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La somme versée au Beyrouth-Damas 'l'a été à titre d'indemnité pour retard apporté par l'Etat à la construction du prolongement. Cette construction est en cours d'exécution (1901) de Rayak à Hamah, et le réseau prend, pour satisfaire les susceptibilités ottomanes, le nom de Damas-Hamah. Le chemin de fer projeté (dit du Hedjaz) de Damas à La Mecque, bien qu'amorcé, n'a aucune chance d'aboutir : insuffisance d'études et de crédits.
Au point de vue économique, sauf pour les lignes rayonnant dans le voisinage de Smyrne, la recette brute atteint difficilement 8 à 9.000 fr. par kil. Lorsque les lignes sont concurrencées par la mer ou qu'elles s'enfoncent un peu profondément dans l'intérieur des terres, leurs recettes tombent aux environs de 3.000 fr. Les Orientaux eux-mêmes, bien que desservant la banlieue de Constantinople et profitant des relations avec l'Europe centrale et occidentale, voient leurs recettes tomber audessous de 9.000 fr. par kil. L'augmentation des garanties kilométriques par rapport à 1896 a été, en 1899, de 5.627.000 fr., et l'augmentation du réseau de 392 kil. Des services de bateaux à vapeur réguliers mettent en rapport les principaux ports de la Turquie avec les ports de la mer Noire, de la mer Egée, de l'Adriatique et de la Méditerranée (Odessa, Trieste, Brindisi, Messine, Marseille, etc.) : ce sont les bateaux du Lloyd autrichien, des Messageries maritimes, de Fraissinet et C^®, Navigazione générale italiana, les Compagnies anglaises Peninsular and Oriental, la Khedivië égyptienne, la Compagnie Courtgi, la Compagnie russe de navigation à vapeur et de commerce, les bateaux grecs et turcs.
Le développement des lignes télégraphiques en Turquie d'Europe et en Turquie d'Asie est très grand relativement au chiffre de la population : 32.820 kil. sans compter le fil de Damas à La Mecque dont la pose est achevée jusqu'à Médine. La poste turque n'offre pas les conditions de sécurité voulues, aussi les bureaux de poste étrangers, installés en particulier dans nombre de ports, accaparent-ils une notable partie des correspondances. H. Dussaed.
VI. Législation. — Les Ottomans, qui sont musulmans du rite hanéfite, avaient apporté avec eux d'Asie Mineure, comme base de leur législation, le chéri ou loi canonique qui fut leur unique règle jusqu'au règne de Soliman l^^ le Législateur. Son Kanoun-namèj réunion de tous les rescrits qu'il a rendus, sur l'opinion exprimée par le mufti Abou's-Sooûd, relativement à l'organisation des fiefs militaires (timar), a été colligé après sa mort par le contrôleur des finances, Mohammed-Tchélébi. Le Code des sujets promulgué par lui, complété plus tard par le sultan Ahmed 1®% réglait la nature des redevances que le sujet était tenu d'acquitter entre les mains du sipahi, détenteur du fief. Les règlements de police qu'il institua formèrent la base du droit pénal appliqué dans l'Empire ottoman jusqu'à l'époque des réformes ; la principale peine qui y est portée est l'amende ; celle-ci est également admise pour le rachat de peines graves prescrite? par la loi canonique, telles que l'ablation de la main pour le délit de vol ; le vol qualifié et la récidive sont punis par la pendaison. Un article curieux fixe à 11 % le taux de l'intérêt au delà duquel commence le délit d'usure. Un maximum était fixé pour la vente des objets de première nécessité. Enfin c'est sous son règne que le molla Ibrahim d'Alep rédigea, sous le titre de Multéka 'l-Abhor (confluent des mers), un résumé du droit canonique musulman qui est encore consulté aujourd'hui et fréquemment réimprimé.
Les efforts du gouvernement ottoman pour mettre la Turquie au niveau de la civilisation des Etats européens sont connus dans l'histoire sous le nom de Tanzimat (V. ce mot) ou réformes. Nous ne nous occuperons ici que de celles de ces réformes qui ont trait à la législation. En promulguant le hatti-chérif de Gul-Khané (3 nov. 4839), Abd-ul-Medjid posait les nouveaux principes qui devaient dorénavant régler les institutions de l'Empire et enrayer la décadence toujours croissante de l'Etat. La
principale innovation apportée par cet acte aux lois su-i vies précédemment et qui avait surtout pour but de mettre un terme à l'effroyable abus de la peine de mort pratiqué jusque-là par les autorités administratives, portait qu'aucun individu ne pouvait être mis à mort avant que son cas n'ait été soumis à une enquête judiciaire, dont le résultat devait être revêtu de la sanction impériale. Le sultan rentrait ainsi en possession exclusive du droit de vie et de mort.
Le hatti-hmnayoun (18 févr. 1856) confirma et étendit les garanties offertes par l'acte précédent contre l'arbitraire. Il établit en outre les points suivants, qui dérogeaient aux anciennes lois : 1^ dans les localités où la population appartient en totalité au même culte, il ne sera mis aucune entrave à la réparation ou à la reconstruction sur le plan primitif des édifices consacrés au culte, des écoles, des hôpitaux et des cimetières ; l'érection de nouveaux étabhssements de ce genre restait soumise à l'autorisation préalable de la Porte ; 2** toute expression du style administratif tendant à rendre une classe de la population inférieure à l'autre, toute qualification injurieuse ou blessante, sont interdites ; 3^ la liberté des cultes est reconnue : personne ne peut être contraint de changer de religion ; ^^ des tribunaux mixtes, c.-à-d. composés de juges musulmans et non musulmans, sont institués pour juger les procès en matière criminelle et commerciale où l'une des parties est non musulmane ; en matière civile, les procès sont soumis à la juridiction des conseils mixtes administratifs, en présence du gouverneur de la province ; 5^ le principe du droit des étrangers à posséder des immeubles est reconnu pour la première fois.
Les principales lois qui furent promulguées pour assurer l'application des principes posés dans ces deux rescrits sont : le code de commerce (5 nov. 1850), extrait du code français avec certaines omissions ; le code pénal (9 août 1858) ; le code de procédure commerciale (15 oct. 1861); le code de commerce maritime (1864); la loi du 7 séfer 1284 (10 juin 1867), qui a concédé aux étrangers le droit de posséder des immeubles, à la condition que ces propriétés resteront en tout et pour tout soumises aux lois locales ; enfin divers règlements sur des matières spéciales.
La constitution (Qânouni-èssasi), promulguée au début du règne du sultan actuel, Abd-ul-Hamid II (23 déc. 1876), établit, dans ses termes généraux, l'inviolabilité de la liberté individuelle et du domicile, l'égalité de tous les Ottomans devant la loi, leur admission aux fonctions publiques, la prohibition de la confiscation des biens, de la corvée, des exactions extraordinaires et de la torture. La responsabilité ministérielle est instituée, ainsi que le contrôle d'une assemblée générale composée d'un Sénat et d'une Chambre des députés, l'inamovibilité de la magistrature, l'établissement d'un budget, l'instruction primaire obligatoire. Bien que, pour des motifs politiques, le gouvernement ottoman ait dû suspendre l'application de la constitution en ce qui concerne la réunion de la Chambre des députés, cette charte n'en a pas moins donné un nouvel essor à la législation qui s'est complétée par les lois suivantes : 1*> le code d'instruction criminelle (25 juin 1879), basé sur le système français des poursuites exercées par le ministère public ; 2<* la loi sur la formation et la composition des tribunaux (17 juin 1879); 3^ le code de procédure civile, calqué sur le système français avec quelques modifications (2 juil. 1879) ; 4*^ le règlement du 4 août 1 879 instituant un notaire auprès de chaque tribunal de première instance et plusieurs autres règlements sur la distribution de la justice. Un code civil (Medjellé) composé de 16 livres et traitant des principes du droit applicables aux obligations et aux contrats, résumés d'après la jurisprudence musulmane et destinés à être appliqués par les tribunaux de la réforme, a été terminé en sept. 1876, après dix-sept ans de travail d'une commission spéciale de jurisconsultes.
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La législation ottomane n*est applicable aux étrangers établis sur le territoire de l'Empire que moyennant certaines précautions qui ont été prévues par la série d'actes internationaux connus sous le nom de Capitulations (V. ce mot) ; de là vient qu'on divise, au point de vue de la juridiction, les Etats avec lesquels la France entretient des rapports, en pays de chrétienté, où la juridiction locale est pleine et entière, et pays de capitulations, où elle est restreinte par des traités. Cl. Huart.
VII. Histoire. — L'histoire de l'Empire ottoman peut se diviser en six grandes périodes : 4° établissement du royaume d'Osman en Asie Mineure; 2° conquête de la Turquie d'Europe; 3° conquête de la Turquie d'Asie; 4° grandes guerres en Europe ; 5^ déclin de l'ancienne organisation ; 6** le Tanzimat ou réformes.
I. Le royaume d'Osman en Asie Mineure. — La tribu oghouze de Kaï avait quitté l'Asie centrale à la suite des migrations de la famille de Seldjouk, et de proche en proche, emmenant avac elle ses troupeaux, était venue vagabonder sur les plateaux de l'Asie Mineure. La mort de Suléïman Chah, son chef, noyé dans l'Euphrate près d'Alep, décida une partie des Kaï à retourner dans leur patrie d'origine, tandis qu'une autre fraction, que commandait Ertoghrul, l'un de ses quatre fils, entrait au service des Seldjoukides de Roum ; Ala-ed-din Kaï-Kobad I*^^ récompensa l'intervention décisive du chef turc dans un combat qu'il soutenait contre des troupes mongoles, en lui conférant le fief de Seuyud, berceau de la puissance ottomane, et les pâturages d'été du mont Toumanidj (au S. de Brousse). Ertoghrul se trouvait pour ainsi dire commander l'avant-garde des Seldjoukides sur les frontières de l'Empire romain de Byzance. La chute progressive des Seldjoukides de Roum, amenée pendant la durée du xiu® siècle par les exactions des Mongols, relâcha les liens de vassalité qui leur rattachaient les divers petits Etats qui se formaient lentement sur les territoires qu ils avaient possédés. Ertoghrul et son fils Osman accrurent peu à peu, au moyen de villes et de châteaux forts qu'ils enlevaient aux Grecs, le territoire primitivement concédé à l'établissement des Kaï. Le premier mourut en 4288 ; peu de jours avant sa mort, Osman s'était emparé de Karadja- Hissar, succès qui lui valut, de la part du sultan Alaed-din III, le titre de prince avec ses insignes caractéristiques, un drapeau, une timbale et une queue de cheval {tough) ; cette investiture marque la date de la fondation de l'Empire ottoman (4289). Modreni, Bilédjik, Yarhissar, Aïné-gueul tombèrent successivement entre les mains d'Osman ; la con:}uête des châteaux de la vallée du Sakaria, la prise d'Edrenos (43 17), effrayèrent l'empereur Andronic, qui envoya à la garnison de Brousse l'ordre de capituler devant Orkhan, qui fit de cette dernière ville sa capitale, son père étant mort en ce moment (4326). Orkhan prit son frère Ala-ed-din comme ministre ; sous son règne, Nicomédie, Nicée, Guemlik furent enlevées aux Grecs, la province de Karassi aux descendants du chef turcoman qui y avait fondé un petit Etat ; Ala-ed-din établit des règlements sur les monnaies, le costume et l'organisation de l'armée; il fit frapper la première monnaie ottomane (4328), remplaça le bonnet de feutre rouge que portaient les Turcomans par un bonnet de feutre blanc en forme de chou palmiste, et institua une infanterie permanente et soldée, recrutée au moyen d'enfants chrétiens enlevés à leurs familles et élevés dans les principes de l'islamisme, milice qui reçut le nom de yénitchéri (nouvelle troupe) destinée à devenir célèbre sous la forme de celui de janissaires. C'est à la création de cette troupe qu'il faut attribuer les conquêtes rapides qu'à partir de ce moment les Ottomans vont faire en Europe et en Asie. La cavalerie feudatdre et soldée, et surtout les akyndjis, cavaliers irréguliers sans solde ni fief, qui poussaient des raids à grande distance et dévastaient le pays , éclairaient la marche de cette infanterie et lui facilitaient le gain des batailles rangées et la prise des places fortes.
Orkhan fit la paix avec l'empereur grec (4333), épousa une princesse grecque, fille de Cantacuzène (4347) ; néanmoins des expéditions turques ravageaient constamment les côtes européennes de la Méditerranée et de la Propontide, lorsque Suléïman Pacha, fils d'Orkhan, en s'emparant définitivement de GaUipoli (4357), donna aux Ottomans une base d'opérations contre la péninsule des Balkans. Orkhan, dont le règne est encore remarquable en ceci qu'il donna une importance considérable aux ordres religieux de derviches, notamment en faisant entrer les janissaires dans celui d'Hadji-Bektach, et qui ne faisait qu'imiter en cela les Seldjoukides de Konia, protecteurs des derviches tourneurs venus de Perse, mourut en 4360.
2** Conquête de la Turquie d'Europe. — Mourad P"^, surnommé Khodavendguiar (Seigneur), reprenant pour son compte les projets de son frère, Suléïman Pacha, envoya de Gallipoli son général Lala-Chahin s'emparer d'Andrinople, dont il fit immédiatement sa capitale, puis de Philippopolis, tandis qu'Evrénos s'emparait de Gumuldjina. La paix conclue avec l'empereur grce permit à Mourad de compléter l'organisation de l'Empire; la croisade prêchée par le pape Urbain V vint misérablement échouer dans les îlots de la Maritza. La république de Raguse se mit sous la protection du sultan (4365), et, moyennant un tribut annuel, assura la liberté de son commerce. C'est à cette occasion que le souverain ottoman imprima pour la première fois, dit-on, en tête de l'acte, l'empreinte de sa main droite trempée dans l'encre, ce qui fut l'origine du toughra (chiffre impérial) qui s'est composé plus tard des lettres formant le nom du sultan régnant, entrelacées par l'art de la calligraphie orientale. Ville par ville, la Roumélie tout entière, jusqu'aux Balkans, tombait au pouvoir de Mourad ; son général, Timour-tach, qui avait ajouté à l'organisation des troupes une sorte de train des équipages formé de soldats chrétiens nommés woïnaks, prenait, en Macédoine et en Albanie, Monastir, Pirlépé et Istip, tandis que Sofia se rendait, après un long siège, à Indjé-Balaban. Ses possessions s'arrondissaient également en Asie Mineure, soit par le mariage de son fils Bayézid avec la fille du prince de Kermian qui régnait à Kutahia, soit par une guerre heureuse contre le prince de Karamanie. Mais l'entrée en scène des Serbes, conduits par leur roi Lazare et joints aux Bulgares et aux Bosniaques, contraignit Mourad à diriger de nouveau ses regards vers l'Europe ; la Bulgarie fut entièrement conquise (4389), et les alliés complètement défaits à la bataille de Kossovo, où cependant Mourad perdit la vie.
Bayézid (Bajazet) P^, surnommé Yildirim (Foudre) à cause de sa valeur fougueuse, obtient la soumission complète de la Serbie, fait et défait les empereurs de Constantinople, réduit Jean et Emmanuel Paléologue à s'emparer eux-mêmes, pour la lui remettre, de la ville d'Ala- Chéhir (Philadelphie), se voit céder sans combat les petites principautés d'Aïdin, de Mentéché et de Saroukhan, occupe une partie de la Karamanie, puis cette province tout entière à la suite de la révolte d'Ala-ed-din qui fut défait à la bataille d'Ak-tchaï, enlève à Kazi-Bourhanuddin Tokat, Sivas etCésarée, et au prince de Kastamouni toute la Paphlagonie, ce qui le rend maître de la totalité de la péninsule. Sigismond, roi de Hongrie, avec les auxiliaires français que lui avait amenés le comte de Nevers, depuis Jean sans Peur, est surpris et complètement défait pendant qu'il assiégeait Nicopolis (4396). Bayézid, vainqueur de tous côtés, allait mettre le siège devant Constantinople lorsqu'il en fut empêché par sa guerre contre Timour (Tamerlan) ; la bataille décisive eut lieu près d'Angora (Ancyre). Abandonné par les auxiliaires d'Asie Mineure, qui retrouvaient leurs princes réfugiés auprès du conquérant tatar, Bayézid vit massacrer sous ses yeux ses braves janissaires et fut fait prisonnier pendant qu'il s'enfuyait (20 juil. 4402). Il mouruten captivité huit mois plus tard.
La capture du chef de la maison d'Osman avait failli ruiner l'Empire naissant. Trois de ses fils avaient pu
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échapper au désastre ; Suléïman, Faîne, avait gagné l'Europe à grand' peine, abandonnant le trésor public et la ville de Brousse au pillage. Timour le reconnut comme sultan des possessions ottomanes en Europe, en même temps qu'il soutenait secrètement ses frères Issa et Mohammed en 4sie, et rétablissait sur leurs trônes les princes dépossédés. Le t-etonr dil conquérant en Asie centrale laissa le champ libre àiîx compétitions des fds de Bayézid; Issa disparut de bonne heure, et la lutte fut circonscrite entre Suléïman et Mohammed. Le premier eut l'avantage, passa en Asie et repoussa son frère jusqu'au delà d'Amassia, puis reprit sur son autre frère Moussa, naguère prisonnier de Timour, Andrinople surprise avec l'aide des Serbes ; mais abandonné de son armée, il est tué dans une déroute. Moussa, resté seul maître des possessions européennes, défait Sigismond, et met le siège devant Constantinople ; mais, la fortune l'abandonne tout à coup, et, dans une bataille livrée à son compétiteur Mohammed, il est trahi, blessé, puis étranglé par l'ordre de son frère, qui reste seul maître de l'Empire (1413).
Mohammed P**, qui avait vaincu avec l'aide des Grecs, leur restitue tout ce qui leur avait été enlevé, s'empare de Smyrne oU s'était révolté Djounéid, fait une expédition en Karamanie pour remettre dans l'ordre son vassal révolté, voit sa flotte battue devant Gallipoli par les Vénitiens (1416) et conclut un nouveau traité avec la République, noie dans le sang la tévolte des derviches, fanatisés par le communiste Bedr-ed-din et dirigés par Dédé sultan, lutte contre son frère Moustafa, disparu à la bataille d'Ancyfe, ou un imposteur qui avait pris son nom, et consent à ce que les Grecs, encore maîtres de Salonique, che>?; qui il s'était réfugié, le gardent prisonnier. Une attaque d'apoplexie l'enleva en 1421, et lui donna pour successeur son fils Mourad (Amurat) II, contre qui les Grecs déchaînent tout d'abord le prisonnier de Salonique, (|ui ordbniie à l'armée envoyée contre lui de déposer les armes et prend Gallipoli ; mais, à sôU tour, il est abandonné par l'armée qu'il conduisait en Asie Mineure et pris pendant qu'il se sauvait en Valachie. Mourad voulut se venger de l'empereUr grec et marcha sur Constantinople ; mais Une terreur panique dis{)ersa ses troupes sous les murs même de là ville. Salonique s'était révoltée contre Andronic Paléolugue et s'était rendue aux Vénitiens ; assiégée par Hamza, lieutenant de Mourad, elle fut prise d'âssaUt et dévastée, et réUnie définitivement à l'Empire. Janina capitula (1431), mais Belgrade résista, et l'entrée en Scène de Jeart Hunyade fit éprouver aux atmes ottomanes des revers qu'elles n'avaient pas connus depuis longtemps. Les batailles de Vasag (1442) et de Nissâ amenèrent Mourad à signer la paix de Szegedin (12 juil. 1444). Affligé par la mort de son fils Ala-ed-din, Mourad abdiqua et se retira à Magnésie ; les Hongrois, profitant du jeune âge de son successeur Mohammed, qui n'avait que quatorze ans, envahissent la Bulgarie avec l'aide des Vâlâques et vont camper près de Varna. Rappelé par ses ministres, Mourad sort de son exil volontaire et reparaît à la tête de l'armée pour remporter sur les alliés une éclatante victoire où périt le roi de Hongrie, Wladislas. Rentré à Magnésie, le sultan est obligé d'en revenir encore une fois par la révolte des janissaires, que sa seule présence suffit à faire rentrer dans l'ordre ; puis il envahit la Morée, et lutte en Albanie contre Georges Castriota, appelé communément Scander-beg, qui soulève l'Epire et s'empare dé Croïa, qu'il défendit ensuite avec vigueur. Hunyade avait imprudemmentperduune bataille à Kossovo (1 7 bel. 1 448) . Un derviche, qu'il avait reticontré aux environs d'Andrinople et qui lui avait prédit sa mort prochaine, avait fait une telle impression sur l'esprit du sultan^ qu'atteint de langueur, il mourut au bout de trois jours (5 fév. 145 1 ).
Dès le début de son règne, Mohammed (Mahomet) II (1451-81) résolut de mettre le siège devant Constantinople, ville dont la prise avait été promise aux musulmans paÉ" le.
Coran et considérée longtemps parmi eux comme un des signes précurseurs du Jugement dernier ; l'entreprise que le^ Arabes avaient tentée, que les Seldjoukides avaient rêvée, que les premiers sultans ottomatis avaient été sur le point de réussir, il était donné à Mohammed II de la réaliser. Il commença par faire élever sur le Bosphore le château fort de Rouméli-Hissat", fit fondre par un fondeùi* hongrois des canons d'un calibre extraordinaire, vint mettre le siège devant la ville (avr. 1453), avec une armée considérable, fanatisée par la présence du det^viche Ak- Chems-ed-din. Il transporta dans le fond de la Coriie d'Or une flotte de 70 bâtiments, par te^re, en les faisant glisset* sur des planches enduites de graisse de bœuf. AU bout de cinquante jours, là brèche étant faite à la porte Saint- Romain (Top-Kapou), un assaut général fut doiiné contre les murailles du côté de terre, défendues par 9.000 soldats étrangers (Génois, Vénitiens, etc.) et grecs ; mais la prise de b ville fut due à cinquante soldats ottomans qui se glissèrent par la porte Cercoporta, qu'on avait, dit-on, oublié de fermer. La inort de Constantin XIII Paléologue, tué en combattant^ marque la fin de l'Empiré romain d'Orient et l'établissement définitif de TEmpirë ottoman, qui avait enfin troîivé une capitale digne de sa grandeur (29 mai).
