‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 259 sur 633 · TURENNE · texte numérisé non relu

TURENNE

due à Louis XV par le duc de Bouillon, dernier possesseur (4738). Elle comptait alors sept villes (Turenne, Beaulieu, Argenlat, Saint-Céré, Martel, Servières, Gagnac), ^1.200 villages ou hameaux, et 18.500 feux (abstraction faite de la portion périgourdine). — Les derniers vicomtes de Turenne étaient issus de la maison de La Tour en Auvergne, où ils conservèrent toujours des alliances de parenté. Leurs luttes avec la commune de Brive au xiv*^ siècle, leur qualité d'abbés laïques du monastère de Beaulieu, les mêlèrent assez intimement à la vie paroissiale du Bas- Limousin. A partir du xiii® siècle, ils surent acquérir des privilèges nombreux, qu'ils conservèrent jusqu'à la fin, tant par la protection des rois d'Angleterre que des rois de France (maintien de la vicomte en dehors des circonscriptions royales, exemption de redevances en argent ou en soldats vis-à-vis de la royauté, droit de tenir des Etats, de frapper monnaie (les rairaondins), etc. — Les Etats remontaient vraisemblablement au xiv® siècle, mais on n'en suit la tenue régulière qu'à partir de 4469, où il y a dès lors scission entre les délégués de la partie limousine et ceux de la partie quercinoise de la vicomte. Vers 4550, les représentants du clergé en furent écartés, et la noblesse n'y députa plus qu'un seul membre. Il n'y eut donc plus que les consuls des sept villes, avec des attributions à la fois politiques, législatives et administratives. — Le calvinisme s'introduisit à Beaulieu vers 4539, à Argentat en 4560, à Saint-Céré en 4575 ; il y devint même prépondérant ainsi qu'à Turenne, quand le jeune vicomte Henri de Bouillon l'eut embrassé à son tour (4576). Dès le milieu du xvii® siècle, les églises réformées subirent de rudes attaques et furent supprimées peu à peu, Beaulieu en 4679, Turenne en 4684, Argentat en 4682. Cependant leurs adeptes se perpétuèrent secrètement jusqu'au milieu du xviii^ siècle. — -Vers 4580, le vicomte de Turenne avait réussi à grouper autour de lui toute une petite cour de lettrés et de théologiens. Sous la Fronde, le fief de Turenne devint pour beaucoup de nobles de la Guyenne le centre d'une opposition armée à Mazarin. — Une cour d'appeaux, établie au xiii® siècle, se perpétua jusqu'à la réunion de la vicomte au domaine royal. A. L.

BiBL. : [Ch. 3 vsTEL}, Franchises et libertés duvicomté de Turenne, 1640, 2° éd., Ib58, iii-8. — Du môme, Hist. généal. de la maison de Turenne, 1645, in-fol. — • René Fage, les Etats de la vicomte de Turenne ; Paris, 1894, 2 vol. in-8. — De Mas-Latihe, les Vicomtes de Turenne, daus le Trésor de chronologie, p. 1689. — AU". Leroux, Hist. de la Réforme en Limousin; Limoges, 1888, ciiap. m, v, x, XII et x,iii,

TURENNE (Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de), né à Sedan le 4 4 sept. 4644, mortà Sasbach, près d'Achern (pays de Bade), le 27 juil. i675.,Second fils de Henri, duc de Bouillon, et d'Elisabeth d'Orange, il alla servir en Hollande, comme simple soldat, sous les ordres de Maurice (il prit part au siège de Bois-le-Duc), puis de Henri de Nassau. Capitaine d'infanterie en 4626, il fut nommé colonel par Richelieu et assista aux sièges de Casai, de La Motte, de Spire. 11 servit sous La Valette et devint maréchal de camp le 21 juin 4635, Il fut blessé au siège de Saverne (1636). Il battit Gallas à Jonvelle et le repoussa de la Bourgogne; en 4637, il opère en Flandre, prend Solre, défend Maubeuge. Il contribua à la prise de Brisach. RicheHeu voulait lui faire épouser sa nièce : Henri de La Tour, qui était huguenot, refusa pour cause de religion. Le cardinal l'envoya en Italie, où il prit Turin (1640), Moncalvo (4641), et en Roussillon. Nommé lieutenant général (4642), il prit Trino, et devint maréchal de France le 46 mai 4643. Chargé du commandement de l'armée d'Allemagne, qui était démoralisée et ruinée, il la rétablit à ses frais. Il prit part sous Condé à l'attaque de Fribourg : après les deux tentatives d'attaque directe que Turenne avait déconseillées, le prince dut suivre son avis, et tourner la ville ; Turenne l'aida ensuite à prendre Philippsbourg et Mayence. Commandant en chef, il repousse l'ennemi en Souabe ; mais ses troupes fatiguées se laissent surprendre et battre par Mercy à Marienthal (45 mai

4645); après une habile retraite, il permet à Condé de remporter la victoire de Nordiingen (4 août) : « Sans sa capacité et son cœur tout extraordinaires, écrivait Condé, la bataille était perdue ». Il envahit la Bavière et bat Montecuculli à Sommershausen (4647).

