TYPHOÏDE
phoïde est souvent très marqué : la tuberculose dans ses formes aiguës, soit généralisées, soit nerveuses ; la méningite tuberculeuse en particulier se distingue souvent très difficilement chez l'enfant de la typhoïde ; habituellement cependant, dans la tuberculose, la température a une marche plus irrégulière, les phénomènes gastro-intestinaux sont moins marqués ; s'agit-il d'une méningite, la céphalalgie est plus intense, la constipation est la règle au lieu de la diarrhée, les vomissements sont plus habituels, le pouls plus irrégulier. Les endocardites infectieuses se ditférencient par des accidents cardiaques généralement plus marqués : idi pyémie se distingue par l'intensité des phénomènes pulmonaires, l'irrégularité de la température, etc.; en outre, les conditions où elle apparaît préparent pour ainsi dire le diagnostic ; la trichinose présente un grand nombre de caractères communs avec la fièvre typhoïde, mais elle s'en distingue par les vives douleurs musculaires. Nous ne parlerons que pour mémoire des fièvres éruptives et du typhus qui ont leurs caractères propres bien nettement tranchés.
SérO'diagnostic. Widal a découvert et mis en lumière une propriété curieuse et importante du sérum sanguin des sujets atteints de fièvre typhoïde : on prend directement dans une veine, ou plus simplement à l'aide d'une piqûre au bout du doigt, en observant de minutieuses précautions antiseptiques, un peu de sang d'un typhique. Après formation du caillot, on recueille le sérum et on l'ajoute à un tube de bouillon stérilisé, que l'on ensemence ensuite de bacille typhique. Alors que dans un tube témoin le développement microbien se fait normalement, dans le tube additionné de sérum le développement est retardé, puis on voit s'y former des flocons qui tendent à se déposer au fond du tube. Si l'on examine ces flocons au microscope, l'on voit qu'ils sont formés de bacilles agglomérés, agglutinés et ayant perdu tout mouvement. La réaction peut se faire plus simplement encore en ajoutant quelques gouttes de sérum de typhique dans une culture du Bacillus tijphusus |en bouillon. Les bacilles perdent leur mobilité et s'agglutinent en amas. Cette agglutination se produit même sur les bacilles morts. Cette même réaction peut s'obtenir avec d'autres liquides de l'économie, mais le liquide de choix est le sang. En présence de la difificulté du diagnostic de la typhoïde dans certains cas, il est facile de voir combien cette réaction, qui n'est pas spéciale au bacille typhique, mais qui est spécifique, peut être précieuse. Cependant, il faut avouer qu'elle n'apparaît pas d'emblée, qu'elle semble souvent douteuse durant les premiers temps de la maladie, pour devenir plus nette à mesure que celle-ci progresse. La méthode n'en reste pas moins précieuse, et il y a lieu d'y recourir fréquemment.
Recherche du bacille typhique sur le vivant. La recherche directe dans le sang est le plus souvent stérile. La ponction de la rate, qui, malheureusement n'est pas sans danger, permet, au contraire, d'obtenir un résultat positif. Quant à l'examen des matières fécales, il est le plus souvent négatif.
Traitement. Les traitements proposés contre la fièvre typhoïde sont pour ainsi dire innombrables. L'expérience prolongée a permis de ne retenir qu'un petit nombre de médications, et un plus petit nombre encore de médicaments. Les travaux contemporains, et particulièrement les recherches de Chantemesse et Widal, nous permettent d'entrevoir l'époque très prochaine où ils devront faire une place capitale à la sérothérapie.