Après avoir installé le patria^che Gennadius àla tête des chrétiens qui survivaieiit au désastre, et avoir fait venif d'Asie Mineure des colons pour repeupler la ville devenue presque déset'te, non à la sUite du siège, mais pat* la lente et misérable agonie de l'Empire grec, Mohammed se vengea du premier ministre Khalil Pacha, soupçonné de s'être laissé gagner par les présents de l'ennétni, et auquel il ne pouvait pardonner d'avoir fait revettir deux fois dé Magnésie son père Mourad, eh le faisant liietti'e à iîiort ; puis il tenta vaihement de s'eMparer de BelgMde, défendue par Hunyade (1455), annexa la Sèfbie (1459), fit la paix avec Scander-beg (Î461), enleva Erzeroum à Hassan le Long, de la dynastie des Turcomans du Mouton-Blanc, et Trébizohde à l'empereur David Coiiiuène (1461); il vainquit le féroce vdïvode de ValâChie , Wlad , que les Turcs surnommaient « l'Empaleur », et ses propres sujets Dràkul « le Diable », et installa à sa place son frère Radul ; il enleva à la famille génoise des Gatelusio l'île de Mételin (1462), conquit la Bosnie (1463) et fit mettre à mort, malgré la capitulation de Kliucs, le roi de ce pays, ce qui n'empêcha pas Mathias Corvin d'envahir la contrée et d'en attaquer les forteresses ; en même temps, la guerre éclatait avec Venise qui se vit enlever ses possessions de la Morée, tandis que la mort d'Ibrahim, dernier prince de Karamartie, fournissait à Mohammed l'occasion de métti*e là main sur les territoires de Konia et de Larattda (1466). Les incursions de Hassan le Long en Asie Mineure obligèrent lé sultan à marchei* en personne contre lui, et il ne tarda pas à battre le chef des Turcomans à Otlouk-Béli. En Europe, les Ottomans ravageaient annuellement les territoires frontières de TEmpire d'Allemagne, la Croatie, la Carniolé, la Styrie, la Hongrie ; une flotte enleva les colonies génoises de la mer Noire et de la mèr d'Azov, ainsi qUe la Crimée (1475), dont le prince tatar, Menghêli- Ghiraï, fut Ubmmé gouverneur en Albanie. Croïa céda enfin à la famine, mais Scutari résista victorieusement ; la conclusion de la paix avec Venise la fit seule toinber entre les mains des Ottomans. L'envahissement de la Transylvanie se termina par une défaite, que ne compensa pas la mort du vôïvode Etienne Bathory. La prise dés îles de Zante et de Sainte-Maure par Guédik Ahmed, gouverneur dé Valona, fit concevoir l'idée d'une expédition en Italie 5 Otrante fut emportée d'assaut (11 aoUt 1480), Rhodes assiégée iUutilémertt ; Mohammed partait pour Une grande expédition en Asie, dont il n'avait pas fait connaître l'objet^ lorsqu'il mourut subitement (3 mai 1481). Il avait achève la concjuêté de la Roumélie, commencé celle de l'Anatolie ; aussi l'histoire lui a-t-elle décerné le titre de Fâtih oU conquéï*ant.
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3** CbNQuÈTE DE LÀ TuRouiE d'Asie. — Bayézîd (Bajazet) II (148 1-1 51 2), son fils, eût à lutter, dès le début, contre les prétentions de son frère Djem (Zizim), qui s'etnpara de Brousse et s'y fit proclamer sultan ; la défaite de Yéni- Ctièhir mit le terme aux illusions de Djem, qui trouva un refuge auprès du sultan d'Egypte, Kait-baï, et recommença sa tentative pour se faire battre près d'Angoi^a ; il se ré~ fugia â Rhodes, fiit conduit en France et de là à Rome, où il ne tarda pas à mourir empoisonné. Bayézid continua le système d'incursions continuelles sur les États voisins pî-ati^ué par son prédécesseur ; mais il résolut d'abaisser la puissance des souverains mameluks de l'Egypte, et se trouva engagé ainsi dans une série de guerres qui n'eureiit rien d'avantageux pour M, et qui se terminèreiit au bout de cinq ans (1491) par une paix désastreuse. La mort de Mathias Corvin (1492), qui avait plongé la Hongrie dans la guerre civile, inspira aux Ottomans l'idée de s'emparer enfin de Belgi'ade, mais ils n'y réussirent pas, furent battus en Hongrie et eri Càrinthie, eurent quelques succès en Croatie ; une trêve termina cette lutte controversée. Le gouverneur de Silistrie poussa des incursions eri Pologne qui ne furent arrêtées que par le froid de l'hiver ; Lépante se rendit après une défaite de la flotte vénitienne ; au cours d'un raid en Frioul, 2.000 cavaliers passèrent le Tagliamento et atteignirent Vicence. Une ligiie s'étanfc formée entre Venise, le pape et la Hongrie, l'amiral vénitien Pesaro battit l'escadre turque à Voïssa, brûla huit galères dans le flort de Prévésa et enleva Sainte-Maure : Gonzalve de Cordoue ravagea les côtes de l'Asie Mineure, et l'amiral français Ravestein effectuait, dans l'île de Mételin, une descente qui se termina par un désastre. On fit la paix avec Venise et la Hongrie (1503). La fin du règne de Bayézid fut troublée par les compétitions entre ses fils Korkoud et Sélim; le second, fort de l'affection des janissaires, entreprit de conquérir le trdne de vive force ; KorkOud s'enipaï'a de Saroukhan et s'appuya sur une bande de brigands venus de Perse et comriîandés par Chéïtan-Kouly ; celui-ci périt dans une bataille, eti même temps que le grand vizir Ali Pacha. Les janissaires exigèrent l'abdication de Bayézid et son remplacement par Sélim; le premier' mourut trois jours après, sUrla route de Démotika (1512).
SélimP^(151â-20) combattit son neveu Ala-ed-din qui s'était emparé de Brousse, son frère Korkoiid, qui fut chassé de Magnésie, son autre frère Ahmed, qui fut défait à Yéni- Chéhir, près de Brousse, et coiipa court à l'envahissement des doctrines chiites, officiellement professées en Perse depuis l'avènemëùt de la dynastie des Séfévîs, par le massacre et l'emprisonnement de 40.000 de leurs adhérents. Ghâh-Ismail étant entré en campagne, Sélim l'atteignit et le défit complèterhent dans la plaine de Tchaldyran (23 août 1514), s'empara dé Tébriz, fut contraint par les inurmures des janissaires de retourner eii Asie Mineure, pâi-tit d'Amasiâ poui* conquérir le territoire possédé par la dyiiastie des Zou'l-Kadrié, et, de retour dans sa capitale, procéda à des exécutions pour ramener dans le devoir les dangereux pi'étoriens qui formaient le meilleur noyau de son armée. Diai'békir reconnut l'autorité du sultan, ainsi que vingt-cinq beys du Kurdistan. EU 1516, liansou el éhauri, sultan d'Egypte, voulant tirer vengeance du traitement ignominieux réservé à son ambassadeur, mdrcha à la rencontre des Ottomans et fut complètement défait à Merdj-babek; Alep et toute la Syrie passèrent au pouvoir de Sélim, qUi, néahmoiiis, fit offrit» la paix âU nouveau sultan mameluK ToUman Bey; mais le niéurtre dé ses deux ambassadeurs fit échouet* les pourparlers, et la bataille de Ridania (22 jaUv. 1517) fit passer l'Egypte au pouvoir des Turcs. L'énergique î-ésistanëô dU brave Touman Bey ne différa que de quelques jdui's roccu{)ation de la nouvelle province de l'Empire, qui entraîna celle des villes saintes, la Mecque et Médine, dont les clefs lui furent envoyées par lé chérif. Là conquête de l'Egypte précéda de peu la moH de Sélim i(22 sept. lH20).
4^* Grandes guerres en Europe. — L'avènement de Suleïman (Soliman) P^' (1520-66) fut le signal de la révolte du gouverneur de la Syrie, Djanberdi-Ghazali, qui échoua devant Alep, et fiit tué près de Damas (1521). Délivré de tout souci de ce côté, Suleiman prit en personne la direction de la guerre de Hongrie, conquit Sabacz et BelgrEide (29 août), et erilra dans Rhodes par capitulation (21 déc). La bataille de Mohdcz fit passer la Hongrie sous là domination turque (1526); le roi Louis y trouva la mort ; un butiU immense, le trésor royal et la bibliothèque de Mathias Corvin tombèrent entre les mains des vainqueurs, entrés par capitulation dans Rude. La lutte entfe Jean Zapolya, nommé par les Turcs i-oi de Hongrie, et le frère dé Charles- Quint, Ferdinand, ameUa, trois ans après, Suleïman jusque sous les murs de Vienne, dont Théroique défense l'obligea à lever le siège (14 oct. 1529J. En 1532, l'armée ottomane ravagea la Styrie; l'année suivante, la paix fut conclue, et le sultan put songer à la guerre de Perse, car il voulait enlever Bagdad à cette puissance. Le grand- vizir Ibrahim s'enipara de Tébriz (13 juil. 1534), et fut bientôt rejoint par Suleïman, avec lequel il marcha contre la capitale des khalifes, qui se rendit. Au retour, fut conclu le premier traité de commerce avec la France (1536). Le corsaire Khaïr-ed-din, surnommé Barberousse , devertu amiral de la flotte, enleva Corfou et mit fin, par l'occupation de Tunis, à la dynastie des Beni-Hafs; niais cette conquête fut éphémère, car Charles-Quint rétablit bientôt le prince détrôné en laissant une garnison espagnole à la Goulette. Une tentative faite pour enlever Corfou échoua (1537) ; seules, quelques îles dé l'Archipel furent enlevées aux Vénitiens. En 1541 reprit la guerfe cbntre l'Autriche ; Suleïman annexa la Hongrie jusqu'à Bude et Gran. Le gouverneur de l'Egypte, Khadim-Suléïman Pacha, équipa une flotte de 70 voiles qui enleva aux Portugais Diu, dans le Goudjérat. Khaïr-ed-din s'empara du château de Messine, rejoignit à Marseille la flotte française du duc d'Enghien pour aller, de concert, prendre Nice (1543). SoUs le prétexte de défondre les droits du prince Séfèvi Elkas-Mirza, Suleïman recommença la guerre avec la Perse et prit Van (1548). Dé l85l à 1562 la guerre fut dirigée en Occident; là Transylvanie fut annexée, mais Eriau resta imprenable (1552); Malte fUt assiégée en vain (1565); mais Suleïman mourut pendant le siège de Sziget qui ne fut prise qu'un peu plus tard ; on cacha sa mort pendant un mois pour permettre a son fils et successeur Sélim II d'accourir de Kutahia à Constantinople (24 sept. 1566).
Le règne de Suleïman marque le point; culminant de la puissance ottomane, mais en prépare le déclin. Le sultan commence à s'isoler; il ignorera de plus en plus le monde extérieur, et, livré aux intrigues du pâlàiS et du harem, laissera les charges du pouvoir au graiid vizir. La succession devient iricertaiiie, dépendant dès caprices des ulémas et des janissaires.
Le début du règne de Sélim II (1566-74) fut marqué par la conquête du Yémeti sur Moutahhar, qui appartenait à là secte hérétique des Zéïdis et avait pris le titre de khà~ life ; la prise de Sànàa par Sinan Pacha et la reddition du château dé Kaukéban (18 mai 1570) obligèi-ent MoUtahhar à reconnaître là suzeraineté de la Porte. L'île de Chypre fut enlevée àUx Vénitieris par Lala-Moustafa et l'amiral Pialé ; les sièges de Nicosie et de Famagouste furent terribles. Là flotte ottomane fut entièrement détruite à Lépante par les forces espagnoles et vénitiennes commandées par Dbn Juan d'Autriche (7 oct. 1571), qui enleva Tunis à Kilidj-Ali, pour la voir réoccuper, ainsi que la Goulette, en 1574. Sélim, à qui son amour immodéré du vin de Chyl)rè, de la dissipation et des plaisirs avait valu le surUdm de Mèst (l'Ivrogne), mourut d'une fièvre qu'il avait prise eri visitant une salle de bains qu'il faisait construire (12 déc. 1574). Les succès de ce prince incapable sont dus au gratid vizir Mohammed Sokolli, lequel continua d'être le vrai maître de l'Empire jusqu'en 1579 du il fut assàssihé.
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Mourad III (i574-îi5), fils aîné de Sélim II, entreprit une guerre avec la Perse qui conduisit ses troupes jusqu'en Géorgie ; une bataille acharnée qui dura pendant toute une nuit porte le nom de bataille des torches (lo83). Osman Pacha, nommé grand vizir et généralissime, envahit l'Azerbaïdjan, avec l'appui des tribus nomades d'origine turque établies sur le territoire persan ; la prise de Ghendja décida le chah à conclure une paix qui laissait aux Ottomans Tébriz et le Chirvan (lo90). L'altération des monnaies provoqua une insurrection des janissaires qui, pour avoir obtenu l'exécution du trésorier et du commandant militaire, leur inspira la plus grande confiance en eux-mêmes et les convainquit de l'étendue de leur pouvoir ; aussi, à partir de ce moment, la désorganisation se met dans l'Empire, et des révoltes continuelles éclatent. Pour occuper les troupes, on reprit la guerre avec la Hongrie, mais les armes ottomanes n'éprouvèrent que des désastres. Mourad mourut de mélancolie (16 janv. 1595) ; sous son règne, l'ambassadeur Jacques de Germiny avait obtenu le renouvellement des capitulations avec la France [1581).
Safiyé Sultane (la Vénitienne Baffa), favorite de Mourad, fit proclamer son fils Mohammed IIE (1595-1603). Le grand vizir Siman Pacha ayant été défait par les Valaques et rejeté au delà du Danube, et les Impériaux ayant repris Gran en Hongrie, Mohammed se décida à se rendre à la tête de l'armée (1596), prit Erlau et gagna d'une façon imprévue la bataille de Keresztes ; après cela, il rentra à Constantinople. Schwarzenberg et Palfy prirent Raab par ruse (1598) ; le grand vizir Ibrahim sut rétablir la discipline parmi les troupes, et réussit à s'emparer de Kanischa (1600), dont la belle défense, l'année suivante, contraignit l'archiduc Ferdinand à une retraite désastreuse. En Asie Mineure, la révolte des Firaris (fuyards), commandés par Kara-Yazidji qui prit le titre de Halim Chah, puis par son frère Déli-Husséïn, se termina par la soumission de celui-ci (1603). L'énergique souverain persan Chah-Abbâs P^ reprit Tébriz et assiégea Erivan. Sur ces entrefaites, Mohammed lll mourut de maladie, laissant à son fils Ahmed I^'* (1603-17), âgé de quatorze ans, un Etat en pleine décadence à cause du désordre toujours croissant dans les finances, de l'altération des monnaies et des abus provenant de la vénalité des charges publiques.
Erivan s'était rendue aux Persans, mais Van résista, tandis que la révolte des Firaris reprenait avec une nouvelle force en Asie Mineure. On essaya, sans pouvoir s'entendre, de négocier avec la Hongrie et la Transylvanie. Un noble Hongrois, Bocskaï, qui avait réussi à s'emparer de Neuhaeusel, fut reconnu par les Turcs comme roi de Hongrie. Une trêve défavorable fut enfin conclue à Sitvatorok (11 nov. 1606). Le grand vizir Mourad Pacha réussit à exterminer les rebelles d'Asie (1608), et fut considéré comme le restaurateur de l'Empire. Il fallut néanmoins rétrocéder à la Perse les provinces frontières (1612). Quelques succès sur mer, balancés par la surprise de Sinope enlevée par les Cosaques, et une infructueuse campagne en Perse (1616), précédèrent de peu la mort d'Ahmed P^ (22 nov. 1617), prince faible, juste, modéré et généreux, qui embellit les villes de la Mecque et dcMédine, et construisit à Constantinople la mosquée qui porte son nom. Son frère Moustafa I^^ (1617-18) lui succéda ; mais sa faiblesse d'esprit, entretenue par une captivité de quatorze années, ne lui permit pas de garder le pouvoir, qui lui fut enlevé par une conspiration au bout de trois mois, et son neveu Osman II (1618-22), qui n'avait que treize ans, fut appelé au pouvoir. La paix fut conclue avec la Perse (1618); l'intervention des Polonais en Moldavie se termina par leur défaite sur les bords du Dniestr (1620); néanmoins, la bataille de Choczim n'eut pas les suites heureuses que se promettait le jeune prince, qui ne rêvait rien moins que la conquête entière de la Pologne. L'annonce de son départ pour le pèlerinage de la Mecque eut pour effet immédiat le soulèvement des janissaires, qui
s'emparèrent du palais, rétablirent Moustafa sur le trône , et assassinèrent Osman, à peine âgé de dix-huit ans (1622) ; son avarice et sa cruauté lui avaient aliéné l'affection des prétoriens, mais le principal motif de sa chute fut le projet qu'on lui prêtait de vouloir supprimer cette milice, devenue redoutable aux souverains. Moustafa n'était pas guéri de sa. maladie incurable; ce fut la sultane Validé, sa mère, qui régna sous son nom. Abaza Pacha se révolta en Anatolie, confisqua les propriétés des janissaires dont il était l'ennemi déclaré, s'empara d'Angora, de Sivas et de Brousse. Moustafa fut définitivement relégué au fond du sérail, et Mourad IV (1623-40), fils d'Ahmed P^ ceignit le sabre à l'âge de douze ans. Il était temps qu'un souverain énergique relevât l'Etat en pleine décomposition. Chah-Abbâs venait de s'emparer de Bagdad, où dominait le janissaire Békir Agha. Hafyz Pacha, nommé grand vizir, défit à Césarée les troupes du rebelle Abaza ; une entreprise des Ottomans contre le khan de Crimée fut moins heureuse et se termina par une déroute complète, tandis que des barques de Cosaques dévastaient le Bosphore (1624); l'entreprise de Hafyz Pacha pour reprendre Bagdad avorta ; Khalil Pacha assiégea en vain Erzeroura, où se maintenait Abaza, lequel capitula plus tard à la suite d'une surprise de Khosrev Pacha, fut l'objet du pardon du sultan et justifia par son dévouement, à la tête du gouvernement de Bosnie, la confiance que Mourad avait mise dans sa valeur. L'insuccès de la campagne de Khosrev contre Bagdad amena dans la capitale de sanglantes émeutes qui faillirent renverser Mourad, et qui ne prirent fin que quand celui-ci parvint à se défaire, par une exécution, de Rédjeb Pacha, instigateur secret des troubles (1632); accompagné d'une garde dévouée et revêtu d'une armure, il ne craignit pas de parcourir luimême la ville et de dissiper les rassemblements qu'il y rencontrait. Fakhr-ed-din ben Maan, prince druse du Liban, qui s'était rendu indépendant, fut poursuivi dans les montagnes de la Syrie et obligé de se rendre ; reçu d'abord avec beaucoup d'honneurs, il fut décapité plus tard sous le prétexte de la révolte de son petit-fils Melhem. Mourad prit lui-même le commandement de l'armée destinée à opérer contre la Perse; il se rendit célèbre par sa sévérité inouïe, qui le faisait marcher au milieu des supplices; Erivan capitula, Tébriz fut pillée et détruite par l'incendie (1635) ; les Persans reprirent l'avantage lors du retour du sultan dans sa capitale, mais le siège de Bagdad, qui capitula après un assaut des plus violents, attribua définitivement cette ville à l'Empire ottoman (25 déc. 1638). La santé de Mourad, ruinée par l'excès du vin, le conduisit au tombeau à vingt-neuf ans (9 fév. 1640).
Son frère Ibrahim (1643-48), prince faible et d'une santé délicate, laissa gouverner la sultane Validé et son grand vizir Kara-Moustafa, qui réduisit le rebelle Hussein, fils de Nassouh Pacha, mais périt bientôt victime d'une intrigue de palais. L'île de Crète fut envahie par surprise et conquise, à l'exception de Candie, qui ne succomba que vingt-cinq ans plus tard (1646). Les mœurs dissolues d'Ibrahim eurent pour résultat sa déposition et son remplacement par son fils Mohammed IV (1648-87) ; il fut assassiné dix jours plus tard. Des révoltes fréquentes troublèrent les premières années du règne d'un souverain qui n'avait que sept ans quand il fut intronisé. De fréquents changements de ministres, dus à des influences du harem, marquèrent les débuts de Mohammed IV ; Mocenigo détruisit la flotte devant les Dardanelles (1656) ; les affaires ne se rétablirent qu'à l'arrivée au grand vizirat de Kiuprulu Mohammed Pacha ; l'énergique vieillard chassa la flotte vénitienne des Dardanelles ; la bataille coûta la vie à Mocenigo ; Ténédos etLemnos furent conquises, la Transylvanie ravagée, le rebelle Abaza-Hasan, vainqueur à llghin du séraskier Mourtéza, fut attiré à Alep et massacré ; l'amiral Abd-ul-Kadir, malgré sa défaite navale devant Milo, s'empara du gouverneur révolté d'Adalia (1661) ; Sidi-Ali
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occupa (Îross-Wardein en Hongrie, par trahison, et les Tatars de Crimée ravagèrent la Russie. Kiuprulu Mohammed Pacha, qui avait été grand vizir pendant cinq ans, s'était rendu redoutable par sa cruauté, et n'avait pas craint de faire bâtonner et emprisonner M. de Vautelet, fils de M. de La Haye, ambassadeur de France, pour tâcher d'obtenir de lui la clef des dépêches chiffrées qu'il avait saisies, laissa en mourant ses fonctions et son pouvoir à son fils Ahmed (4661). La guerre reprit en Hongrie, Neuhaeusel fut prise (1663) et les pays environnants dévastés. La bataille de Saint-Gothard arrêta court les progrès des Ottomans (31 juil. 1664), et la paix fut conclue à Vasvar (10 août 4664), laissant aux Turcs leurs conquêtes. Sabathaï Lévi, israélite de Smyrne, se fit passer pour le Messie, fut arrêté et termina sa carrière en embrassant l'islamisme. Candie capitula après un long siège (27 sept. 1669), ce qui mit fin à la guerre de Crète, qui avait duré vingt cinq ans. Le Cosaque Doroszenko ayant été reconnu par la Porte en qualité d'hetman de l'Ukraine, et le roi de Pologne n'y ayant pas acquiescé, la guerre éclata entre la Turquie et la Pologne ; Kaminiec (Kamenetz) capitula (1672), Leopol et d'autres villes furent prises par les Turcs, et la paix signée grâce à l'intervention du khan de Crimée ; Tannée suivante, les Polonais refusèrent de payer le tribut qui leur avait été imposé, Sobieski battit Hussein Pacha, et à la mort de Michel fut élu roi à Varsovie. En 1674, les succès furent balancés; l'année suivante, Sobieski défit Chichman Ibrahim Pacha sous les murs de Leopol (Lemberg). Néanmoins les Turcs gardèrent l'avantage, et la paix deZurawna leur acquit une partie de l'Ukraine et la Podolie (26 oct. 1676). La mort d'Ahmed Kiupruli, survenue cette année, marqua le terme des victoires ottomanes. La Russie ayant pris sous sa protection l'hetman des Cosaques, la Turquie lui fit la guerre ; le tsar Fédor III fut trois fois vainqueur, et la trêve de Radzin fut achetée par la cession aux Russes de territoires de la rive gauche du Dniestr (1681). Tékéh s'étant révolté en Hongrie contre l'empereur Léopold, la Porte soutint ses prétentions, d'accord avec Louis XIV; Kara-Moustafa se porta sur Vienne et l'assiégea inutilement ; l'entrée en scène de Sobieski et l'issue désastreuse de la bataille de Kahlenberg (12 sept. 1683) sauvèrent la capitale de l'Empire. Le duc de Lorraine déhvra Gran et reprit Neuhœusel; il enleva d'assaut la capitale de la Hongrie, Bude (2 sept. 1686), ce qui entraîna la reddition de nombre de villes ; malgré sa capacité, le grand vizir Suléiman Pacha fut défait à Mohacz (1687), Petcrweiden et la Hongrie entière furent perdus, tandis que Morosini conquérait la Morée. Les nombreux revers qui accablaient les armes ottomanes provoquèrent le mécontentement de l'armée, qui exigea la déposition de Mohammed IV (par le cheik-ul-islam) et son remplacement par son frère Suléiman II (8 nov.).
