouille après leur mort. Quand un souverain n'avait pas pris ce soin, on déposait généralement son cercueil dans une mosquée.

TURBELLARIÉS (Zool.). Groupe de Vers-Plathelminthes, essentiellement caractérisés parle corps aplati, foliacé ou rubané, non segmenté, uniformément cilié, généralement dépourvu de crochets et de ventouses, possédant un ganglion cérébroïde, une bouche et un tube digestif simple ou ramifié, sans anus. A l'exception des Geoplana qui sont terrestres, les Turbellariés sont aquatiques et répandus aussi bien dans les eaux douces (Planaires) que dans la mer. Ils nagent ou glissent à la surface des corps, grâce aux mouvements de leurs cils vibratiles; les grandes espèces se déplacent par un mouvement d'ondulation du corps. Le mouvement des cils produit un tourbillonnement.

Coupe longitudinale d'un Turbellarié (d'après Rêmy Perrier). — b, bouche; p, pharynx; gs, cavité du pharynx; gt, gaine du pharynx; i, intestin; i, ouverture des caecums latéraux ; a, branche médiane antérieure ; m, orifice mâle; f, orifice femelle; c, centres nerveux.

d'où le nom de Turbellariés, et des courants nécessaires à la respiration qui est cutanée. La bouche est ventrale et peut atteindre et dépasser la moitié du corps ; le pharynx, qui y fait suite, peut souvent se dévaginer ; le tube digestif n'est droit, par régression, que chez les Rhabdocœles. Chez les Dendrocœles, il porte latéralement des caecums simples ou ramifiés, rappelant la métamérisation primitive, telle qu'elle existe chez les Annélides et surtout chez les Hirudinées ; cette métamérisation est masquée par les ramifications des csscums, et le déplacement de la bouche éloigne de plus en plus les Turbellariés des Annélides, dont ils dérivent par une souche commune avec les Hirudinées ; c'est un phénomène de régression analogue à celui qui caractérise les Géphyriens. Les Turbellariées se rapprochent également des Trématodes (V. ce mot) que leur genre de vie parasite a dotés de ventouses et dépouillés du revêtement ciliaire»

L'appareil excréteur consiste en un système aquifère ramifié, qui n'existe pas chez les Dendrocœles, et dont les nombreux canaux présentent de distance en distance des touffes de poils et débouchent à la surface du corps, soit par un orifice unique, soit par des orifices métamérisés. Le Système nerveux est formé d'un ganglion cérébroïde double et de deux gros nerfs longitudinaux avec commissures transversales, soit métamérisées, soit irrégulièrement ramifiées. La tête, peu distincte, offre des taches oculaires, rarement des otocystes et souvent des tentacules à cellules neuro-épithéliales terminées par des soies tactiles. Les Turbellariés sont tous hermaphrodites, avec testicules et ovaires nombreux, métamérisés; chez les formes inférieures, la disposition est de plus en plus analogue à celle qu'on observe dans les Trématodes. Développement direct, avec, chez quelques espèces marines, une larve rappelant la trochosphère. Quelquefois, par

TURBELLAMÉS ~ TURCKHEIM

division transversale, se forment des chaînes linéaires et temporaires (Microstomum lineare). Les Tiirbeliariés se divisent en deux ordres : 1^ Dendrocèles, à tube digestif ramifié; 2** Rhabdocèles, à tube digestif simple. On y rattache parfois les Némertiens sous le nom de Rhyncocèles (V. Dendroc(K:les, Rhabdocèles et Némertiens). TU RBI E (La). Com. du dép. des Alpes-Maritimes, cant. d6 Villefranche, arr. de Nice ; 3.067 hab. (925 aggL). Stat. du chem. de fer de Nice à, Vintimille. C'était jadis la frontière de la Provence et de la Ligurie. Le trophée érigé par Auguste en 47 av. J.-C, pour commémorer ses victoires sur les peuples des Alpes, fut converti en forteresse au xv^' siècle. Sur ses ruines on a retrouvé des restes de Fiascription, conservée par Pline (V. Revue archéoL, oct. 1869). — Au pied du village, assis sur l'arête qui joint la Tête de Chien (573 m.) au mont Agel (1.449 m.), sont les pittoresques villas du Cap d'Ail et la principauté de Monaco.

TURBIGO. Village d'Italie, prov. de Milan, sur le canal de Naviglio Grande et le chem. de fer de Novare à Saronno. Le 31 mai 1800 et le 2 juin 1859, les Français y défirent les Autrichiens.

TURBINE (Mécan.) (V. Moteur).

TURBINELLA (Malacol.) (V. Murex).

TURBITH (Bot.), On donne le nom de turbith végétal à VIpomœa turpethum R. Br. (V. Ipom/ea), des Indes et de la Malaisie. Sa racine, qui se présente dans les pharmacies en morceaux droits ou plies, parfois contournés, larges de 15 à 20 centim., à surface extérieure jaune fauve cendré ou rougeâtre, avec des sillons longitudinaux profonds, renferme une résine et un glycoside insoluble, la turpéthine, et constitue un drastique puissant qui enire dans la composition de Feau-de-vie allemande. — Le î. de Montagne est un Laserpitium (V. ce mot). Dr L. Hn.

TURBO. ï. Malacologie.— Mollusques Prosobranches à coquille solide, turbinée ou conoïdale, perforée ou imperforée, à pourtour arrondi, nacrée à Fintérienr. Ouverture entière, circulaire, à péristome souvent prolongé à la base en une languette plus ou moins saillante ; opercule calcaire, très épais, brillant, convexe, extérieurement aplati à sa surface interne ; nucleus central. L'animal a une tète proboscidiforme, élargie en avant; les tentacules longs, cylindriques ; les pédoncules oculaires placés en dehors de la base des tentacules. Le pied large est tronqué en avant. Les Turbos vivent dans toutes les mers. Leurs coquilles fournissent une très belle nacre.

IL Paléontologie. — Les espèces fossiles sont deux fois plus nombreuses que les espèces actuelles. Le genre apparaît dans le silurien, mais la détermination reste douteuse quand l'opercule manque. Les formes sont de petite taille. Les genres Cyclonema, Turbonitella, Eunema, Platyœra, Cirrus , etc., sont de la même sous-famille. TURBOT. I. Ichtyologie (V. Rhombus).

Il Pêche. — Ce poisson, qui se trouve le long des côtes atlantiques d'Europe et dans la Méditerranée, se tient généralement par fonds de sable ; sa nourriture consiste en mollusques, petits crustacés, poissons. On le prend aux cordes et au chalut.

III. Art culinaire. — La turbot, surnommé le roi des poissons de mer, a une chair blanche, feuilletée, aussi savoureuse que délicate. Il était très estimé des Romains qui, non contents d'en faire un usage culinaire étendu, voyaient encore en lui un agent thérapeutique puissant : applicjué vivant sur Fhypocondre gauche, le turbot guérissait les maux de rate, et son fiel entrait comme partie constituante dans un collyre souverain. — On le sert généralement entier et préparé de la façon suivante : après l'avoir vidé par une incision transversale pratiquée près des ouïes, on ébarbe et on coupe les nageoires, puis on le lave dans plusieurs eaux fraîches ; on fait un« nouvelle incision h long de Faréte, sur 1« dos,

pour ôter deux ou trois nœuds de l'arête, ce qui donne au turbot plus de souplesse et l'empêche de se fendre pendant la cuisson. Ensuite, avec une aiguille à brider et de la ficelle oh assujettit la tête en passant deux fois fa ficelle dans l'épaisseur du poisson ; on frotte le turbot avec du sel blanc et le jus d'un citron et on le place dans une turbotière (V. ce mot) où on le laisse cuire dans un court-bouillon, d'abord à feu vif, puis à feu modéré dès que Fébullition a commencé, pendant une heure ou deux, selon la grosseur. La cuisson achevée, on égoutte le turbot et OH le sert avec une garniture, soit de persil, soit de pommes déterre cuites à l'eau de sel, soit de croquettes de pommes 'de terre ou d'éperlans panés et frits. On sert à part, dans une saucière, du beurre frais fondu dans lequel on a ajouté sel, poivre, jus de citron, ou bien avec une sauce blanche aux câpres. — Les débris du turbot se consomment en salade, en vol-au-vent, accompagnés d'une sauce mayonnaise; etc. — Les très petits turbots ou turbotins se mangent frits, grillés ou au gratin.

TURBOTIÈRE. Sorte de grande casserole sans queue, de forme oblongue ou carrée, en cuivre étamé. Elle contient, percé de trous, un double fond, muni de deux anses, sur lequel on place le turbot ou tout autre poisson volumineux que l'on veut faire cuire en entier.

TURC (Ornith.) (V. Pigeon).

TURCAN (Jean), sculpteur français, né à Arles (Bouches-du-Rhône) le 12 sept. 1846. Elève de Cavelier, il obtint un premier succès au Salon de 1878 avec son groupe de Ganymède. Parmi ses œuvres ultérieures, nous citerons: Houdon; le Général Hoche; l'Aveugle et le Paralytique (marbre, musée du Luxembourg) ; de nombreux bustes et médaillons, etc.

TURCEY. Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. de Dijon, cant. de Saint-Seine-FAbbaye ; 311 hab.

