‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 264 sur 633 · ÉTENDUE · texte numérisé non relu

ÉTENDUE

en kil. q.

POPULA- TION

NOMBRE

d'habitants par kil. q.

Province transcaspienne.

— deSamarkande.

— de Ferghanah y compris les Pamirs

Province du Syr-daria. . . .

— Semiretchié

Total pour le Turkestan russe propre

Kiîanat de Boukhara

— deKhiva

Total général

Colonisation. L'arrivée des agriculteurs ou paysans russes au Turkestan ne remonte qu*à l'année 4875, où fut fondé le premier centre européen, dans le district d'Aoulié-Ata, province de Syr-daria. La véritable colonisation ne commença qu'en l'année 4894. A la suite de la grande disette qui désolait le S. de la Russie, l'émigration prit des proportions considérables. L'établissement du chemin de fer transcaspien devait amener également un grand nombre d'individus, artisans, agriculteurs, lesquels, les travaux terminés, se sont fixés dans le pays. Dans Boukhara comme dans Khiva, les Russes se contentent d'entretenir des garnisons sur plusieurs points stratégiques (Kerki, Tchardjouï). Un grand nombre d'indigènes, autrefois nomades endurcis, suivent actuellement l'exemple des colons russes et deviennent sédentaires. Comme pour certaines régions de la Sibérie, les indigènes du Turkestan sont partagés en deux groupes ; la population sédentaire se livre à l'agriculture ; la population nomade tire ses ressources de l'élevage. Mais le manque d'herbes dans la steppe, et particulièrement la fréquence des gelées qui couvrent le sol d'un verglas épais, que les animaux ne peuvent rompre, occasionnent de grandes pertes aux pasteurs.

Industrie. Commerce. A côté de l'agriculture et de l'élevage qui constituent les principales ressources du Turkestan, on y rencontre diverses petites industries, dites industries huissonnières, bien adaptées au genre de vie et aux mœurs de ces peuples. La demeure transportable du nomade, les feutres, les tapis, les nattes, les vêtements, les sacs servent à emballer les effets et ustensiles durant les déplacements; fils, cordes, housses, tout est fabriqué avec la laine ou la peau des animaux. La grande industrie n'existe encore à l'heure actuelle qu'à l'état de projet. Les seules usines qui fonctionnent à la manière européenne sont les usines pour l'épuration du coton. Il en existe environ 460. Les autres établissements industriels se réduisent à quelques brasseries, moulins, fabriques d'allumettes, verrerie, etc. Les échanges commerciaux sont limités à quelques transactions avec les pays

voisins : Perse, Afghanistan, Chine, et — d'une manière croissante — avec la Russie d'Europe. Le Turkestan fournit surtout les matières premières, principalement : coton, laine et cuirs. Il reçoit en échange toutes sortes d'objets manufacturés. Le commerce intérieur est surtout représenté par les transactions assez animées qui s'opèrent dans les bazars ou marchés. Ils ont lieu une fois ou deux par semaine dans les centres de quelque importance.