5^ Déclin de l'ancienne organisation. — Les désordres que la soldatesque commit à Constantinople n'étaient pas pour rétabUr la fortune des armes ; le trésor était vide, la vente de plus de trente mille emplois et l'établissement de nouveaux impôts permirent à peine de faire face aux exigences de la campagne. Belgrade avait été occupée par l'électeur de Bavière (8 sept. 1688) pendant que le margrave Louis de Bade battait le pacha de Bosnie ; les succès momentanés des Ottomans et leurs dévastations ne purent compenser ces deux grands échecs. Négrepont résista victorieusement aux entreprises de Morosini; les Impériaux furent arrêtés dans les Balkans, à Dragoman, après s'être emparés de Nissa. Le grand vizir Moustafa, frère de Kiuprulu Ahmed, régla le cours des monnaies et envoya à la fonte son argenterie ainsi que le superflu de la vaisselle plate du sérail ; il se mit à la tête de l'armée, reprit Nissa etWiddin, et termina la campagne en occupant Belgrade (1691). Suleïman II, qui était atteint d'hydropisie, étant mort le 23 juin, fut remplacé par son frère Ahmed II (169 1-95) qui confirma Kiuprulu Moustafa
dans les fonctions de grand vizir, qu'il ne conserva pas longtemps, ayant été tué à la bataille de Salankemen (49 août). Deux incendies qui dévorèrent une partie delà capitale, des troubles intérieurs causés par un fauxmahdi à Andrinople et par d'autres individus, l'île de Chio conquise par les Vénitiens, le pillage des caravanes sur la route de la Mecque par les Arabes de l'émir Saad, attristèrent les derniers jours d'Ahmed II, malade d'hydropisie (6 févr. 4695). Son neveu, Moustafa H (4695-4703), fils de Mohammed IV, voulut gouverner par lui-même et prendre le commandement de l'armée ; la défaite de la flotte vénitienne dans le canal de Chio marqua brillamment le début du règne, et le corsaire Mezzomorto Hussein, qui venait d'être nommé grand amiral, réoccupa l'île. La campagne de Hongrie fut signalée par la prise de Lippa et le gain d'une bataille devant Lugos. Pierre le Grand fut contraint de lever le siège d'Azov (43 oct.), mais il recommença avec plus de succès l'année suivante. Le grand vizir Elmas Mohammed Pacha périt au milieu d'une bataille perdue contre l'armée du prince Eugène près de Zenta (44 sept. 4697) ; remplacé par Hussein, de la famille des Kiuprulu, ce dernier réussit à arrêter en Bosnie les Impériaux, par les soins de Daltaban Moustafa Pacha. Le traité de Karlowitz (26 janv. 4699) rétablit la paix en laissant à hi Turquie le banat de Temesvar et en cédant à l'empereur Léopold la Transylvanie ; la Rusi5ie conserva Azov, la Pologne garda la Podolie et l'Ukraine. La facilité avec laquelle plusieurs rebelles furent soumis permit au grand vizir Hussein de réformer l'administration et l'armée, dont les défauts veraient d'éclater aux yeux dans les dernières campagnes. La solde arriérée provoqua une émeute qui s'aggrava très vite ; les mutins se mirent en marche pour Andrinople, où séjournait le sultan ; celui-ci, n'ayant pu leur résister, résigna le pouvoir entre les mains*^ de son frère Ahmed III (22 août 4703).
Après avoir pactisé avec les révoltés, AhmedHI (1703-30) sut, par des mesures énergiques, éloigner ou anéantir les meneurs des janissaires. Charles Xll, roi de Suède, étant venu se réfugier en Turquie après la bataille de Pultava, s'établit à Bender ; le grand vizir Baltadji Mohammed Pacha, étant entré dans les vues de l'illustre Suédois, déclara la guerre à la Russie ; Pierre le Grand se laissa enfermer entre le Pruth et des plaines marécageuses et aurait été contraint de capituler devant le khan des Tatars, si l'impératrice Catherine n'avait trouvé le moyen d'acheter la paix par un présent considérable offert au grand vizir, qui ne tarda pas à être exilé à Mételin. Les Turcs se contentèrent de la restitution d'Azov (1711). Charles XII refusant toujours de quitter Bender se vit assiéger dans sa maison et conduire comme prisonnier à Démotika qu'il ne quitta qu'à la fin de 1714. Les Vénitiens perdirent leurs possessions de T Archipel et de la Morée, à la suite d'une campagne de huit mois dirigée par Damad AU Pacha (1715); mais l'Autriche reprit les armes, et Damad-Ali, ayant voulu se mesurer avec le prince Eugène, périt devant Peterwardein (5 août 1716) ; Temesvar se rendit ; Belgrade fut assiégée et prise après une bataille perdue par Khalil Pacha. La paix avec l'empereur et Venise, signée à Passarowitz (21 juil. 1718), coûta à l'Empire ottoman le banat de Temesvar, une partie de la Serbie avec Belgrade, la Pctite-Valachie à l'O. de l'Aluta, une partie de la Bosnie cédés à l'Autriche ; la Turquie garda la Morée, en échange de territoires dalmates cédés à Venise. Ibrahim Pacha essaya de régulariser la rentrée des impôts et de licencier les corps de troupes connus par leur turbulence. La conquête de la Perse parles Afghans fournit aux Ottomans l'occasion de s'entendre avec la Russie pour le démembrement de l'empire des Séfévis ; Ramadan et Erivan se rendirent (1724) ; Tébriz, assiégée, fit de même l'année suivante ; mais Echref, qui venait de succéder à son cousin Mahmoud, remporta un avantage qui décida la Porte à conclure un traité par lequel elle gardait toutes ses conquêtes de Perse. L'envahissement des
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frontières par Tahmasp-Kouly Kkan, qiji n'avait pas encore pris le titre de Nadir Chah, décida le sultan Ahmed III à
partir pour fAnatoUe; il était à peine arrivé à Scutari qu'une révolte des janissaires, conduite par Patrona- Khalil, l'objigea à revenir sûr ses pas pour se voir détrôner et remplacer par son neveu Mahmoud P^' (1730-54). C'est sous son règne que Timprimerie fut introduite à Constantinople par le renégat hongrois Ibrahim Efendi.
L'émeute victorieuse ne put être enrayée que par l'assassinat de ses fauteurs. On continua la guerre avec la iPerse ; Chah-Tahmasp fut vaincu dans la plaine de Koridjan et conclut Ja paix (10 juin 1732) qui laissait à la Perse tout l' Azerbaïdjan et donnait à la Turquie la Géorgie. Ce traité dura jusqu'au moment où Nadir Chah, levant le masque, se déclara régent du royaume et marcha sur Pagdad. Topal-Osman, nommé généralissime, le vainquit (19 juil. 1733) et délivra la ville ; mais celui-ci ayant, biep0t après, perdu la vie sur le champ de bataille, les Persans occupèrent Chéhrizor et Kerkoiik. D'autre part, le khan des Tatars de Crimée ayant violé le territoire russe pour tenter de se rendre (jansle Caucase, et, les Russes étant entrés en Pologne, la guerre éclata • Azov fut prise, ainsi que Baghtché-Séraï, Oczakov, Chotin et lassy ; les autrichiens furent défaits devant Bapyalouka . En revanche, la défaite des Impériaux à Krozka (23 juil. 1739) et l'ouverture de la tranchée devant Belgrade amenèrent, par rin|ervention de M. de Villeneuve, ambass?ideur français, la signature de la paix (traité de Belgrade, 1®^ sept. 1739), qui rendit aux Turcs la Serbie et la Petite-Valachie; mais ils perdirent; Azov. Loin de prendre part à la lutte qui armait l'Europe contre l\farie-Therèse^ le sultan Mahmoud, fidèle observateur des traités, offrit sa médiation qui fui repoussée. Une imprudence de l^ahmoud, qui voulut monter à cheval pour la prière du vendredi malgré la maladie dont il était atteint, le mit au tombeau (13 déc 1754).
Son frère Osman III (1754-56), qui n'était plus jeune et avait un caractère puéril, fut la victime des intrigues de cour, et les ministres se succédèrent rapidement les uns aux autres. L'événement le plus remarquable de son règne de trois ans fut un incendie qui détruisit les deux tiers de la ville et fit périr une grande partie de la population. Osman III ayant succombé aux suites de l'extraction d'une loupe qu'il avait à la cuisse, fut remplacé par Moustafa III (1756-74), fils aîné d'Ahmed III, qui conserva comme grand vizir Raghib Pacha, lequel réussit à rétablir l'ordre dans les finapces et dans l'administratipii. Lorsqu'il eût disparu, la décadence fut rapide. Moustafa et le Divan suivirent avec anxiété, mais sans oser y intervenir, les menées de Catherine II en Pologne. Mais l'invasion de ce pays par l'armée russe, envoyée contre les Confédérés de Bar, amena la guerre. Les Cosaques, non contents de violer le territoire ottoman, vinrent y brûler la ville deBalta (1768). Encouragé par la France et l'Autriche, le sultan déclara la guerre. L'ambassadeur de Russie fut envoyé au château des Sept-Tours ; une armée massée sur le Dniestr. Le khan de Crimée, Krym-Ghéraï, fit une incursion liardie (1769) et ramena un butin considérable et de nombreux prisonniers. Mais l'Empire ottoman n'était plus en mesure de soutenir une guerre contre une des grandes puissances européennes. Le prince Galitzine défit l'armée turque du Dniestr et prit Chotin ; son successeur Roumanzov s'avança jusqu'au Danube; des émissaires russes soulevaient les chrétiens de Moldo- Valachie et de Grèce. On prêta serment à la tsarine à Bucarest. Un retour offensif des Turcs fut arrêté par la défaite de Kaghoul (1^^ août 1770); Bender fut enlevé d'assaut parPanin.
D'un autre côté, Catherine, profitant des intrigues nouées enMorée parhs Grecs Papas-OghlouetBenaki, avait envoyé dans la Méditerranée une escadre qui essaya de soulever les Hellènes ; mais le petit nombre de ceux qui se rallièrent aux Russes aipepa l'échec complet de cette cam-
pagne ; l'escadre ottomane, réfugiée dans la baie de Tchesmé sur les çôteis de l'Asie Miiieure, y fut détruite par l'incendie que les brûlots if usses avaient al| ume (7 juil . 1 7 7 0 ) . Hassan-Bey, par un coup de surprise, ravitailla Lemnos et força les Russes à se rembarquer : il fut à la suite de ce fait d'armes créé gr^in^ amiral. L'Enipire ottoman était en danger ; polgorouki se rendit maître de la Crimée où il installa comme khan ua protégé russe. Daher se proclamait indépendant en àyrie ; Ali-bey, soutenu par les mameluks, faisait de même en Egypte. Biais dès ce mQment, les puissances européennes ne voulaient pas laisser l'une d'entre elles recueillir tout Théritage des Turcs ottomans. La Prusse et l'Autriche intervinrent en Pologne pour ne pas la laisser devenir rus^e ; le résultat fut le premier partage de la Pologne (1772). Ces événements doublèrent du répit à la Turquie. En 1771 une trêve fut conclue, les négociations de Focsani et Bucarest ayant échoué, la lutte reprit en 177J] ; d'abord les succès furent bglanc^s de part et d'autre sur le Danube ; plusieurs tentatives 4es Russes pour passer le fleuve ayant échoué, l'amiral H?^ssan Bey leur enleva leur artillerie et leurs munitions. Sur ces entrefaites, Moustafa ÏII mourut (21 janv. 1774). ' ' " ^
^ Son frère Abd-ul-Hamid P^' (1774-89) , faible et timide, n'était guère à la hauteur des circonstances dans lesquelles se débattait l'Empire ottoman. Romanzov ayant passé le Danube et ayant coupé l'armée turque de sa base d'opérations, qui était Varna, les Ottomans se débandèrent, ce qui obligea le sultan à signer la paix de Koutchouk-Kaïnardji (21 juiL 1774), qui cédait Kinburii et lénikalé aux Pusses, garantissait aux chrétiens les principautés du N. du Danube e{ généralement aux Grecs orthodoxes leurs libertés, sous le patronage de l'ambassadeur russe à Constantinople, et détachait de la Turquie les Tatars de Crimée et du Kouban ; ceux-ci, réduits à leurs propres forces, se soumirent bientôt à leur puissant voisin (1783). Les princes de Géorgie passèrent du vasselage turc au russe, le sultan n'osa résister et signa même un traité de commerce qui accordait aux Russes la libre navigation sur la mer Noir€| et sur tous les fleuves de son Empire.
Mais la diplorpatie européenne intervint : à partir de iBoment elle jouera dans l'histoire turque un rôle pré- Dondérant. Ne suffisant plus à se défendre par ses seules forces, ia Turquie ne doit sa survivance qu'aux rivalités des puissances européennes. L'Angleterre épouse sa cause contre la Russie et inaugure l'antagonisme qui dominera la question d'Orient. Les Anglais^ irrités de l'attitude de la Russie dans la guerre d'Amérique, et souhaitant de retr()UYer en Allemagne des alliés, opposent à l'alliance austrq-russe une entente avec la Prusse et les Etats secondaires naenacés pas Joseph II et Catherine : Suède, Pologne, Turquie. La mort de Frédéric II disloqua cette coalition, et Catherine, par une série d'insultes et de provocations, enpiètements au Caucase, revendication de la Pessarabie, accula le sultan à la guerre. Il la déclara le 10 août 1787. Fidèle à l'alliance, l'empereur Joseph II déclara la guerre à la Turquie (fév. 1788). Les Autrichiens prirent Chotin, n^ais échouèrent devant Belgrade ; la flotte turque fut détruire à Otchakov (28 juin), et cette ville prise, sa population égorgée (17 déc. 1788). Abdul-Ramid l^'' mourut (7 avr. 1789). Les débuts de son neveu Sélim III (1789-1 §07) virent les défaites de Fokchani et de Martinesti pu du Rymnik dues aux efforts combinés de Souvorov et du prince de Saxe-Cobourg et au découragement des troupes ottomanes, dont l'artillerie, malgré les efforts du baron de Tott, restait inférieure à celle de leurs adversaires, et qui refusaient de renoncer à leur tactique surannée pour étudier les formations réglées des troupes européennes. Belgrade capitula (8 oct. 1789). La mort de Joseph II décida son frère Léopold à se séparer des Russes et à conclure avec la Turquie la paix de Sistov (4 août 1791). Souvorov avait enlevé d'assaut IsmaïJ (22 déc. 1790) ; les Russes, vainqueurs à
TURQUIE
Matchin, s'apprêtaient à envahir l'Empire, lorsque l'intervention de l'Angleterre et de 1^ Prusse amena ia paix de lassi (19 janv. 1792) qui fixait au Dniestr la limite des deux Etats. La situation générale de l'Europe, la guerre prévue en France, les préparatifs du démembrement définitif de la Pologne obligèrent la tsarine à renoncer à sqn rÔYO de reconstituer l'Empire byzantin. Un nouveau délai fut accordé à l'Empire ottoman.
Un jeune Géorgien, favori du sultan, nammé Koutchouk- Husséïn, nommé grand amiral, tenta de réorganiser les forces militaires ; on fit venir des ingénieurs de France et de Suède, on réforma les équipages de la flotte ; on essaya d'exercer à l'européenne les trpupes de terre. C'est au milieu de ces préparatifs que l'armée française, sous les ordres du général Bonaparte, avait débarqué en Egypte (juil. 1798). Les troupes envoyées en Syrie furent défaites au pied du mont Thabor ; l'armée débarquée sur la plage d'Aboukir par Moustafa Pacha y fut taillée en pièces (juil. 1799). La Russie et la Porte ayant réussi à enlever aux Français, qui les avaient prises aux Vénitiens, les îles Ioniennes et plusieurs places de la côte d'Epire, un traité conclu le 21 mars 180Q entre les deux alliés décida que ces derniers points resteraient aux mains de la Turquie, et que les îles Ioniennes seraient constituées en république tributaire placée sous la protection du sultan. En 1801, la paix fut signée avec la France. Pendant ce temps, l'Empire était livré à l'anarchie. Les Serbes s'étaient soulevés sous les ordres de Georges Petrovitch; Ali de Tépé-Dilen, pacha de Janina, se considérait comme indépendant; les Ouahhabites s'étaient emparés des villes saintes d'Arabie et massacraient les caravanes de pèlerins. Ahmed Djezzar était le maître de la Syrie; les mameluks d'Egypte n'obéissaient plus. L'Angleterre ayant résolu des mesures comminatoires pour forcer la Turquie à entrer dans la coalition contre la France, et ayant envoyé une escadre devant les Dardanelles, le vice-amiral Dukworth força le détroit et parut devant Constantjnople ; l'enthousiasme de la population musulmane de la capitale, qui courut achever la construction des batteries commencées, sous la direction des officiers de la suite du général Sébastiani, ambassadeur de France, effraya les Anglais qui se retirèrent. Une autre tentative de l'Angleterre pour occuper l'Egypte échoua (22 août 1807). Mais le sultan ayant, à l'instigation de la France, révoqué les hospodars russophiles de Moldavie et de Valachie, ces principautés furent occupée? par la Russie. Sélim poursuivait des réformes, conseillées par la France: réorganisation du Divan, amélioration de' la situation des raïas (sujets chrétiens). Les intrigues du Kaïmakam Moustafa Pacha, ennemi de la nouvelle organisation des troupes {nizam djédid), qui avait mis à profit le départ du grand vizir Ibrahim Pacha pour la campagne de Serbie, soulevèrent les janissaires qui devinrent maîtres de la capitale sous les ordres de Kabaktchi-Oghlou et exigèrent la déposition de Sélim (mai 1807), qui fut remplacé par son cousin Moustafa IV (1807-08), fils d'Abd-ul-Hamid P^
Moustafa-Baïrakdar, gouverneur de Roustchouk, complota le renversement de Kabaktchi-Oghlou et de son influence ; il s'approcha sans bruit d'Andrinople et fit assassiner le janissaire révolté dans son établissement du Haut-Bosphore. Dissimulant son projet de faire remonter Sélim III sur le trône, il se rendit à Constantinople et voulut s'emparer de vive force du sérail ; Moustafa IV fit étrangler son prédécesseur et remettre son cadavre aux révoltés. D'abord interdit et désespéré, Baïrakdar reprit vite ses sens, fit arrêter Moustafa IV et le remplaça immédiatement par le frère de Sélim, Mahmoud II (28 juil. 1808), qui fit de son libérateur son premier ministre. Baïrakdar était partisan des réformes ; il réunit un grand conseil des notables et réclama l'appui formel de ce divan extraordinaire. Les mesures violentes du grand vizir soulevèreiit contre lui l'opinion publique ; u{ie émeiife foriien-
tée par les janissaires mit le feu à la ville ; Baïrakdar, qui s'était réfugié dans une tour en pierre où il se croyait à l'abri de l'incendie, y périt asphyxié. Les plénipotentiaires russes et ottomans réunis à lassi n'ayant pu s'entendre, la guerre éclata ; le général Bagration passa Je Danube et essaya, mais en vain, de réduire Silistrie. La campagne de 1810 fut malheureuse pour les Turcs que paralysait la révolte des Serbes, et Mahmoud II annonça qu'il allait se mettre lui-même à la tête de l'armée, suivant l'antique usage; mais les intrigues des ulémas et des janissaires l'empêchèrent de donner suite à son projet, koutousov, obligé de se tenir sur la défensive, fit évacuer Roustchouk (5 juil. 1811) et campa sur la rive gauche du Danube ; les tentatives des Turcs pour l'en déloger furent vaines. La déclaration de guerre de Napoléon I«^ à la Russie, par l'entremise de l'Angleterre, avec laquelle le sultan s'était réconcilié en 1809, amena la signature de la paix (28 mai 1812), qui coûtait aux Turcs la Bessarabie et fixait au Pruth la limite des deux empires. En Egypte, Méhémet-Ali, qui avait été chargé de lutter contre les Ouahhabites et de reprendre les villes saintes, avait commencé par faire assassiner les beys mamelouks au Caire ; son fils Tossoun entra à Mé~ dine (30 janv. 1813) et à la Mecque (ipars). La Porte réprima la rébellion des Serbes ; leur chef, Czerni Georges, vaincu, se réfugia en Russie- Ali, pacha de Janina, ayant été mis au ban de l'Empire, se déclara en révolte ouverte, souleva les Grecs et s'attacha des bandes de Klephtes ou brigands ; assiégé dans sa forteresse, il y résista jusqu'au 5 févr. 1822. L'insurrection éclata en Morée, et les îles de l'Archipel équipèrent des corsaires ; le patriarche Grégoire, accusé de trahison, bien qu'il eût excommunié les rebelles, fut pendu à Constantinople le jour de Pâques 1821, probablement en représailles des atrocités exercées par les pirates sur le mollah de la Mecque qui revenait en Turquie : sa mort fut suivie de massacres et de profanations. Le prince Cantacuzène est battu à Galatz par Youssouf Pacha ; Alexandre Ypsilanti est défait àDragatchémi et forcé de se réfugier sur le territoire autrichien. Ismail Pacha entre à lassi. Mais les Grecs battent les Ottomans à Cassandra et aux Thermopyles et établissent à Tripolitza un gouvernement provisoire qui se transporte plus tard à Corinthe. La mort du pacha de Janina laissait les coudées franches aux Ottomans, qui s'emparèrent de Chio et y commirent des ravages qui soulevèrent la réprobation de l'Europe (1822). Dervich, pacha de Widdin, essaya en vain de soumettre le Péloponnèse; Ibrahim Pacha, fils de Méhémet-Ali, débarqua à Modon et prit Navarin et Tripolitza; Missolonghi, assiégée depuis si longtemps sans succès, succomba enfin devant le général égyptien (22 avr. 1826). La joie que ressentirent les Ottomans à la suite de ce fait d'armes décida Mahmoud II, inquiet de la résistance opiniâtre des Grecs, à changer l'organisation de l'armée, projet déjà rêvé par Sélim ÎII, et à remplacer, par des troupes réglées et exercées à la tactique européenne, l'institution vieillie des janissaires (jui n'étaient plus qu'un corps de milice prêt à toutes les insubordinations. C'est de ce moment que date la dernière période de l'histoire ottomane, celle du Tanzimat (V. ce mot) ou des réformes.
