‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 257 sur 633 · COMANS · texte numérisé non relu

COMANS

En 557, des tribus de Tou-Kiou se portant au S.-O. s'imposèrent aux Ephthalites ou Hoas dont l'empire n'avait que 432 ans d'existence. Par cette première victoire qui fut des plus sanglantes, ils entrèrent enfin sur la scène de notre histoire. Il est d'ailleurs à noter que les Hoas ne disparurent pas pour cela de la Sogdiane et de la Bactriane et autres régions, pas plus que n'en avaient disparu entièrement les Yué-tchi. Leurs vainqueurs étaient en nombre infime par rapport à la population, comme ils l'avaient été eux-mêmes. Ils formèrent des petits royaumes, des principautés sous la dépendance des Turcs. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les relations qu'ils avaient entretenues bénévolement avec la Chine, lui envoyant même un tribut, ils ne les rompirent point. Les annalistes chinois en parlent jusqu'en 617 (Specht). Ils interviennent encore dans l'histoire de la Perse jusque vers cette époque. Des Tou-Riou, en 568, avaient déjà envoyé des ambassadeurs à l'empereur d'Orient, Justin, pour se déclarer les maîtres de l'empire des Ephthalites. Ils se fondirent avec leurs congénères plutôt qu'ils ne les anéantirent. Leur domination fut alors un instant assez forte et étendue. Ils faisaient le commerce de la soie avec la Chine. Des inscriptions (V. plus haut) montrent à quels égards celle-ci se croyait tenue vis-à-vis de leurs congénères de l'Orkhon. Un empereur épousait la fille d'un de leurs grands chefs. Il n'est cependant pas à supposer que les conquérants de l'empire ephthalite soient les introducteurs de l'écriture des inspriptions» CeUes de l'Eniseï leur sont probablement

antérieures, et si celles de l'Orkhon sont postérieures à leur conquête, leur teneur prouve que leurs auteurs n'avaient pas de relations directes et suivies avec la Perse. Les caravanes qui amenaient la soie dans ce pays ne passaient évidemment pas par le centre turc originaire de l'Eniseï et de l'Orkhon. D'ailleurs le mouvement d'indépendance des Ouïgours, qui s'affranchirent des Tou-Kiou en 616, devait être fatalement le point de départ d'une rupture des relations entre ce centre et les Turcs émigrés dans le S.-O. Il devait entraîner aussi le déplacement de tous les Tou-Kiou proprement dits vers les pays de l'O. et du S.-O. De là datent, en effet, leur prise de possession du Turkestan et leur graduelle dissémination dans l'Asie antérieure. Ils allaient au-devant de la conquête arabe (635). On a vu (V. Perse) que le dernier roi persan, Yezdegird, trouva, avant de périr à Merv (651), un refuge et un appui auprès des Turcs, maîtres du pays au delà de l'Oxus ou Amou-Daria, ainsi que du Kharezm (V. Kuiva). Peut-être étaient-ils légèrement imprégnés de nestorianisme, comme les Ouïgours. En tout cas, ils ne se convertirent pas de suite et en masse à l'islamisme. Les Arabes imposèrent leur domination à une partie d'entre eux, notamment à ceux de Khiva (fin du vu® siècle). S'ils n'arrêtèrent pas leur pénétration à travers l'Asie antérieure, ils suspendirent leur mouvement en masse dans des luttes qui durèrent un siècle et en déterminèrent même un certain refoulement. Obligés de se déplacer vers l'O.-N.-O., des Turcs fondèrent, en effet, à ce moment l'empire des Khazares (viii® siècle). Or les Khazares n'étaient pas musulmans et accueillirent même les juifs de la Perse que le mahométisme pourchassait plus ou moins.

