TURIN — TURKESTAN
court s'en emparèrent de nouveau, après un siège de dixsept jours. En 4696, la paix y fut signée entre la France et le duc de Savoie. En 1706, le prince Eugène livra sous ses murs une bataille victorieuse à l'armée française qui l'assiégeait. Prise en 1798 et reprise en 1800 par les Français, elle fut annexée avec le Piémont en 1802 et devint le chef-lieu du dép. du Pô. Rendue à la Sardaigne en 1844, elle en redevint la capitale jusqu'au jour où, par suite de la convention de septembre, Florence fut choisie pour être celle du royaume d'Italie (1®^ mai 1865).
Province de Turin. — La province de Turin, limitée au N. par la Suisse (cant. du Valais), à l'O. parla France, au S. par la prov. de Coni, à l'E. par celles d'Alexandrie et de Novare, a une superficie totale de 10.244 kil. et une population (1898) de 1.134.711 hab. (soit 111 par kil.). Elle est divisée en 5 circonscriptions : Aoste, ïvrée, Pignerol, Suse et Turin, et comprend 443 communes. Montagneuse dans sa partie septentrionale et occidentale, arrosée par les rivières parallèles qui descendent des Alpes (Pellice, Chisone, Ghisola, Sangone, Dora Riparia, Stura, Orco, Dora Baltea), elle est fertile en céréales et en vins dans la partie voisine du Pô. A. Pingaud.
BiBL. : CiBRARio, Storia di Torino, 1846. — Borbonese, Torino illustrata e descritta 1884. — Isaïa, Fûhrer durch Turin, 1895. — Promis, l'Antica. Torino, 1871.
TURINAZ (Charles-Edouard), archevêque de Nancy, né à Chambéry en 1838. Il fut professeur au collège de cette ville. Le 1^ janv. 4875, il fut nommé évêque de Tarentaise. Le 23 mars 1882, il fut promu à l'archevêché de Nancy; et, dès la fin de cette année, il attaquait âprement le principe de la neutralité scolaire, comme contraire à la liberté et à la religion. Depuis lors, il a pris une part très active et très bruyante aux agitations cléricales et réactionnaires, dirigées contre les lois républicaines, et tendant à organiser une ligue des évêques contre un régime qu'il dénonçait comme un des plus funestes que la France ait subies. En 1891, sa hrochnvQ Sauvons la France chrétienne lui valut une suspension de traitement. Néanmoins, il entreprit contre les Filles du Bon- Pasteur, établies à Nancy, une lutte qui ne paraît point avoir eu d'autres résultats que de démontrer l'impuissance des évêques à supprimer, en certains cas, les abus qu'ils condamnent, et à résister aux invasions de la cour de Rome dans l'administration de nos diocèses, spécialement en ce qui concerne les congrégations religieuses. — OEuvres principales : le Grand Péril de notre temps ou la franc-maçonnerie (1879, 2® éd. ; 1884, in-18) ; les Mauvaises lectures, la Presse et la Littérature corruptrices (4884, in-i8) ; les Concordats et F Obligation réciproque quHls imposent à l'Eglise et à l'Etat (4887, éd. augmentée, 4888).
TURINETTI (Hercule- Joseph-Louis), homme d'Etat autrichien (V. Prie [Marquis de]).
TURION (Bot.) (V. Tige).
TURKESTAN. I. Géographie. — Région centrale de l'ancien continent, formant en Asie un double bassin intérieur sans écoulement vers l'Océan, qui se déverse àTO. dans la mer d'Aral et la Caspienne, à TE. dans les basfonds du Lob-nor. Elle est comprise entre le massif des Thian-chan au N., les plateaux du Tibet, du Pamir et d'Iran au S. Ses limites sont assez indécises, et c'est autant une région politique que physique ; son nom de pays des Turcs l'indique, correspondant à peu près à l'ancien empire mongol de Djagataï, ces pays sont souvent encore désignés sous ce nom. Le centre du Turkestan est occupé par les hautes montagnes de l'Alaï et du Pamir, et le rebord de Kyzyl-Yart jadis appelé monts Bolor, lesquelles divisent la plaine occidentale, bassins du Syr et de l'Amoudaria, de la plaine orientale, du Tarim. L'une et l'autre s'abaissent des montagnes aux neiges éternelles vers des steppes arides ; les vallées supérieures et moyennes sont bien arrosées et fertiles; puis, à mesure qu'on descend, i'eau et avec elle la végétation et la population se raréfient,
— On trouvera dans Part. Asie la description générale de ces pays du Turkestan ou Touran, souvent désignés aussi par le nom de Djagataï (V. Fart. Mongols)., La division poiïtique est conforme à la division physique ; le Turkestan occidental est russe ; le Turkestan oriental est chinois.