L'histoire du Turkestan, se confondant avec l'histoire de l'Asie centrale, commence à l'époque des expéditions dirigées de ce côté par les empires de l'Asie occidentale. La partie méridionale fut conquise par Cyrus et fit partie du royaume des Achéménides, non seulement la Baciriane (V. ce mot), mais aussi la Margiane (Merv) et la Sogdiane(leviiîch'àn), l'Hyrcanie (prov. Transcaspienne), les pays des Saces et des Massagèles (steppes de l'O. et du N.). Alexandre le Grand soumit ces provinces après des luttes acharnées, et le royaume grec de Bactriane conserva longtemps la trace de la civilisation grecque. On trouvera à l'art. Bactriane et ci-dessus au § Ethnographie l'histoire du pays jusqu'à la conquête arabe. Le christianisme nestorien s'était propagé aux v^ et vi^ siècles, créant les évêchés de Merv et Samarkande. En 742 fut bâtie la mosquée de Bokhara. Aux vu® et ix® siècles, le Ferghana dépendait du Khoracan. La belliqueuse féodalité locale se rendit indépendante, et au ix® siècle s'établit dans le Mavrannahar ou Transoxiane, entre l'Amou et le Syr-daria, la dynastie des Samanides (V. ce mot). Dans le Kharizm, à l'O. de l'Amou-daria, prévalurent les Gaznévides. Au xi« siècle, les Turcs Karlouks conquirent le Mavrannahar, les Seldjoukides (V. ce mot) établis à Merv s'étendirent sur la Perse. Au xn® siècle, les Kara-Khitans occupent la Transoxiane, puis les Kharizmiens affranchis des Seldjoukides y prévalent jusqu'à leur choc avec les Mongols. Ceux-ci font l'unité du Turkestan; après la mort de Djengis, Djagataï son fils le reçut presque entier, moins le Kharizm, attribué au khan du Kiptchak. Timour, à la fin du xiv® siècle, refait l'unité. Ses successeurs se maintiennent en Transoxiane, et Baber du Ferghana va fonder dans l'Inde l'empire du Grand Mogol. Dans la steppe kirghise (Dechti Kiptchak) se constitue la principauté des Ouzbeg ou Euzbeg*, lesquels au xvi® siècle se rendent maîtres de la Transoxiane. Abdoulla-Khan (4583-98), de la dynastie Cheïbanide, est demeuré célèbre. Puis régnent à Bokhara les Djanides, supplantés en 4747 par la famille des Manghil, actuellement régnante. D'autres dynasties euzbeg régnaient à Khina (Cheïbanides), à Khokand (les Min) ; les Afghans s'étendaient au xix^ siècle sur le Turkestan méridional; Balkh, Koundous, le Badakchan. Il serait superflu de revenir ici sur les événements qui ont marqué la fondation ou la disparition de divers royaumes ou centres d'agglomération dans ce vaste pays, le lecteur les trouvera exposés avec détails aux articles consacrés à chacun de ces noms (Bactriane, Boukhara, Ferghana, Khiva, Kirghis, Mongolie, Ouzbegs, Perse, etc.).

La transformation du Turkestan et particulièrement du Turkestan occidental ou russe a été aussi rapide que profonde et bien digne du xix® siècle, siècle de progrès, durant lequel cette transformation s'est produite. Beaucoup de ceux qui traversent actuellement le pays, confortablement installés dans des sleepings-cars, se souviennent encore de l'époque où, pour pénétrer dans le Turkestan, il fallait se déguiser en derviche ou en trafiquant ambulant ou bien en mendiant. Bien que les premières tentatives de conquête remontassent au début du xviu® siècle , alors que Pierre le Grand envoya à Khiva le général Tcherkasky avec ordre de construire un fort à l'embouchure de l'Amou-daria (4747), tentative qui se termina par un désastre, la véritable entrée en campagne des Russes ne date que du milieu du xix® siècle. Dans les bassins du Syr-daria et de l'Amou-daria, la puissance politique appartenait aux Ouzbegs : mettant à profit les

TURKESTAN

dissentiments qui existaient entre les diverses peuplades, dans le but aussi de châtier diverses tribus qui faisaient des incursions sur le territoire de Sibérie, le gouvernement russe organisa, de 1847 à 1880, une série d'expéditions qui devaient aboutir à la conquête définitive du pays et à son incorporation dans l'empire russe.