Les Turcs n'étaient peut-être qu'une minorité parmi eux. C'est à eux cependant sans doute qu'il faut faire remonter les rares éléments turcs un peu anciens que renferment les dialectes finnois de la région. Et ils furent en relations très suivies avec les Arabes, comme le prouve l'abondance en Russie et sur la Baltique des monnaies arabes du viii^ au xi^ siècle (V. Russie). Certaines de ces monnaies prouvent aussi, par leur provenance, que la civilisation arabe avait pénétré dans le Turkestan au moins dès le X® siècle. Le mahométisme s'y propageait dès le IX® siècle, sinon dès le viii®. D'après des renseignements de source historique, des Turcs étaient dès lors enrôlés en grand nombre dans les armées des khaHfes. Ils n'entrent toutefois en masse dans le giron de la civiHsation arabe et musulmane qu'avec les Seldjoukides (V. ce mot et Perse). Ceux-ci furent d'abord en relation avec les Khazares. Leur nestorianisme, s'il était prouvé, viendrait à l'appui de mon exposé en montrant que leur patrie originaire était bien auprès des Ouïgours, entre l'Altaï et l'Orkhon, et que leurs tribus ne l'ont quittée que vers le vii^ ou vin« siècle. Mais ils ne furent certainement pas rebelles à la propagande musulmane, n'ayant pas plus que les Khazares de religion organisée. Avec eux commence une turquisation durable de certaines parties de l'Asie antérieure, où leurs prédécesseurs de, même race, trop peu nombreux, avaient été absorbés par les indigènes (xi® siècle). Ils se sont agglomérés en Asie Mineure déjà au xi® siècle. Ils y constituaient même un royaume indépendant aussitôt après la mort de Melik. De ces Seldjoukides d'Asie Mineure sont descendus les Osmanlis. Hs ont jndubitablement agi et profondément sur les populations en contact avec eux ou sous leur domination, y compris les Arabes et les Grecs, et même les Grecs des îles. Mais eux-mêmes, épousant des femmes des origines les plus diverses, se sont modifiés dans leurs caractères primitifs. Ils ont cessé, pourrait-on dire, de constituer une race, pour ne plus former qu'une caste militaire et religieuse, d'ailleurs très forte jusqu'à nos jours.

Toutes les agglomérations turques provenant des migrations du vi^ au VIII® siècle se seraient probablement de même dissociées physiquement et peut-être aussi moralement, à part les nomades du Turkestan, sans la grande

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invasion du xni^ siècle. Dans les luttes contre les chrétiens et les Grecs de Byzance, luttes restées si haineuses, la nationalité turque, soutenue par le fanatisme religieux, devait inévitablement se maintenir. Leurs incessantes guerres sur les frontières du monde gréco-romain vieilli et corrompu ont fait la force, déterminé la fortune des Osmanlis. Mais au milieu de populations indifférentes, converties à l'islamisme ou de même culture, de même niveau politique et social, les Turcs étaient assimilés et se fondaient aussitôt du moment qu'ils devenaient sédentaires. Les conquêtes de Djengis Khan (V. ce nom) les retrempèrent et étendirent considérablement leur rôle et leur domination par une double action : en leur amenant des recrues en nombre immense et en détruisant la civilisation dite arabe dans l'Asie centrale.

Les Ouïgours, qui s'étaient affranchis desTou-Kiou(616) et avaient ensuite refoulé les Kien-Kuns (758) vers le N.-O., subirent eux-mêmes des échecs dans leur lutte avec les descendants des Kien-Kuns, les Hakkas ou Kiakia-sse (841), qui eurent une certaine importance de 618 à 907. Une partie d'entre eux se reportèrent vers le S.-O., dans la région de Tourfan. Djengis Khan s'établit au centre même de leur domination, qui fut aussi celui de l'empire des Tou-Kiou, entre la Selenka et l'Orkhon. Ils se soumirent à lui en 1206 et le suivirent en grande masse, bien qu'on trouve encore aujourd'hui de leurs descendants parmi les Ouriankhs de l'Altaï (V. plus bas). La conquête mongole de Djengis Khan fut par suite plus turque que mongole. Nous le savons par les crânes de son époque même recueiUis en Russie et par les caractères et la langue des populations dont l'installation, tant en Russie qu'en Asie centrale, a cette origine.