6^ Le « Tanzimat ». — Les exercices, dirigés par des instructeurs égyptiens, auxquels fut soumis le nouveau corps réguher pour lequel on avait repris le vieux nom à'akyndjis, déplurent aux chefs des janissaires qui avaient pourtant souscrit à l'ordonnance qui instituait la nouvelle organisation. Barricadés sur la place de l'Et-Méidan, les insurgés y furent vaincus par l'incendie et la mitraille. Le halti-chérif^ du 16 juin 1^26 prononça l'abolition du corps des janissaires, complétée par la suppression de l'ordre religieux des derviches Bektachis, qui avait suivi la fortune de ce corps depuis sa création. Les événements qui se sont passés en Turquie depuis cette date jusqu'à nos jours prouvent sans réphque possible que c'est à la
Turquie
suppression des janissaires, entrevue comme nécessaire par plusieurs sultans et réalisée car Mahmoud, que l'Empire ottoman doit la situation militaire qu'il occupe aujourd'hui. Sans cette réforme indispensable, jamais il n'aurait été en mesure de défendre son territoire comme il Fa fait au cours du xix® siècle.
Mahmoud ayantrefusé l'intervention de la France, de l'Angleterre et de la Russie en faveur des Grecs, vit ces puissances se coaliser contre lui ; la capitulation d'Athènes, dressée par Réchid Pacha, n'empêcha pas la flotte égyptienne d'être complètement détruite à Navarin (20 oct. 4827). La Russie qui avait, par le traité d'Akkerman (oct. 1826), obligé le sultan à reconnaître l'autonomie de la Serbie et de la Moldo-Valachie et à lui céder les places de la côte de Circassie et d'Abkhasie, n'en déclara pas moins la guerre le 26 avr. 1828, prenant texte d'un violent manifeste adressé à ses sujets musulmans par le Grand Seigneur le 18 déc. 1827. Le grand-duc Michel prit Braïla (18 juin 1828); les Russes s' avancèrent jusqu'à Choumla, prirent Varna et assiégèrent Silistrie, mais le manque de vivres et de fourrages, ainsi que la peste, les contraignit à une retraite désastreuse. En Asie, le général Paskiévitch avait pris Kars, Akhaltzikhé et Bayézid. L'année suivante, SiHstrie tomba entre les mains de Diebitch, tandis qu'en Asie Paskiévitch entrait à Erzeroum. Diebitch, poursuivant ses succès, prit Silistrie, tourna l'armée du grand vizir renfermée dans Choumla, franchit les Balkans et parut devant Andrinople ; le sultan, effrayé, consentit à signer un traité de paix (14 sept. 1829), qui plaçait la Moldavie, la Valachie et la Serbie sous le protectorat de la Russie et lui cédait en Asie les rivages de Transcaucasie. La 22 mars précédent, il avait reconnu l'indépendance de la Grèce qui était confirmée par ce traité (V. Grèce), enfin la Porte s'engageait à payer une indemnité de guerre de 137 millions à la Russie, accordait aux Russes le libre passage du Bosphore et des Dardanelles, etc.
Cette paix humiliante permit du moins à Mahmoud d'arrêter la décomposition de son Empire. En 1831 , deux rébel- Hons furent étouffées, celle du gouverneur de Scutari et celle du dernier pacha indépendant de Bagdad, Daoud Pacha ; mais celle de Méhémet-Ali fut autrement grave ; elle faillit amener la chute de l'Empire ottoman ou sa transformation au profit d'une nouvelle dynastie. Méhémet-Ali, pacha d'Egypte et maître d'Arabie, frustré dans son espoir d'acquérir la Morée par l'intervention des puissances européennes en faveur des Grecs, voulut se dédommager en conquérant la Syrie. Son fils Ibrahim assiégea Saint-Jean-d'Acre (déc. 1831) qui se rendit le 27 mai 1832 ; puis il occupa Damas, défit les troupes turques à Homs et au défilé de Béilan (Portes Syriennes), franchit le Taurus. Mis hors la loi par le sultan, il détruisit à Konieh l'armée du grand vizir Réchid Pacha (21 déc. 1832). Beaucoup de Turcs hostiles aux réformes de Mahmoud étaient prêts à acclamer le nouveau champion de la foi musulmane. Le sultan, incapable de résister par ses seules forces, se jeta dans les bras du tsar Nicolas ^^ Celui-ci, qui visait à établir une sorte de protectorat sur la Turquie, envoya Mouraviev offrir à Mahmoud une flotte et une armée, puis faire entendre raison au pacha d'Egypte. Celuici, qui employait les Français comme officiers et fonctionnaires, comptait sur l'appui de la France; réclamant pour le moins la Syrie et les provinces limitrophes, il continua de faire avancer son armée ; Ibrahim occupa Kutahia. Le 20 févr. 1833, la flotte russe vint mouiller devant Constantinople. En mars une avant-garde russe y prit position, l'armée se massant sur le Danube. La France, l'Autriche et la Prusse s'unirent alors pour inviter le sultan à faire de suffisantes concessions à son vassal et celui-ci à les accepter. Le traité de Kutahia (4 mai 1833) attribua au pacha d'Egypte la Syrie entière et la prov. d'Adana (Cilicie). Les forces russes se retirèrent, mais le comte Orlov conclut avec la Porte le traité secret d'Unkrar-Ske-
lessi (8 juil. 1833), qui stipulait une alliance offensive et défensive de huit années entre la Russie et la Turquie ; celle-ci pouvait compter sur l'assistance de toutes les forces russes et s'engageait seulement à fermer les Dardanelles aux ennemis du tsar.
Mahmoud mit à profit la paix pour continuer ses efforts de réorganisation. Une flotte envoyée à Tripoli de Barbarie mit fin au pouvoir semi-indépendant des Karamanli, et fit de cette régence une simple province de l'Empire (25 mai 1 835) ; Scutari d'Albanie, qui s'était révoltée, fut réduite (18 sept.) . Mahmoud fut le premier sultan qui mit le pied à bord d'un bateau à vapeur, et qui visita une partie de son Empire ; son inspection porta sur les forteresses du Danube, récemment évacuées par les Russes. Ces innovations déplurent à l'esprit routinier du parti rétrograde ; un derviche fanatique l'insulta sur le pont de Galata ; une conspiration se forma pour l'assassiner. Malgré ces difficultés, Mahmoud n'en poursuivit pas moins sa tâche. Un journal officiel fut créé sous le titre de Moniteur ottoman; le système des quarantaines fut étabU (mars 1838) et sauva Constantinople de la peste ; un théâtre fut construit à Péra ; on ouvrit un cabinet de lecture. La dignité de grand vizir fut supprimée ; Réouf Pacha reçut le titre de hackvékil (premier ministre), et celui de grand vizir ne fut rétabli que sous Abd-ul-Medjid . Des officiers anglais furent engagés pour servir de chefs et d'instructeurs à la flotte ; une école de médecine fut fondée.
Cependant Mahmoud avait pour objectif principal de recouvrer la Syrie et de réduire son vassal Méhémet-Ali. Ce dernier voulait obtenir la possession héréditaire de toutes ses provinces. Un nouveau conflit semblait inévitable. Il eut une issue toute différente du premier à cause du revirement de l'Angleterre. Celle-ci s'inquiétait de voir Méhémet-Ali convoiter la Mésopotamie et ne voulait pas lui laisser prendre pied sur le golfe Persique. Elle conclut en 1838 un traité de commerce avec la Porte, qui lui accorda libre accès dans tout l'Empire ottoman, y compris la Syrie et l'Egypte. Méhémet-Ali refusant de reconnaître ce traité, le sultan le déposa de toutes ses dignités et fit envahir la Syrie par l'armée qu'il avait concentrée sur l'Euphrate sous les ordres de Hafiz Pacha, assisté d'officiers prussiens tels que Moltke. Deux mois après, cette armée fut complètement défaite à Nezib par les officiers français d'Ibrahim (24 juin 1839). Mahmoud mourut six jours après, laissant l'Empire à son fils aîné Abd-ul-Medjid (1839-61), faible prince de dix-sept ans; le capitan pacha Ahmed, hostile an grand vizir Khosrev, fit défection et conduisit la flotte turque à Alexandrie (14 juil.). Sans armée et sans flotte, l'Empire ottoman ne pouvait plus subsister que par la protection de l'Europe. Lord Palmerston, redoutant avant tout le protectorat exclusif de la Bussie, proposa à la France une action navale commune que Louis-Philippe déclina ; Metternich proposa la rpunion d'une conférence entre les cinq grandes puissances, de manière à substituer en Turquie la garantie collective des puissances au protectorat russe ; le 27 juil. 1839, les ambassadeurs des cinq grandes puissances remirent à la Sublime Porte une note l'informant de leur accord sur la question d'Orient et l'invitant à s'abstenir de toute délibération définitive sans leur concours. La Russie avait adhéré pour arrêter de suite les Egyptiens ; la France n'avait pas osé s'isoler. L'Angleterre, se voyant ainsi débarrassée de sa crainte d'une intervention séparée de la Russie, se tourna contre Méhémet-Ali, le protégé français. Une entente anglo-russe offerte à Londres par le baron de Bruunow fut cependant ajournée, et le ministère anglais (Melbourne) offrit au ministère français (Soult) de laisser au pacha l'Egypte et le pachalik d'Acre à titre héréditaire. L'opinion publique française, très exaltée, fit écarter ces offres et porta au pouvoir Thiers qui voulait soutenir Méhémet-Ali au nom de l'honneur français (l^** mars 1840). Il s'efforça de négocier une entente directe entre le pacha et le sultan. Palmerston, ad ver-
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saire acharné de la France, réussit à reconstituer contre elle la quadruple alliance de 1814. Les puissances s'entendirent pour le maintien de Tintégrité et de l'indépendance de l'Empire ottoman et l'injonction à Méhémet-Ali de restituer Candie, les villes saintes, Adana et le N. de la Syrie, en se contentant de la possession héréditaire de l'Egypte, viagère du pachalik d'Acre ; si dans un délai de dix jours il n'avait pas accepté, on ne lui laisserait que l'Egypte (traité du 15 juil. 1840). On procéda immédiatement à l'exécution par la force ; une escadre anglo-autrichienne bloqua les côtes de Syrie; Beirout fut bombardée (11 sept.) ; le Divan proclama la déchéance de Méhémet-Ali. Louis-Philippe, partisan de la paix à tout prix, ne pouvait affronter une guerre contre l'Europe entière : Thiers se retira (29 oct.) et le ministère Soult-Guizot le remplaça. Palmerston n'en refusa pas moins toute atténuation du traité du 15 juil. Les ports de Syrie furent occupés parles alliés ; Saint-Jean-d'Acre capitula le 2 nov.; l'or anglais avait fait insurger les tribus de l'intérieur, l'amiral Napier menaçait de bombarder Alexandrie, Méhémet-Ali céda (25 nov.) : il offrit d'évacuer la Syrie, de restituer la flotte turque. L'Angleterre et la Turquie voulaient le pousser à bout ; mais l'Autriche, qui ne voulait pas de guerre avec la France, obligea la quadruple alliance à adopter une note du 31 janv. 1841 invitant la Porte à garantir àMéhémet-Alilapossession héréditaire de l'Egypte. Un hatti-chérif du 19 avr. 1841 régla ainsi les choses, et les traités de Londres du 13 juil. déclarèrent la question close ; le second, où la France se joignit aux quatre puissances, garantit la neutralité des détroits (Dardanelles et Bosphore).
Abd-ul-Medjid, sauvé du péril extérieur, continua l'œuvre de son père, ou plutôt laissa son grand vizir Rechid la continuer ; le 3 nov. 1839 il avait fait proclamer le hatti-chérif de Gul-Kané, rescrit impérial qui confirmait, continuait et étendait l'œuvre du Tanzimat (nom donné en Turquie au régime nouveau (V. Abd-ul-Medjid et Tanzimat). Mais le tsar Nicolas, inquiet de voir la Turquie se régénérer, ne renonçait pas aux traditions de ses ancêtres, appuyé sur le zèle religieux de son peuple, et se proposait d'agir en défenseur de la foi grecque dans l'Empire ottoman. Dès 1844 il proposait à l'Angleterre de s'entendre sur le partage de la Turquie, mais le cabinet anglais faisait la sourde oreille. Des troubles graves dans le Liban (1 845) furent suivis du contre-coup de la Révolution de 1848 en Moldavie et Valachie. La Turquie envoya des troupes dans ces principautés pour y tenir en respect les troupes russes, sous couleur de les aider : grâce à l'appui de la France et de l'Angleterre, elle obligea Nicolas à ramener son armée en deçà du Pruth (1849- 51). Réchid Pacha continuait à imposer la réforme à l'Empire, et le tsar voyait le danger de cette politique grandir. Il résolut d'agir, comptant sur l'appui ou la neutralité de la Prusse et de l'Autriche et ne pensant pas que l'Angleterre pût s'allier à la France contre lui. Un conflit d'influence, insignifiant à l'origine, venait de se produire entre la France et la Russie à propos des sanctuaires chrétiens de Palestine dont chacune revendiquait le protectorat. La France, dont les droits sur les lieux saints et les religieux latins étaient attestés par les Iraités, avait négligé de les exercer depuis la Révolution : les religieux grecs établis en Palestine et protégés par la Russie en avaient profité pour se permettre des empiétements contre lesquels le gouvernement français protesta en 1850. Les diplomaties française et russe obtinrent successivement de la faiblesse de la Porte des concessions inconciliables en 1851 et 1852, et la question se posa dans toute son ampleur : la Russie décidée à dominer l'Orient par la religion, et la France résolue à l'en empêcher. En 1853, le tsar envoya le prince Menchikov en ambassade extraordinaire à Constantinople pour imposer à la Porte une convention garantissant à l'Eglise grecque sa liberté religieuse et ses privilèges temporels ; la Turquie, ap-
GRANDE ENCVCLOPÉDIE. XXXL
puyée par la France et l'Angleterre, refusa l'ultimatum russe, et Menchikov, en'se retirant annonça que passé un délai de huit jours l'empereur de Russie pmidrait ses garanties en occupant les principautés de Moldavie et de Valachie. L'émotion fut considérable en Europe : l'Angleterre, irritée d'avoir été jouée par le tsar qui feignait de ne songer qu'à un accord avec elle, s'allia étroitement à la France et les deux puissances envoyèrent leurs flottes à Bésika, à l'entrée des Dardanelles (3 juin 1853) : le tsar répondit en faisant occuper par ses troupes, le 4 juil., les deux principautés. L'Autriche, vivement alarmée, tenta de maintenir la paix, car elle était la puissance la plus intéressée au maintien de l'équilibre oriental; les ambassadeurs des puissances furent réunis à Vienne (24 juil.) et rédigèrent une note conciliatrice qui fut écartée après explication par la Russie. La flotte franco-anglaise entra dans les Dardanelles (sept. 1853) et le 4 oct. la Turquie déclarait la guerre à la Russie. Le tsar continuait à compter sur la neutralité bienveillante de l'Autriche et de la Prusse et s'obstinait à ne pas croire possible une alliance de guerre entre la France et l'Angleterre : le ministre autrichien, le comte de Puol, rouvrit la conférence de Vienne (déc. 1853) et fit de nouveaux efforts pour réconcilier la Russie et la Porte ; mais Nicolas continuait à se faire des illusions sur la Prusse et l'Autriche et leur proposa de s'entendre avec elles seules sur le rétablissement de l'équilibre en Orient : l'Autriche refusa et la Prusse ne put accepter non plus cette offre, malgré la sympathie du roi Frédéric-Guillaume IV pour le tsar. L'empereur de Russie repoussa hautement la médiation des puissances qui lui était proposée par Napoléon in (29 janv. 1854). L'Autriche continua à louvoyer : elle poussait en avant l'Angleterre et la France et se proposait de jouer avec la Prusse et la Confédération germanique le rôle de médiateur armé faisant la loi à l'Europe ; malheureusement pour elle, la Prusse ne se prêta pas à ce jeu et déclara « qu'elle ne ferait jamais la guerre à la Russie ». Le 9 avr. 1854, la conférence de Vienne (Prusse, Autriche, France, Angleterre) adopta cependant un protocole proclamant les principes à adopter pour rétablir la paix ; mais le refus hautain de Nicolas qui repoussa la sommation franco-anglaise du 27 fév. décida l'Angleterre et la France alliées à la Turquie à déclarer la guerre (fin mars) ; ces deux puissances sentaient bien qu'elles ne pourraient porter de coups décisifs à la Russie que si elles étaient secondées par l'action militaire de l'Autriche ; la mer Baltique et la mer Noire ne pourraient servir que pour des diversions ; elles cherchèrent donc à conclure une triple alliance avec l'Autriche (ayant échoué dans leur projet de quadruple alliance par suite de la mauvaise volonté de la Prusse) ; mais l'Autriche, qui voulait empêcher la Russie de gagner du terrain en Orient, ne voulait pas se décider à tirer l'épée en faveur des puissances occidentales : si elle parut plusieurs fois sur le point de se laisser entraîner par la France et l'Angleterre, elle fut constamment réduite à l'immobilité par la poHtique négative de la Prusse ; c'est ainsi que cette dernière puissance, alors si dédaignée, décida de 1851- à 1856 des destinées de l'Europe. Le 20 avr. 1854, l'Autriche, la Prusse et la Confédération germanique concluaient un traité de garantie de toute attaque de la monarchie autrichienne dans son ensemble : l'entrée de la Confédération dans le traité était une finesse de Bismarck qui y voyait « un sabot destiné à enrayer les idées belliqueuses de l'Autriche »; il était décidé que l'Autriche sommerait le tsar de fixer un terme à l'occupation des principautés et que les parties contractantes prendraient l'oflensive si les Russes franchissaient les Balkans ou s'appropriaient les principautés, L'Autriche détourna alors la France et l'Angleterre de continuer sa marche du côté du Danube vers les principautés ; les alliés, dont le quartier général était à Varna, changèrent alors leur plan de campagne (juil. 1854) et décidèrent l'expédition de Crimée Ton
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croyait pouvoir emporter Sébastopol en quelques semaines ; désormais la Russie était sauvée (V. Sébastopol). Le 8 août, l'Autriche, l'Angleterre et la France signèrent les fameuses notes de Vienne dites « des quatre garanties », conditions de la paix à accorder à la Russie. Pour aiguillonner l'Autriche, les cours de Londres et de Paris s'allièrent au Piémont qui inquiétait énormément l'Autriche. Victor-Emmanuel vit tout le parti à tirer de cette combinaison et offrit 15.000 hommes (26 janv. 4855) : l'unité italienne est née de ce traité. L'Autriche se décida alors à signer avec les puissances occidentales le traité du 2déc. 4854 et parut prête à tirer l'épée ; mais ce n'était qu'une apparence, et son intention n'était pas de prendre part à la guerre. Les cabinets de Paris et de Londres, s'apercevant qu'ils étaient joués, poussèrent la guerre avec ardeur : la mort de Nicolas (2 mars 4855) et son remplacement par Alexandre II amenèrent là réouverture de la conférence de Vienne qui se termina en juin sans avoir pu aboutir à rétablir la paix. Cependant la campagne de Crimée durait toujours, et Sébastopol ne tomba que le 8 sept. 4855 après des sacrifices énormes d'hommes et d'argent. Malgré l'effet moral de cette victoire, elle n'avait rien de décisif; dans la région du Caucase, où la guerre durait depuis deux ans, les Russes enlevèrent le 2Î nov. aux Turcs la citadelle de Kars. La détresse financière de la Russie et sa lassitude précipitèrent la paix : l'Angleterre ne voulait pas traiter sans obtenir un bénéfice notable ; elle voulait annuler la puissance navale russe dans la mer Noire et la Baltique et arracher aux Russes la Circassie, au S. du Caucase ; le gouvernement français, au contraire (qui avait perdu 200.000 hommes et 4.500 milUons), avait hâte de terminer la guerre : Napoléon lîl ne gardait de haine que contre l'Autriche ; celle-ci, très inquiète, se rapprochait de la France, craignant de voir cette puissance s'allier à la Russie ; elle proposa d'adresser à la Russie un ultimatum décisif ; l'Angleterre, malgré sa colère de voir ses intérêts abandonnés par la France y accéda, et cet acte fut adressé le 46 déc. 4855 à l'empereur de Russie; le 46 janv. 4856, sur le conseil du roi de Prusse, le tsar Alexandre accepta l'ultimatum. La paix fut signée à Paris le 30 mars 4856; l'intégrité de la Turquie était reconnue, les détroits fermés aux navires de guerre, le protectorat russe sur les principautés était aboli ; la Serbie, la Moldavie et la Valachie jouissaient de l'indépendance sous la suzerainetéde l'Empire ottoman ; en outre, cet acte international faisait décidément entrer la Turquie dans le concert européen.