Les premières entreprises eurent pour motif la rébellion de Kenissara, chef kirghis qui tenait en échec, depuis l'année 1840, les autorités limitrophes de la Sibérie. Il fut tué, dans une rencontre, dans l'un des défilés de l'Alataou, en 1847. Une série de forts furent successivement élevés, tant le long de la frontière sibérienne que sur le cours des principaux fleuves, notamment sur le Syr-daria, où, sur les instances du général Obroutchev, alors gouverneur d'Orenbourg, le premier fort fut construit en 1846. Ce même officier supérieur fit lancer l'année suivante, en 1847, une goélette sur la mer d'Aral. La steppe kirghise entra ainsi la première dans la sphère d'influence moscovite. Pour protéger ses nouveaux sujets, le gouvernement du tsar entama, en 1852, une lutte avec le khanat de Khokand, lutte signalée par la prise de la forteresse Ak- Metchet, actuellement fort Perovski. La guerre de Crimée détourna, pendant un temps, l'attention des Russes du pays des Turcomans. L'opposition qu'il rencontra auprès des puissances occidentales à ses visées sur le Bosphore, détermina le gouvernement à concentrer ses efforts sur le pays central asiatique, où seuls les Anglais ne cessaient de lui susciter des obstacles. Des expéditions mi-scientiques, mi-militaires, furent organisées pour reconnaître le terrain. Une expédition, sous les ordres du colonel Dandeville, alla explorer la côte orientale de la Caspienne et rechercher un point favorable pour l'établissement d'une factorerie fortifiée. Le choix de la commission s'arrêta sur un point du golfe de Krasnovodsk. Les relations tendues qui existaient alors entre la Russie et laPerse firent ajourner le projet qui ne se réalisa que dix années plus tard, en 1869. Un poste fortifié fut étabfi à Tach-Arvat- Kala, un peu au S.-O. de Krasnovodsk, et devait servir de point de départ pour des reconnaissances vers l'intérieur.

Les années 1864-67 sont marquées par l'occupation des villes d'Aoulié-Ata, Turkestan et Tachkent. On commença par réunir entre eux les forts échelonnés le long des possessions sibériennes. Les forces combinées de Tchernaev et Verevkine suffirent pour opérer ces prises qui furent transformées de suite en provinces russes et placées sous les ordres du gouverneur d'Orenbourg. Tachkent, qui devait devenir par la suite le centre administratif de tout le Turkestan, fut pris par Tchernaev le 28/16 juil. 1866. La soumission de Khiva fut obtenue non sans grands efforts et de pertes considérables, en 1873. Trois colonnes opérèrent pour cette campagne : l'une, sous les ordres de Morkozov, venait des bords de la Caspienne ; une deuxième était conduite d'Orenbourg par le général Verevkine ; la troisième, venant de Tachkent, était commandée par le général Kauffmann, commandant en chef. L'occupation du pays des Akhal-Tekkés et la prise de Merv par Skobelev, en 1881, devait clore la série des conquêtes. Le prestige des nouveaux maîtres ne fit que grandir, une certaine autonomie administrative laissée aux populations indigènes, quelques avantages accordés aux notables du pays, l'entrée dans l'armée russe de plusieurs Turcomans influents, consoHdèrent vite l'autorité du tsar blanc. Il ne s'agissait plus que de la mise en valeur du pays à laquelle le gouvernement russe consacre des efforts louables, non sans succès.

Voies de communication. Chemin de fer transcapien. Malgré Tabondance de leur débit, les cours d'eau de l'Asie centrale sont peu utilisables pour la navigation. L'Amou- Daria sert au transport des marchandises entre les villes du Boukhara, du Khiva et la frontière afghane. Un service régulier de vapeurs existe sur son cours moyen et inférieur, desservant les principales locahtés : Kéhf, Pataghissar, Kerki, Tchardjoui et Petro-Alexandrovsk. Le

Syr-daria, le Zérafchan, le Tchou, ne supportent que de petites embarcations et des trains de bois.

Les principales routes carrossables, dont quelques-unes ont été établies par les soins du gouvernement russe depuis l'occupation du pays, sont la route de poste de Tachkent à Orenbourg (2.150 kil.), Tachkent- Viernyi, Kopal, Serghiopol.