On a attribué aux Yué-tchi une armée de 10.000 archers. Mais leur nation ne comprenait au total que 400.000 hommes (Specht). Il a été dit des Kien-Kuns qu'alors qu'ils habitaient à l'O. de la Sogdiane, ils pouvaient mettre sur pied 20.000 hommes (Matoanlin); que, plus tard, sur l'Eniseï, ils avaient 400.000 archers (Schlegel, Die chinesische Inschrift, dans Soc. finno-ougr.y 1896). Ces chiffres, qui ne reposent sur rien de sûr, ne doivent pas faire illusion sur l'importance numérique des premières hordes turques émigrées en Asie centrale. Celles de la conquête de Djengis Khan ne furent pas elles-mêmes aussi formidables, comme nombre, que l'histoire le prétend. Mais elles furent plus nombreuses, obéirent à une impulsion d'ensemble, et restèrent dans une certaine cohésion sous l'égide du mahométisme. Leur action destructive à l'égard des anciennes civihsations par lesquelles leurs prédécesseurs avaient été plus ou moins assimilés, s'est perpétuée dans ses conséquences jusqu'à nos jours. Aussi les retrouvons-nous aujourd'hui, après sept siècles, en masses compactes distinctes sur d'immenses territoires oii le sang de leurs ancêtres n'avait laissé que des traces. Vambéry a classé les peuples turcs, c.-à-d. parlant encore des langues turques, en cinq sections différentes :

Section I. — Turcs de la Sibérie. 1° les Teleutes, dits Kara-Kalmouks, de Tomsk (environ 2.000); 2<^lesAltaïens, dits Kalmouks de VAltaï; 3*^ les Schortzes ou Kondomtzes (5.000); 4*^ les Ouriankhs ; 5° les Koumandi- Kischi; 6° les Kyzyks (4.000), composés de Teleutes, de Tatars de Tobol, d'Ostiaks; 7« les Tatars de Tcholym; 8^ les Sagaïens (11.000); 9« les Katschintzes ; 10° les Kaibales; 11^ les Karaganes; 12"^ les Soïotes; 13** les Kamassintzes ; 14<* les Tatars de Baraba.

A part les Yakoutes descendant en partie des Kia- Kia-sse, mais qui ont conservé le vieux-turc en se mêlant aux Toungouses et occupent au N. et au N.-E. de vastes territoires, tout en étant peu nombreux (8.000) ; à part les Yégours du Kansou qui nous sont inconnus, toutes ces tribus, formant ensemble une population de 150.000 hommes, n'ont entre elles pour la langue que des différences dialectales. Leur composition, leurs caractères ne sont cependant pas toujours les mêmes. On peut

juger de leurs éléments primitifs d'après les crânes de kourganes dont j'ai parlé plus haut. Elles descendent des Kien-Kuns, Kia-Kia-sse, et se sont mêlées jusqu'à nos jours aux Ostiaks, d'une part ; d'autre part, elles comprennent des restes des Tou-Kiou, des Ouïgours, des Mongols, auxquels sont venus se joindre des Sartes du Turkestan, des Tatars de la Volga, etc. D'après Ladyghine qui vient de parcourir l'Altaï (1900), les Ouriankhs (V. ce mot), que leurs voisins mongols et Kirghis appellent Ouïgours, sont du type mongol quoique de langue turque. Leur pays est couvert de monuments anciensturcs : tumulus de pierrailles, pierres levées, Kamennya baby. Us vivent misérablement de la chasse et de l'élève du bétail.

Section IL — Nomades et demi-nomades de l'Asie centrale : Kirghis-Kazaks, Kara-Kirghis, Ouïgours et Turcs du Turkestan oriental ou Kachg ariens, Ouzbegs, Kara-Kalpaks , Turcomans (Y. ces mots et Turkestan).

Section ÏII. — Turcs de la Volga. Tatars de Kazan, descendants des Kiptchaks , Bachkirs-Metchtcheriaks , Tchou vaches ou Finnois turquisés.