Mazarin, pour le retenir dans le parti de la cour (V. Fronde), l'avait nommé gouverneur de l'Alsace et lui offrait en mariage une de ses nièces. Mais Turenne se laissa entraîner par son frère le duc de Bouillon et par M"^« de Longueville, qu'il aimait. Il aurait voulu soulever contre Mazarin ses troupes, les anciennes troupes v^^eimariennes, alors commandées par d'Erlach. Mais Mazarin charga le banquier Herwarth de distribuer aux soldats 300.000 écus. Turenne, abandonné par ses troupes, déclaré criminel de lèse-majesté, passa en Hesse, et de là en Hollande, où il resta jusqu'à la paix de Rueil. H fit un traité avec l'Espagne et fut battu dans les rangs espagnols à Rethel. De Stenay, il se disposait à marcher sur Vincennes pour délivrer les princes, lorsqu'il apprit qu'ils n'y étaient plus. Il fit alors sa paix avec la cour (3 mai 4654): il était fatigué de la Fronde et de M*^® de Longueville ; les Bouillon venaient d'obtenir d'amples satisfactions ; la révolte de Condé permettait à Turenne de jouer le premier rôle comme défenseur du jeune roi. H prit donc le commandement de l'armée royale, et, malgré l'arrivée inopinée du prince de Condé, tint ferme au combat de Bléneau (46 avr. 4657), et vint livrer sous les murs de Paris celui de la Porte-Saint-Antoine (2 juil.). Il prit ensuite Chàteau-Porcien et Vervins. Nommé gouverneur du Limousin, ministre d'Etat» il repoussa Condé en Picardie (4653), et le força de lever le siège d'Arras. Devenu colonel général de la cavalerie en 4654, il enleva successivement aux Espagnols le Quesnoy, Landrecies, Condé et Saint-Ghislain. Après la défaite du maréchal de La Ferté devant Valenciennes (juil. 4656), il fut obligé de battre en retraite, mais n'en prit pas moins La Capelle. Forcé par Condé à lever le siège de Cambrai, il alla, de concert avec les troupes de Cromwell, assiéger Dunkerque, qu'il prit après la bataille des Dunes (44 juin 4658). ^ ''

Il fut récompensé de ses services par le titre de « maréchal général des camps et armées du roi » (à Montpellier, le 7 avr. 4660), qu'on renouvela pour lui (il aurait, dit-on, désiré la connétablie que Mazarin n'osa pas rétablir). H fut tenu un peu à l'écart par le roi pendant les années suivantes (il ne prit pas part à la campagne de Franche-Comté), sans doute parce qu'il n'avait pas encore consenti à se convertir. Sa femme Charlotte de Caumont, qu'il avait épousée en 4654, faisait beaucoup pour le retenir dans l'Eglise réformée ; mais elle mourut en 4666. Sa correspondance avec elle prouve que sa foi était très ébranlée dès 4660; la lecture de V Exposition de Bossuet et de la Perpétuité d'Arnaud, l'action persistante de son jeune neveu le duc d'Albret, abbé de Bouillon, peut-être aussi des raisons temporelles l'amenèrent à abjurer, d'ailleurs sans ostentation, le 22 oct. 4668. Le roi l'en récompensa en faisant donner le chapeau à son neveu, le 5 août 4669. Turenne joua son rôle en 4672 dans l'invasion de la Hollande, et repoussa au delà du Weser Montecuculli et l'électeur de Brandebourg.

Chargé de couvrir la frontière d'Alsace, pendant que le roi et Condé envahissaient la Franche-Comté, c'est dans cette campagne qu il acheva de se couvrir de gloire. En juin 4674, il passe le Rhin et repousse à Sinzheim le duc de Lorraine. Il envahit le Palatinat ; c'est lui qui proposa de « manger le pays » et qui inaugura ces pillages et ces incendies qui devaient y faire haïr le nom français (l'électeur lui envoya même un cartel, que le roi lui défendit d'accepter). Rappelé par les ordres du roi sur la rive gauche du Rhin, il ne voulut pas, contrairement au désir delà cour, abandonner l'Alsace. Le 4 oct., il livra près de Strasbourg le combat d'Enzheim ; puis, dans l'hiver de 4674-75, ayant reçu des renforts de

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