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huit jours. — Celle de Lha-sa à Ta-tsien-lou est très fréquentée, elle a 1 .820 kil. — Celle de Llia-sa à l.i-kang, dans le Yun-nan, a 1.500 kil. en passant par la vallée du Tsangpo Brahmapoutra par Po-dzong, par Tse-kou et Oui-si. — Celle de Lha-sa à Tlnde passe par le Bhou-tan, le Népal. 11 y a une route plus courte qu'un cavalier peut parcourir en neuf jours ; elle va de Lha-sa à Do-rdjé-ling, point terminal du chemin de fer anglais, et elle est interdite aux caravanes par les gouvernements tibétains et chinois. — Celle de Lha-sa à Lé par Ta-chi-lhouu-po, Gart'og et Pvou-t'og, a 2.140 kil.; les marchands font ce trajet en quatre mois avec les yaks, deux mois et demi avec des chevaux; les courriers qui voyagent jour et nuit ne mettent que dix-huit jours.
La poste de l'Etat se fait avec une régularité et une célérité remarquables. Les courriers qui vont de Lha-sa à Gart'og (1.300 kil.) font quelquefois 120 kil. dans les vingt-quatre heures.
Voyageurs et Missionnaires. — La Chine interdit l'entrée du Tibet à tout Européen et à tout sujet de l'Angleterre. Pendant plus de mille ans, les Chinois ont été en lutte avec les Tibétains sans pouvoir les soumettre. Ce peuple a toujours été prêt à faire des irruptions dans l'empire du Milieu. Aussi les Chinois suivent-ils la politique inaugurée par Koubiiai qui avait placé les Tibétains sous la domination des lamas, princes pacifiques, et avait divisé ce pays en divers Etats. La Chine ne laisse pénétrer dans le Tibet aucun étranger de peur que l'on y apporte des idées nouvelles.
Les voyageurs et les missionnaires qui ont pu arriver jusqu'à Lha-sa sont peu nombreux. Nous citerons : les jésuites Andrada (1625), Gruberet d'Orville (1661), Desideri (1716), le capucin Orazio délia Penna (1730), qui resta fort longtemps à Lha-sa même ; les lazaristes Hue ctGabet (1846). Parmi les voyageurs, on ne peut mentionner que Van de Putte qui résida plusieurs années à Lhasa (1723-36), et Manning (1811).
Moeurs et Coutumes. — L'immense territoire du Tibet est très peu peuplé, il y a tout au plus 3 millions de Tibétains qui se donnent le nom générique de Bod-pa. Ils ont tous un certain air de famille et une remarquable unité de mœurs et de langue. Ils Dnt en général le front haut et étroit, les oreilles grandes et écartées, le nez parfois large et aplati, les yeux brun clair et noisette, moins à fleur de tête et moins bridés que ceux des Mongols ; leurs pommettes sont grosses et saillantes. La plupart ont les lèvres épaisses, d'autres les ont minces; leurs cheveux sont noirs, épais et durs, la barbe habituellement est rare; ils ont une stature au-dessus de la moyenne et, en général, ils sont plutôt maigres avec de grandes mains et des pieds larges, leur peau bronzée est légèrement rougeâtre. Le Tibétain est vif et agile, d'une douceur hypocrite, mais il est faible, timide, obséquieux et défiant; il est d'une gaieté simple, de bonne humeur ; il aime à s'amuser, à chanter, à danser, sans s'inquiéter du lendemain ; il est surtout insouciant.
Dans le Midi, les Tibétains habitent dans des maisons ; dans le Nord, ils demeurent sous des tentes. La tente est faite en un grossier tissu noir de poil de yak, elle est quadrilatère, soutenue par un bâton horizontal et deux verticaux qui sont maintenus par un grand nombre de cordes. Les maisons sont construites le plus souvent en pierres plates; elles ont, en général, plusieurs étages, deux ou trois, les toits sont plats. Le rez-de-chaussée sert d'étable ; au premier étage les chambres sont ordinairement spacieuses et éclairées par des fenêtres plus ou moins grandes garnies d'un vitrage de papier et de volets de bois.