Section IV. — Turcs du Pont-Euxin. Tatars de la [Crimée ou Krimtchaks comprenant tous les anciens Turco-Tatars conquis à T islamisme ; Nogaïs habitant la steppe, sur la r. g. de la Volga, et ayant aussi des représentants au N. du Caucase sur la basse Kouma; Koumiks et Karatchaïs, émigrés au Caucase. Les Koumiks se rapprochent par leur langue à la fois des Tatars de Kazan et des Nogaïs. Ce serait donc à tort qu'on a donné leur langue comme un dialecte de l'Azerbaïdjanis qu'ils touchent au S. Et, en ce cas, ils seraient, comme les Nogaïs et les Tatars de Kazan, des descendants, non des Khazares, mais des Turco-Mongols de Djengis Khan. Les Karatchaïs descendent des Petchénègues, restes des Avares ou éléments du peuple khazare, ou des Koumanes, anciens Polovtsy des steppes de la mer Noire. Les Karatchaïs sont, eu effet, cantonnés au N.-O. du Caucase, dans une position bien plus centrale que les autres Turco-Tatars caucasiens d'origine plus récente, Nogaïs, Koumiks. A part la question de langue, j'ajouterai les Kabardiens, les habitants actuels de la Kabarda. Ils me semblent être un reste des Khazares refoulés par les Russes (Contribution à r ethnologie ancienne du Caucase, Bullet., 1899, p. 622).

Section V. — Turcs occidentaux. Turcs iraniens " ou Azerbaïdjanis du Caucase et de la Perse. Ils sont répandus dans presque toute la Transcaucasie et occupent en particulier, au nombre de plus d'un million, la région de la moyenne et de la basse Koura. Leurs mœurs sont persanes, et il est probable que leur physique porte aussi l'empreinte de l'influence de la Perse. Osmanlis de l'Asie Mineure, de l'Europe, ayant des représentants en Afrique. Zaborowski.

Langue. — Le turc appartient au groupe turco-tatar des langues agglutinatives de l'Asie (V. Linguistique), groupe qui comprend, en outre, le tchouvache, le koïbale, le karagassi, le yakoute. Le turc proprement dit comprend, aux diverses époques de son développement, la langue des inscriptions de l'Orkhon, l'ouïgour, le turcoman, le turki ou djaghataï (langue deskhanats et du Turkestan chinois), les dialectes de Kazan, de Crimée et de r Azerbaïdjan (azéri) ; enfin, le plus développé de tous au double point de vue linguistique et littéraire, l'osmanli, avec ses divers dialectes d'Europe et d'Asie Mineure. Aussi donnerons-nous un exposé succinct des règles du turc tel qu'il est parlé à Constantinople, et qui servira d'exemple pour les variétés plus anciennes de la même langue.

Les Ottomans se servent, pour transcrire leur langue, de l'alphabet arabe, complété par les Persans au moyen des quatre lettres p, tch, y, g ; cette dernière a de plus une valeur spéciale au turc, mais que rien n'indique dans l'écriture, celle d'un n nasal sourd qui est la marque du

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génitif et du suffixe de la 2^ pers. sing. dans les verbes. L'emploi de cet alphabet, amené par l'adoption de la religion musulmane, n'est nullement approprié aux lois phonétiques qui régissent la langue, et forme l'une des principales difficultés que Ton éprouve à l'étudier. En réalité, les consonnes de Fosmanli sont les suivantes : k dur, ¥ mouillé, g dur, g^ mouillé, tch, dj, j, z, t, dy n, n (nasale sourde), p, /", b, m, y, r^gh (r grasseyé), Vj s, chj /i, et les voyelles : a, è, «", y sourd, o, ou, w, eu. Celles-ci sont soumises à une loi harmonique appelée euphonie, qui consiste en ce que, dans un même mot, une voyelle de la classe forte exige après elle une de ses congénères, et de même pour la classe faible. Aussi les voyelles se rangent-elles en ces deux classes de la façon suivante :