Peu avant le traité de Paris, Abd-ul-Medjid avait promulgué le hatti-humayoun (48fév.), qui reconnaissait l'égalité civile de tous ses sujets, établissait une nouvelle assiette de l'impôt et admettait au service militaire les non musulmans. Malheureusement, les bonnes dispositions du souverain se heurtaient à la résistance d'un parti rétrograde puissant. Des massacres eurent lieu à Djedda (45 juil. 4858) et au Liban (mai 4860) ; Fuad Pacha fut envoyé comme commissaire extraordinaire dans cette dernière province, où les troupes françaises débarquèrent. Abd-ul-Medjid, digne continuateur de son père, prince humain et bienveillant, manquait de la force nécessaire pour briser les résistances, tandis que ses prodigalités obéraient le trésor. Quand il mourut (25 juin 4864), il laissa le trône à son frère Abd-ul-Aziz, qui poursuivit l'œuvre des réformes. Les Monténégrins, après de longues luttes, avaient définitivement été écrasés à Rieka (23 août 4862) ; l'intervention de la diplomatie hâta la conclusion de la paix. Le soulèvement de la population de Belgrade contre la garnison de la citadelle amena le bombardement de la ville.
Pour remédier aux embarras du trésor, Fuad Pacha, grand vizir, procéda aune émission de caïmés ou papiermonnaie ; mais la chute rapide du cours força à le retirer en 1862. La création de la Banque ottomane vint faciliter le placement des emprunts à l'étranger. Sous la
direction d'Edhem Pacha, on commença de grands travaux publics, la route de Trébizonde à Erzeroum, le chemin de fer Varna-Roustchouk et l'amélioration des bouches du Danube. La Porte évacua la citadelle de Belgrade (mars 4867) et envoya des troupes contre les Cretois révoltés ; bien que le grand vizir Ali Pacha se fût rendu lui-même en Crète pour négocier, les insurgés ne cédèrent qu'à la force ; ils ne furent écrasés qu'au prix de grands sacrifices (févr. 4869). Ali Pacha essaya de réorganiser l'administration et promulgua plusieurs lois réformatrices ; mais il mourut peu de temps après la conférence de Londres (23 mai 4874), qui rendait à la Russie une partie des avantages qui lui avaient été enlevés par le traité de Paris. En suspendant le payement des arrérages des emprunts extérieurs, Mahmoud-Nédim ruine le crédit de la Turquie (6 oct. 4875) ; une manifestation des softas (étudiants en théologie) le fait tomber du pouvoir et remplacer par Méhémet-Ruchdi, qui dépose Abd-ul-Aziz (30 mai 4876) et le remplace par son neveu Mourad V, dont les facultés mentales, atteintes par les tragédies auxquelles il avait assisté, par l'émotion que lui causa la mort d' Abd-ul-Aziz, trouvé inanimé dans ses appartements, et par l'assassinat de plusieurs des ministres par le Circassien Hassan, ne lui permirent pas de régner plus de trois mois ; il fut, à son tour, remplacé par le souverain régnant, Abd-ul-Hamid II (34 août 4876).
L'insurrection de l'Herzégovine et de la Bosnie, à laquelle vint se joindre celle des Bulgares, causée par l'état misérable de ces populations, fomentée par des comités insurrectionnels, et durement réprimée par des massacres, fut le prélude de la guerre qui éclata entre la Turquie, la Serbie et le Monténégro, puis la Russie. La victoire des Monténégrins sur Moukhtar Pacha à Trébigne, sur Mahmoud Pacha Freund à Podgoritza, n'empêcha pas les Serbes, commandés par Tchernaïev, de perdre la bataille de Djunis contre Abd-ul-Kérim Pacha (49 oct. 1876) et d'évacuer Alexinatz. L'élan des troupes fut arrêté par la Russie qui imposa un armistice, et une conférence internationale se réunit à Constantinople. C'est à ce moment que Midhat Pacha, grand vizir, fit promulguer la Constitution (23 déc.) (V. § Législation), Le rejet du protocole de Londres (accompagné d'une note comminatoire de la Russie) par la Turquie, le 9 avr. 4877, décida la Russie à la guerre ; l'armée russe, accompagnée des troupes roumames, franchit le Danube à Sistovo (27 juin 4877) ; le général Gourko occupa rapidement la passe de Chipka dans les Balkans et poussa une pointe en Thrace, qui fit rappeler en hâte Suleïman Pacha du Monténégro ; vainqueur à Eski-Zaghra, Suleiman essaya en vain de reprendre la passe de Chipka, tandis qu'Osman Pacha, retranché à Plevna, repoussait les attaques successives de Schuder-Scheidner et de Kriidener. Le généralissime Méhémet-Ali essaya en vain de déborder les troupes du tsarévitch ; il fut arrêté à Tserkovnia (24 sept.). Enfermé dans Plevna, Osman Pacha dut capituler après une sortie générale infructueuse (40 déc). La chute de Plevna empêcha Suleïman Pacha de profiter du succès d'Elena ; le général Gourko ayant passé les Balkans en plein hiver, le défit à Philippopoli et le rejeta dans le Rhodope; Andrmople fut occupée (20 janv. 4878). En Asie, Moukhtar Pacha avait réussi à dégager Kars ; mais l'arrivée de renforts permit à Loris-Mélikov de reprendre l'offensive, d'enlever Kars et de bloquer Erzeroum (4 nov. 4877). La paix fut signée àSan-Stefano (3 mars 4878) et soumise, par suite de l'intervention du prince de Bismarck, à un congrès européen réuni à Berlin. La diplomatie avait mollement tenté d'intervenir à différentes reprises pendant la guerre russo-turque : la France n'était occupée que de ses affaires intérieures et de la tentative de coup d'Etat de Mac-Mahon le 16 mai; l'Angleterre s'était contentée d'obtenir de la Russie l'assurance qu'elle ne toucherait pas à l'Egypte, au canal de Suez, à Constantinople, aux détroits (8 juin). Bismarck ne mel-
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tait pas obstacle aux précautions militaires de l'Autriche qui se montrait alarmée par les progrès des Russes, mais ne se compromettait pas vis-à-vis du cabinet de Saint- Pétersbourg., Après des alternatives diverses (succès foudroyants des Russes jusqu'en juillet, puis échecs en Asie et en Europe et épuisement en hommes et en argent, enfin retour complet de la fortune à partir de novembre, prise de Kars en Asie, deTlewna en Europe), laTurquie éperdue sollicita l'intervention de l'Europe et la médiation collective des grandes puissances; mais les puissances, paralysées par l'attitude de complaisance de Bismarck pour la Russie, ne purent se mettre d'accord, et le sultan fut obligé de traiter sans intermédiaire avec le gouvernement russe. Le traité de San Stefano consacra la soumission de la Turquie et son démembrement ; le Monténégro était quadruplé et recevait deux ports sur l'Adriatique ; la Serbie et la Roumanie recevaient leur indépendance ; la Bulgarie était érigée en principauté autonome, de la mer Noire à l'Archipel et aux montagnes d'Albanie, avec une superficie de 163.000 kil. q. Ce qui restait de la Turquie d'Europe (168.000 kil. q.) était divisé en quatre tronçons, dont deux (Constantinople et Salonique) ne pouvaient communiquer que par la mer et les deux autres (Bosnie-Herzégovine et Thessalie- Albanie) ne se rejoignaient que par un défilé commandé par la Serbie et le Monténégro ; en Crête, le règlement de 1868 devait être appliqué; les provinces grecques de l'Empire et l'Arménie devaient recevoir, d'accord avec la Russie, des règlements analogues ; le sultan reconnaissait devoir 1.400 millions de roubles à la Russie. Ce traité était la fin de la Turquie; mais deux puissances, l'Angleterre et l'Autriche-Hongrie, étaient décidées à s'y opposer. L'Autriche-Hongrie refusa de suite de s'entendre avec la Russie au prix de la Bosnie et de l'Herzégovine ; l'Angleterre, aussitôt informée, prit une attitude menaçante (1^^ avr.), d'autant plus qu'en France, Waddington, très sympathique à l'Angleterre, avait remplacé le duc Decazes et son éternel projet d'alliance franco-russe. La Russie, qui avait si complaisamment favorisé l'action de l'Allemagne par sa neutralité bienveillante au moment de Sadowa et son attitude menaçante contre l'Autriche en 1870, comptait sur sa reconnaissance. Le sort de l'Europe était entre les mains de Rismarck : mais celui-ci allait infliger à la Russie la plus profonde des déceptions en l'abandonnant en ce moment critique ; c'est la grande trahison que les politiques russes n'ont pu encore pardonner à l'Allemagne. Gortchakov, qui croyait pouvoir lutter de finesse avec Bismarck, eut l'humiliation de se voir joué complètement par lui et dans l'impossibilité de relever le gant jeté brutalement par l'Angleterre. Bismarck n'eût pas été fâché de voir se produire un conflit armé entre l'Angleterre et l'Autriche d'une part, la Russie de l'autre, mais ces puissances pénétrèrent ses calculs, et bientôt les rapports se détendirent entre Pétersbourg et Londres : la Russie accepta les modifications demandées par F Angleterre au traité de San Stefano, contente de conserver la Bessarabie et Batoum ; la modération de l'Angleterre s'expliqua plus tard quand on apprit son alliance avec la Turquie, laquelle payait ce traité (4 juin) de la possession de l'île de Chypre. La France consentait à aller au Congrès de Berlin (proposé par Bismarck) à la condition qu'il ne serait traité ni de l'Egypte, ni de la Syrie et que les droits de la France sur les lieux saints ne seraient pas contestés. L'Allemagne voulait que l'Autriche-Hongrie eût sa part dans la curée de l'Empire ottoman et dirigeât ses ambitions du côté de l'Orient : l'occujpation de la Bosnie et de l'Herzégovine, route de Salonique et de la mer Egée, réalisait cet objectif. Ainsi des intrigues préliminaires avaient réglé les avantages et la situation de chacun : il restait peu de chose à faire au Congrès, dont les séances furent cependant agitées; il se réunit le 13 juin 1878 et se termina le 13 juiL; il s'occupa d'abord de la Bulgarie qui, déclarée principauté vassale, fut limitée par les Balkans (sauf à l'O. où on lui laissait
Sofia) et réduite de 163.000 à 64.000 kil. q. et de 4 millions à 1 million et demi d'hab. ; au S. dés Balkans, on organisa une autre province avec une organisation autonome, la Roumélie orientale. La Bosnie et l'Herzégovine furent confiées à l'Autriche-Hongrie, malgré les protestations des Turcs. L'indépendance de la Serbie et du Monténégro fut reconnue, mais on réduisit ces États au tiers de ce que prévoyait le traité de San Stefano. Les agents de la Grèce, admis le 29 juin à exposer les desiderata de la Grèce, n'obtinrent, malgré l'excès de leurs prétentions, que l'avis de négocier directement avec la Porte pour une rectification de frontières. La Roumanie fut déclarée indépendante et dut admettre une parfaite égalité civile entre ses sujets, sans distinction de cultes ; mais elle dut céder à la Russie la Bessarabie, tout en obtenant 2.000 kil. q. de plus dans la Dobroudja. La créance russe fut fixée à 830 millions, avec la condition qu'elle ne pourrait être convertie en acquisitions territoriales et prendrait rang après les autres créanciers de la Porte. La Russie gardait en Asie Kars, Ardahan et Batoum. La liberté des détroits restait établie, comme en 1856 et 1871 . Le traité de Berlin paraît avoir été fait pour brouiller entre elles toutes les puissances : la Turquie faisait tous les frais ; seule l'Allemagne n'avait rien demandé et se prévalait à Constantinople de son désintéressement. Les nationalités chrétiennes des'^Balkans se trouvaient toutes lésées ; les Grecs n'avaient obtenu que des paroles. La Russie, après les terribles sacrifices de la guerre, se jugeait jouée et humiliée ; sa rancune contre l'Angleterre, contre l'Autriche et contre l'Allemagne était grosse de complications futures. Malgré les ^germes de guerre que contenait le traité de Berlin, l'ascendant de l'Allemagne est parvenu à immobiliser les forces hostiles de l'Europe depuis cette époque.
Depuis 1878 il s'est passé des événements imprévus qui n'ont pas maintenu intactes plusieurs clauses du traité de Berlin : une insurrection des Albanais et la formation d'une ligue albanaise (comprenant également les musulmans, les catholiques et les orthodoxes) pour l'affranchissement du joug ottoman. H fallut l'intervention des puissances pour que le Monténégro occupât (nov. 1880) le port de Dulcigno. L'agrandissement de la Serbie provoqua les protestations des Albanais gui, en avr. 1879, furent battus par les troupes de la principauté. La Grèce rencontra beaucoup de mauvaise volonté pour la rectification de sa frontière d'accord avec la Turquie : le 22 mai 1880 seulement les frontières de Thessalie furent fixées au S. du Salambria, et celles de l'Epire au S. d'Arta. LaBulga rie réunit en fév. 1879 une assemblée à Tirnova et choisit pour prince Alexandre de Battenberg. La détresse financière de la Turquie, encore augmentée par la guerre, ne trouva de remède que dans un contrôle international, qui commença à s'organiser en 1880 ; d'autre part, des instructeurs allemands furent appelés par le sultan pour réorganiser l'armée. Des soulèvements sur différents points du territoire ottoman furent rigoureusement réprimés, ainsi que ceux des Grecs de Thessalie et des Bulgares de Macédoine; les insurrections albanaises donnèrent plus de difficultés : Ali Pacha fut cependant écrasé par l'armée turque que commandait Dervich Pacha (mars 1881), et le soulèvement de 1883 fut réprimé par Hafiz Pacha. En 1882, l'occupation de la Tunisie par la France souleva peu de difficultés, car la souveraineté de la Turquie n'était plus que nominale. En Egypte, les dilapidations du khédive Ismail Pacha ruinèrent les finances; le sultan, à l'instigation des puissances, l'obligea à abdiquer en faveur de son fils, Tewfik Pacha (26 juin 1879) ; un contrôle financier franco-anglais fut' institué, mais provoqua un soulèvement national sous la direction d'Araba Pacha, que les Anglais réprimèrent en 1882. Sur ces entrefaites, le mahdi provoqua une insurrection plus dangereuse dans le Soudan égyptien et fournit aux Anglais le prétexte d'une occupation prolongée de l'Egypte; en déc. 1885, ils y restèrent, bien que les raisons en eussent disparu et
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en violation de tout droit. Les protestations de la Porte ne furent pas plus efficaces contre l'occupation de Massaoua par l'Italie, en fév. 1885.
En Europe même, la Turquie éprouvait à la même époque de nouvelles pertes : la Bulgarie s'unit à la Rouméiie orientale à la suite^ du soulèvement du 18 sept. 1885 à Philippopoli. Le prince Alexandre prit le 20 sept, le titre de prince de la Bulgarie du Nord et du Sud et fut nommé le 25 avr. 1886 par la Turquie gouverneur de la Rouméiie orientale. Après le renversement du prince Alexandre par le Sobranié, le 7 juil. 1887, le prince Ferdinand de Cobourg le remplaça ; il ne fut pas d'abord officiellement reconnu et ce n'e£t que le 14 mars 1896 qu'il fut reconnu par la Porte en qualité de prince de Bulgarie et gouverneur général de la Rouméiie orientale. La Grèce cependant se remuait pour obtenir, comme la Bulgarie, un agrandissement ; la Crète recommença à s'agiter : en juil. 1887, puis en août 1889, de sanglants conflits éclatèrent entre chrétiens et musulmans.
L'établissement de trois évêques schismatiques bulgares en Macédoine provoqua de vives protestations du patriarche œcuménique de Constantinople, en juil. 1890. La même année la Turquie conclut un traité de commerce de vingt et un ans avec l'Allemagne; en 1891, la Russie obtint que ses navires battant pavillon commercial pussent passer par les Dardanelles, et causa ainsi la chute du grand vizir Kiamil Pacha, opposé à cette mesure. Une des caractéristiques de la politique d'Abd-ul Hamid a été l'annulation du grand vizir, dont il remplaça l'action par sa politique personnelle; en sept. 1891, Dschewad Pacha fut nommé grand vizir; en 1890, 1892 et 1898, des soulèvements redoutables au Yémen montrèrent Pi m puissance ottomane dans cette région. Une insurrection en Crète se produisit aussi en 1894 et réclama la nomination d'un gouverneur chrétien et d'une assemblée nationale, privilèges perdus à la suite du soulèvement de 1889-90 : les sanglantes répressions des Turcs en mai 1896 amenèrent une révolte presque générale et provoquèrent l'intervention des puissances qui obligèrent le sultan à accorder aux Cretois une sorte d'autonomie (1®^' sept. 1896).
En Macédoine la population slave, encouragée parPannexion de la Rouméiie en 1886, s'agitait pour obtenir l'union avec la Bulgarie, tandis que la population d'origine grecque, moins nombreuse, tournait les yeux vers la Grèce; ces aspirations se traduisirent en 1895 et 1896 par des soulèvements armés. En même temps, l'insurrection des Arméniens causait de grandes difficultés à la Turquie : au congrès de Berlin, elle avait promis de leur accorder des réformes et de les protéger contrôles violences des Kurdes. Ces promesses restaient illusoires, et les Arméniens tentèrent d'échapper au joug turc pour constituer un Etat indépendant ; à l'automne de 1894, la révolte éclata et de violents combats se produisirent, dans le vilayetde Biteis, entre Arméniens et Kurdes ; le 8 oct. 1895 des centaines d'Arméniens furent égorgés à Trébizonde ; les puissances se décidèrent à intervenir, et le sultan promit des réformes consistant à adjoindre à chaque mutessarif un chrétien, et à composer la gendarmerie en proportion de la population de soldats chrétiens et musulmans. En Syrie, les Druses se remuèrent, mais les Turcs, après quelques combats, se rendirent maîtres du mouvement.
A Constantinople même, le sultan Abd-ul Hamid II avait pris en main tout le pouvoir ; à la place des fonctionnaires, il s'entoura d'une camarilla de cour qui dirigeait tout ; le vizir Said Pacha se retira en juin 1895, quand les flottes des puissances exigeant des réformes parurent dans la mer Egée ; il fut remplacé par Kiamil Pacha qui, voulant reprendre l'ancien pouvoir du grand vizir, irrita à tel point le sultan que celui-ci le renvoya au bout de quatre semaines ; son successeur, Halil-Rifaat^Pacha, n'eut qu'une autorité nominale, tandis que le véritable régent était Izzet bey, chef de la camarilla du palais ; un comité jeuneturc se forma alors contre la cour et les favoris du sul-
tan, pour réclamer la représentation nationale organisée en 1876-77 par Midhat Pacha. En même temps, les Arméniens cherchaient à pousser les puissances à intervenir en provoquant de gra\es troubles: le 30 juin 1895, ils firent une première démonstration à Constantinople, réprimée sans effusion de sang; il n'en fut pas de même le 30 sept, où des centaines d'Arméniens furent massacrés ; mais ces cruautés furent dépassées de loin le 28 août 1896, à la suite de l'occupation de la Banque ottomane par les révolutionnaires arméniens, qui jetèrent des bombes de dynamite sur leurs adversaires ; le fanatisme musulman se déchaîna contre tous les Arméniens,- et des milliers d'entre eux furent mis à mort, assommés ou noyés.
En Crète, les comités nationaux grecs maintenaient Pagitation, et les hostilités reprirent au début de 1897 entre chrétiens et musulmans : le 15 févr., des troupes grecques débarquèrent dans l'île, et les puissances y envoyèrent également des détachements. Les Grecs, encouragés par l'impuissance deS' efforts de l'Europe pour maintenir la paix, massèrent des troupes sur la frontière thessalienne ; le 17 avr., la Turquie, irritée parles incursions des troupes helléniques sur son territoire, déclara la guerre ; elle remporta victoires sur victoires et allait pousser jusqu'à Athènes quand les Grecs demandèrent la paix {i8 mai). Les négociations de paix auxquelles les puissances prirent part à Constantinople aboutirent le 4 déc. 1897; la Turquie fut obligée par l'Europe de se contenter d'une petite rectification de frontières et d'une indemnité de guerre de 4 millions de livres. Mais Forgueil ottoman fut grandement accru par cette guerre victorieuse, et la Turquie montra beaucoup de résistance pour le règlement de la question Cretoise ; la Grèce avait été obligée de retirer ses troupes, l'Allemagne et F Autriche en avaient fait autant, mais les autres puissances les avaient maintenues et décidèrent (France, Russie, Angleterre, Italie) la nomination du prince Georges de Grèce comme gouverneur de Crète pour trois ans (août 1898), avec une constitution et une assemblée Cretoises. Après une explosion sanglante du fanatisme musulman àCandie, le 6 sept. 1898, réprimée par les Anglais, le sultan souscrivit au désarmement de la population et aux décisions des puissances. Malgré les difficultés considérables dans lesquelles se débattait le gouvernement ottoman, l'œuvre des réformes se poursuivait par le complément de la législation, tandis que le crédit se relevait, grâce à la constitution d'une administration internationale, représentant les intérêts des bondholders ou porteurs de titres de la dette extérieure et chargée de percevoir les revenus de l'Etat qui lui étaient concédés, tels que le tabac (remis plus tard à la Régie coïntéressée), le sel, les spiritueux, etc. L'établissement de nombreuses écoles primaires musulmanes, la création d'un réseau de routes, l'achèvement de plusieurs lignes de chemin de fer, la construction de ports et autres travaux d'utilité publique, indiquent la vitalité de la Turquie et le désir de son gouvernement de sortir de l'ornière où elle s'était trop longtemps laissé traîner. Cl. Huart.