TURCHI (Alessandro), dit Alessandro Ver onese ou VOrbetto (petit aveugle), peintre italien, né à Vérone en 1582, mort à Rome en 1648. Il reçut des leçons de Riccio, à Vérone, et de Carlo Caliari, à Venise (V. ces noms), puis vint à Rome oti il perfectionna son talent. Sa manière rappelle Fécole romaine pour le dessin et l'expression, Fécole de Venise pour le coloris, l'école lombarde pour la force et la grâce. Il savait donner à ses compositions beaucoup de charme et de morbidesse, se montrant surtout supérieur dans la distribution des couleurs; il avait, notamment, adopté une teinte rosée qui donne à ses toiles un cachet particulier. Ses admirateurs ne craignirent point de l'égaler à Annibal Carrache. — OEuvres à Vérone, Rome, Milan, Dresde, Munich, au Louvre {le Déluge, Samson et Dalila, le Mariage mystique de sainte Catherine, la Femme adultère et la Mort de Cléopâtre).

TURCKHEIM {Thurincheim, 896, allem. Tûrkheim). Petite ville de la Haute-Alsace, arr. de Colmar, cant. de W^inzenheim, sur la Fecht, le canal du Logelbach et le chem. de fer de Colmar à Metzeral; 2.462 hab. Filature de coton; fabriques de papier; vins estimés. Eghse paroissiale moderne, avec tour carrée à quatre étages en style roman. Plusieurs maisons de l'époque gothique. Les nombreuses antiquités, trouvées sur la rive droite de la Fecht, font supposer qu'il existait là une petite ville dès l'époque gallo-romaine. Au commencement du moyen âge, F abbaye de Munster avait sur la rive gauche des maisons et des propriétés, constituant la cour colongère qui subsista jusqu'en 1789, autour de laquelle se développait un village qui, entouré de murs, fut érigé par un diplôme de l'empereur Henri VII de 1312 en ville libre, dépendant du bailliage de Kaysersberg, mais dont la suprématie était partagée entre les abbés de Munster, les empereurs d'Allemagne et les archiducs d'Autriche, et était représentée par trois prévôts (Schultheiss) . En 1675, Turenne s'empara de la ville et en chassa les Impériaux. Sur les ordres de Louis XIV, les fortifications furent rasées, mais il en subsiste encore deux portes,

TURCKHEIM — TUKCOMANS —

trois tours et une partie de l'enceinte. Turckheim porte : D'argent à une porte carrée de gueules dont les pentures et les anneleis sont de sable. — Patrie de la famille des Roesselmann (V. Colmar), de Conrad et de Pierre Wickramm, théologiens du xvi« siècle, de Charles Grad, publiciste et homme politique (1842-90), en l'honneur duquel on a élevé, en 1895, un monument aux bords de la Fecht. — A 6 kil. au N.-O., à une ait. de 690 m., le lieu de pèlerinage des Trois Epis y station de cure d'air très fréquentée, reliée à Turckheim par un tramway électrique. L. W.

BiBL : Revue d'Alsace, 1851 et 1872. — Tour du monde^ 1884, XLVIII, 146-150. - Ch. Gérard, la Bataille de Turkheim ; Colmar, 1870.

TURCO. Ce nom, par lequel on désigne, dans le langage populaire, les tirailleurs indigènes, paraît leur avoir été donné, pour la première fois, pendant la guerre de Crimée, par les Russes, qui, à leur costume, les avaient pris, dans un assaut, pour des Turcs (V. Tirailleur).

TURCOMANS (Ethnol.). Les Turcom ans ou Turkmènes représentent l'élément autrefois dominant de la population de l'ancien Kharezm (V. Khiya). Ils descendent des Turcs d'avant l'invasion mongole, de même que les Tadjiks descendent des Touraniens d'avant l'invasion turque, des anciens habitants de l'Asie antérieure, ni sémitiques, ni aryens. Il est donc bien probable que leur nom de Turkmènes {mans ou mènes équivalant à l'allemand thum) a le sens qu'on lui attribue souvent de Turcs de souche, de Turcs vrais ou par excellence. Il est d'ailleurs possible que ce nom même leur ait été donné en raison de ce qu'ils ont continué à mener la vie nomade des ancêtres en fournissant sans cesse comme eux de nouveaux essaims d'envahisseurs. Les Turcs qui ont envahi les Etats civilisés de l'Asie centrale se sont en effet tous présentes d'abord dans l'Etat même où étaient les Turcomans jusqu'à nos jours. Les Seldjoukides étaient de leurs parents très proches ; les Osmanlis aussi par conséquent, et ils se rattachent sans doute, comme les Seldjoukides, aux Ghouz que les conquérants arabes ont trouvés dans le Kharezm. Les Ghouz, probablement sous la poussée des Arabes, ont remonté vers le N. de la Caspienne. Ils se sont mêlés entre les rives de l'Oural inférieur et celles de la basse Volga, à d'autres Turcs, les Petchénègues, mentionnés par les auteurs byzantins en 834. De ce mélange, accompli à la fin du xi^ siècle, sont sortis les Koumanes, Polovtsy des archéologues russes. Mais Petchénègues et Ghouz ont pu se fondre aussi, au moins en grande partie, dans l'empire des Khazares, car il n'est plus question d'eux après le xiii*^ siècle.

Les dialectes des Turcomans se rapprocheraient surtout de celui des Osmanlis de l'AnatoIie et de ceux des Azerbaïdjanis de l'Iran et du Caucase, apparentés aux Koumanes. De tels rapports s'expliquent fort bien s'ils sont des descendants du groupe des envahisseurs turcs d'avant la conquête de Djengis Khan. Il ne s'ensuit pas qu'ils doivent différer physiquement des Turcs qui ont coopéré à cette conquête et, en particulier, des Ouzbegs qui se rattachent d'ailleurs, peut-être en partie, aux Ghouz émigrés vers le xi^ siècle vers l'Oural et la Volga, Malgré leur genre de vie et leur habitat qui les isolent, leurs caractères physiques n'ont pas été à l'abri des altérations ; mais les plus purs d'entre eux sont très semblables aux plus purs des Ouzbegs, et il est facile de les distinguer des Mongols. Ils n'ont pas en effet le nez écrasé des Kalmouks, et ils diffèrent même de la plupart des Kirghis par leurs yeux plus ouverts et pas toujours bridés, la longueur plus grande de la face malgré la saillie des pommettes, leur taille moins épaisse et plus haute. Ils ont de la barbe et de la moustache et leur chevelure noire est fournie. Un Turcoman de l'armée russe que j'ai observé m'a beaucoup frappé par la longueur relative de sa face, son nez très haut, fin et très étroit, la sveltesse de sa taille, ses yeux

noirs bien ouverts. Sur les confins de la Perse, ils ont d'ailleurs perdu presque tous leurs caractères mongoliques.

Le gros de la nation occupe la région comprise entre l'Amou-Daria et la Caspienne. Il se divise : 1" en tribus Yomouds qui nomadisent de l'Oust-Ourt à la Perse, le long de la Caspienne ; S** en tribus Tekkês répandues dans les oasis de Kizil-Arvat, de Tedjen, de Merv; S^ en tribus secondaires Sakar, entre Kabakli au N. et Tchardjoui au S., le long de la rive gauche de l'Amou ; 4« Tchoudors, dans le khanat de Khiva au N.; 5^ en Emrali, dans le même khanat au S. On distingue encore : 6^ les Goklan, dans le Khoraçan, qui rejoignent les Yomouds à l'O.; 7° les Ersari, aux environs deKilif, sur l'Amou; 8*^ les Salo7^s, dans l'oasis de Merv ; 9« les Alili, dans les plaines du Turkestan afghan ; 10° les Saryks, sur le plateau de Badhkiz. Il n'y a pas de liens entre ces diverses tribus. Elles vivent indépendantes l'une de l'autre quand elles ne s'ignorent point. Plusieurs d'entre elles, les Sakar, les Emrali, les Goklan, les Salors, les Saryks, sont représentées par un nombre d'individus si modeste qu'elles disparaîtront aussitôt que leur vie nomade changée cessera de les éloigner du reste de la population. Les Tekkés sont les plus nombreux (plus de 300.000); viennent ensuite les Alili (:250.000) ; les Yomouds, les Ersari. Quelques milliers de ceux qui nomadisent dans rOust-Ourt se sont, avec des tribus kirghises auxquelles ils se mêlent, portés, au nord du Caucase, sur la Kouma. Ils sont là en contact avec des Nogais dont les caractères sont plus mongoliques que les leurs, leur origine plus récente remontant en effet à l'invasion de Djengis Khan. Au total, ils n'atteignent pas un million et demi, malgré l'étendue des espaces occupés par eux. Je disais qu'ils avaient conservé les mœurs, le genre de vie de leurs ancêtres turcs et qu'ainsi ils représentaient mieux qu'aucun autre groujje la race turque dans ses instincts et caractères originaires. Les auteurs des inscriptions en vieux-turc de la Mongolie jouissaient toutefois d'un état social plus ordonné et plus élevé; ils subissaient l'influence à distance de la compacte civilisation chinoise et n'étaient pas condamnés à demander leur subsistance à des incursions déprédatrices chez les voisins. Le pays des Turcomans, si favorable à leurs habitudes nomades, ne leur offrait par lui-même que des ressources trop insuffisantes. Il a fait d'eux des brigands, parfois fortement disciplinés et héroïques, mais des brigands. Les Tekkés et les Yomouds en particulier entreprenaient périodiquement en Perse de fructueuses expéditions. Ils ont dépeuplé des districts entiers. On estime à un million le nombre des individus des deux sexes qu'ils ont captures en un siècle.