Classe forte a

Classe faible è

ou

eu

Cette règle de l'euphonie est sensible dans la prononciation des mots léeumurdju « charbonnier », boyadjy « teinturier », bachlamak « commencer », bèslèmèk^ « nourrir », Dans ces deux derniers mots, les voyelles fortes ou faibles ont entraîné l'emploi du k dur ou du k'^ mouillé. — La déclinaison se forme par la simple juxtaposition de suffixes : eu « maison », èuin « de la maison », èvè « à la maison », èvi « la maison (accus.) », èudè « dans la maison », èvdèn « de la maison (ablatif) ». — La conjugaison se compose d'un mot racine qui est la 2® pers. impératif sing. sèv « aime », bak « regarde », auquel on ajoute la terminaison mèk^, mak pour l'infinitif : sèvmè¥, bakmak. L'insertion des diverses particules sert à former différents modes : ainsi le passif sèvilmè¥ « être aimé », le neutre sèvimnè¥ « se réjouir >, le causatif séi'dzrwèA:^ « faire aimer », le négatif sèvmèmè¥ « ne pas aimer », le négatif d'impossibilité sèuèmèmè¥ « ne pas pouvoir aimer », le réciproque sèuiclimè¥ « s'aimer réciproquement ». — Le prétérit du verbe se compose sur le paradigme suivant :

sèudim sèvdi¥ baktym baktyk sèvdin sèvdiniz baktyn baktynyz sevdi sèvdilèr bakty baktylar.

Le présent se forme au moyen d'un adjectif verbal sèvcr, bakar, auquel on ajoute les désinences du verbe substantif :

bakar-ym bakar-yz bakar-syn bakar-synyz bakar bakar-lar.

Sèviyor-oum^ bakiyor-oum indique un temps présent tout à ifait actuel. — Le futur est dérivé également d'un adjectif verbal sèuèdje¥, bakadjak suivi des désinences du verbe substantif ; un futur de nécessité se forme au moyen de la particule mèli, maly, jointe à la racine et qui reçoit aussi les désinences du verbe substantif : sèvmèli « il faut aimer », bakmaly « il faut regarder », sèvmèliylm « il faut que j'aime », etc. — Le prétérit de récit se forme au moyen du participe en mich, mych : sèvmich « ayant aimé », sèumich-im « j'ai aimé », sèvmich idim « j'avais aimé », sèvmich olourdoum « j'aurais aimé ». — Le conditionnel se forme en ajoutant le conditionnel substantif isè aux diverses formes verbales ; ainsi sèu-sèm, sèvèr-isèm, sèvèrsèm « si j'aimais », sèvdi-isèm, sèvdim-isè « si j'avais aimé », sèvèdjèk-isèm « si je devais aimer », etc. — Le subjonctif s'obtient en ajoutant è, a, à la racine : sèv-è-im, « que j'aime », bak-a-ym « que je regarde ». — Les gérondifs sont très nombreux; ils ont, en syntaxe, quoique invariables par eux-mêmes, la valeur de temps personnels : les plus usités sont sèv-ip, bak-yp, g^l-up, qoy~oup, sèvè-rêk'^, sèv-idjek, sèv-indjè, sêvmè-gHn

sever-tm sever-iz sèvèr-sin sèvèr-sifiiz sèuèr sèuèr-lèr

{bakma-ghyn), sèv-è-lu. — Les prépositions n'existent pas ; elles sont remplacées par des post-^positions, qui se placent après le mot : eu îtchun « pour la maison », èv-ilè, èu-lè « avec la maison », èv-ustundè « sur la maison ». — La syntaxe a une allure très particulière; les termes de la proposition logique y sont constamment renversés ; il suffira d'indiquer ce phénomène par des exemples : èv-in sahib-i « le maître de la maison (littér. dela-maison son-maître) ; bakdyghy èv « la maison qu'il a regardée », sèvdiyi ana « la mère qu'il a aimée », èv-è g'^euturduyu at satyldy « le cheval qu'il a emmené à la maison a été vendu ». Quand la phrase est d'une certaine longueur, il est parfois malaisé de se retrouver au milieu d'une série de mots qui se commandent les uns les autres et dont il faut renverser la position pour en obtenir la suite logique.