BiBL . : Géographie, Ethnographie, Commerce. — UbiciNi, Lettres sur la Turquie; Paris, ISbL —Elisée Reclus, Géographie universelle; Paris, 1876, t. I. — MenziES, Turhey historical, geographical, statistical ; Londres, 1880, 2 vol. — LoEHNis, Beilrâge zur Kenntniss der Levante; Leipzig, 1882, et Denkschrift ûber die Stiftung der deutschen Handelsgesellschaft ; Leipzig, 1882. — L. de LauxNay, Chez les Grecs de Turquie; Paris. 1897. — Victor Bérard, la Turquie et l'Hellénisme; Paris, 1897, 3« éd., et la Macédoine; Paris, 1897. — Georges Gaulis, les Allemands à Constantinople, dans Revue de Paris, 1898, t. II, pp. 326-52, 659-80. — Ricliard von Mach, Beitrâqe zur Ethnographie derBalkanhalbinsel, dans D-* A . Petermanns Mitteilungen, 1899, pp. 97-106. - A. von Degen et Ignaz DôRFLER, Beitrag zur Flora Albaniens und Macédoniens, dans Denkschriften der Wiener Akad., t. LXIV, pp, 701- 48. — Noël Verne Y et Georges Dambmann, les Puissances étrangères dans le Levant, en Syrie et en Palestine; Paris et Lyon, 1900. — Guide-Joanne, De Paris à Constantinople. — Consulter : le Bulletin de la Chambre de commerce française de Constantinople, le Moniteur officiel du commerce et A. Rey, Statistique des principaux résultats de
TURQUIE - TURRETTIN
l'exploitation des chemins de fer de l'Empire ottoivan; Constantinople (annuel) .— Edm. Tiiéry, les Finances ottomanes ; Paris, 1901.
Cartes. — Presqu'île des Balkans levée au 300.000« par l'état-major autrichien. — Kiepert, Carte générale des provinces européennes et asiatiques de l Empire ottoman ; Berlin, 1892, 4 feuilles. — Von der Goltz Pacha, Karte der Umgegend von Konstanlinopel, au 100 000°; Berlin, 1897. — Service géographique de l'Armée (France), Carte des Balkans à 1 : 1.000.000 en 6 feuilles (paraît depuis 1900).
LÉGISLATION. — Dustour, Recucil des lois ottomanes, en turc; Constantinople, 4 vol. et supplém. — Grégoire AniSTARGHi-BKY, Législation ottomane; Constantinople, 1873-75, 4 vol. — D. Nicolaïdès, Appendice à la législation ottomane, 1878; Code civil ottoman^ 1881-88. — [Mouradgea] d'Ohsson, Tableau général de l empire othoman ; Paris, 1788-1824, 7 vol. - L.-J.-D. Féraud-Giraud, De la juridiction française dans les Echelles du Levant et de Barbarie ; Paris, 1866. — [Benoît Brunswjk], Etudes pratiques sur la question d'Orient ; Paris, 1869. — F. Rou- GON, Du Régime de la propriété immobilière: Lille,
Histoire. — J. de Hammer, Histoire de l'Empire ottoman, trad. par J.-J. Hellert; Paris, 1835-41, 18 vol. in-8. — J.-M. JouANNiN, Turquie; Paris, 1840, dans VUnivers pittoresque. — Vicomle A. de La Jonquière, Histoire de l'Empire ottoman, dans l'Histoire universelle de V. Duruy; Paris, 1881, in-8.
TURQUOISE (Miner.). La turquoise, encore appelée callaïte^ agraphite, johnite, est un phosphate hydraté d'alumine, renfermant, en outre, 1 à 5 % de protoxyde de cuivre. Sa densité varie entre Ifi et 2,83; sa dureté est égale à 6. Elle est amorphe et on la trouve en masses compactes ou en rognons, enclavée dans des couches argileuses, principalement en Perse, près de Nichapour et deMéched. Il en existe aussi quelques belles variétés, mais moins pures, en Silésie, en Saxe, dans l'Arizona. Sa couleur bleu pâle ou encore bleu verdâtre, vert pomme, est remarquable et en fait une pierre précieuse très recherchée en joaillerie (turquoise orientale). Elle est translucide sur les bords ou simplement opaque. Elle est solubie dans l'acide chlorhydriqne. Dans le tube fermé, elle décrépite en donnant beaucoup d'eau et devient brune ou noire. Elle colore la flamme en vert et, avec l'acide chlorhydrique, en bleu. Elle est infusible. Son nom lui vient de ce qu'elle a été introduite en Europe par les Turcs. Les anciens paraissent néanmoins l'avoir connue : la callaïs de Pline serait une turquoise. La callamite est une turquoise vert émeraude, ne renfermant pas de cuivre. Vodontolile ou fausse turquoise est constituée, ainsi que son nom l'indique, par des fragments de dents ou d'ossements fossiles pénétrés de phosphate de fer. Sa couleur est bleu verdâtre, et elle est formée souvent aux dépens des dents du Mastodon angiistidens, comme celle qu'on trouve à Simorre, en Gascogne. Elle est effervescente avec les aiîides et dégage au feu une odeur animale.
TURR (Etienne), patriote hongrois, né àBajalelO août 1825. Il entra en 4849 dans l'armée italienne et prit part à plusieurs combats contre les Autrichiens. En 1859, il servit sous Garibaldi, se distingua aux expéditions de Sicile et de Naples, devint général et gouverneur de cette dernière ville. Il rentra en Hongrie après le dualisme (1867) et s'occupa de l'étude des voies fluviales. Il prit une part active à la construction du canal François et entreprit, en 1881, le percement de l'isthme de Corinthe. Il vit principalement à Paris et publie de nombreuses brochures en français, en hongrois et en allemand.
BiBL. : SciiwARZ, Stephan Tûrr ; Vienne, 1868,2 vol.
TU R RE AU DE Garambour VILLE, dit aussi Turreau de Linières (Louis-Marie, baron), général français, né à Evreux le 4 juil. 4756, mort à Couches (Eure) le 46 déc. 4816. Il entra au service dans les gardes du comte d'Artois en 4786. A la Révolution, il fut élu commandant du 3® bataillon de l'Eure. Général de brigade à l'armée des Côtes de La Rochelle, le 30 juil. 4793, général de division le 48 sept, de la même année, il commanda en chef l'armée des Pyrénées-Orientales, puis passa à la tête de celle de la Vendée avec laquelle, en 4794, il prit Noirmoutier en passant, à marée basse, par la chaussée du Gua, .tandis que Villaret-Joyeuse attaquait l'île par
mer. Employé ensuite à i'armée de Sambre-et-Meuse, devenue armée de Mayence, puis en 1 796, à l'armée d'Italie, il assista à la bataille de Marengo. Sous l'Empire, le général Turreau fut envoyé en mission diplomatique aux Etats-Unis (480i) ; il en revint en 1814 et fut créé baron de l'Empire. Pendant la campagne de 4842 contre la Russie, il commandait à Wurtzbourg une division du corps d'occupation de Ravière. En 4845, il contribua à la défense de Paris ; il prit sa retraite la même année. On a du général Turreau : Mémoires pour servir à r histoire de la guerre de Vendée (m lll, in-8 et 1845, in-8) ; Aperçu sur la situation politique des Etats- Unis (4845, in-8). E. Rernard.
TURREAU DE Linières (Louis), homme politique français, né à Orbec en 4764, mort à Coni (Italie) le 25 déc. 4796. Fils d'un receveur des domaines, engagé volontaire sous l'ancien régime, il quitta le service et épousa (34 août 4789) une veuve Davout, mère du futur prince d'Eckmiihl. Il fut nommé par l'Yonne député suppléant à la Législative, où il n'eut pas à siéger. Représentant du même département à la Convention, il vota la mort de Louis XVI, sans appel ni sursis, tout en témoignant une « sensibilité dont il ne pouvait se défendre, appelé pour la première fois de sa vie à remplir un pénible devoir ». Il se prononça contre les girondins. Il fut envoyé en mission près l'armée de La Rochelle, en remplacement de Jullien (de Toulouse), démissionnaire (décr. du 44 juin 1793). Il assiste et surveille Rourbotte dans la répression de la Vendée, prend part au combat de Martigné (15 juil.), mais, après celui de Vihiers, constate avec le général « que décidément les bataillons de la nouvelle levée sont plus dangereux qu'utiles ». Le 1^^ août, avec Tallien, il réclame l'envoi en Vendée de la garnison de Mayence. Il signale l'insuffisance de Caudaux et de Rossignol, et installe comme commandant provisoire (7 oct.) Kléber, qu'il parut ensuite soutenir contre le nouveau général en chef, aussi lâche qu'incapable, L'Echelle. Il signa le rapport sur la victoire du Mans, lu le 15 déc. à la Convention, et celui sur la victoire de Savenay, lu le 27. Il appliqua rigoureusement la loi du 19 mars 1793 aux rebelles pris les armes à la main, entre autres à d'Elbée ; décerna solennellement, à Nantes, des couronnes civiques à Kléber, Marceau et Tilly, mais il ajouta: « Elles sont dues non aux généraux, mais aux soldats ». Après avoir fait nommer général en chef son cousin (V. l'art, précédent), il fut rappelé de mission sur sa demande, et désavoua (oct. 1794) les opérations des colonnes infernales et les incendies qu'il avait conseillés. Rien qu'associé aux thermidoriens, il ne fut pas réélu aux conseils du Directoire et dut accepter un emploi dans l'administration militaire de l'armée d'Italie. On dit que la conduite de sa femme, détournée de ses devoirs par Ronaparte, l'aurait désespéré et aurait hâté sa fin. H. M.
BiBL. : Ch.-L. Chassik, la Vendée patriote, t. IV. p. 243; Etudes documentaires sur la Vendée, table Générale, pp. 589-590.
TU RR E L (Adolphe- Jean-Eugène), homme politique français, né à Ornaisons (Aude) le 28 mai 1856. Auditeur au conseil d'Etat (1881), il fut élu député de l'Aude le 18 oct. 1885. Il appuya la politique opportuniste et combattit le boulangisme. Réélu en 1889 et en 1893, il avait incliné vers le radicalisme. Cependant il accepta le portefeuille des travaux publics dans le cabinet Méline (26 avr. 1896-28 juin 1898). Aux élections générales de 1898, sa candidature fut vivement combattue par Paul Narbonne, radical socialiste. Cependant il fut élu, mais la Chambre l'invalida le 8 juil., et il ne se représenta pas.
TURRETTIN. La famille des Turrettini remonte à Piegolo Turrettini, gonfalonier de Lucques. Le fils de celui-ci, Francesco, émigra pour cause de religion à Genève, où le nom de la famille fut francisé plus tard en Turrettin. Son fils Bénédict, né à Zurich en 1588, fut professeur de théologie à Genève, de 1612 à sa mort (1631). Il siégea au synode d'Alais, et fut envoyé par la
TURRETTIN »~ TUSCULUM
République auprès des Etats Généraux et des Hanséates pour obtenir des secours contre le duc de Savoie. Il publia une Défense de la fidélité des traductions de la Bible (4612-25, 3 vol. in-8, contre le P. Cotton) et une Suite (1626) ; un Examen du dialogue du P. Cotton (1629), une Théologie chrétienne (Î629, 3 vol. in-4), des Sermons (1630, in-8), etc. — Son fils François, né à Genève en 1623, mort en 1687, fit ses études à Leyde, Paris, Saumur, Montauban. En 1650, il refusa par modestie la chaire de philosophie de Genève ; il fut pasteur de l'Eglise de Lyon et accepta seulement en 1653 la chaire de théologie. En 1661, il fut député auprès des Etats Généraux. Contre Louis Tronchin , il fut l'un des plus fougueux champions de la théologie de Dordrecht, et « son influence (écrit Borgeaud) retarda de bien des années l'avènement des tendances libérales dans la métropole du calvinisme ». Il fut l'un des trois rédacteurs du terrible formulaire appelé Consensus Helveticus (1674) et le fit approuver en 1678. Il laissa des Thèses theologicœ (1657), des Dysnoeta{i614i), une Institutio theologicœ elenchticœ (1679-85, 3 vol. in-4, etc.). — Tout autre fut son fils, Jean- Alphonse. Né à Genève en 1671, mort en 1737, il perdit son père à seize ans ; il fut l'élève de Louis Tronchin, étudia à Leyde, en Angleterre, à Paris. Reçu ministre en 1694, on créa pour lui, en 1697, la chaire d'histoire ecclésiastique ; en 1705, il eut celle de théologie. Il attaqua dès lors le dogmatisme intolérant : en 1706, il obtint qu'on n'exigeât plus des candidats la signature du Consensus, qui fut définitivement supprimée en 1725. A la scolastique, Jean-Alphonse opposa une théologie rationnelle et scientifique; au calvinisme rigoriste, une philosophie chrétienne, proche de la religion naturelle, et il rêva de faire sur cette base l'union de toutes les confessions protestantes. Il était correspondant de l'Académie de Berlin. On cite surtout, parmi ses nombreux ouvrages, les Nubes testium pro moderato et pacifico de rébus thelogicis judicio et instituenda iîiter protestantes concordfa (1719, in-4) et la Défense de la dissertation sur les articles fondamentaux de la religion (1727, in-4). — Son cousin Samuel, professeur d'hébreu en 1718 (succède à son père Michel), de théologie en 1719, meurt en 1727.
BiBL. : E. DE BuDÉ, Vie de François Turrettini ; Lausanne, 1871. — Du même, Lettres inédites adressées de 1686 à 1131 à Jean-Alphonse Turrettini; Paris, 1887, 3 vol. in-16. — Ch. Borgpaud, Hist de l'Université de Genève; Genève, 1900.
TURRIERS. Ch.-l. de cant. du dép. des Basses-Alpes, arr. de Sisteron ; 443 hab.
TURRILITE (Paléont.) (V. Lytoceras).
TURRITELLA. I. Malacologie. — Les Turritelles possèdent une coquille pyramidale à tours nombreux, ornés de stries et de côtes spirales. La spire, très développée, est aiguë et l'ouverture ovale à bords simples. Les Turritelles sont répandues dans toutes les mers. Elles vivent à une certaine profondeur, enfoncées dans le sable ou dans la vase.
IL Paléontologie. — Les espèces fossiles sont nombreuses à partir du trias et du jurassique, mais surtout dans le tertiaire. Dans le seul bassin de Paris (éocène), on en a décrit 44 espèces, dont quelques-unes d'assez grande taille. Le genre voisin Glauconia est du crétacé.
TURSAC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de Sarlat, sur lar. g. de la Vézère ; 594 hab. Sur la r. dr. sont le château de Marzac, et, en amont, les fameuses grottes de la Madeleine, où Lartet et Christy ont, de 1863 à 1866, exhumé de remarquables objets préhistoriques caractérisant la période dite magdalénienne (V. Age, Madeleine).
TU RSA N {Pagus Aturensis). Ancien pays de France, divisé aujourd'hui entre les dép. des Landes et du Gers (V. ces mots et Gascogne) ; situé sur les deux rives de FAdour, de Riscle à Grenade avec Aire pour capitale, il formait une vicomte appartenant aux [évêques d'Aire. Il était borné au S. par le Bigorre, à l'E. par le Pardiac, au N. par le Marsan, à l'O. par laChalosse.
TURSIO, TURSIOPS (Zool.) (V. Dauphin).
TiJSCALOOSA. Ville des Etats-Unis (Alabama), sur Black- Warrior ou Tuscaloosa, tributaire de la baie de Mobile; 5.000 hab. Ancienne capitale de l'Etat d' Alabama ; université ; filatures de coton ; commerce de coton, céréales et houille.
TUSCARORA. Tribu indienne des Etats-Unis; établis d'abord sur le Tar et la Neuse (Caroline du Nord) , ils attaquèrent les Anglais (1711-13), et furent refoulés au N. où, se joignant aux cinq tribus des Iroquois (V. ce mot), ils formèrent la confédération des Six Nations. Il en reste quelques centaines dans une réserve voisine du Niagara, près de Lewiston.
Le nom de Tuscarora fut donné au navire de guerre américain qui, sous le commandement de Belknap, explora et sonda l'océan Pacifique septentrional, entre San Diego (Californie), les îles Sandwich, Bonin et Yokohama (135 sondages), et revint delà à Vancouver en longeant les îles Kouriles et Aléoutiennes (162 sondages) ; il recherchait le trajet le plus favorable à la pose d'un câble sous-marin ; ce qui fit qu'ayant, au retour, essayé la route directe du Japon à la Californie et rencontré des profondeurs excessives (4.600 brasses), il revint plus au N. ; cette grande dépression océanique révélée par lui a gardé le nom de fosse du Tuscarora (V. Océan, t. XXV, p. 222).
TUSCULUM. Ancienne ville du Latium, située sur un contrefort des monts Albains, à 18 kil. S.-E. de Rome. C'était une des plus vieilles cités latines. On attribuait sa fondation à Télégonus, fils d'Ulysse et de Circé. D'abord soumise à l'hégémonie d'Albe la Longue, elle devint indépendante lorsque Rome eut vaincu l'antique capitale du Latium. Son dictateur Octavus Mamilius fut, dit-on, gendre de Tarquin le Superbe et l'appuya ; mais Tusculum subit avec les autres villes du Latium la défaite du lac Régille. Elle accepta plus tard la suprématie romaine, obtint en 381 av. J-C. le droit de cité. Sa situation élevée et la salubrité des montagnes qui l'avoisinent firent de Tusculum l'une des villégiatures préférées des riches Romains. LucuUus, Caton, Cicéron, l'orateur Hortensius, César, Crassus y possédaient des villas. La plus fameuse de ces maisons de campagne est celle de Cicéron ; elle était ornée de portiques, de mosaïques, de statues, de fresques, et le grand orateur aimait à s'y retirer. Il y écrivit la plupart de ses ouvrages philosophiques, en particulier les Tusculanes. La villa de Cicéron se trouvait probablement à rO. de la ville. — On voit encore aujourd'hui de nombreuses ruines à Tusculum, entre autres une grande piscine rectangulaire, un théâtre dont la cavea est assez bien conservée et plusieurs tombeaux. Beaucoup d'inscriptions, de statues et de fragments antiques y ont été retrouvés.
Au moyen âge, les comtes de Tusculum, descendants de Marozia et à'Albéric (V. Jean X, XI, XII et Albérïc), furent les plus puissants barons romains, souvent maîtres de la Ville éternelle et disposant de la tiare aux x® et XI® siècles. Quand ils eurent chassé Crescentius, le plus jeune des trois frères, Théophylacte, fut proclamé pape en 1012 sous le nom de Benoît VIIl (V. ce nom) ; ses deux aînés, Albéric et Romanus, furent confirmés dans leur possession de Rome par l'empereur Henri IL Romanus succéda à son frère sur le Saint-Siège, sous le nom de Jean XIX (1024-33) ; puis ce fut son neveu Benoît IX (1033-48). La prépondérance des comtes de Tusculum fut brisée par l'avènement du pape Léon IX. En 1058, ils tentèrent de reconquérir le titre de patrice de Rome en faisant pape Benoît X (V. ce nom), mais échouèrent ; de même quand ils opposèrent l'antipape Cadalus à Alexandre II. On les retrouve à la tête de la noblesse luttant contre Pascal II, Innocent II et Eugène IIÏ. Mais ils furent ensuite éclipsés par les Pierleoni et les Frangipani ; les Romains, aspirant à se constituer en république libre, finirent par détruire complètement Tusculum en 1191. La ville fut remplacée par Frascati (V. ce mot). BiBL. : Canina, Descrizione deU'antico Tasculo '; Rome,
TUSGULUM — TUTELLE
1841, -- G. BioissiER, Promenades archéologiques ; Paris,
TUSEY. Hameau delà corn, de Vaucouleurs (V. ce mot). Ce fui, sous le nom de Tucmum, puis Tusiacum, une villa royale des Carolingiens, où Charles le Chauve tint un concile en 860. Il s'y trouve aujourd'hui une grande usine de fontes moulées.
TUSSAUD (Marie), fondatrice du musée Tussaud à Londres, née à Berne en 1760, morte à Londres le 16avr. 4850. Fille de Joseph Gresholtz, qui servit sous Wurmser, elle fut élevée par son oncle, J.~W.-C. Kurtz, si connu, sous son nom latinisé de Curtius, par le « Cabinet de cire » qu'il établit en 1780, à Paris, au Palais-Royal. Curtius apprit à sa nièce le modelage et lui confia la direction de son musée. A une date inconnue, Marie épousa un Maçonnais, Tussaud, dont elle se sépara en 1800. En 1 802, elle passait en Angleterre, où elle fondait le musée qui a rendu son nom célèbre, et qui renferme, outre les représentations des personnages comme George III, Napoléon, Joséphine, Robespierre, Marat, Hébert, etc., une chambre des horreurs et une collection d'objets historiques, comme la chemise teinte de sang de Henri IV, l'une des premières guillotines qui aient été construites, la voiture dont Napoléon se servit pendant la campagne de Russie, etc. Plusieurs catalogues de ce fameux musée ont été publiés. On a donné des Mémoires de M'^'^ Tussaud (Londres, 1838, in-8), qui ne sont qu'une compilation de ceux de M"*® Campan. R. S.
BiBL. : G. -A. Sala, M"*" Tussaud's Exhibition Catalogue; Londres, 1897.