Le costume tibétain consiste en une robe ample, longue environ de l'",65 relevée par une ceinture qui l'empêche de tomber plus bas que la cheville; les manches sont longues; cette robe s'appelle Tchou ha. Il n'y a que les gens raffinés qui ont des chemises en indienne où en soie et des caleçons à la chinoise ; les Tibétains portent comme chaus-
sures des bottes. La coiffure est très variée : turbuns, bonnets de fourrures, chapeau haut, chapeau de forme tyrolienne. Les femmes portent une robe semblable à celle des hommes; elles la relèvent moins; quelques-unes ont une espèce de jupe avec un gilet sans manches et quelquefois par-dessus une camisole avec manches ; elles affectionnent beaucoup la bijouterie voyante et massive.
Le Tibétain n'est pas difficile en fait de cuisine, mais il est gros mangeur ; il absorbe une grande quantité de nourriture : farine de froment, riz, légumes, viande. Les animaux destinés à la consommation sont tués à la fin de l'automne lorsqu'ils sont gras, ils sont débités par quartiers que l'on fait sécher. Cette viande se mange crue le reste de l'année. On consomme à Lha-Sa surtout du yak. Les Tibétains boivent continuellement du thé et ils ont un faible très prononcé pour les liqueurs alcooliques.
Il n'y a pas de fête sans danse ; elles se composent d'un chœur d'hommes et un de femmes qui se font vis-à-vis, avancent et reculent en cadence, tout en chantant. La guimbarde, la guitare hindoue, le chalumeau de bambou et le tambourin sont les instruments de 'musique dont se servent les laïques. Dans les temples bouddhiques, on a vingt-quatre instruments différents.
Les Tibétains brûlaient leurs morts, les exposaient dans un lieu désert pour être la pâture des oiseaux de proie ou on les donnait à manger à des chiens ; on jetait aussi quelquefois le cadavre à l'eau. Un édit de l'empereur Kien-long, en 1794, ordonna d'enterrer les morts et défendit ces coutumes. Elles ont cessé d'être pratiquées dans beaucoup d'endroits et ont persisté dans certaines contrées.
Au Tibet, le droit d'aînesse existe dans toute sa rigueur ; le fiils aîné reçoit seul toute la fortune et devient le chef de la famille ; aussi la femme qu'il épouse devient par cela même la chose commune de la famille, elle est la femme de tous les frères. Si le chef de la famille est assez riche, il peut épouser plusieurs femmes ; dans ce cas, la polyandrie de fait est bien atténuée ou n'existe pas. Les frères, dans les familles riches, ont beaucoup plus de facilité de prendre leur part du bien paternel. Ils peuvent s'établir, former un nouveau foyer, avoir alors leur épouse. On rencontre au Tibet quatre espèces de ménages réguliers : ceux où il y a plusieurs maris et une seule femme, plusieurs maris et plusieurs femmes, un mari et une femme, un mari et plusieurs femmes. Le bouddhisme a été impuissant à extirper la polyandrie ; aujourd'hui les lamas l'acceptent sans rien faire pour la combattre. Les Tibétains ont des mœurs très dépravées. Les femmes au Tibet ont une certaine liberté d'allures. Elles s'occupent de tous les soins du ménage, travaillent aux champs.
Il y a au Tibet une noblesse héréditaire qui a conservé dans ses mains une partie de la richesse, du pouvoir et de l'influence. Les fils succèdent à leur père, non seulement dans leurs biens, mais aussi dans leur métier ; nul n'est cultivateur, peintre ou chaudronnier si son père n'a exercé la même profession. La société tibétaine est partagée en diverses classes entre lesquelles s'élèvent des barrières difficiles à franchir, nobles, bourgeois, roturiers, serfs et parias.
PiEucioN. — Il y a auTibet deux religions bien différentes, le bon-po et le bouddhisme. La religion bon-po doit être fort ancienne ; selon l'abbé Desgodins, il en est fait mention au Tibet 250 ans avant notre ère. Les bon-po reconnaissent un Dieu créateur qui s'est uni à un principe divin féminin. De ces deux principes sont sortis hs petits dieux, les hommes et le monde. Ils voient une divinité dans tous les phénomènes de la nature. Beaucoup de lacs, de montagnes sont l'objet de vénération et revêtent un caractère divin. Une divinité très répandue est le Vent-cheval (loungsta); les bon-po professent particulièrement le culte des ancêtres et celui des lares domestiques, chaque maison a sa divinité. Cette religion a certains rapports avec celle des anciens mongols et tatares. Les prêtres bon-po sont souvt^nt ermites, d'autres habitent dans des couvents ou vi-
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vent au milieu de la population laïque ; ils ne sont pas soumis au célibat et portent les cheveux longs ; ils sont avant tout sorciers et nécromants. Les pratiques religieuses des bon~po diffèrent peu de celles des bouddhistes tibétains ; ils emploient la formule « Om, ma-té-men-ya-sa-lé-do ! » au lieu de celle « Om mani padmê houm î » des bouddhistes ; ils ont de même le fameux moulin à prières, mais au lieu de le faire tourner de droite à gauche comme les bouddhistes, ils le font tourner de gauche à droite.