4^ Turkestan russe. — Le Turkestan occidental ou russe, comprenant les anciens khanats de Boukhara, Khiva, Khokand, se subdivise par moitié en région basse et en région montagneuse. A PO., la plaine aralo-caspienne et les steppes arides que parcourent les Turcomans et les Kirghis. Ce sont de vastes étendues désertiques, couvertes en hiver de neige et de glace, balayées par les vents froids du nord ; elles sont soumises, en été, aux rayons d'un soleil de feu qui tue les hommes et les animaux les plus durs à la fatigue. A mesure que l'on s'avance dans l'intérieur du continent, l'aspect change : là on trouve de longues et belles vallées arrosées par rOxus (Amou-daria), le Syr-daria (Ia"xarte), et par leurs nombreux affluents. Ces deux immenses artères, fleuves jumeaux s'épanchant du Pamir et des monts Thian-chan, n'agissent pas, toutefois, d'une manière égale sur le pays qu'elles traversent. En dehors du territoire de Khiva et du district de Samarkande, que féconde le Zérafchan, rOxus n'arrose, sur son cours moyen et inférieur, que des sables et des marécages. Le Syr-daria, au contraire, apporte la fertilité dans son bassin presque tout entier. La vallée jouissait, dans l'antiquité et durant le moyen âge, d'une très grande prospérité. Son appauvrissement semble dû à un phénomène naturel, notamment à la dessiccation continue du sol. On remarque, en effet, dans cette portion du continent — et c'est l'un des traits caractéristiques du Turkestan russe, — d'anciens lits fluviaux partiellement comblés ; de nombreuses rivières, qui, jadis, atteignaient le courant principal, s'arrêtent à moitié route pour se perdre dans les sables ou s'étaler en marécages saumâtres. De petits lacs semblent s'être évaporés par centaines ; les grands lacs, de véritables mers intérieures, comme le Balkhach et PAral, ont diminué d'étendue ; ceux des hauts plateaux se sont partiellement vidés, comme l'Issik-Koul. Ailleurs, sur le territoire chinois, un phénomène semblable est présenté par le Lob-nor dont l'assèchement et la réapparition ont été définitivement constatés par le voyageur Sven-Hedin, au cours de sa récente exploration "^(4 900-04 ) .
Sol. Le sol des dépressions aralo-caspiennes accuse, par sa constitution géologique, l'époque approximative à laquelle commença son dessèchement. Les dépôts géologiques qui le forment datent de l'époque post-tertiaire et sont de nature plus ou moins argileuse et siliceuse. C'est de la proportion plus ou moins heureuse dans le mélange de ces deux éléments que résulte l'aptitude variable du sol à donner l'hospitalité aux plantes, à diverses espèces utiles à l'homme ou aux animaux. Les steppes du centre asiatique représentent ainsi trois formes diverses : steppe argileuse, steppe sablonneuse, steppe saline, avec les diverses variantes auxquelles l'association de ces trois caractères tranchés peut donner lieu. Lorsque, par l'exagération de l'un de ces trois éléments ou pour une cause chimique ou mécanique quelconque, la pénurie de végétation devient extrême, la région prend le nom de désert. Mais il n'existe pas de désert dans le sens absolu du mot ; les zones les plus sèches, les plus sablonneuses du Turkestan, nourrissent certains végétaux comme le saksaoul (Haloxilon ammodendron) qui se plaît justement dans les terrains sablonneux et dépourvus d'humidité à la surface. D'autres plantes, des légumineuses et des ombellifères, interrompent souvent la monotonie du paysage et font ressortir pour ces régions, une différence notable avec les déserts d'Afrique ou d'Australie. Quelques plaques chauves — des takirs comme les appellent les indigènes — se rencontrent dans la proximité des oasis. Ces terrains sont impropres à toute espèce de végétation, parce que leur sol est composé uniquement de terre argileuse, avec
TURKESTAN
ou sans' dépôts de sel imperméable à Feau qu'il laisse évaporer sans lui permettre de pénétrer dans le sous-sol.