TUSSJLAGE {Petasites T.). I. Botanicue. — Genre de Composées-Tubuliflores, formé d'une quinzaine d'herbes à
Port du Petasites {Tussilago) farfara L,
rhizome vivace, à capitules solitaires ou disposés en grappes ; fleurs dimorphes, polygames ou dioïques; capitules homog^mes, parfois hétérogames; bractées de l'involucre 1-2-sériées, rarement plurisériées ; réceptacle plan et nu ; fleurs femelles ligulées ; anthères apiculés ; fruits à aigrette de soies scabres. Espèces principales : P, (Tussilago) farfarah., ou Tussilage, Taconnet, Pas d'âne ; le rhizome charnu et les feuilles sont amères et astringentes ; les fleurs, odorantes, sont employées comme diaphorétiques, pectorales, adoucissantes en infusion (10 à 20 «/oo), dans
les rhumes et les catarrhes des bronches ; avec les feuilles pilées, on fait des cataplasmes résolutifs et émoUients; sèches, elles servent à des fumigations antiasthmatiques. — P. vulgaris Desf. (P. officinalis Mœnch, Tussilago petasites L.); le rhizome est vermifuge ; les fleurs sont réputées sudorifiques, diurétiques et emménagogues.
II. Horticulture. — On cultive le Tussilage odorant ou Héliotrope d'hiver. Ses fleurs, blanches, légèrement pourprées ou lilacées, s'épanouissent en hiver avant le développement des feuilles et répandent une agréable et fine odeur d'héliotrope. Cette plante se plaît en terre franche, légère et fraîche, à mi-ombre ; on la multiplie aisément d'éclats de sa souche. G. B.
III. Agriculture. — Le tussilage, surtout abondant dans les sols frais et fertiles, à sous-sol argileux et humide, est particulièrement nuisible dans les prairies où il se multiplie très rapidement au détriment des bonnes espèces ; la plupart des animaux mangent ses feuilles sans les rechercher, et, bien qu'on ait conseillé parfois sa culture comme plante fourragère, nous pensons qu'il faut s'attacher à sa destruction ; cette dernière ne peut être obtenue dans les prairies que par le fauchage répété, en mars-avril, des tiges en fleur, et par le coupage, aussi profond que possible, des tiges dans le sol, dès qu'elles portent deux ou trois feuilles ; en grande culture, il faut recourir, dans le même but, à des labours profonds et réitérés. J. T.
TUSSON. Corn, du dép. de la Charente, arr. de Ruffec, cant. d'Aigre ; 551 hab.
TUTELLE. I. Droit romain. — La tutelle, définie par le contemporain de Cicéron Servius Sulpicius, une puissance et une autorité destinées à protéger une personne qui ne peut se défendre à raison de son âge ou de son sexe, a subi, dans sa conception et ses règles concrètes, la même évolution que la curatelle (V. Curatelle). Elle a fini, comme le montre déjà la définition de Servius Sulpicius, par être un pouvoir de protection organisé dans l'intérêt de l'incapable. Mais elle a commencé par être, ainsi que le dit la même définition, une puissance, une puissance familiale qui dut d'abord difi*érer très peu de la puissance maritale et de la puissance paternelle, n'impliquer comme elles que des droits et pas de devoirs, plus qu'elles encore fonctionner dans l'intérêt de celui qui l'exerçait et non dans l'intérêt de celui qui y était soumis.
Cette évolution se révèle en première ligne dans la façon dont s'est déterminé, suivant les époques, le cercle des personnes soumises à la tutelle. La tutelle ne s'est jamais appliquée qu'à des personnes sui juris, ayant un patrimoine propre, que le tuteur, qui en est généralement l'héritier présomptif, administre à la place de son titulaire. Mais, dans l'ancien droit, elle s'applique indistinctement aux impubères et aux femmes nubiles, également incapables de tester, également incapables de laisser des descendants appelés à leur succession ab intestat, également placés durant leur vie sous l'autorité des collatéraux qui doivent hériter d'eux après leur mort. Au contraire, quand l'idée que la tutelle est une institution de protection uniquement motivée par l'intérêt de l'incapable s*est dégagée, on s'est aperçu que ce pouvoir n'avait pas de raison d'être au regard de personnes du sexe féminin en âge de gérer elles-mêmes leur fortune. La tutelle des femmes n'existe plus sous Justinien.Elle a subsisté nominalement jusqu'après Dioclétien. Mais, avant d'être abolie, elle avait été de plus en plus réduite à une pure forme par une quantité d'atténuations dont la série s'ouvre dès avant la fin de la République (énumération toujours plus étroitement limitée des actes pour lesquels la femme aurait besoin du concours de son tuteur ; droit pour elle d'exiger ce concours quand le tuteur le refusait sans cause ; droit de changer de tuteur ; abolition sous Claude de la tutelle des parents civils, qui, étant les héritiers présomptifs des biens, étaient les surveillants les plus incommodes, etc.).
TUTELLE
Le changement de point de vue n'a, au contraire, eu pour effet que de révéler plus clairement la nécessité de la tutelle des impubères. Mais il en a transformé les règles, aussi bien pour l'administration de la tutelle que pour son attribution. — Au temps où la tutelle était établie dans l'intérêt des tuteurs, elle était déférée aux héritiers présomptifs, aux agnats et aux gentils, s'il n'en avait été autrement disposé dans le testament du père de l'impubère, et cette tutelle légitime des héritiers présomptifs était même si bien considérée comme constituant pour eux un droit pur et simple que, suivant une règle qui s'est conservée pour la tutelle des femmes, ils pouvaient en disposer au profit d'un tiers par voie d'in jure cessio. Mais, à défaut de tutelle testamentaire, à défaut de tutelle légitime, l'enfant restait sans tuteur, puisqu'il n'y avait pas d'héritier présomptif intéressé à la conservation des biens. Plus tard, en partant de l'idée de protection, une loi Atilia, faite pour l'Italie avant l'an 568 de Rome, dont les dispositions ont ensuite été étendues aux provinces par des lois JuHa et Titia, décida que l'impubère qui n'avait ni tuteur testamentaire ni tuteur légitime en recevrait un du magistrat ; puis, en mettant Taffection à la place de la puissance, on arriva à décider qu'un tuteur pourrait pratiquement être désigné à l'impubère, non pas seulement par l'ascendant dont la mort devait le rendre sut juriSy mais par ses ascendants en général; enfin, on s'est avec le temps toujours plus efforcé de restreindre au profit des tutelles déférées par le choix éclairé du testateur ou du magistrat, le champ de l'ancienne tutelle légitime attribuée sans considération d'aptitude par le seul lien de la parenté. — Pour l'administration de la tutelle, on n'a pas seulement réduit aux biens l'autorité que le tuteur exerçait sans doute anciennement à la fois sur les biens et la personne (désormais confiée par le magistrat à des proches différents du tuteur). On a réorganisé ses pouvoirs et sa responsabilité. Le tuteur avait à sa disposition, pour la gestion des biens du pupille, des procédés multiples : il pouvait faire agir le pupille avec son concours, son auctoritas, si celui-ci était présent et sorti de Vinfantia (auctoritatis inlerpositio); il pouvait, aussi dans une mesure plus ou moins large, le représenter dans des actes déterminés, aliénations, procès, en vertu de l'idée de puissance qui le faisait regarder jusqu'à un certain point comme propriétaire des biens du pupille ; il pouvait procéder à d'autres actes en son nom propre, sauf à en faire passer les conséquences sur la tête du pupille à la fin de la tutelle {negotiorum gestio). Mais, en recourant à un procédé ou à un autre, il pouvait, en principe, faire valablement sur le patrimoine du pupille tous les actes qu'il eût pu faire sur le sien propre, sans autre restriction que celle qui résultait, dès le temps des Xn Tables, de la possibilité de sa destitution pour improbité (crimen suspecti tutoris), sans autre responsabilité que celle qu'il pouvait dès la même époque encourir, sur le terrain délictuel, au cas d'infidélité, au moyen d'une action pénale au double {actio rationibus distrahendis). Les pouvoirs ont été restreints successivement par la doctrine qui a déclaré nuls certains de ses actes, ainsi les donations, les actes opérés de mauvaise foi ; par le droit prétorien qui a permis au mineur de vingt-cinq ans et par conséquent à l'impubère d'en faire annuler certains {restituUo in integrum, pour cause de lésion étendue des actes du mineur à ceux de son curateur ou de son tuteur : V. Curatelle); parle droit impérial qui lui a par exemple interdit l'aliénation des biens les plus importants (oratio Severi de 495, complétée par des constitutions de Constantin et de Justinien). On a organisé et développé sa responsabiUté, d'abord, dès avant la fin de la République, en créant l'action tutelœ, qui sert au pupille à réclamer au tuteur tout ce que celui-ci a acquis pour son compte et la réparation de tout le préjudice qu'il lui a causé, non seulement par sa malhonnêteté, mais par sa maladresse en même temps qu'elle sert au tuteur à
obtenir le remboursement des dépenses qu'il a faites pour le pupille ; puis, sous l'Empire, en renfor^'ant et en assurant ce recours du pupille par des voies très diverses, ainsi en étendant la responsabilité, par un développement très caractéristique, du tuteur qui gère mal à celui qui ne gère pas ; ainsi en permettant, par un mécanisme de procédure, à la fin de la tutelle au pupille de passer par-dessus la tète du tuteur pour poursuivre directement les tiers avec lesquels le tuteur a traité dans son intérêt et desquels le tuteur est le seul créancier civil ; ainsi en obligeant certains tuteurs à promettre de bien gérer avec la garantie de cautions par qui le pupille pourra être payé, même si le tuteur est insolvable (satisdatio rem pupilli salvam fore) ; ainsi en donnant au pupille une action contre les magistrats locaux par la faute desquels il a reçu un tuteur insolvable ou garanti par des cautions insolvables ; ainsi enfin, en lui donnant une hypothèque générale partant du jour de l'ouverture de la tutelle sur les biens du tuteur. Au temps de Justinien, il ne reste plus rien de l'idée ancienne selon laquelle la tutelle était un droit pour le tuteur ; c'est une charge qu'on s'efforce de confier au plus capable, en lui donnant seulement les pouvoirs nécessaires à son accomplissement et en prenant contre lui toutes les garanties de nature à assurer la réparation de ses fautes. P. -F. Girard.
II. Ancien droit. — La question de la tutelle est singulièrement embrouillée au moyen âge. On mélange souvent les noms de garde et tutelle avec ceux de bail et garde. Nous croyons que le critérium de la distinction du bail et de la tutelle est dans les profits. Le surveillant du mineur a-t-il la jouissance du bien (V. Propriété), a-t-il la propriété des meubles, alors c'est un bail (V. Bail). Au contraire, n' a-t-il aucun bénéfice, ne profite-t-il en rien des biens qu'il administre, c'est un tuteur. Quant au mot de garde, il est commun aux deux, et nous ne l'emploierons que lorsqu'il sera technique. La tutelle sans profits et ne donnant pas lieu au rachat ne doit pas davantage se confondre avec le droit de puissance paternelle qui porte souvent le nom de mainburnie (V. Mainbour).
Ce fut sous l'influence du droit romain que la tutelle proprement dite fleurit et se distingua du bail. On la vit prendre une extension considérable dans quelques villes sous le nom de garde bourgeoise. Introduite pour les roturiers, elle s'étendit aux nobles dans les cas o(i le bail ne s'ouvrait pas (CouL de Lorris, art. 29 et 94. — Livre de justice et plei, p. 58). La nomination du tuteur appartint dès les premiers moments de la tutelle au pouvoir souverain. En Beauvoisis, c'est le seigneur {Beaumanoir, XVI, 2;XYn, 7); dans d'autres lieux, c'est le prévôt (Fm^. dhin répert. de jur. au xv^ siècle, n**^ 481 et 482) qui se chargent de nommer les tuteurs. Dans beaucoup de localités, cette fonction incomba aux magistrats municipaux. Dans le Hainaut, les échevins sont même les tuteurs en chef des nobles (chartes générales, art. 23, ch. Lx : Valenciennes, art. 25). Ces tuteurs particuliers ne sont que des subalternes. A Valenciennes, on les appelle des supérieurs mainbours; à Avesnes, au Quesnoy, à Landrecies, leurs fonctions, qui s'étendaient sur les mineurs nobles et roturiers, furent supprimées par un arrêt de 4663; il nous suffira de mentionner aussi dans cet ordre d'idée les gardes orphelines de Dunkerque, Gravelines et Lille. Dans la plupart des coutumes, les magistrats ou le juge devaient consulter les parents et suivre leur avis s'ils étaient unanimes. Il n'y avait donc rien qu'une tutelle, la tutelle dative. Le tuteur choisi par le magistrat n'était du reste nullement ol^ligé d'accepter.
Avec l'extension du droit urbain et la culture du droit romain, la tutelle prit un nouvel essor. Dans un grand nombre de coutumes, parmi lesquelles il faut citer celle de Paris, le bail des collatéraux fut supprimé et remplacé par la tutelle.
En même temps, les principes romains tendirent à faire
TUTELLE
admettre la tutelle légitime et la tutelle testamentaire, elles éprouvèrent une vive résistance dans la plupart des coutumes. Nous la rencontrons établie dans les anciennes coutumes d'Anjou et du Maine au profit de la mère survivante (Ane. coût. d'Anjou et du Maine, n« 788, t. II, p. 284), le Bourbonnais l'admit aussi pleinement (Coutume du Bourbonnais, art. 148). On trouve même, le 14 janv. 1728, un arrêt de règlement rendu sur les conclusions de Daguesseau, alors avocat général, qui ordonne que dans ce pays une mère peut demeurer tutrice de ses enfants, sans besoin de confirmation du juge. Dans le Brabant, le père est tuteur de plein droit (Stockmans, § 115); en Artois (art. 156), le père et la mère le sont. De même à Lille, à Douai. Dans la Bourgogne, le Nivernais (ch. xxx, art. 4), l'Auvergne (ch. ii, art. 12), il fallait, au contraire, la confirmation du juge. De même au Châtelet de Paris. Quant à la tutelle testamentaire, elle eut encore moins de succès : « Les tutelles testamentaires n'ont pas lieu dans la France coutumière », dit un brocard, contre-partie de celui qui déclare : « en France toutes tutelles sont deux ». On ne rencontre la tutelle testamentaire que tout à fait exceptionnellement. C'est ainsi qu'en 1197, une ordonnance décida que les habitants de Bourges qui auraient fait des legs pieux pourraient élire des tuteurs à leurs enfants (Isambert, I, 186 ; ordonn., I, p. 22. Coutume du Bourbonnais, pp. 177 et 178). Dans la pratique, les auteurs du xvji® et du xviii^ siècle montrent que, en fait, on tenait compte des dispositions du testament, le juge nommait le tuteur qui lui était ainsi indiqué à moins d'opposition des parents (Bretagne, 501 ; Reims, 529 ; Auxerre, 258 ; Nivernais, 30, art. 1 et 4 ; Auvergne, art. 1 et 12) ou de motifs graves. Dans les pays de droit écrit, les tutelles légitime et testamentaire étaient plus répandues, mais là encore, malgré l'opinion de Denizart, l'usage était de faire confirmer le testament par le juge.
Les différentes règles relatives au juge pouvant nommer les tuteurs : baillis et sénéchaux pour les nobles (édit de Crémieux du 19 juin 1556), prévôts et châtelains ou autres juges inférieurs pour les roturiers, juges des hauts justiciers dans le Cambrésis, etc., etc., ne furent abolies que par l'art. 11 du titre 3 de la loi du 24 août 1790 qui transposa la compétence aux juges de paix.
Le tuteur, à partir d'une certaine époque, dut accepter la tutelle qui devint une sorte de charge imposée (Livre des droiz et commandemenSy n°^ 768, 804, 851, 896); il ne peut refuser qu'en présentant des excuses valables, il pouvait invoquer qu'il était mineur, religieux, interdit, marié, prodigue, aveugle, sourd, muet, infâme, septuagénaire, revêtu de certaines charges, etc., etc.. Il devait en entrant en fonction faire inventaire et donner pleige ou caution (Liure des droiz et commandemens, n^^ 790, 830, 896, 921). A sa reponsabilité garantie par une hypothèque légale s'adjoignait dans quelques coutumes, comme la Normandie et la Bretagne, celle des parents qui les avaient choisis (Bretagne, 493, 494, 503). Leurs fonctions étaient essentiellement gratuites ; toutefois, Beaumanoir (XVII, n« 8) nous indique qu'on leur donnait un salaire.
Le tuteur administre les biens du pupille, à la charge de rendre compte au mineur et parfois en justice (Livre des droiz et commandemens, n^ 925), il peut faire tous les actes qui se rattachent à la vie courante, à la gestion des biens, à l'administration comme nous l'avons dit. C'est aussi lui qui intente les actions en justice. Quant à ce qui regarde les actes d'aliénation, les échanges et les transactions, etc., il doit y procéder seulement avec le consentement des parents et parfois l'homologation de justice. Quant au pupille, il peut agir avec le tuteur ; s'il agit seul, sres actes ne sont pas nuls de droit, mais peuvent être attaqués, soit par le tuteur, soit par le pupille lui-même lorsqu'il a atteint l'âge de vingt-cinq ans. Les fonctions des tuteurs se restreignaient spécialement à la gestion des biens. C'est ainsi qu'il n'avait pas à consentir au mariage
du pupille. La tutelle prenait fin du côté du tuteur par un jugement prononçant décharge du tuteur, par sa destitution, son exclusion, sa mort, par le remariage de la mère tutrice. Du côté du mineur, elle cessait par la majorité du mineur. L'âge de la majorité variant, on s'en tenait à la coutume du principal hébergement, par l'émancipation, par la mort civile ou naturelle. Au tuteur on adjoignait parfois un curateur, avec lequel certaines coutumes le confondaient même (V. Curatelle). Le système ancien de la tutelle, sauf restriction de la tutelle dative, et extension de la légitime et de la testamentaire, persiste en grande partie dans notre code civil.
E. Champeaux.
IV. Droit civil actuel. — La tutelle est exclusivement, comme son nom l'indique, une mesure de protection ; elle n'est organisée qu'au profit de deux classes d'incapables, les mineurs et les interdits ; les autres sortes d'incapables ont des protecteurs dont le nom et le rôle sont diflPérents ; le mari pour la femme mariée (V. Mariage), le curateur pour le mineur émancipé (V. Curatelle), le conseil judiciaire pour le prodigue et le faible d'esprit (V. Conseil judiciaire), etc. Les multiples problèmes de la tutelle peuvent être rangés sous les chefs suivants : 1° des personnes soumises à la tutelle et des circonstances dans lesquelles il y a lieu à la tutelle ; 2° des rouages de la tutelle ; 3^ des diverses sortes de tutelle ; ¥ de l'administration du tuteur ; 5** de la fin de la tutelle et de ses conséquences.
I. Personnes soumises à la tutelle et circonstances dans lesquelles il y a lieu à la tutelle. On a vu que deux catégories de personnes sont soumises à la tutelle, les mineurs et les interdits. Les règles de l'administration du tuteur sont les mêmes dans les deux hypothèses ; il ne sera question ici que des mineurs (V. Interdiction). Les mineurs sont les peeronnes de l'un ou de l'autre sexe qui ont moins de vingt et un ans accomplis. Pour qu'ils soient soumis à la tutelle, telle qu'elle est organisée par la loi, les conditions suivantes sont nécessaires :
1** Qu'ils soient enfants légitimes. Ce n'est 'pas à dire que les enfants naturels n'aient pas de tuteur, mais la loi n'a pas songé à eux ; aussi la jurisprudence a-t-elle dû organiser leur protection ; il n'y a pour les enfants naturels ni tutelle légale, ni tutelle déférée par les père et mère ; leur tuteur ne peut être désigné que par le conseil de famille ; et comme l'enfant naturel n'a légalement, en dehors des père et mère qui l'ont reconnu, aucune famille, on décide que le conseil de famille sera composé exclusivement de personnes ayant connu les père et mère du mineur. Dans une autre opinion, le tuteur serait nommé par le tribunal civil ; mais le conseil de famille serait néanmoins composé de personnes ayant été en relations avec les auteurs du mineur.
2° Que le père ou la mère du mineur soient décédés. Tant qu'ils sont vivants tous deux, le mineur est soumis à l'administration légale de son père (V. Puissance), le divorce lui-même n'ouvre pas la tutelle ; toutefois, lorsque le père est déchu de la puissance paternelle, et si la mère est jugée par le tribunal indigne d'exercer cette puissance, la tutelle s'ouvre (l. 24 juil. 1889).
3<* Qu'au moment du décès de son père ou de sa mère, le mineur ne soit pas émancipé (V. Emancipation).
IL Rouages de la tutelle. On peut distinguer dans la tutelle deux sortes de rouages : les rouages essentiels et les rouages accidentels.
1<* Les rouages essentiels sont :
a. Le tuteur, c.-à-d. la personne à laquelle incombe l'administration des biens et souvent de la personne du mineur (V. ci-dessous, n. IV). En principe, le tuteur ne peut refuser la tutelle qui lui est déférée par la loi, l'auteur défunt ou le conseil de famille (V. ci-dessous, n. III). Cependant il en est autrement du tuteur désigné à un enfant dont le père a été déchu de la puissance paternelle (1. du
TUTELLE
24 juiL 1889). Il existe, en outre^pourle tuteur nommé par le conseil de famille, certaines causes légales d'excuse, c.-à-d. certaines circonstances dans lesquelles il peut refuser la tutelle. Ainsi sont dispensées de la tutelle : les personnes désignées dans les titres 3, 5, 6, 8, 9, 10 et 11 de l'acte du 18 mai 1804 (maréchaux de France, conseillers d'Etat, membres du Parlement), les magistrats de la cour de cassation, les préfets, les citoyens exerçant une fonction publique dans un département autre que celui où la tutelle s'établit, les militaires en activité de service, les citoyens remplissant, hors du territoire de la République, une mission du chef de l'Etat, le non parent ou allié s'il existe, dans la distance de 4 myriamètres, des parents ou alliés en état de gérer la tutelle, l'individu âgé de soixante-cinq ans ou atteint d'une infirmité grave, la personne déjà chargée de deux tutelles (à la condition que les mineurs soumis à ces deux tutelles aient deux patrimoines différents, c.-à-d. n'aient pas un patrimoine composé exclusivement d'une succession recueillie en commun), l'époux ou père déjà chargé d'une première tutelle (V. Excuse).