Littérature. -— Les plus anciens monuments écrits de la langue turque sont les inscriptions de l'Orkhon, dans le S. de la Sibérie, découvertes par le savant finnois A. Heikel (1891) et par l'archéologue russe, W. Radlov, et déchiffrées par le professeur danois Vilhelm Thomsen (i 893) ; la partie chinoise de ces inscriptions a permis d'en fixer la date (773 ap. J.-C). Quelques rares manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques d'Europe sont tout ce qui nous reste de la littérature ouïgoure, le Koudatkou-bilik (science du gouvernement) à Vienne, le Miradj-namè (ascension du prophète) et le Tèzkèrèï- Evliyâ (mémorial des saints) à Paris. Le souverain timouride de Perse, Hosséïn Baikara, vit fleurir à sa cour le poète Mir-Ali-Chir, qui avait adopté le surnom de Néuaï et qui écrivit, en turc oriental, environ vingt-cinq ouvrages dont quelques-uns traduits du persan, et parmi lesquels il faut compter quatre divans ou recueils de poésies turques; à la même époque, le conquérant de l'Inde, Bâber, rédigeait ou faisait rédiger dans la même langue le récit de ses exploits ; Abou'l Ghâzi Béhâdour-Khan a écrit une histoire des Mongols et des Tatars. La poésie populaire des nomades, que l'orientaliste hongrois Vàmbéry a fait connaître en partie, a donné lieu à des productions assez considérables, entre autres le Bakhchikiiabi ou livre du conteur populaire, et le divan du Khâdjéh Ahmed Yassawi, intitulé Hihnet (sagesse). Le Codex Cumanicus, de la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, nous montre l'état de la langue turque au xm^ siècle. En Asie Mineure, à la cour des Seldjoukidcs de Roum (xiii^ siècle), où régnait le style arabe et persan, il y eut des essais de poésie turque, dont quelques fragments ont été conservés, tels que le Rébab-Namè de Sultan- Wéled, fils du célèbre mystique Djélal-eddin Roùmi, l'ancienne adaptation du roman rimé de Joseph et Zuléikha conservée à Dresde. Mais c'est à l'empire ottoman qu'il était réservé, en même temps que sa puissante organisation militaire lui permettait de fonder, sur les ruines de l'empire romain d'Orient, un Etat qui dure encore, de développer la littérature turque au moyen d'un dialecte des plus policés, qui est le turc parlé à Constanlinople ou turc-osmanli.

^ Au xiv^ siècle, Achik Pacha peut être considéré comme l'ancêtre de la littérature ottomane ; ce n'était qu'un simple derviche, profond admirateur du Mésnevi de Djélaleddin Roumi ; né à Kir-chéhir en Asie Mineure, il vécut jusque sous le règne de Mourad I«% et mourut en 1332 en laissant un divan ou recueil de poésies mystiques. Le cheikh Elvan, né à Chiraz, était l'ami de Hadji Béiram, fondateur de l'ordre religieux des Béiramis; il traduisit du persan en vers turcs le Gulchéni-Râz de Mahmoud Chébistéri. Sous Bayézid I«% Suléïman-Tchélébi, imam de la cour impériale, puis attaché en la même qualité à la mosquée que ce souverain fit construire à Brousse et qui porte son nom, composa un Mevloud ou poème sur la naissance du prophète Mahomet ; Ahmed Dâï, né à Karaman ou Larenda, mort en 141 "2, écrivit un Tchèng-nâmè (livre du luth) et un Akd-ul-Djéwdhir (rang de perles) ; Ah-

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médi, né à Sivas (f 4412), donna, sous le nom d'iskender-nâmèy une traduction de l'ouvrage persan du même nom composé par Nizami. Avec Mohammed I®^' nous voyons paraître Chéikhi, qui traduisit également, d'après Nizami, le roman en vers de Khosrèiv et Chirin, sans pouvoir l'achever; son travail fut complété par son neveu Djémali-Zadè, secrétaire d'Etat du prince de Kermian, connu par un autre roman en vers, Khourchid et Ferroukhchad. Mourad II. qui appréciait la poésie et réunissait chez lui, deux fois la semaine, les savants et les poètes, vit fleurir Saniï, le peintre de Brousse, que ses discours irréligieux conduisirent en prison, Zaïfi de Gallipoli, auteur d'un Livre des rois, où il chantait les exploits du sultan, le cheikh Abderrahim de Kara-Hissar, dont le Wahdèt-nâmè (livre de l'unité) est un livre mystique imité du Mesnévi, et Yazidji-oghlou, le fils du scribe Saleh de Gallipoli, auteur d'un livre mystique (inspiré par son maître Hadji-Béïram et traduit en turc par son propre frère Bidjan) et d'un traité dogmatique sur la religion musulmane en 9.109 distiques, intitulé Mohammédiyé (1449). Tels furent la naissance et le développement, sous l'inspiration directe de la poésie persane, de la littérature ottomane pendant la période qui précéda la prise de Constanlinople.