La religion bon-po a conservé de nos jours un grand nombre d'adhérents, surtout dans le Tibet oriental ; ils dominent dans le Po-youl ; Dzog-tchen-gon~pa est le plus important de leurs monastères dans le Nord-Est. La plupart de leurs livres s'impriment dans ce couvent. Selon Grenard, ils se font passer pour des bouddhistes hérétiques et non pour des infidèles.
Le bouddhisme, religion indienne, fut introduit au Tibet sous le roi Srong btsan sgam po vers Tannée 632 de J.-C, mais il ne commença à fleurir qu'avec le célèbre Padma Sambava, docteur indien, sous le règne du « Khri Srong-Ide-btsan » (755 à 780 de J.-C). Le bouddhisme tibétain n'est autre que le bouddhisme tel qu'il existait dans l'Inde du temps de Hiouen thsang, voyageur chinois qui visitait ce pays vers 635 de J.-C. On avait la crainte des démons, on invoquait le génie protecteur Vadjrapâni, on adorait l'Adi-Bouddha, les Dhyâni-Bouddhas, Avalôhiteçvara. Les mêmes croyances sont répandues aujourd'hui dans le Tibet. Le bouddhisme au Tibet a emprunté à l'ancienne religion certaines pratiques, surtout celles qui sont demandées par le peuple, comme les cérémonies bon-po envers les morts. La religion bouddhique ne s'occupe guère des laïques ; les bouddhistes sont des moines qui ont renoncé à tous désirs et ont entrevu les quatre vérités. Aussi le bouddhisme n'a jamais eu au Tibet qu'une influence très restreinte sur les mœurs. Le bouddhisme tibétain se fait remarquer par la constitution de son clergé qu'on appelle lamaïsme ; son influence est surtout politique (V. t. YII, p. 603, le Bouddhisme tibétain).
Langue et Littérature. — La langue tibétaine est monosyllabique, mais elle emploie beaucoup de suffixes pour composer les substantifs et les adjectifs, exemple : « da » école, « da pa » écolier ; « rta » cheval, « rta pa » cavalier, « rta mo » jument ; « rgyal po » roi, « rgyal mo'» reine. La racine du verbe subit certaines modifications pour indiquer les principaux temps, exemple : présent « hgebs » je couvre ; prétérit « bkab » je couvris ; futur « dgab » je couvrirai ; impératif « khob » couvre. Les autres temps se forment à l'aide de verbe auxiliaire. Dans certains verbes la racine est invariable, alors on emploie des verbes auxiliaires pour former les temps. Les rapports du substantif avec le verbe (dat., abl., loc, etc.) sont marqués par des prépositions. La syntaxe tibétaine suit la construction appelée indirecte, c.-à-d. le mot déterminant précède le déterminant, le complément se place devant le verbe.
Il y a très peu de différence entre les divers dialectes, aussi les Tibétains des districts les plus éloignés peuvent aisément se comprendre.
En recevant le bouddhisme au vn® siècle, les Tibétains adoptèrent l'alphabet indien de cette époque, celui des gouptas qu'ils modifièrent un peu. Comme dans toutes les langues monosyllabiques, le tibétain possède beaucoup d'homonymes et emploie cinq lettres comme préfixes, afin qu'il n'y ait pas dans l'écriture de confusion dans le sens du mot. Dans ce cas, ces lettres ne se prononcent pas ou modifient l'intonation de la suivante. En tibétain, ainsi que dans beaucoup de langues, les mots écrits n'ont pas changé leur orthographe, tandis qu'avec le temps la prononciation s'est modifiée, d'où il résulte une différence entre la langue écrite et la langue parlée.
