‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 276 sur 633 · TUTOIEMENT — TUYAU · texte numérisé non relu

TUTOIEMENT — TUYAU

gulier, moitié du pluriel, entraînent l'accord du verbe, mais laissent au singulier l'adjectif ouïe participe suivants ; on écrira par exemple : « Nous sommes convaincu, cher lecteur, que vous vous montrerez /ai;or«^/é? à ce projet ». Et l'étude du tu a subi tant de fluctuations qu'il a été comme un signe des temps, et que l'étude en est, à certains égards, celle de nos diverses transformations sociales.

L'antiquité classique n* admit pas d'exception au tutoiement ; la substitution du pluriel au singulier a eu son point de départ dans les formules adulatrices des courtisans impériaux qui se mirent à adresser la parole à leur maître comme s'il avait représenté un nombreux auditoire. Julius Capitolinus, louant Dioctétien de se modeler sur Marc-Aurèle, lui dit : Sape dicitis vos taies esse capere qualis fuit. L'évêque gaulois Grégoire de Tours, mêlant les deux formes, écrit ; Nobis sine concilio vestro ; tu autem dixisti... Cette hçon de parler, introduite d'abord dans l'étiquette des palais, s'est étendue de proche en proche et est tombée à tel point dans le droit commun qu'aujourd'hui le plus mince individu, en France comme en Angleterre, se juge lésé dans sa dignité si on ne lui donne du vous. (En Allemagne, c'est à la 3® personne du pluriel que la civilité commande de parler aux gens). A partir du XVI® siècle, le vous se généralise de plus en plus chez nous ; les hommes très âgés sont seuls à se permettre le tutoiement à l'égard des hommes très jeunes, et les personnages très élevés à l'égard de ceux qui leur sont très inférieurs. Vainement Pasquier, dans ses Recherches de la France (liv. VIÏI, ch. iv), s'élève-t-il contre cet usage vicieux ; le bon sens ne pouvait prévaloir contre l'usage. François P^ n'entendait être tutoyé ni en vers ni en prose, ni dans les livres, ni dans leurs préfaces. Pierre de Saint- Juhen, dans ses Mélanges historiques et matières paradoxales (paradoxe de ceux qui disent toy à Dieu et au roy), prétend même que cette liberté était punie du fouet. Au xvii® siècle, on a même cessé de tutoyer ses laquais. « Voiturez-nous ici les commodités de la conversation », ordonnera Madelon à son valet Almanzor. Le tutoiement n'est plus admis que dans trois cas : celui de la violente colère ou du mépris, celui d'une absolue familiarité, celui du haut style en poésie.

L'enfant, à cette époque, ne se permettait pas de ♦tutoyer ses parents ; les parents, de leur côté, maintiennent la distance entre eux et leurs enfants ; une extrême indignation pouvait seule les amener à se départir de cette règle. M"^® de Sévigné, malgré sa folle tendresse pour sa fille, ne la tutoie dans aucune lettre de sa correspondance. I^es poètes et les orateurs, au contraire, sans doute pour imiter les Latins, ont recours au tutoiement, qu'ils considèrent d'ailleurs comme un élément de beauté. Louis XIV, plus tolérant que François P^, est charmé de s'entendre dire : « Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire ». « Dans le style tragique, dit Voltaire, le tutoiement rend le discours plus serré, plus vif, a souvent de la noblesse ; on aime à voir Rodrigue et Chimène l'employer. » Il est vrai qu'à partir d'Horace, oii Horace et Curiace le pratiquent encore, le poète se l'interdit. Mais Racine, sans en faire le langage ordinaire de ses personnages, sauf quand ils s'adressent à des confidents, en tire de merveilleux effets, par exemple lorsqu'une amante, dans l'égarement de la passion, passe brusquement du « vous » « au tu ».