Les personnes qui sont dispensées d'une tutelle à raison de leurs fonctions, et qui ont cependant accepté la tutelle, ne peuvent s'en faire décharger ensuite ; mais si ces fonctions ne leur sont conférées qu'après leur nomination à la tutelle, elles peuvent faire convoquer, dans le mois, le conseil de famille pour se faire décharger de la tutelle. Après la cessation des lonctions, elles pourront redemander la tutelle, de même que le tuteur qui leur aura été substitué pourra demander sa décharge ; le conseil de famille appréciera. La personne étrangère à la famille qui a accepté la tutelle ne peut ensuite s'en faire décharger ; la personne de plus de soixante-cinq ans qui a accepté la tutelle ne peut s'en faire décharger qu'après l'âge de soixante- dix ans ; l'infirmité n'autorise le tuteur à se faire décharger d'une tutelle acceptée que si elle est postérieure à son acceptation. La personne qui, comme mari, père ou tuteur, aurait pu refuser la tutelle, ne peut se faire décharger de la tutelle acceptée. Sont encore dispensés de la tutelle, en dehors de celle de leurs enfants, les individus ayant cinq enfants légitimes ; les enfants décédés ne sont comptés que s'ils ont laissé des enfants encore vivants, les enfants morts en activité de service dans l'armée sont toujours comptés. Mais la survenance d'enfant au cours de la tutelle n'est jamais une cause de démission.
Les causes d'excuse doivent, si le tuteur assiste à la délibération du conseil de famille qui le nomme, être présentées immédiatement, et le conseil de famille délibère sur-le-champ. Dans le cas contraire, le tuteur doit faire convoquer le conseil de famille dans les trois jours à partir du jour où sa nomination lui a été notifiée, plus un jour par 5 myriamètres de distance entre le lieu de son domicile et celui de l'ouverture de la tutelle, c.-à-d. du domicile de l'enfant. Si les excuses sont rejetées par le conseil de famille, le tuteur peut se pourvoir devant le tribunal civil. A côté des tuteurs excusables, il faut mentionner les tuteurs incapables, c.-à-d. ceux qui n'ont pas l'aptitude requise pour exercer les fonctions de tuteur. Ce sont : les mineurs, sauf le père et la mère, les interdits judiciaires, les femmes autres que la mère (qui est tutrice de plein droit) et les ascendantes (auxquelles le conseil de famille peut déférer la tutelle), enfin les personnes qui ont eu, ou dont les père et mère ont eu avec le mineur un procès dans lequel l'état du mineur, sa fortune ou une partie notable de ses biens sont compromis. On admet aujourd'hui que, la tutelle n'étant pas une charge publique, les personnes de nationalité étrangère peuvent être tuteurs.
Enfin sont exclus, c.-à-d. écartées de la tutelle en raison d'une défiance de la loi, fondée sur des faits entachant l'honorayiité, les personnes condamnées à une peine afïîictive ou infamante, celles dont l'inconduite est notoire,
celles dont la gestion atteste l'incapacité ou l'infidélité. Dans le premier cas, l'exclusion a lieu de plein droit ; dans les deux autres, elle est prononcée par le conseil de famille. Le tuteur à la charge duquel est relevé, après son entrée en fonctions, l'un des trois faits qui viennent d'être indiqués, est destitué de plein droit dans le premier cas et peut être destitué par le conseil de famille dans les deux autres. Le conseil de famille est convoqué à cet effet, soit à la diligence du subrogé tuteur, soit d'office par le juge de paix, lequel ne peut se dispenser de faire la convocation s'il en est requis par un ou plusieurs parents ou alliés du mineur, au degré de cousin germain ou à un degré plus proche. La déhbération du conseil de famille prononçant l'exclusion ou la destitution ne peut intervenir qu'après que le tuteur a été entendu ou appelé, et doit être motivée. Si le tuteur n'adhère pas à la délibération, le subrogé tuteur en poursuit l'homologation devant le tribunal civil, qui prononce sauf appel ; le tuteur peut également assigner le subrogé tuteur devant le tribunal, pour se faire déclarer maintenu dans la tutelle. Les parents ou aUiés qui ont requis la délibération du conseil de famille peuvent intervenir dans la cause, qui est jugée comme affaire urgente.
Enfin l'individu déchu de la puissance paternelle est destitué ou exclu de toute tutelle. L'exclusion et la destitution emportent exclusion de tout conseil de famille et de toute autre tutelle.
b. Le subrogé tuteur, toujours nommé par [le conseil de famille, soit en même temps que le tuteur, soit, si le tuteur n'est pas désigné par le conseil de famille, sur une convocation faite à la requête du tuteur : le tuteur qui s'ingère dans la gestion avant d'avoir provoqué la nomination du subrogé tuteur peut être, en cas de dol, destitué par le conseil de famille convoqué, soit sur la réquisition des parents, créanciers ou autres intéressés, soit d'office par le juge de paix, sans préjudice des dommagesintérêts au profit du mineur. Le tuteur ne vote pas pour la nomination du subrogé tuteur, qui doit être choisi soit dans celle des deux lignes de parenté à laquelle le tuteur n'appartient pas, soit parmi les personnes non parentes ou alliées. Toutefois, si le tuteur et le mineur sont deux frères germains, le subrogé tuteur peut être un autre frère germain, ou un parent dans l'une ou l'autre des deux lignes. La subrogée tutelle cesse en même temps que la tutelle, mais le subrogé tuteur est soumis aux mêmes causes d'excuse, d'incapacité, d'exclusion ou de destitution que le tuteur ; le tuteur ne peut ni provoquer la destitution du subrogé tuteur, ni voter dans les conseils de famille convoqués pour cet objet. Les fonctions du subroge tuteur consistent à surveiller la gestion du tuteur et, au besoin, à provoquer sa destitution, à représenter le mineur quand ses intérêts sont en opposition avec ceux du tuteur, à provoquer, sous peine de dommages-intérêts, la nomination d'un nouveau tuteur en cas de vacance de la tutelle.
c. Le conseil de famille, c.-à-d. une réunion de parents ou amis, chargée de nommer en certains cas le tuteur, de nommer le subrogé- tuteur, de destituer le tuteur ou le subrogé tuteur, de contrôler la gestion du tuteur et de lui donner les autorisations nécessaires pour représenter le mineur (V. ci-dessous, n. IV). Le conseil de famille est formé au Heu où la tutelle s'est ouverte, c.-à-d. où le mineur était domicilié lors de l'ouverture de la tutelle (V. Domicile) ; cependant, on admet la régularité des séances tenues dans le cours de la tutelle par le conseil de famille au lieu où le tuteur est domicilié, s'il n'y a pas fraude ; telle est du moins la jurisprudence ; mais elle exige que le conseil se réunisse au lieu de l'ouverture de la tutelle lorsqu'il s'agit de remplacer ou destituer le tuteur ou le subrogé-tuteur. La composition du conseil de famille n'est pas immuable ; il est composé à nouveau chaque fois qu'il y a lieu de le réunir. Il comprend sept membres, le juge de paix : qui en est le président, et qui a voix prépondérante en cas de partage, et six parents
TUTELLE
ou alliés, pris par le juge de paix, tant dans la commune où la tutelle s'est ouverte que dans la distance de deux myriamètres, moitié du côté paternel et moitié du côté maternel, et en suivant Tordre de proximité dans chaque ligne ; le parent est préféré à l'allié et, parmi les parents du même degré, le plus âgé est préféré. Les frères germains des mineurs et les maris des sœurs germaines sont exceptés de cette limitation de nombre ; s'ils sont six, ou au delà, ils sont tous membres du conseil de famille ; s'ils sont en nombre inférieur, les autres parents ne sont appelés que pour compléter le conseil de famille. Toutefois, les ascendants et les ascendantes veuves (la loi dit par inadvertance : les veuves d'ascendants) sont appelés dans le conseil de famille avec les frères et beaux-frères germains, alors même que ceux-ci dépasseraient le chiffre de six. Si les parents ou alliés de l'une ou de l'autre ligne sont en nombre insuffisant dans la distance prescrite par la loi, le juge de paix désigne soit des parents ou alliés domiciliés à de plus grandes distances, soit, dans la commune même, des citoyens connus pour avoir eu des relations habituelles d'amitié avec le père ou la mère du mineur. Le juge de paix peut aussi, même s'il y a sur les lieux un nombre suffisant de parents ou d'alliés, permettre de citer, à quelque distance qu'ils soient domiciliés, des parents ou alliés plus proches ou de même degré, de manière toutefois que cela s'opère en retranchant quelques-uns des parents ou alliés présents, et sans excéder le nombre légal.
Le juge de paix peut convoquer d'office le conseil de famille ; il peut le convoquer aussi sur la réquisition de toute personne ; la convocation a lieu au moyen d'une citation ; le délai pour comparaître est réglé par le juge de paix à jour fixe, mais il doit s'écouler au moins trois jours entre la notification et le jour de la réunion, plus un jour par 5 myriamètres au delà de 2 ; si les parties ne résident pas dans la commune, elles peuvent se faire représenter par un mandataire spécial ; mais chaque mandataire ne peut représenter plus d'une personne ; de même un membre du conseil de famille ne peut, en même temps, représenter un autre membre. La partie qui ne comparaît pas et ne se fait pas représenter est, à défaut d'excuse légitime, condamnée par le juge de paix, sans appel, à une amende qui ne peut excéder 50 fr. Si l'excuse est jugée légitime, le juge de paix peut proroger l'assemblée pour attendre le membre absent ou le remplacer. Le conseil de famille se réunit chez le juge de paix, à moins qu'il ne désigne lui-même un autre local. La présence des trois quarts au moins de ses membres convoqués est nécessaire pour qu'il délibère ; donc cinq membres sur six, au moins, doivent être présents. Les délibérations sont prises, faute d'une disposition contraire de la loi, à la majorité absolue ; il semble donc que, si une majorité absolue ne peut se former, le juge de paix doit convoquer un nouveau conseil de famille. On sait déjà que le juge de paix a voix prépondérante en cas de partage. Si la décision n'est pas unanime, l'avis de chacun des membres est mentionné au procès-verbal; le tuteur, le subrogé tuteur, ou tout membre de l'assemblée peut alors se pourvoir contre la délibération, en actionnant les membres qui ont voté en faveur de la délibération et sans préliminaire de conciliation. Il semble qu'aucun recours ne peut être formé contre une décision prise à l'unanimité. On admet, d'autre part, qu'il ne peut y avoir de recours contre les délibérations relatives aux intérêts touchant à la personne et non à la fortune du mineur; telle serait la délibération statuant sur le mariage ou l'émancipation du mineur.
d. Le tribunal civil, qui est appelé, en certains cas, à homologuer les délibérations du conseil de famille (V. ci-dessous, n. IV).
2*^ Les rouages accidentels sont :
a. Le protuteur, qui doit être désigné pour les biens qu'un mineur, domicilié en Franee, posséderait dans les
colonies, ou réciproquement ; le protuteur est un véritable tuteur, dont la gestion est indépendante de celle du tuteur ; un subrogé tuteur spécial doit lui être désigné ; il n'y a pas de protuteur légal, mais tous les autres modes de nomination du tuteur sont applicables au protuteur*
b. Le conseil de tutelle, agent spécial à la tutelle légale de la mère survivante ; le père peut, en prévision de cette tutelle, désigner un conseil qui devra assister la mère, soit pour tous les actes, soit pour certains actes, indiqués par le père, de la tutelle. Sans l'avis conforme du conseil, la mère ne peut accomplir ces actes, à peine de nullité; cependant, d'après une autre opinion, les actes de la mère seraient valables, même s'ils étaient accomplis sans l'assistance du conseil, sauf les dommagesintérêts que pourrait, en cas de préjudice, lui réclamer le mineur. Il semble que, dans le cas où le conseil refuse son consentement, la mère n'a aucun recours ; cependant on lui accorde quelquefois un recours, soit devant le tri-r bunal civil, soit devant le conseil de famille. Le conseil de tutelle peut être nommé, soit par testament, soit devant un notaire, soit devant le juge de paix assisté de son greffier.
c. Le curateur au ventre, nommé par le conseil de famille, si, lors du décès du père, la mère, tutrice légale, est enceinte ; cet agent est destiné à éviter les suppressions, suppositions et substitutions d'enfants. A la naissance de l'enfant, il devient de plein droit son subrogé tuteur, en même temps que la mère devient tutrice.
d. Le cotuteur (V. ci-dessous, n. III).
III. Diverses sortes de tutelle. On distingue quatre sortes de tutelles : la tutelle légale du survivant des père et mère, la tutelle légale des ascendants, la tutelle testamentaire, la tutelle dative.
1"* En cas de mort de l'un des époux, le survivant est de plein droit tuteur des enfants mineurs liés du mariage ; il le devient même s'il est mineur ; mais si c'est la mère qui survit, le père peut lui nommer un conseil de tutelle (V. ci-dessus, n. II, c) et, en certains cas, le conseil de famille doit nommer un curateur au ventre (V. cidessus, n. II, ^). A la différence du père, la mère peut refuser la tutelle, mais elle doit alors gérer les biens du mineur jusqu'à ce qu'elle ait fait nommer un tuteur par le conseil de famille. Si la mère tutrice veut se remarier, elle doit, avant le mariage, convoquer le conseil de famille, qui décide si la tutelle lui est conservée. A défaut de cette convocation, elle perd la tutelle de plein droit, et son nouveau mari est responsable solidairement avec elle de toutes les suites de la tutelle indûment conservée, fussent-elles antérieures au mariage ; le conseil de famille nomme un tuteur, qui peut être la mère ellemême. Si le conseil de famille, dûment convoqué, maintient la tutelle à la mère, le second mari est de plein droit son cotuteur ; il gère donc la tutelle conjointement avec sa femme, et les actes de la tutelle ne peuvent être faits que par les deux époux ; la cotutelle cesse en même temps que la tutelle.
2^ Si les père et mère sont tous deux décédés et n'ont pas choisi un tuteur à leur enfant (V. ci-dessous, 3*^) ou si enfin le survivant des père et mère a conservé la tutelle légale jusqu'à sa mort, la tutelle appartient de plein droit à faieul paternel du mineur; à défaut de celui-ci, à son aïeul maternel et ainsi en remontant, de manière que l'ascendant paternel soit toujours préféré à l'ascendant maternel du même degré. Si deux ascendants appartiennent tous deux à la ligne paternelle, la tutelle appartient à l'aïeul paternel du père du mineur; si la même concurrence a lieu entre deux bisaïeuls de la ligne maternelle, le conseil de famille choisit entre eux. Les ascendantes autres que la mère ne peuvent être tutrices.
3° Le survivant des père et mère peut désigner le tuteur de ses enfants pour le temps qui suivra son décès, à la condition qu'il ait été lui-même, jusqu'à la fin de sa vie, leur tuteur. Ainsi la mère remariée, et non maintenue
TUTELLE
dans la tutelle, ne peut faire cette désignation. La nomination a lieu dans la même forme que celle du conseil de tutelle (ci-dessus, 2*^). Le choix de la mère remariée et maintenue dans la tutelle n'est valable que s'il est ratifié par le conseil de famille.
4^ A défaut des trois sortes de tutelle, dont il vient d'être parlé, le tuteur est choisi par le conseil de famille.
IV. Administration du tuteur. Le tuteur administre à partir du jour de sa nomination, si elle a lieu en sa présence, et, dans le cas contraire, du jour oii elle lui a été notifiée. Il n'a jamais, s'il n'est pas le père ou la mère, la puissance paternelle, qui appartient au survivant des père et mère ; le tuteur peut cependant, avec l'autorisation du conseil de famille, provoquer la réclusion du mineur sur les bases du droit de correction accordé aux père (V. Puissance paternelle). D'autre part, si les père et mère sont tous deux décédés, les droits de la puissance paternelle passent au tuteur, mais sous le contrôle du conseil de famille. Quant aux biens du mineur, le tuteur les administre ; mais il y a des actes quil peut faire seul, d'autres encore pour lesquels il lui faut l'autorisation du conseil de famille avec ou sans homologation du tribunal, d'autres enfin qui lui sont complètement interdits. Enfin il y a lieu d'examiner les obligations imposées au tuteur.
1^ Actes que le tuteur peut faire seul. C'est un sujet de controverse que la question de savoir si le tuteur peut faire seul tous les actes que la loi ne lui défend pas ou pour lesquels elle n'exige pas certaines formalités, ou si les pouvoirs du tuteur agissant seul se limitent aux actes d'administration. Le premier de ces systèmes, autrefois peu suivi, tend à l'emporter aujourd'hui ; il est adopté par la jurisprudence. Parmi les actes que le tuteur peut faire seul figurent les baux n'excédant pas neuf ans (V. Bail), les ventes de meubles corporels, la perception des fruits, etc.
2° Actes pour lesquels le tuteur a besoin de l'autorisation du conseil de famille. Ces actes sont :
a. L'acceptation d'une donation, à cause de l'importance morale qu'elle peut avoir ; l'acceptation d'une succession, à cause des charges qu'elle peut faire peser sur le mineur; la répudiation d'une succession. L'acceptation d'une succession ne peut avoir lieu que sous bénéfice d'inventaire (V. Acceptation).
b. L'action immobilière ou l'acquiescement à une demande immobilière. Mais le tuteur peut, sans autorisation, défendre à une demande de ce genre. Quant aux actions mobilières, le tuteur peut les former seules. Toutefois la demande en partage de biens, tant mobiliers qu'immobiliers, doit être autorisée par le conseil de famille ; le tuteur peut, sans autorisation, défendre à une demande en partage. Le partage doit avoir lieu en justice et être précédé d'une estimation par experts (V. Partage).
c. Le bail des biens du mineur, consenti au tuteur luimême.
d. L'aliénation des biens incorporels du mineur, sauf dans les cas où l'homologation du tribunal est également nécessaire (V. ci-dessous, 3**) ; le conseil de famille, en autorisant l'aliénation, prescrit les mesures qu'il juge utiles, notamment au point de vue de l'emploi des fonds. L'aliénation est faite par un agent de change, si les valeurs sont négociables à la Bourse, au cours moyen du jour ; pour les autres valeurs, le conseil de famille règle le mode d'aliénation. La conversion des titres nominatifs en titres au porteur est soumise aux mêmes règles ; la conversion des rentes sur l'Etat nominatives en rentes au porteur est même interdite. Le subrogé tuteur est responsable de l'accomplissement de ces diverses formalités ; si le tuteur ne s'y conforme pas, il doit provoquer la réunion du conseil de famille, devant lequel le tuteur sera appelé à rendre compte de ses actes.
3° Actes pour lesquels le tuteur a besoin de Vau-
torisation du conseil de famille et de l'homologation du tribunal. Ces actes sont :
a. L'aliénation de biens incorporels, dont la valeur dépasse, d'après l'appréciation du conseil de famille, 4 .500 fr . en capital, et la conversion de valeurs nominatives excédant la même somme en valeurs au porteur (V. ci-dessus, 2«, a).
b. L'emprunt, l'hypothèque ou la vente des immeubles, qui d'ailleurs ne peuvent être autorisés qu'en cas de nécessité absolue ou d'avantage évident. La vente a lieu publiquement, en présence du subrogé tuteur, devant un membre du tribunal civil ou un notaire commis par le tribunal, à la suite de trois affiches apposées trois dimanches consécutifs. Toutefois, ni l'autorisation, ni l'homologation du tribunal ne sont nécessaires en cas de saisie par les créanciers, d'expropriation pour cause d'utilité publique, ou de licitation ordonnée par jugement sur la provocation d'un copropriétaire par indivis ; mais la licitation doit avoir lieu dans la forme prescrite pour la vente, et les étrangers y sont admis.
c. La transaction, en outre, est soumise à une formalité spéciale, qui est l'avis préalable de trois jurisconsultes désignés par le procureur de la République ; il faut que cet avis soit favorable ; l'homologation ne peut être accordée qu'après que le ministère public a été entendu.
4° Actes interdits au tuteur. Ces actes sont de deux catégories : les uns, par suite de leur caractère personnel, doivent être faits parle mineur lui-même ; les autres, qui sont considérés comme compromettant le patrimoine du mineur, ne peuvent être faits par personne. Les premiers sont le testament, le mariage, le contrat de mariage, la reconnaissance d'enfant naturel, l'engagement dans les armées de terre et de mer, pour lequel cependant le mineur, s'il a moins de vingt ans, doit justifier du consentement de son tuteur et de l'autorisation du conseil de famille. Tout louage de services exige également le consentement du mineur lui-même ; tels sont le contrat d'apprentissage, l'engagement théâtral ; mais il semble qu'ici encore l'assentiment du tuteur et l'autorisation du conseil de famille sont nécessaires. Les actes de la seconde catégorie sont la donation, le compromis, la vente des biens du mineur au tuteur. Il faut ajouter que le tuteur ne peut acquérir aucune créance contre son pupille ; le mineur seul peut invoquer la nuUité de cette cession ; mais s'il en reconnaît la validité, il doit rembourser au tuteur la créance entière et non pas seulement le prix de la cession ; il y a des doutes sur ce point.
5° Obligations du tuteur. Le tuteur doit :
a. Convertir les titres au porteur du mineur en titres nominatifs dans les trois mois qui suivent l'ouverture de la tutelle ou la mise en possession de ces valeurs, si le conseil de famille ne fixe pas un délai plus long.
b. Employer les capitaux du mineur dans le délai de trois mois, sous peine d'en devoir les intérêts après ce délai ; le conseil de famille peut prolonger ce délai. Le tuteur a le choix de l'emploi, si le conseil de famille ne lui impose pas un emploi déterminé. Les tiers ne sont pas garants de l'emploi.
c. Employer les revenus du mineur dans le délai de six mois, sous peine d'en devoir les intérêts à partir de cette date. Le conseil de famille détermine la somme à laquelle commence pour le tuteur l'obligation d'employer l'excédent des revenus sur la dépense ; si le tuteur ne la lui a pas fait déterminer, il doit, après le délai de six mois, les intérêts de toutes les sommes non employées. Les dispositions relatives à l'emploi des revenus paraissent applicables même aux père et mère survivants, s'ils n'ont pas la jouissance légale des biens de leurs enfants. Cependant la Cour de cassation est en sens contraire.
d. Faire désigner un subrogé tuteur (V. ci-dessus, n. II, 1**, ft), faire réunir le conseil de famille toutes les fois que les intérêts du mineur l'exigent, administrer en bon père de famille. Il n'a droitjjà aucune rémunération ; toute-