Ce sont eux qui alimentaient les marchés d'esclaves du Turkestan. Les Yomouds, les Tekkés, en particuHer, ont si régulièrement volé des femmes en Perse, d'un côté, et aussi d'un autre côté chez les Kirghis, qu'ils passaient aux yeux d'autres Turcomans pour descendre pour la plupart d'esclaves. Les femmes de race turcomane qui, quoique musulmanes (sunnites), jouissentd'unegrande liberté ayant en leur nom terre et troupeaux, refusent de s'allier aux fils de captives; mais les Ouzbegs ne leur opposent pas le même dédain. Cette incorporation par les femmes d'éléments persans et autres, quoique régulière et étendue, a laissé intact jusqu'à nos jours le fond des mœurs des Turcomans. Vambéry a pu retrouver parmi eux des tableaux de la vie de leurs ancêtres de la Mongolie. « Les jogei, sigiteiy les pleurants, gémissants des inscriptions vieux-turc, dit-il (Noten zu den altturkischen Inschriften der Mongoleiund Sibériens, 1899, p. 10), se trouvent encore aujourd'hui dans la steppe. Et pendant mon séjour chez les Yomouds de Gorgen, je les ai vus, alors que les nombreux parents et connaissances de mon hôte qui avait perdu un des siens approchaient de notre tente avec de sauvages clameurs et des hurlements. On

TURGOMANS — TURCS

plaçait devant la porte un morceau de feutre ou un tapis, les gémissants s'y asseyaient, et souvent pendant une heure poursuivaient leurs lamentations, expression de leurs condoléances. Jusqu'à nos jours a subsisté l'usage de se blesser et de se défigurer en signe de deuil. Et jusqu'à nos jours aussi, sur le tombeau des morts importants on a élevé des Joska's ou tumuli, bien que la coutume de dresser à leur sommet des statues de pierre, balbale des anciens Turcs, soit depuis longtemps perdue. »

La conquête russe seule, à laquelle ils ont opposé la résistance la plus efficace et la plus prolongée, a pu modifier l'état social des Turcomans en les obligeant à changer de vie. Depuis cette conquête, en effet, ils ont dû renoncer peu à peu à demander une partie de leur subsistance au brigandage. De pasteurs insouciants, ils sont devenus, en partie, éleveurs soigneux. Beaucoup d'entre eux s'adonnent même maintenant à la culture du sol. La plupart sans doute resteront encore nomades, aimant par-dessus tout la vie libre sous latente. Mais de ceux-là même, la Russie peut tirer profit. Elle leur accorde parfois des subsides pour avoir la paix avec eux, mais elle utilise en même temps leurs qualités militaires. Les Turcomans font, comme leurs ancêtres, des soldats excellents et même de bons chefs dans l'armée russe. Zadorowski.

TURCS ou TURCO-TATARS. Anthropologie et Ethnographie. — L'anthropologie des Turco-Tatars intéresse toute l'Asie centrale ; elle intéresse aussi tout le passé du N,. de l'Asie, de la Caspienne au Japon. C'est un sujet immense, encore incomplètement exploré. Des savants ont consacré leur vie à l'histoire des Turcs, sans dissiper entièrement les contradictions et les incertitudes qui obscurcissent leurs origines, leurs caractères et leurs affinités. Aussi n'aurais-je point écrit la présente notice si certaines de mes études spéciales ne m'avaient pas permis de me faire une opinion personnelle sur leurs caractères distinctifs et le passé des territoires qu'ils occupent encore en Asie.

Le groupe turco-tatar a été fondé et étudié d'abord presque uniquement d'après les documents historiques et philologiques. Et certains de ces documents mêmes ont été la source de confusions et d'erreurs qui pèsent encore sur notre manière de penser, parce qu'on s'en est servi sans avoir le moindre égard pour les caractères physiques, les rapports de sang des peuples qu'ils concernaient.

Auxpremières lignes de son ouvrage, Deguignes (fl/5i^. gén, des Huns, 1750 et 1756) déclare que « le témoignage unanime des Chinois, des Arabes et des Grecs prouve que les Huns sont les mêmes que les Turcs ». Et voilà comment il explique cette identité (p. 213) : « Les Tatars occidentaux, que les historiens romains ont connus sous le nom de Huns, portaient dans la Tartarie le nom de Hioung-Nou. Ils y avaient établi un empire considérable qui fut détruit par les Chinois. Les uns passèrent en Occident, les autres restèrent sur les frontières de la Chine et ne furent détruits que par les Tartares Jou- Jouen. Ils étaient presque entièrement détruits, ou du moins ils n'avaient aucune puissance dans la Tartarie, lorsqu'un chef de cette nation, appelé Tou Muen, se mit à la tête de plusieurs hordes et forma un nouvel empire. Ces peuples portèrent alors le nom de Turcs. Hs devinrent maîtres de toute la Tartarie, et se divisèrent en deux branches : les Turcs orientaux et les Turcs occidentaux. ,. » Quelques lignes plus loin, Deguignes classe incidemment « la nation mogole comme faisant partie de celle des Turcs ». Il ne distinguait donc pas entre Mongols et Turcs. Son ouvrage est resté fondamental. Et si on a pu y ajouter quelque chose, on n'y a rien changé dans le domaine historique. Il est essentiel qu'on le sache et qu'on sache aussi que nos certitudes sur l'origine et la nationalité des Huns sont, au point de vue historique, de la même nature que les siennes et ni plus ni moins définitives. Et je renvoie au lumineux article de Drouin (V. Huns), comme à une pré-

face nécessaire de celui-ci. La philologie est intervenue, la question des origines et des affinités des Turco- Tatars étant ainsi historiquement posée. Elle a distingué les Turcs des Mongols proprement dits. Mais en même temps, réunissant en un même groupe les peuples parlant des langues agglutinantes, elle a prétendu établir un lien de parenté entre la plupart d'entre eux. On a fait ainsi des Turcs desOugro-Japonais.On en f ait surtout des Oural-Altaïques. Et en les comprenant avec les Finnois dans un groupe plus resserré, on a été engagé à admettre, étant données les idées préconçues sur la provenance centre-asiatique de tous les peuples de l'Europe, qu'ils pouvaient avoir avec ces Finnois une origine commune. On les a identifiés aussi aux Touraniens. Des anthropologistes acceptent celte identification avec d'autant plus de confiance que des assyriologues ont fait de ces Touraniens des Oural-Altaïques de race. Un ouvrage récent base sur elle la solution même de la question des origines des Turcs (L. Cahun, Turcs et Mongols, des origines à 1405, 1896). Pour son auteur, la question de race dans l'histoire des Turco-Mongols est oiseuse (p. 40). Il va jusqu'à prétendre que dans la famille finno-ougrienne, il n'y a pas une langue de l'un de ses quatre groupes (turc, finnois, mongol, mandchou) qui ne contienne des mots communs aux trois autres, et, même que « nulle part jamais, les Turcs, les Finnois, les Mongols, les Mandchoux n'ont oublié le souvenir de la vieille famille, n'ont renié la foi au langage national » (p. 35). « C'est aux Hioung-Nou, conclut-il, qu'il faut demander le secret des Touraniens » (p. 56). Je ne puis pas passer outre à une telle assimilation, bien qu'en général on doive hésiter à reconnaître une valeur scientifique à ces conséquences extrêmes de considérations prétendument fondées en philologie. C'est avec des données aussi vagues qu'un auteur turc, Djeladdin, a pu écrire : « Il est certain que les Turcs dont parlent Pline {Hist. nat.y VI, 7), Pomponius Mêla, Strabon et même Hérodote, dès les temps les plus reculés, étaient établis dans le Turkestan actuel ». Le savant le plus compétent en ce qui touche les Turcs, Vambéry, admet luimême que les Scythes, et particulièrement les Saces, ont pu être des Turcs nomades. Il ajoute : « La nationalité turque des Parthes est plus vraisemblable. La nationalité turque des Huns est évidente de par la langue. Que les Huns ne se composaient pas exclusivement de Turcs, et que parmi leurs bandes il y avait des Ougres, comme les Zyrianes et les Mordvines, nous n'en voulons pas douter. Mais qu'on les tienne eux-mêmes pour des Ougres comme Klaproth, Hunfalvy et Rittich, c'est une erreur » {Das Turkenvolk, 1885, p. 65). D'autre part, il dit : « Les premières migrations des Turcs vers la Volga, le Pont-Euxin, la Pannonie ou vers l'Oxus et le monde iranien, doivent remonter bien avant Jésus-Christ (p. 59) ». Le nom de Touraniens est employé dans YAvesta pour désigner des ennemis constants des Perses. VAvesta ne nous reporte pas bien loin en arrière (V. ce mot et Perse), et n'étaient les préjugés qui auréolent tout ce qui touche aux premiers Aryens, on reconnaîtrait que les événements où il est question de ces Touraniens sont assez minuscules. Rien, en tout cas, ne les signale à l'attention que la crainte dont ils étaient l'objet de la part d\in peuple qui n'avait pas lui-même entièrement abandonné la vie nomade. Il y avait donc, sans doute parmi eux, des nomades pillards. On n'a aucune certitude sur la place même du Touran qui a figuré dans le Turkestan, au S. de la Caspienne ou sur le plateau de l'Iran même et dans la Médie. En effet le nom de Touranien n'avait sans doute pas de sens plus précis que celui de Scythe, Mais par suite de l'opposition que des exagérations ont créée entre lui et celui d'Iranien, l'usage s'est établi de l'étendre à tous les non-Aryens et non-Sémites de l'Asie antérieure. Or nous savons que les Proto-Chaldéens ou Sumériens, que le fond de la population médique, n'étaient ni Sémites ni Aryens. Oppert luimême ne trouvait l'étymologie du nom de la Médie, Mada,