Mohammed II, poète lui-même, écrivit des gha%èls ou poésies amoureuses sous le pseudonyme d'Avni; son grand vizir Mahmoud Pacha, fils d'un Illyrien et d'une Grecque, a laissé quelques vers signés du nom d'emprunt Adéni. Bayézid II avait adopté le surnom d'Adéli ; Djem (Zizim) avait, à dix ans, composé un poème romantique; il chanta Nice et la France ; ses vers sont en général mélancoliques. Hamdi (f 1513), le plus jeune des sept fils du cheikh Aq-chemsuddin, qui s'était rendu célèbre par sa découverte du tombeau d'Eyyoub, composa trois poèmes mystiques, et traduisit le Youssouf et Zuléïkha de Djami, sous une forme d'un goût irréprochable; Nédjati d'Amassia (f 1508), Djafer-Tchélébi, exécuté en 1514, Révani (f 1524), et Ahmed Pacha, le premier en date des grands poètes lyriques, illustrèrent cette période, ainsi que Khiali (f 1526), Firdèvsi le Long, de Brousse, auteur du Suléïman-Nâmè; Mésihi,qui chanta le printemps; Khalili, de Diarbékir, auteur d'un poème élégiaque (Firkat-namè), remarquable par une description de Nicée; Saati, poète de cour (f 1546), qui avait la charge de composer chaque année trois odes, l'une au printemps et les deux autres à l'occasion des deux Beirams. Soliman P^, qui, sous le pseudonyme de Mouhibbi, composa de nombreuses poésies, fut entouré de beaucoup de littérateurs, parmi lesquels le cycle de poètes enthousiasmés par les grandes conquêtes du législateur et que l'on connaît sous l'appellation collective de Chahnâmèdji ou auteurs épiques, tels que Hadidi; en même temps, la poésie allégorique comptait Fazli et son Gui u Bulbul, l'Albanais Yahya et son Chah ou Gadâ, où Ton remarque une description en vers de Constantinople et de ses environs ; Baki, le roi des poètes lyriques, mort en 1600; Fuzouli de Bagdad (f 1562), qui rima un roman de Léïla et Medjnoun, et chanta les narcotiques et l'ivresse sous le titre de Bèng u Badè, ainsi que Ghazali; de Brousse, surnommé Déli-Burader (le frère fou) ; celui-ci était doué de talents remarquables, mais ses mauvaises mœurs le firent chasser de partout. Djélili de Brousse imita les poètes persans dans ses romans en vers de Khosrèv et Chirin et Léïla et Medjnoun; Surouri de Gallipoli (f 1561), traducteur et coinmentateur de Saadi et de Hafiz, laissa trois recueils de poésies turques. Lamiï, né à Brousse, mort en 1531, traduisit de nombreuses œuvres persanes, écrivit des contes en prose et com{)osa quatre poèmes turcs imités du persan, en plus des pièces séparées qu'on a réunies en un divan.

Après la période glorieuse qui se termine avec le règne de Soliman P^, l'intérêt qui s'attache aux œuvres des poètes ottomans diminue ; on peut encore, néanmoins, citer les noms de : Mohammed Bey Khakani (f 1606); d'Osman-Tchélébi Rouhi de Bagdad (f 1605) ; de Yéissi d'Ala-