La littérature est en grande partie religieuse. Il y a au Tibet deux grands recueils, le Kandjour en 40Ô vol. contenant les livres canoniques du bouddhisme, traduit du
sanscrit, et le Tandjour en 225 vol. contenant la traduction des ouvrages des pandits indiens et les oeuvres de divers savants tibétains. Outre ces deux recueils, on possède des livres d'histoire, des ouvrages sur la médecine, sur la géographie, sur les doctrines des principales écoles bouddhiques qui se sont développées au Tibet.
Histoire. — Les Chinois mentionnent les Tibétains, auxquels ils donnent le nom de Kiang ou de Si-Kiang (Kiang occidentaux), depuis le règne d'Ou-Ouang (1422- 1146 av. J.-C). Chaque clan ou famille était désigné par le nom du père et de la mère. Les clans étaient très nombreux et ne reconnaissaient aucun supérieur ; il n'y avait ni prince ni sujet. Cet état naturellement ne persista pas longtemps ; les plus forts imposèrent leurs lois aux faibles. La réunion de plusieurs familles forma des tribus ; on en mentionne environ une vingtaine. Les Tibétains ont toujours été pour les Chinois des voisins très turbulents. Sous la conduite d'un général nommé Chao-ho, ils entreprirent en 460 de J.-C. une guerre contre la Chine, ils furent vaincus et refoulés à 2.000 li des frontières; ils firent une nouvelle guerre en 253.
Les Royaumes. — L'histoire chinoise du iv® au vu® siècle cite plusieurs royaumes, soit qu'ils connussent mieux les régions tibétaines, soit parce que plusieurs de ces royaumes se formèrent à cette époque.
Le royaume T'ou-kou-houn. Un prince tartare, T'oukou-houn, vers 342, s'empara du territoire entre Si-ning et le fleuve Jaune, le Koukou nor et le Tsadara ; il soumit les Tibétains, s'établit dans ce pays avec les familles tatares qui l'avaient suivi. II forma un royaume qui fut conquis par les Toufan après avoir duré de 342 à 665. Une grande partie de la population était tibétaine. Les Pa-nag et les Go-mi demeurent aujourd'hui dans ce territoire.
Les Tangouts (V. ce mot) étaient divisés en huit tribus; quelques-unes se soumirent en 584 à la Chine. Les autres restèrent indépendantes jusqu'au milieu du VII® siècle ; elles tombèrent sous la domination de Srongbtsan-sgam-po.
Le royaume deT'ang-tch'ang était à FO. du Sse-tchouen, vers Ta-tsien-lou. Son premier souverain régnait vers 457. On compte neuf princes dans cette dynastie ; le dernier, en 564, fut vaincu par les Pe-tcheou (Tcheou septentrionaux) qui gouvernaient dans le N. de la Chine de 557 à 581 de J.-C.
Le royaume Teng-tchi, à i'O. du précédent vers Bat'ang, était gouverné par des rois. Ils envoyèrent en 484 une ambassade en Chine. Leur prince, en 554, perdit la couronne et s'enfuit chez les Ouei qui régnaient alors dans le N. de la Chine.
Les Pe-lan demeuraient à I'O. des Tangouts, dans le pays des Nyam-tcho, des Tao-rong pa et les Etats du Nantchen-gya-tcho. Ils députèrent, en 564, des ambassadeurs en Chine. Ils avaient 40.000 hommes de troupe; ils furent attaqués en 638 par Srong-btsan-sgam-po.
Les To-mi, limitrophes à I'O des précédents, habitaient les Etats actuels des Hor-tsi-gyab-pé-ko. Ils étaient déjà en 632 sous la domination des Tou-fan.
Le royaume de Toufan, au S. des précédents, était le plus puissant royaume du Tibet et occupait le pays de Lha-sa et la prov. d'Où. La généalogie tibétaine nomme les princes de Tou-fan rois de Yarloung, du nom d'un petit affluent du Dzang-po dont la vallée est une des plus pittoresques et des plus peuplées du Tibet. On place leur premier roi au milieu du i^^ siècle avant notre ère. Ces rois agrandirent successivement leur territoire ; c'est le vingt-neuvième souverain qui fonda l'empire tibétain.
Les Si-li sont au S. du royaume Tou-fan , dans le Tsang méridional, aux environs de Ta-chi-lhoun-po ; ils comptaient 50.000 familles et habitaient des villes et des bourgs; vu leur éloignement de la Chine, celle-ci ne les connut qu'en 6 i6, sous lesThang, lorsque des ambassadeurs furent envoyés en Chine.