La construction du chemin de fer transcaspien a été commencée en 1880. En 1886, la locomotive atteignait Merv et l'Amou-daria ; en d888, les trains parvenaient jusqu'à Samarkande, à travers 1.470 kil. de déserts et de sables. En 1899 fut inauguré l'embranchement qui conduit à Tachkent et à Andidjan. Une autre ligne s'en détache pour descendre vers la frontière afghane, à Kouchk. Le réseau entier ne comprend pas moins de 2.512 kil. La majeure partie des transactions entre la' Russie et le Turkestan se font actuellement par la nouvelle voie ferrée ; une partie seulement des marchandises suit la route des caravanes. Divers projets sont aussi à l'étude pour relier d'un côté Tachkent à Orenbourg ; d'autre part, Tchardjoui, sur l'Amou-daria, avec Saratov, dans la Russie d'Europe. P. Lemosof.

2<^ Turkestan chinois. — Le Turkestan chinois ou oriental a été aussi désigné par les noms de Haute-Tartàrie, Petite-Boukharie. C'est la région comprise entre le massif du Thian-chan au N., le Kouen-loun au S., le Pamir à l'O.; à l'E., elle se perd dans le désert de Gobi. Les Chinois l'appellent Thian-chan-nan-lou , route du S. des Thian-chan, par opposition à la région du N. de ce]massif, le Thian-chan-pé-lou, route du N. Ils ont réuni ces deux régions en 1884-85 dans la province de Sin-Kiang ou Hsinchiang, ch.-l. Ouroumtsi. Située entre la Chine, la Mongolie, la Dzoungarie, la Transoxiane, l'Iran et le Tibet, cette région duNan-lou, de la route du S., est essentiellement désertique dans la plaine centrale de 1.100 m. d'alt. moyenne. Celle-ci forme un bassin intérieur presque fermé, car à l'E. il ne communique avec le désert de Gobi que par une plaine de 50 à 60 kil. de large, entre les hauteurs méridionales (Nan-chan, prolongement de l'Altyn-tagh) et les hauteurs septentrionales (Pé-chan, contrefort des Thian-chan). Au fond de la cuvette sont les marais da Lob-nor (ait. 760 m.) (V. Asie, t. IV, pp. 98 et 106) auxquels aboutit la vallée du Tarim (V. ce mot). Cette dépression est d'ailleurs bien moins profonde que celle de Tourfan située au N.-E. et qui s'abaisse à 50 m. au-dessous du niveau de la mer. Mais celle-ci appartient à la région des Thian-chan, dont les plis l'isolent nettement du Turkestan oriental, constitué par le bassin du Tarim. Au S. de la vallée est l'immense désert de Takla-Makan ; il est bordé d'une lisière de peupliers, formant dans le S. une sorte de forêt rabougrie de 80 à 100 kil. de large, suivie d'une zone de roseaux et de tamaris de 10 kil., puis de 40 à 60 kil. de sables, avant qu'on atteigne les pentes du Kouen-loun. Beaucoup mieux arrosées sont les pentes des monts Karakoroum, Pamir, Alaï et Thian-chan central, lesquels alimentent les quatre grandes rivières qui forment le Tarim, rivières de Khotan, de Yarkand, de Kachgar et à'Aksou (V. ces mots), chacune arrosant des pâturages, des champs, des oasis étendus. On complète la liste des six cités de l'hexapole {lUti-Chahr) avec Yanghi-Hissar, près de Kachgar, et Outch-Tourfan, près d'Aksou; souvent on en ajoute une septième, Kergalik, au S.-E. de Yarkand, et le pays est dénommé Yetti-chahr, heptapole. Deux taotaï, subordonnés au gouverneur d'Ouroumtsi, rési dent, l'un à Kachgar, l'autre à Aksou. La population comprend des éléments très divers. Aryens, Turcs et Mongols, nomades ou sédentaires. Chinois, Mandchous, Sartes, musulmans chiites ou sunnites, bouddhistes, etc. Les richesses minérales semblent assez grandes, or, cuivre, fer, salpêtre, sel, soufre, amiante. Le climat, très sec, permet, quand on peut arroser, les cultures de l'Europe méridionale; l'élevage du bétail, le commerce de caravanes sont développés.

Page 1