chéhir (f 1628), auteur du Livre des songes sur la grandeur et la décadence des empires ; de Féhim (f 1644), connu par une description poétique du Nil; dumolla Ahmed Mantiki de Nakhtchévan (f 1635) ; de Névizadè Atâï (f 1635), auteur d'un recueil de cinq grands poèmes consacrés pour la plupart à des sujets mystiques ; du mufti Yahya-Efendi (f 1644), auteur d'un divan; de Nèf'î (Omer-Efendi d'Erzeroum), le grand satirique du temps du sultan Mourad IV, qui attaqua violemment le vizir Béïram Pacha, et fut condamné à mort pour satisfaire la vengeance de tous ceux qu'il avait blessés de ses traits acérés. L'époque des Kieuprulu vit fleurir Nabi (Youssouf-Efendi d'Orfa), mort en 1712, auteur des Conseils à son fils Aboul-Khéïr, et Séïd-Vehbi ; celle qui s'étend de la paix de Carlo witz à celle de Kutchuk-Kaïnardjé compte encore quelques poètes remarquables, comme le grand vizir Raghib Pacha ; plus tard Sumbulzadè Vehbi de Marache, Suléïman Nèch'èt, Abd-ur-Razzak Névrès, le mystique Ghalib-Dédé, derviche tourneur, mort en 1795, Pertèv- Efendi (f 1807), Fazil (f 1810), auteur du Zénan- Namè {Lïwre des femmes), surnagent encore au milieu de la masse de littérateurs dont les productions sont d'un médiocre intérêt. Kétchédjizadè Izzet-MoUa, au commencement du XIX® siècle, s'est fait remarquer par ses chronogrammes et ses poésies de circonstance. Parmi les contemporains, dont nous parlerons plus loin à l'occasion de la prose, on compte plusieurs poètes éminents, tels que Massoud Khérabati, le cheikh Vasfi, Ekrém Bey, Sézaï, Ali-Sédad Bey. Plusieurs femmes se sont fait un nom par leurs productions poétiques ; on cite Zéïneb, du temps du sultan Mohammed II; Fitnèt, fille du mufti Essad-Efendi, à la fin du xviii® siècle ; Léila-Hanoum, au commencement du xix^ siècle et, de nos jours, Niguiar-Hanoum, fille du Hongrois SuFéïman Pacha Farkâs.

Les ouvrages de ces auteurs nous ont été conservés dans des manuscrits dont une partie a été publiée ; on en trouve encore de nombreux fragments dans les anthologies, qui forment une part notable de la littérature turque. Les principaux de ces recueils sont ceux de Sehi (f 1548), Ahdi de Bagdad (1563), Achik-Tchélébi (f 1571), Latiti (t 1582), Hassan-Tchélébi Kinalizadè(t 1603), Kafzâdè (t 1621), Nazmi, etc.

En outre des innombrables traductions de l'arabe et du persan, et pour la période contemporaine, du français, qui forment une grande partie, malheureusement nullement originale, de la littérature ottomane, il faut citer les historiens qui sont, au contraire, l'une des principales sources de l'histoire de la Turquie, et l'une des meilleures, parce qu'à côté du revêtement fleuri qu'exige la rhétorique orientale, on y trouve un fonds sérieux et authentique reposant sur des documents ofiiciels, souvent cités in extenso. Il est donc important de connaître la série ininterrompue d'annalistes qui ont écrit cette histoire depuis son origine jusqu'à nos jours. Les plus anciens sont : Dervich- Ahmed, surnommé Achik Pacha Zadè, qui vivait sous Bayézid II et s'est servi d'un livre plus ancien écrit sous Orkhan par le cheikh Yakhchi; son ouvrage existe en manuscrit à la bibfiothèque du Vatican; Nechri, dont le livre porte le titre de Djihan-numâ^ et qui vivait à la même époque; Mevlana ïdris,-deBitlis, qui écrivit en persan le Hecht-Bihicht, et qui mourut en 1523 ; le grand vizir Lutfi Pacha ; Mouhyi-ddin Djémali, juge à Andrinople, dont la chronique manuscrite, apportée à Vienne en 1551 par Beck de Leupoldsdorf, fut traduite en allemand par Jean-Gaultier Spiegel et publiée par Lewenklau. La création de l'emploi d'historiographe de l'empire (vékâi-nuvis) par le sultan Mourad III pour Saad-ud-din, auteur du Tadj-ut-tévarikh, assura la rédaction de la chronique officielle sous tous ses successeurs jusqu'à nos jours. Ali-Efendi(1597); Hassan-"beg-Zadè](t'l636); Soiak-zadè (1644); le grand Nichandji Moustafa Djélal-zadè (f 1567) ; Pétchévi de Fùnfkirchen (jusqu'en 1631); l'auteur connu sous 1« nom de Sélani'ld (d« Salonique) ; le

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