TURCS

pays, que dans la langue sumérienne. Aussi disait-il que le nom delà Médie est touranien, et que les vrais Mèdes à l'origine étaient des Touraniens (Le Peuple des Mèdes, pp. 10,44, 16). C'est avec cette signification définie, précise, que j'ai employé moi-même le nom de touranien. On ne peut pas l'employer dans un autre sens sans en donner une définition nouvelle. J'ai donné le Touranien comme l'autochtone de l'Asie antérieure qui a envoyé des migrations en Europe à l'époque de la pierre polie et à l'époque du bronze, et auquel se sont superposés le Sémite d'abord en Chaldée, l'Aryen peut-être d'abord (?) en Médie (V. Contribution à F ethnologie ancienne et moderne du Caucase, dans Bullet. Soc. d'anthr,, 4899, p. 609). Mais s'agit-il vraiment d'un élément ethnique distinct? Oui. Nous en avons acquis la certitude : par les crânes recueillis en grand nombre en Europe; par la nature de l'élément que j'ai retrouvé au Caucase comme agent de transmutation des primitifs Caucasiens ; par les caractères de certaines des plus anciennes statues chaldéennes; et par ceux des tlycsos, nomades pourvus de chevaux, un instant maîtres de l'Egypte ; par l'existence actuelle aux mêmes lieux de peuples qui en descendent et ne sont physiquement ni Aryens, ni Sémites. Nous avons pu qualifier cet élément de mongoloïde, mais dans la mesure même oîi nous avons qualifié ainsi nos brachycéphales néolithiques, nos Savoyards. A en juger par les peuples qui en proviennent, et réserve faite pour ses représentants les plus primitifs, il n'était pas mongolique. J'ai pu donner le Persan Hadjemis pour un Touranien (V. Perse). C'est le Touranien modifié dans ses caractères faciaux d'une part par le Sémite-Assyrien, d'autre part par le Turcoman actuel ; par conséquent il se rapproche souvent du Turc, précisément par sa face. Mais des crânes anciens du Caucase^ que j'ai qualifiés de médiques (V. le mémoire cité plus haut), et tous les anciens crânes brachycéphales d'Europe, nous permettent d'affirmer que notre Touranien se séparait absolument du Turc actuel, précisément par ces mêmes caractères faciaux. Ces caractères ne se seraient pas conservés s'il y avait eu des mélanges anciens, puisqu'ils ne se sont pas conservés chez les Hadjemis. Or, il y a encore, sinon aux lieux mêmes où étaient les Touraniens de l'histoire, du moins aux endroits qui y confinent et où il a été refoulé, un peuple (de langue iranienne comme étaient les Mèdes), les Tadjiks, qui a conservé les caractères touraniens à ce point que de ses représentants des montagnes, les Galtchas, on a pu dire qu'ils étaient les Savoyards du Pamir, Jamais on n'a fait des Tadjiks des Mongols, ils en diffèrent par des caractères extérieurs des plus essentiels, ni des Turcs, dont ils n'ont pas la morphologie faciale (V. Turkestan). Il faut donc en finir une bonne fois avec ces confusions entre Touraniens et Turcs, qui sont une source d'erreurs et ne répondent pas à l'état actuel de l'ethnologie.

Mais est-ce qu'il n'y avait pas en Asie centrale, dès une certaine antiquité, des éléments sporadiques comparables aux Turcs? C'est une autre question. Et cette question-là n'est sans doute pas indépendante de celle de l'introduction du cheval domestique dans l'Asie antérieure. Sans aucune raison précise, des auteurs ont prétendu et on répète que les Touraniens, les Proto-Ghaldéens, dont la présence est sûrement pour nous antérieure à toute civilisation, plus ancienne que notre âge néolithique, sont émigrés de l'Altaï ; qu'ils en ont apporté les métaux, même « l'art de l'orfèvre », et nécessairement aussi le cheval. Nous croyons au contraire, aujourd'hui, que leur civilisation, ils l'ont créée sur pkce et qu'ils ont eu des relations avec certains Dravidiens de l'Inde plutôt qu'avec l'Altaï (V. Métallurgie). Quant au cheval, le nom qu'ils lui donnaient d'âne des montagnes de VEst prouve qu'ils ne le connaissaient pas originairement, qu'ils employaient bien avant lui l'âne d'Afrique, et qu'ils l'ont reçu de l'Asie centrale, sa patrie. Toutefois, ils l'ont connu à une époque reculée. Il y a toujours eu, comme il y a d'ail-

leurs encore, des populations de l'Asie antérieure vouée à la vie nomade. Les Hycsos, envahisseurs de l'Egypte, étaient de ces nomades. Leurs bandes étaient formées de Sémites et de Touraniens. Y avait-il pariai ces Touraniens des Mongols vrais ? Nous ne le savons pas positivement. Mais des spécialistes (Piètrement, les Chevaux dans les temps préhistoriques, 4883) nous affirment que le cheval qu'ils ont introduit en Egypte, le premier cheval domestique introduit en Asie Mineure, est le cheval mongolique. A juger des choses comme le font ces auteurs, nous aurions en ce fait la preuve que plus de 2000 ans avant notre ère des bandes de nomades venant de l'Asie centrale auraient pénétré à travers la Chaldée et l'Assyrie jusqu'au littoral de la Méditerranée. Les Chinois connaissaient certainement le cheval domestique de leurs voisins du Nord à partir de 3000 ans avant notre ère au moins. Il n'y aurait rien d'étrange à ce que ce même cheval eût été amené dans l'Asie antérieure 2000 à 3000 ans avant notre ère. L'ensemble des faits connus nous engage cependant à ne pas faire grand état de cet événement au point de vue ethnologique. Car il est douteux que le Turkestan (V. ce mot) fut alors occupé par des Mongoliques. Les y trouve-ton même au vi® siècle av. J.-C. ? Sur le célèbre bas-relief de Behistan ou inscription de Darius, figure, parmi les rois soumis par ce prince, un roi sace. Et dès l'abord, on avait dit que ce roi avait les traits mongoliques des Kirghis actuels. Après avoir vu ce portrait de roi à la longue barbe abondante, et que son casque en longue trompette courbe singularise seul, cette assertion paraît très hasardée. Cependant ces portraits semblent bien être la reproduction de traits exactement observés, car j'ai été frappé de ce détail que, conformément aux données ci-dessus, le roi mède, distinct des autres, représentait fidèlement notre type touranien, au large nez concave qu'ont encore les Tadjiks. J'ai certes plusieurs} fois affirmé que, d'après les indices recueillis, il y avait des Asiatiques, des bruns mongoloïdes ou mongoliques parmi les Scythes. Un grand cheval, peutêtre mongolique, asiatique en tout cas, apparaît dans les kourganes de la Russie méridionale à l'époque scythique, se mêlant au petit cheval indigène, de beaucoup d'ailleurs plus abondant (Galtchas, Savoyards, dans Bullet. Soc. anth., 4899, p. 743, et du Dniestr à la Caspienne, ibid,, 4895, p. 322). Je me suis néanmoins convaincu qu'en l'état des découvertes, du côté de la mer Noire au moins, l'élément blond indigène n'avait pas cessé d'être prépondérant jusqu'après l'arrivée des Huns. Et il ne faut pas oubher que les Scythes étaient de langue iranienne comme nos Tourî^niens. Les identifiant par partie avec les Massagètes, je les ai finalement rapprochés des Mèdes (Bullet. , 4898, p. 79). Pour répondre aux éventualités envisagées par Vambéry sur l'ancienneté de la pénétration d'un élément turc en Europe, j'ajouterai que nous ne pouvons faire remonter l'arrivée des Scythes asiatiques eux-mêmes à plus de 500 à 700 ans avant notre ère. Dans une série de crânes de Kourganes de différentes époques, de l'Ukraine, mais antérieurs à l'époque scythique, j'ai dégagé la présence de 30 % de crânes touraniens plutôt que mongoliques. Mais je ne les crois pas Turcs, puisque leur arrivée paraît en rapport avec l'introduction de l'industrie égéenne ou des métaux. Ils sont venus sans doute par la mer Noire (V. mon mémoire : Vlndustrie égéenne sur le Dniestr. Crânes de Kourganes préhistoriques, scythiques, Drewlanes, Polanes, dans Bullet. Soc. anth., 4900). Les crânes scythes, qui ont été étudiés jusqu'ici en trop petit nombre, paraissent offrir les mêmes caractères, combinés avec ceux des indigènes blonds. Il y a dans les collections russes depuis longtemps des crânes de Kourganes du N. du Caucase, non touraniens, qui sont peut-être de type turc (V. mon mémoire cité plus haut, p. 644). Mais ils proviennent de kourganes où le fer est abondant et le bronze presque absent (Chantre, le Caucase, III, p, 54), qui sont postérieurs à l'époque