En revanche, le Turkestan jouit, sur une grande étendue, de la terre bénie, le lœss (V. ce mot), dont la répartition sur le sol de l'Asie centrale correspond à l'emplacement des antiques centres de civilisation. De nos jours, la présence de cette terre fertile sert à fixer l'indigène au sol. Le loess est, en effet, utilisé aussi comme matériaux de construction : maisons, écuries, mosquées, minarets, tombeaux, murs d'enceinte, fourneaux et fours, sont construits avec cette terre argileuse, malaxée avec de l'eau, et où l'on ajoute, parfois, des liants sous forme de hachis de paille, de crottin sec, d'herbes, etc. Les briques fabriquées avec le loess sont séchées à l'air ou cuites au four. Ces dernières résistent à toutes les intempéries. A côté de ces bienfaits, le Turkestan est soumis à diverses épreuves qui rendent sur certaines de ses parties le séjour de l'homme impossible. La grande fertilité des oasis, abreuvées d'eau, est côtoyée, sans transition, par l'aridité non moins grande de la steppe pauvre. Un autre fléau ravage ces contrées : ce sont les barkhanes ou sables mouvants, véritables dunes en marche, qui envahissent parfois les oasis les mieux cultivées et dévastent la région. Les sables mouvants se rencontrent particulièrement au S.-E. et au S. du lac Balkhach, dans le Ferghana, dans la vallée du Sourkhane et sur les bords du moyen Amou-daria. Ils ont aussi un grand développement à rO. de Boukhara, aux portes de Kara-Koul, à l'O. de l'oasis du Tchardjoui et tout le long du cours inférieur de r Amou-daria, depuis Kilif et Tchardjoui jusque dans le Khiva, à Petro-Alexandrovsk et Chourakane, où ils modifient entièrement les conditions et l'étendue des terrains propres à la culture.
Climat. Le climat du Turkestan est excessif et sec. La sécheresse de l'air est considérable durant la majeure partie de l'année, et les apports d'eau en précipités n'arrivent pas à contrebalancer les pertes dues à l'évaporation. De là cet assèchement continu et progressif du bassin aralocaspien. Les températures sont très basses en hiver et très élevées en été. La moyenne de la température varie naturellement, dans un pays aussi étendu, selon la position géographique. A Tachkent, point plus rapproché des montagnes, et, par suite, moins exposé aux vents desséchants et froids qui balaient les alentours du lac d'Aral, la moyenne de la température est de i4<*. Le mois le plus chaud, juillet, 25*^ ; le mois le plus froid, janvier, — 9^,5. Un peu plus au N., à Aoulié-Ata, le mois de juillet n'a plus qu'une température de 15°. A Noukouss, sur le bord méridional de l'Aral, la moyenne annuelle est de ll^'jS ; max. , 40** ; min. — 25*^,1. Plus au S., à Novo-Alexandrovsk, sur TAmoudaria, moyenne annuelle de la .température, 42°, 8; max., 44°, 7 ; min., — 23°,8. La même différence se remarque dans la quantité des précipitations : alors qu'on en constate à Tachkent près de 300 millim. par an, la quantité de pluie tombée à Noukouss n'est plus que de 73 millim., et de 61 millim. seulement à Novo-Alexandrovsk. Pour la région du Turkestan comprise entre les 58° et 68« long. E. de Paris et les 39° et 46° lat. N., la température moyenne annuelle est d'environ 12°, 5. Les écarts entre les températures de jour et de nuit sont partout fort considérables. Au Ferghanah, région qui jouit du climat le plus doux du Turkestan, le thermomètre monte quelquefois au mois de décembre jusqu'à 40° audessus de zéro pour retomber la nuit ou le lendemain à 46° au-dessous de 0°.
Le tableau suivant donne une idée approximative de l'état météorique de divers points du Turkestan. En comparaison avec d'autres points du globe, sous les mêmes latitudes, le climat du Turkestan présente donc des anomalies très remarquables. Saint-Pétersbourg, qui est de 47° plus haut en latitude, jouit d'une température de 4° seulement inférieur à celle de Viernyi. A Merv, le mois de janvier est de 4° et demi plus froid qu'à Bergen,
ville située à 23° plus au N. Les gelées ne sont pas de longue durée, mais extraordinairement intenses. A Tachkent, la température tombe parfois à — 27°, au Ferghanah à — 20°, dans la steppe jusqu'à — 30°. Le mois le plus chaud, comme nous avons vu, est le mois de juillet. On a constaté des chaleurs à l'ombre jusqu'à 47°, 6