Il peut, au premier abord, paraître singulier que le tutoiement ait été, à la même époque, moins permis dans le genre comique que dans le genre tragique ; mais, précisément parce que la comédie est la peinture directe des mœurs, elle devait se conformer au langage contemporain pour rester la fidèle copie de la réalité ; le tutoiement s'y échangeait donc exclusivement entre personnes de condition tout à fait inférieure. Dans le Dépit amoureux on se tutoie encore, mais dans les pièces postérieures, Molière abandonne cette forme, et Voltaire le loue de s'en être corrigé comme d'une faute ; mais Voltaire a tort d'éri-

ger cette indication en règle absolue, car un temps devait venir oti elle cesserait d'être justifiée par la nécessité de la vraisemblance. Sous l'influence de J.-J. Rousseau, les relations et^le ton de la famille allaient être ^n effet singulièrement modifiés, et la Révolution devait, au nom de l'égalité, encore plus radicalement changer le langage. Si le tutoiement républicain ne survécut pas tout entier au régime de la Terreur, il ne perdit cependant qu'une partie du terrain conquis par lui, et il est resté le langage de la tendresse, de l'intimité, de la camaraderie. Ce n'est pas à dire que d'égal à égal, moins encore de supérieur à inférieur, on puisse se le permettre indistinctement ; c'est une question de caractère, d'éducation, de tact ; le sans gêne indiscret des uns se conciHe fort peu avec la susceptibilité chatouilleuse des autres, et plus d'un tutoyeur malappris s'expose à ce qu'on le mette à sa place beaucoup moins doucement que ne fait Cécile, lorsqu'elle dit à Valentin, dans// ne faut jurer de rien : « Vous me disiez tu tout à l'heure, et même, je crois, un peu légèrement ». Marcel Charlot.

TUTTLINGEN. Ville du Wurttemberg, cercle du Schwarzwald, sur le Danube ; il .672 hab. en 4895. Importante fabrication de chaussures, d'instruments chirurgicaux, etc. Ruines du château de Honberg. L'établissement métallurgique de Ludwigsthal et ^le fort de Hohentwiel sont dans la banlieue. Le 24 nov. 1643, les Austro- Bavarois de Mercy et Jean de Werth battirent les Français à Tuttlingen.

TUTU LUS (Coiff.)(V. Coiffure).

TUXPAN. Ville du Mexique, Etat et à 230 kil. N. de Vera Cruz, sur leTuxpan, près de la mer ; 5.000 ^hab. Port gêné par une barre difficile. Sources de pétrole."

TU Y {Tudœ ad Fines). Ville d'Espagne, prov. et à 43 kil. S. de Pontevedra (Galice) , ch.-I. de distr., dominant des pentes d'un plateau élevé, sur la rive dr. du Mino qui la sépare de la ville portugaise de Valença do Minho et y devient navigable; 11.700 hab. Stat. du chem. de fer de Porto à la Corogne, embr. sur Pontevedra. Siège d'un évêché suffragant de Santiago, Tuy n'a d'autre importance que sa situation à la frontière du Portugal et la fabrication de confitures estimées. On y fabrique aussi du linge et du cuir. Mais c'est une jolie ville, bien bâtie, bien ombragée, située au milieu d'une campagne délicieuse, sous un climat qui Ta fait surnommer « le Paradis de l'Europe ». A 9 kil. en amont, les Caldelas de Tuy sont des sources thermales (42«* et 49^), chlorurées sodiques et richement azotées.

TUYAU. L Construction. — Terme employé dans diverses professions du bâtiment pour désigner de nombreuses espèces de conduites, quelles que soient la forme, les dimensions et la matière de ces conduites employées, suivant les circonstances, à la circulation, l'écoulement, la transmission, l'évaporation ou la propagation de solides, de liquides, de gaz et même d'agents physiques, tels que l'électricité, la chaleur, le son, etc. Vitruve parle de tuyaux de poterie, pour lui préférables aux tuyaux de plomb, servant à la circulation de l'eau, et le musée de la manufacture nationale de Sèvres conserve un fragment de tuyau de poterie gallo-romaine, de forme circulaire, ayant servi à cet usage, non loin d'un autre fragment de même origine et de même matière, mais de forme rectangulaire, ayant servi à la transmission de la chaleur provenant d'un hypocauste (V. ce mot). De nos jours encore, ces deux formes sont utilisées en terre cuite ou en toute autre matière : la forme circulaire pour les tuyaux d'adduction ou d'évacuation d'eau, et la forme rectangulaire pour les conduites d'air et de ventilation ; quant aux tuyaux de fumée, ils prennent l'une ou l'autre forme. Les tuyaux reçoivent divers noms des matières qui les composent : tuyaux de terre cuite, de verre, de métal (plomb, fer, cuivre, zinc) ; ou de leurs formes : tuyaux circulaire, rectangulaire, carré ; ou de leurs modes de fabrication : tuyaux fondus ou tuyaux roulés ; ou de leur destination :

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