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Scythe, postérieurs sans doute de beaucoup à notre ère. Pour s'entendre de ce côté, toutefois, il faut dissiper les confusions dont l'emploi du terme à*oural-altaïque, est la source, comme j'ai dissipé, d'un autre côté, celles provenant de l'emploi du terme de touranien. Pour Vambéry lui-même, la famille oural-altaïque comprend : d^le groupe samoyède ; ^^ le groupe toungouse et mandchou ; 3° le groupe ougro-fmnois ou ougre (Ostiaks, Vogouls, Zyrianes, Tchérémisses, Mordvines, etc.); 4° les Mongols, Bouriates, Kalmouks ; 5^ les Turcs ou Turco-Tatars. Or, il n'existe pas de famille naturelle de ce genre, ni au point de vue linguistique, ni au point de vue ethnique. Les dialectes finnois forment une famille de langues agglutinantes particulière et assez distincte de la famille turco-mongole qui embrasse tous les autres groupes. La parenté des dialectes finnois est évidente. Ils ont un fond de vocabulaire commun. Nous avons pu en suivre la dispersion progressive de la Baltique à l'Ob (V. Finnois et Ostuks). Les quelques éléments turcs qu'on rencontre en eux sont dus aux contacts récents ou actuels qui appartiennent à l'histoire. Ils ont pour eux moins d'importance certes que n'en ont pour le français les mots anglais qu'il s'est incorporés. Paasonen a fait le compte des mots turcs du mordvine, qui renferme des éléments germaniques, goths, lithuaniens et iraniens-ossèthes, et fut un des plus exposés et des plus anciennement exposés à ces contacts. Il en a trouvé 490. Presque tous viennent du tatar parlé aujourd'hui par les Michaïrs, des gouvernements de Nijni-Novgorod, Penza, Simbirsk, apparentés aux Coumanes. Quelques-uns seulement ont une origine moins récente (Die turkischen Lehnwôrter immordvinischen, dans Journ. Soc. finno-ougr., 1899, XVÏ). Les Tchérémisses ont incorporé à leur langue un bien plus grand nombre de mots turcs ; mais cela résulte de leurs rapports modernes avec les Tchouvaches finnois turquisés du gouvernement de Kazan et avec les Tatars auxquels ils furent soumis. Vambéry, dans son dernier ouvrage (Noten %u den altturkischen Inschriften der. Mongolei und Sibériens, 1899), écrit : « La langue magyare est un mélange intensif de provenance finno-ougrienne et turque, un amalgame qui se décèle, non seulement dans le mot, mais encore dans la structure (p. 17). Les éléments turcs du magyar sont très vieux, aussi vieux que les inscriptions en question, si bien que je n'hésite pas à considérer que pour la discussion à fond des principes du vocabulaire turc en général, la connaissance du magyar est indispensable ». Il faut se souvenir que les Avares ont été pendant deux siècles les maîtres de la Hongrie qu'ils n'ont plus quittée et que c'est sur cet élément turc que les Hongrois ont établi leur puissance (ils en comptent encore parmi eux des représentants très purs.). Les éléments turcs du hongrois sont donc probablement des restes de la langue des Avares, et, datant de la migration de ceux-ci, peuvent, en effet, paraître anciens eu égard aux autres dialectes turcs. La question ethnique se pose simultanément avec la question linguistique et se résout avec plus de clarté et de sûreté. J'ai établi que le nom de Ougre, d'origine hunnique, et que les Hongrois ont conservé, n'eut qu'une signification purement géographique, générale et vague, après le départ des Huns de la Russie méridionale. Il a été étendu à une immense région et appliqué, à la suite de véritables quiproquos, à des peuples différents (les Kourganes de la Sibérie occidentale, dans Bullet. Soc, anth., 1898, p. 75). Pour justifier son emploi, il eût fallu établir d'abord que les peuples finnois auxquels on l'appliquait étaient tous au moins mêlés de sang hunnique. Mais on ne s'arrêtait pas à ces détails touchant la race. La question de race dans le groupe finno-ougrien est restée d'ailleurs ignorée ou confuse jusqu'à mes toutes récentes recherches. Les savants finlandais les premiers, depuis Castrén (V. ce nom), obéissaient à cette idée qu'ils devaient trouver le berceau de leur nationalité au centre de l'Asie, dans l'Altaï même. Ils l'y ont cherché.

Mais ils y ont trouvé quoi ? Non pas une patrie finnoise, mais la patrie originaire des Turcs. Leurs recherches ont été subitement éclairées par la découverte et le déchifrement des 'inscriptions de TOrkhon et de l'Eniseï qui ont confirmé l'opinion de Deguignes,

La civilisation chinoise, essentiellement agricole, à peine fondée, plus de 3.000 ans avant notre ère, fut inévitablement en butte à l'hostilité et aux incursions des peuples restés nomades au N. de son territoire. Un antagonisme forcé entre elle et eux devait naître dès le premier jour. Les immenses plaines de la Mongolie étaient vouées à la vie nomade. Elles ont fait le nomade, comme les plaines de lœss bien arrosé, d'une fertilité inépuisable, et si faciles à remuer, du N. de la Chine, ont fait le cultivateur par excellence. Elles ont fait un nomade particulier, l'homme de cheval. Le cheval fut bien domestiqué aussi en Europe oîi il y en avait une espèce dès l'époque quaternaire, mais tardivement, semble-t-il, et seulement au Centre et à l'Est. Dans la Mongolie, seule région où le cheval subsiste à l'état sauvage, il fut domestiqué aux âges les plus reculés qui nous soient accessibles. Il y fut en effet le support indispensable à la vie. Et c'est là seulement aussi que la vie de cheval est entrée pour quelque chose dans les caractères physiques des races. Les races correctement appelées turco-mongoles gardent encore aujourd'hui pour la plupart l'empreinte visible de leurs habitudes invétérées de nomades chevauchant sans cesse, et qui ont vécu du cheval pendant des millénaires. La puissance du torse, la brièveté relative des membres inférieurs, la petitesse de leurs extrémités et jusqu'à la forme de l'ouverture palpébrale, sont, comme la résistance à la fatigue et aux intempéries, de ces caractères acquis de la vie nomade à cheval. Ce sont en effet ces caractères qui, en eux, ont le plus frappé l'attention des qu'ils se sont montrés sur la scène du monde.

L'histoire de la Chine renferme des indices de là lutte permanente à laquelle elle était condamnée avec ses voisins du Nord et du Nord-Ouest, dès 2.000 ans avant notre ère. Au XIII® siècle elle s'en occupe positivement en les désignant sous le nom générique de Hioung-Nou, Ils étaient pour elle des barbares redoutables et méprisables. Des relations s'étaient cependant déjà établies entre Chinois et nomades. Il y avait même eu entre eux des mélanges et des entre-croisements. Des nomades admis plus ou moins bénévolement sur le territoire de l'empire devenaient sédentaires, et bien des Chinois étaient rejetés accidentellement parmi les nomades. Ceux-ci avaient sans doute pour la civilisation chinoise du respect en même temps que de la jalousie et en imitaient les formes dans leur organisation politique.

Les Hioung-Nou sont restés pendant des siècles en contact avec le N. de la Chine, séparant deux éléments qui n'étaient pas sans rapport à l'origine, les anciens Chinois et les Toungouses, en formant avec eux des peuples nouveaux. D'eux, en effet, de leurs mélanges sont sortis ces anciens Tatars, Wou-hang, Sien-pi, Jou-jouen, d'abord cantonnés dans l'Est, les Tou-Kiou eux-mêmes, des Coréens, les Mandchoux actuels. Les Hioung-Nou ne furent rejetésjdans l'Ouest vers l'Altaï qu'à la suite de la construction de la Crande-Muraille (214). Et quelques années après ils revinrent sur la Chine et l'envahirent. La prenant par le N.-O., ils refoulèrent du Chen-si vers le S. et du Kan-sou vers l'O. les populations qui les occupaient. Ces populations comprenaient les grands Yué-tchi, nation d'origine mixte, sans doute, comme les Tatars ci-dessus et convertis à moitié à la vie sédentaire, car ils méprisaient les Hioung-Nou (Specht, Etude sur VAsie centrale d'après les historiens chinois, dans Journal asiatique, 1883, 8® série, t. H, p. 317).

Les Yué-tchi furent rejetés en partie vers le S., et de ceux-là descendent peut-être des Lolos, en partie vers le Tibet, et pour la grande masse vers les monts Célestes. Ils ne restèrent pas longtemps au N. de ces monts, car ils

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y furent de nouveau pourchassés et vaincus en 465 av. J.-C. Ces déplacements eurent des conséquences ethnologiques considérables. Nous savons quels peuples ils rencontrèrent en descendant vers l'Asie centrale et la Bactriane. Ce n'étaient pas des Turcs. C'étaient les Wousoun, sur l'Ili, peuple de blonds aux yeux bleus dont il est possible de faire, non des Kymris peut-être, mais des Finnois, depuis nos démonstrations relatives aux Ostiaks (1898), et le passé de la Russie méridionale (1895); les Saces mêlés aux Wou-soun et, à moitié blonds aussi, nomadisaient depuis un temps immémorial jusqu'aux confins de la Perse, et les Tahia, nos Tadjiks, occupaient en cultivateurs la Sogdiane et la Bactriane. La turquisation de l'Asie centrale commencerait donc positi- Tement par l'arrivée des Yué-tchi qui, en effet, restèrent en partie mêlés aux V/ou-soun et aux Saces (Ujfalvy, Mémoire sur les Huns blancs ;Vms, 1898, p. 31, note). Ils se rendirent maîtres de la Bactriane en en repoussant des Sakas qui allèrent fonder un royaume dans l'Inde. Eux-mêmes à leur tour étendirent leur domination jusqu'à l'Inde. Leur empire dura plus de cinq cents ans (130 av. J.-C. -425 ap.). Ils furent assimilés de fort bonne heure, semble- t-iU par la civilisation arsacide qu'ils contribuèrent à propager. Ujfalvy a fait connaître certaines des monnaies frappées en grand nombre par leurs rois. Ces rois y sont représentés le plus souvent avec des crânes hauts et courts, des faces énormes, des nez forts, une barbe abondante. Il peut se faire que ces rois ne soient point de pure race yué-tchi. Mais s'ils ont des caractères mongoliques, ce ne sont point des Mongols vrais, toujours glabres, au nez écrasé, mais desTurco-Tatars, voisins des Kachgariens actuels. Les Chinois leur envoyèrent un ambassadeur en 126 pour obtenir leur concours contre les iïioung-Nou qu'ils détestaient. Mais ils se trouvaient dès lors trop bien en Bactriane. Les Chinois firent dans le même but une semblable démarche auprès des Wou-soun, mais sans plus de succès. C'est avec le concours des Tatars Wou-han, maintenus sur la frontière N. de la région de Peking, qu'ils parvinrent à défaire les Hioun^-Nou en 70 av. J.-C, puis en 63 et 93 ap. J.-C. Une partie des Hioung- Nou se soumit et s'établit dans le Chen-si et le Kansou. La plupart émigrèrent vers l'Oural et la Caspienne par le S. de la Sibérie occidentale. Les Tatars Wou-han devinrent alors trop puissants ou exigeants, et les Chinois se servirent contre eux des Tatars Sienpi de la même origine orientale. Les Sienpi reconstituèrent un instant l'empire des Huns qui, depuis Tlli à FO. jusqu'à l'Amour à TE., embrassait toute l'étendue de la Mongolie (223-390). En 390, une fraction de ces Sienpi, les Jou-jouen, conquit le pouvoir sur toutes les autres. Les Jou-jouen repoussèrent leurs anciens maîtres à l'O. et firent un instant sentir leur domination (402-430), depuis les Huns émigrés sur l'Oural jusqu'à la Corée. Détail à retenir, ils établirent à Karakoroum le centre de leur immense et éphémère empire. Après cent cinquante ans écoulés, les Tou-Kiou, rameau détaché des Huns, comme Taffirme Deguignes (V. plus haut), et ancêtres des Turcs proprement dits, établis dans l'Altaï depuis 424, le détruisirent (552-54). Les Jou-jouen se rejetèrent alors derrière les Huns, sur l'Europe qui les connut sous le nom d'Avares. Des mots hioung-nou conservés dans des livres chinois appartiendraient, dit-on, au groupe des dialectes turcs. Une vérification nouvelle de cette assertion ne serait pas superflue. Il est improbable que, il y a 3.000 ans, les dialectes turcs aient été aussi caractérisés et surtout aussi différenciés qu'ils le sont des dialectes mongols. En tout cas, la description, que nous ont laissée les anciens, des Huns d'Attila (petits, larges d'épaules, à grosse tète, à cou court, à teint jaune brun, sans barbe, etc.), est sûrement celle de Mongols plutôt que celle de Turco-Tatars. Les caractères actuels de populations où, comme les Ostiaks, le sang hunnique se reconnaît comme modificateur des caractères premiers delà race, sont une preuve de l'exac-

titude de cette description. Or, comme le remarque un des rares auteurs qui ont étudié la question sur place au point de vue anthropologique, Ujfalvy, il n'est pas possible aujourd'hui de confondre les deux types, dès qu'on se trouve en leur présence, malgré le nombre plus grand des intermédiaires qui les unissent. Les Mongols, à visage large et plutôt court, ont le nez très aplati à sa racine, les yeux à fente palpébrale étroite et toujours bridés et obliques ; et ils sont sans barbe ou à barbe de poils durs, clairsemés. Ce qui en distingue tout de suite le Turco-Tatar, c'est, avec la présence fréquente de barbe, le visage plutôt allongé et le nez haut et étroit, parfois même convexe. Il est leptorhinien comme le Chinois ancien et le Toungouse. Ce caractère contrastant nous permet de suivre avec les crânes seuls la trace de la propagation de sa race. Le portrait chinois du Ouïgour (V. ce mot), que nous a fait connaître Schlegel, se rapproche autant du Mongol que du Turco- Tatar. C'est celui d'un individu à la barbe sans doute rare, mais dont le corps était très velu. Les Huns avaient aussi les jambes velues, d'après AmmienMarcellin. D'autre part, nous connaissons un peu par des monnaies le type des Hoas ou Huns Ephthalites. Ces Huns quittèrent leur pays, celui même des anciens Hioung-Nou, au N. de la Grande-Muraille, sous la pression des Jou-jouen, comme le firent les Huns d'Attila. Ils suivirent en partie la même route qu'autrefois les Yué-tchi en se portant sur la Kachgarie dont ils se rendirent maîtres ; et de là ils allèrent les déposséder en Sogdiane, en Bactriane (425) et passèrent même dans l'Inde (452), reformant un empire du même genre que le leur (425-557). Leur langue n'aurait pas été la même que celle des Jou-jouen, d'après les renseignements puisés aux sources chinoises par A. Rémusat. Ils étaient nomades, polyandres, tous les frères ayant en commun une seule femme à la manière tibétaine, etc.; ils se déformaient la tête par un aplatissement postérieur qui la projetait en haut, comme le faisaient peut-être les Huns d'Attila, et jusqu'à notre époque les Kachgariens. Sur les monnaies, leurs rois ont la tête très plate en arrière et très haute, les traits durs et épais, le nez fort et charnu ; aucune trace de barbe. Des annalistes chinois cités par Specht les donnent comme de la même race que les Yuétchi, et comme se rapprochant des Tou-kiou pour les mœurs.

Toutes ces circonstances réunies nous engagent à considérer : i^ les primitifs Hioung-Nou comme les ancêtres communs des Mongols et des Turcs ; 2° les Yué-tchi comme des Turco-Tatars d'un type voisin de ceux des Kachgariens actuels ; 3° les Huns d'Attila comme des Turco-Mongols où les tribus ouïgoures représentaient plus particulièrement l'élément turc; 4^ les Jou-jouen, comme des Turco-Tatars à peu près purs; 5^* les Ephthalites, Hoas, Hunas, Huns blancs, comme des Yué-tchi à élément mongolique un inst-ant prédominant. Les deux éléments turc et mongol, quoique plus différenciés, vont se présenter d'ailleurs encore plus intimement associés à notre époque même, sous Djengis Khan, un Mongol qui avait emprunté aux Turcs Ouïgours leur écriture.

Mais nous devons maintenant examiner s'il ne s'est pas formé anciennement un centre permanent de nationalité turque avec les peuples que nous venons de passer en revue ou s'il s'est formé un centre pareil indépendamment d'eux. Vambéry avait placé la question sur un terrain scientifique, en indiquant son rapport probable avec l'origine des antiquités du S. de la Sibérie occidentale : 1^ kourganes et matériel y contenu ; 2° statues de pierre ; 30 gravures et signes ; 4^ inscriptions. Les savants finlandais, je viens de le dire, y ont cherché des traces d'une origine commune des Finnois et des Turcs. Heikel a publié le relevé et la description de toutes les antiquités sibériennes conservées dans les musées de Tomsk, Tobolsk, Tumen, Ekaterinbourg, Moscou, Helsingfors (Mémoires de la Société finno-ougrienne ; Helsingfors, 1894). Il y a, parmi ces antiquités, des restes nombreux d'un âge de

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pierre. Mis à part les silex des environs de Krasnojarsk, qu'on a pu croire quaternaires et sans rapport avec les événements ethnologiques en discussion, nous ne pouvons pas faire remonter cette industrie de pierre à un âge reculé. Nous savons que parmi ces restes, il y en a qui sont tout à fait récents. Les Ostiaks se servaient encore très peu de métal lors de la conquête russe, et j'ai remarqué que pas un seul objet caractéristique d'un pur âge de pierre n'avait été trouvé dans les kourganes. Dans tous ces kourganes sibériens, il y a du métal et même en général du fer. De tous les kourganes sibériens fouillés, il n'y en a pas un seul dont on puisse dire seulement qu'il était préscytliique(iJw//^^.,4898, p. 77). On conçoi t combien il est important qu'il n'y en ait pas en effet qui soit antérieur aux kourganes scythes de la Russie méridionale. 11 me paraît certes bien admissible que, du moins à l'époque Scythe, il y ait eu, parles nomades parcourant les steppes, des relations entre la Russie méridionale et la Sibérie occidentale. Cependant, je n'ai pu citer comme preuve péremptoirc de ces relations qu'une plaque en argent repoussé, dorée en partie, représentant Diane, œuvre de l'art des colonies grecques de la mer Noire, trouvée en terre dans le district de Tobolsk, avec deux casques de fer, des figures d'animaux en bronze, deux miroirs métalliques. Il y a eu un âge du bronze en Sibérie. Il n'est certainement pas ancien. Un kourgane de cet âge (Tobolsk) renfermait des figures humaines qui, d'après Heikel, établissent une relation entre lui et la civilisation dite de Perm, bien postérieure à notre ère et en possession du fer. 11 est possible que cette civilisation permienne soit l'œuvre des Tchoudes, peuple turc sans histoire, dont la tradition a conservé le nom jusqu'à nos jours, en même temps que le souvenir de la terreur qu'il a inspirée jusque dans le N.-O. de la Russie. L'âge du bronze sibérien est en relations indirectes avec la civilisation chinoise, et « en contraste direct avec l'âge du bronze européen et le groupe de l'Asie antérieure, Assyrie, Caucase, Perse » (Reinecke, Zeitschrift fur Ethnologie, 4897, p. 141). Les anciens Turcs étaient d'assez mauvais métallurges, en dépit de toutes les suppositions si longtemps en faveur sur l'ancienneté de la métallurgie dans l'Altaï. S'ils travaillaient le fer d'après une légende bien des fois reproduite (V. Mongolie, t. XXIV, p. 77) et une tradition qu'ils ont conservée, ils n'avaient pas de nom particulier pour le plomb et le bronze qu'ils désignaient sous des noms mongols (Vambéry). Cette circonstance est un indice de plus que les Huns n'étaient pas de vrais Turcs pour la plupart, ou que c'est bien de la Chine, par la Mongolie, qu'on recevait le bronze dans la Sibérie. J'ai déjà indiqué (V. Ostiaks) quels renseignements j'avais retirés des crânes des kourganes sibériens. La série mesurée par moi (la seule de quelque importance jusqu'à 1901) m'a appris que la population qui les avait élevés se composait de deux éléments principaux : Tun ostiak, l'autre présentant une morphologie faciale très différente, caractérisée par l'association d'orbites hautes et de nez relativement étroits. J'ai pu hésiter sur l'interprétation à donner à cette association jusqu'à ce que j'aie eu en mains des crânes ouzbegs {Buïlet., 1898, p. 94, et 1899, p. 719). Mais je suis certain aujourd'hui qu'elle est distinctive du type turco-tatar. Il est alors d'un grand intérêt d'en constater la présence dans les kourganes sibériens. A côté de lui, dans les kourganes de Tomsk, j'ai signalé un crâne hautement mongolique, et par cela notablement divergent (iR^i^. anih., 1898, p. 356), et un crâne peut-être plus particulièrement hunnique. Il est probable que dans les kourganes plus orientaux, dans ceux de l'Altaï faits souvent de pierrailles, l'élément finnois ostiak disparaît totalement au profit des autres. Sur ces kourganes on retrouve ces statues de pierre connues dans la Russie méridionale sous le nom de Kamennya hahy. Certaines de ces statues ont été élevées par des peuples turcs, dont elles reproduisent les traits et les vêtements, et même par les Kirghis actuels. Mais, obser-

vées en grand nombre dans la Russie méridionale et au N. du Caucase, elles ne semblent pas être l'œuvre d'un même peuple et appartiennent à des âges différents, tout en offrant des particularités communes. Leur signification est encore discutée. Enlevées déjà pour la plupart de dessus les kourganes où elles se dressaient, elles n'ont même pas encore été classées.

Sur l'Eniseï, districts de Minussinsk et d'Atchinsk, des rochers à pic et des pierres tumulaires en grès lisse et mou ont permis aux anciens habitants de graver leur image et celle de leurs animaux avec un marteau pointu. On a relevé parmi ces gravures des scènes d'opérations magiques. Auprès des chaudrons de bronze sont des sorciers qui en remuent le contenu avec une crosse dont la partie inférieure est en croix. Ce sont surtout des guerriers qui sont représentés. Un guerrier chinois lourdement armé est facile à distinguer des autres. Ceux-ci ont un vêtement léger, très collant et serré à la taille, le bonnet rond pointu des Kamennya baby et des Kirghis ; des bottes et des étriers, un carquois pendu à la ceinture, de grandes flèches en fer. « Un des cavaliers se retourne sur sa selle à la manière des Scythes ». D'après Asplin, leur type est celui des Hakas {Types de V ancienne Asie centrale, dans Société flnno-ougr., 1890, VIII, p. 124). Nous allons voir ce que sont ces Hakas. A côté de ces gravures sont enfin parfois des inscriptions sur roches et stèles ou pierres tombales comme celles dont les tumulus ou les cairns sont entourés. Dans un tombeau avec stèle à inscription, Heikel a trouvé un mors en fer, dix garnitures de courroies et des boucles en or. L'existence de ces inscriptions, restées mystérieuses jusqu'à ces dernières années, a été connue dès le xvii^ siècle. Castrén en avait relevé à Minussinsk en 1847. En 1887, Asphn copia dans cette ville l'inscription d'une pierre tombale qu'avait signalée Pallas, en même temps que des gravures. L'année suivante, le même savant en recueillit un bon nombre dans la vallée du Kemtchik, affluent de TOulouken ou hautEniseï, et près d'une des sources de celui-ci, rOuïgoug. Le texte de toutes ces inscriptions, au nombre de trente-deux, a été publié en 1 889 par la Société finnoougrienne. Cette même année, Heikel en découvrait cinq nouvelles. On n'essayait d'ailleurs même pas de les déchiffrer et on crut d'abord que leurs caractères étaient des runes dont l'usage aurait été rapporté d'Europe par des Huns. Mais au moment même où l'attention était si vivement attirée sur elles, toujours en cette même année 1889, ladrintzev rencontrait non loin de l'emplacement supposé de Karakoroum, sur FOrkhon, des ruines avec d'autres inscriptions. Celles-ci étaient en double et triple texte dont un texte chinois. Heikel est allé €n prendre copie en 1890, et elles ont été pubUées en 1892 à Helsingfors (Inscriptions de VOrkhon, recueillies par r expédition finnoise de 1890 et publiées far la Société fmno-ougrienne, XLIX, 48 p. in-fol. avec 69 tables autotypiques et une carte). La première, sur la rive gauche de rOrkhon, près des ruines de Kara Balgassoun, est en chinois, en caractères ouïgours, d'origine nestorienne, et en caractères de l'Eniseï (45 lignes). Radlov a publié, en 1895, une traduction allemande du texte chinois par Wassiliev. Schlegel en a donné une traduction française en 1896 (Inscription chinoise sur le monument ouïgour de Kara Balgassoun, traduite et expliquée par E. Schlegel, dans Société finno-oiigr.; Helsingfors). L'inscription se rapporte à plusieurs khans ouïgours et en particulier au khan élevé au trône en 825 et mort en 832. Le texte chinois donnait la clef du texte en caractères de l'Eniseï. La seconde inscription était gravée sur trois des faces d'une stèle érigée sur le lac Tsaïdan, en chinois et en caractères de l'Eniseï (71 lignes). Son auteur est l'empereur de Chine, Hioueng-Tsoung, qui a voulu honorer (janv. 733) le grand khan des Tou-Kiou, Gueuk Tegin, mort en 732. La troisième inscription est gravée dans les deux mêmes langues sur une autre stèle

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en mauvais état des bords diî même lac. Cette stèle a été érigée en 735 en l'honneur de Mekilien, khan des Tou- Kiou (77 lignes). Une quatrième inscription a été découverte sur rOngin, et remonterait à 692. Peu après la publication de ces monuments, le professeur Thomsen de Copenhague reconnaissait la langue des caractères de l'Eniseï qui est du vieux-turc et la nature même de ces caractères (Déchiffrement des inscriptions de VOrkhon et de r Ienisseï; Copenhague, i894).Radlov confirmait cette découverte. Puis Donner déterminait Torigine même des caractères en question (Sur Vorigine de Valphahet turc du Nord de TAste, dans Soc. finno-oiigr.; Helsingfors, 4896). A Minussinsk, on a trouvé une monnaie avec mots turcs en caractères de l'Eniseï. Cette monnaie est du type des monnaies turco-chinoises émises en grande quantité par les Ouïgours (Y. ce mot) entre 624 et 743, lesquelles procèdent de monnaies plus anciennes qui, autour de l'ancien pyrée, symbole du culte du feu, sont ornées d'inscriptions en caractères araméens. Les monnaies avec inscriptions en caractères araméens ont été trouvées en bon nombre dans le Turkestan. Or, tous les caractères de l'alphabet Eniseï-Orkhon correspondent à des lettres araméennes de ces monnaies des rois arsacides (250 av. -226 ap. J.-C). Une forme archaïque de l'alphabet araméen a été employée presque partout en Turkestan pendant les premiers siècles de notre ère. Depuis que Donner a formulé ces conclusions (V. mon résumé dans Bullet. Soc. anth., 4898, p. 477), on a découvert en effet des inscriptions semblables à celles de l'Eniseï dans l'Altaï, non loin du lac Balkach, sur les rives de Flli, non loin de l'Issik-Koul (où on a trouvé aussi des monnaies en quantité) , entre Tachkent etViernyi. Les historiens chinois ont donc dit vrai lorsqu'ils ont affirmé que, vers le iv® siècle, les Ouïgours, les Tou-Kiou et les Kirghis (?) avaient une même écriture. D'après certains auteurs, elle ne se serait pas propagée sur l'Eniseï avant le VII® siècle. Vambéry cependant, qui vient de traduire en allemand les textes vieux-turcs des deux stèles du lac Tsaïdan (Mémoires de la Soc. finno-ougrienne, 4899, XII), fait remonter cette propagation au iv® siècle. Estce par les monnaies qu'elle se serait opérée ? Ou seraitelle l'œuvre d'un peuple nomade ou des Tou-Kiou euxmêmes ? Nous avons vu plus haut que les Yué-tchi mêlés aux Wou-soun et aux Saces dès 465 av. notre ère, installés en Bactriane dès 430, furent maîtres de l'Asie centrale pendant 400 ans, après avoir adopté la civilisation arsacide. Il est rationnel de penser qu'ils furent forcément les premiers à se servir des caractères araméens employés, sous les Arsacides, pour écrire le turc. Ils s'étaient mêlés avec les Wou-soun déjà sur l'Ili et avec les Sakas. De ces mélanges sont sortis les peuples par lesquels commence la turquisation de l'Asie centrale. Nous voyons un des rois arsacides, Phraatès II, introduire en Perse, pour s'en servir, des troupes scythes (128), qui s'en retournent ensuite dans leur pays avec un butin considérable. Peu après les Sakas viennent s'y établir ou y faire du butin à leur tour (424-87). Les uns et les autres sont des populations du Turkestan actuel. Les Arsacides eux-mêmes, Parthes ou Saces d'origine, en étaient issus, et le fondateur de la dynastie, Arsace 1®'', est coiffé sur ses monnaies du même bonnet pointu que les guerriers des gravures de l'Eniseï, rappelant celui du roi Saka de l'inscription de Darius. Il y eut donc indubitablement des échanges et des mélanges assez fréquents entre la Perse et tous ^ les peuples plus ou moins nomades qui occupaient les plaines et les vallées, depuis le Syr-Daria jusqu'au Balkach en particulier. Et ces relations eurent une lointaine répercussion jusqu'au haut Eniseï. Le premier peuple issu du métissage des blonds nomades des plaines est celui des Kien-Kuns. Nous le savons positivement.

D'après Schlegel, on lit dans le livre chinois Yen-yangtsah-tsu : « Les gens de la horde Kien-Kun ont le visage clair, les yeux bleus et la barbe rouge. Ceux dont la

barbe est noire sont les descendants du général Liling, du temps des Han, de ses soldats et de ses gens », Ce général avait été envoyé en 99 av. notre ère par l'empereur de Chine contre les Huns. Battu, il s'était réfugié chez les indigènes de l'Ouest. Matoanlin, d'après Schlegel, place les Kien-Kuns à l'O. de la Sogdiane, où ils étaient en contact avec les Yué-tchi. Il dit aussi que les Ouïgours leur donnèrent le nom de Kirkis, nom qui a le sens de visage rougeâtre, et d'où est venu celui de Kirghis, appliqué encore à tous les indigènes, cependant bien transformés, du Turkestan. Les cheveux noirs étaient d'abord chez eux un signe de malheur. Il n'y a plus que des traces de blonds maintenant parmi eux , mais par l'effet séculaire de la turquisation et parce que jusqu'à nos jours ils ont conservé l'habitude de voler des femmes chez leurs voisins turcs, mongols, kalmouks, touraniens. Le nom de Kien-Kun a revêtu le sens d'habitant de l'Eniseï appelé Kien ou Kern. Les Kien-Kuns auraient nomadisé, comme les Kirghis Kaïzaks d'aujourd'hui, du Syr-Daria à l'Eniseï, à rO. des Wou-soun qui devaient se fondre avec eux. Il est inutile de supposer que ce sont les Wou-soun euxmêmes qui, se divisant en deux groupes, dont l'un se serait porté surl'Irtyche, ont introduit l'écriture turque dans cette région. Les Kien-Kuns l'habitaient-ils dès le commencement de notre ère (Donner) ? Nous y retrouvons leur nom jusqu'au xui® siècle. Il n'a disparu qu'après la conquête de Djengis Khan, et encore en est-il resté trace chez les Ostiaks de l'Eniseï dont les princes s'appellent Kikn (Rev. Ec. d'anih., 4898, p. 354). Or, comme on l'a vu, j'ai retrouvé parmi les crânes des kourganes de Tomsk les éléments mêmes qui, d'après l'histoire, constituaient le peuple kien-kun, car les Ostiaks les plus anciens et les plus purs se rattachent à un type blond. L'opinion de Thomsen qui fait descendre les Ostiaks de l'Eniseï des Kien- Kuns n'est donc pas sans fondement. Les historiens chinois signalent ensuite, sous la dynastie desThang (618- 907); à côté ou à la place des Kien-Kuns, les Kia-Kiasse, grands, à visage blanc, à cheveux roux. Ce sont les Hakas, mentionnés ci-dessus, qu'on a fait descendre des Sakas ou S se des Chinois, incontestablement mêlés de blonds, eux aussi. Leur nom semble s'être conservé chez les Yakoutes. Le nom de Kirghis se généralise en Turkestan, au moins dès le viii® siècle, pour désigner les mêmes nomades. Ainsi il n'y a pas de Turcs, mais seulement des turquisés dans la région qui nous occupe, en dehors des peuples connus de l'histoire. Ces derniers sont : les Yué-tchi, les Huns, dont l'action toutefois n'est, pour moi, démontrée que pour le pays occupé autrefois et maintenant par les Ostiaks ; les Jou-jouen qui ont eu une influence bien plus appréciable en Asie et en Europe ; les Ouïgours dont l'intervention a été la plus prolongée et la plus récente. Mais s'il semble bien que les Scythes turquisés ont, en effet, propagé l'usage des caractères araméens, ce sont les Tou-Kiou et les Ouïgours qui sont probablement les principaux auteurs des inscriptions. Vambéry admettait volontiers que les plus anciennes de l'Eniseï sont du iv® siècle. D'autres auteurs ne croient pas pouvoir les faire remonter au delà du vi® et même au delà du vii<^ siècle. Les Tou-Kiou avaient renversé l'empire jouen-jouen en 554, et s'étaient substitués à eux en les rejetant à l'O., vers l'Europe. Le centre de leur domination fut le même, et ils retendirent bien davantage. Ils étaient déjà dans l'Altaï et sur l'Irtyche noir plus d'un siècle auparavant, et on a relevé des inscriptions à Kemtchik, non loin de l'Irtyche. D'où la supposition inévitable que ce sont eux-mêmes qui ont emprunté leur écriture aux Kienkuns de l'Eniseï pour en transporter l'usage sur l'Orkhon (Donner, De F Origine de V alphabet turc, p. 42). Nous ne voyons pas comment, confinés dans l'Altaï, les Tou- Kiou auraient pu recevoir cette écriture et la transmettre aux Eniseins (Radlov). Et toujours est-il que les inscriptions de l'Orkhon, qui sont moins anciennes, sont pour la plupart leur oeuvra. Il est beaucoup question dans ces ins-

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criptions de leur lutte contre les Chinois en particulier, dont ils acceptèrent cependant la suzeraineté précaire, et contre les Kirghis. D'après leur vocabulaire, les sources de l'Angara, de l'Eniseï, de TOb et de Flrtjxhe formaient les limites du territoire de leur langue, leur patrie primitive (Vambéry). Ils se sont donc constitués en nationalités distinctes là même où nous les montre l'histoire, ce qui est bien conforme avec mon observation précédente au sujet des Huns devenus des Turcs de langue, sans doute seulement à partir de leur établissement dans l'Altaï. Il n'y a pas de mots turcs pour océan, pour mer, ni même pour fleuve. La seule plante cultivée qu'ils avaient d'abord était le millet. Ils l'avaient sans aucun doute reçu de la Chine, peut-être tardivement, comme le plomb et le bronze. Car, dans les inscriptions de l'Orkhon, il n'y a presque aucune trace d'une influence étrangère. Les rapports avec la Chine étaient assez fréquents, et cependant il n'y a de chinois que des noms propres. La culture iranienne elle-même y apparaît à peine. Elle y apparaît cependant avec un nom propre (Vambéry, Noten zu den altturkischen Inschriften, p. 8). Dans une inscription figure le mot Bdltanri, Tanri ayant le sens de Dieu ou Ciel. Vambéry voit dans Bal le Baal des Assyriens. Les Turcs des inscriptions étaient des nomades guerriers et conquérants. Ils avaient « un état social plus ordonné et plus élevé que les nomades actuels et que leurs congénères de l'histoire », ce qui était peut-être dû aux Ouïgours.

Leurs mentions de villes se rapportent aux frontières de la Chine. Car eux-mêmes n'avaient ni villes, ni maisons. Le nom turc actuel de la maison dérive du nom de la tente, modifié et additionné d'un possessif ou d'un mot signifiant couche (Vambéry, o/?. d^.,p.5). Comme entre les tribus de leurs prédécesseurs de l'Asie centrale et celles mêmes des nomades actuels, « le lien commun de la nationalité pesait fort peu » entre les tribus turques. Elles avaient les titres de « kagan », prince ou chef, de tudem, prêtre, de même que les noms du dieu Terre et eau, Jar-sub, que les Avares avaient aussi et conservaient en Europe. Elles élevaient des tumuli, comme l'usage s'en est conservé dans la steppe jusqu'à nos jours, et des statues, balbale (V. plus haut). Chez elles, les amis et parents des morts se blessaient et se défiguraient, comme chez les Ephthalites. Cet usage s'est également conservé dans la steppe (V. Tur-

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