Le traitement prophylactique comprend deux parties. La première est l'art de se préserver de la fièvre typhoïde. La stérilisation des eaux de boissons, par les filtres soigneusement entretenus, par l'ébuUition de l'eau, par l'usage d'eaux de provenance pure, l'abstention de légumes crus ou mal cuits dans les régions suspectes, les lavages répétés de la bouche et du nez, etc., mettent d'une façon presque complète à l'abri de la fièvre typhoïde. La seconde partie du programme prophylactique consiste dans
l'adoption de mesures propres à empêcher la diffusion de la maladie quand un cas se produit. Le malade doit avant tout être isolé, et sans aucun doute l'hospitaUsation séparée des typhiques serait fort désirable. Par-dessus tout, les diverses évacuations, et les objets de literie à l'usage du malade doivent être soigneusement désinfectés. Les gardesrobes et les urines doivent être désinfectées, soit par le sublimé, soit par le sulfate de fer, les ustensiles et les vases par l'eau bouillante. Les objets de literie doivent être passés à l'étuve avec des précautions spéciales pour éviter une contamination nouvelle. Les draps du malade, les blouses qui servent aux infirmiers ou infirmières, doivent être désinfectés avant d'être mélangés à d'autre linge. Les locaux eux-mêmes subiront une désinfection, pour laquelle le procédé de choix semble être encore l'acide sulfureux. Les personnes qui assistent le malade doivent veiller d'une façon scrupuleuse à la propreté de leurs mains.
Quant au traitement proprement dit, il comprend diverses indications que l'on peut réunir sous des titres communs (Lemoine). En premier heu viennent la désinfection et l'antisepsie générale. Le charbon en poudre, le salicylate de bismuth, le sulfure de carbone, l'iodoforme, la naphtaline ont été préconisés à l'intérieur ; mais il faut bien reconnaître que nous sommes incapables à l'heure actuelle de réaliser une antisepsie intestinale véritable. Aussi se borne-t-on à donner l'un ou l'autre de ces antiseptiques à dose modérée. Le meilleur de tous les antiseptiques intestinaux, le calomel, ne donne que des résultats médiocres. Les purgatifs salins donnés à intervalles semblent réafiser pour le mieux cette antisepsie. La quinine, à dose modérée, quelquefois à dose progressivement croissante, surtout chez les enfants, semble donner de bons résultats, tant comme anti thermique que comme antiseptique général. Il est de règle de prescrire le quinquina destiné à soutenir les forces du malade. Nous ne parlons que pour mémoire des soins locaux de propreté, qui doivent être plus minutieux encore que dans les autres maladies. Il est utile de donner matin et soir un lavement à l'eau bouillie froide. La deuxième indication consiste à défendre le malade contre la fièvre et ses conséquences. Tous les antithermiques et en particulier la quinine ont été et sont encore employés : l'acide salicylique, l'acide phénique, l'antipyrine, etc., mais ils ont perdu tout le terrain qu'a gagné la médication réfrigérante par les bains froids. — Hahn et Cuvrie peuvent être considérés comme les précurseurs de cette méthode, mais le mouvement actuel a eu son point de départ en Allemagne sous l'inspiration de Brand. L'école lyonnaise et à sa fete Glénard, qui avait rapporté la méthode d'Allemagne en 4870, a vulgarisé, en la modifiant, la pratique allemande. Les modes principaux suivant lesquels sont donnés les bains sont les suivants : Bain de Bran t. La température rectale est prise toutes les trois heures ; lorsqu'elle atteint ou dépasse 39*^, le malade est plongé dans un bain à 18° où il est maintenu jusqu'à l'apparition du frisson, ce qui demande un quart d'heure environ. Le bain de Dieulafoy diffère^par la température du bain qui, de 24°, est abaissé à 20° progressivement par l'adjonction d'eau froide. Le bain de Bouchard est donné de 2° inférieur à la température du malade puis abaissé progressivement jusqu'à 30°. Le bain de Ziemsien est donné de 5° au-dessous de la température du malade, puis abaissé jusqu'à 20°. Au sortir du bain, le malade doit être enveloppé, sans être essuyé, dans une couverture légère ; il sera réconforté par une boisson chaude. Le malade, dans les méthodes précédentes, doit être baigné toutes les trois heures environ. La marche de la température, qui s'abaisse, non immédiatement mais un peu après le bain, est le meilleur guide que l'on doit suivre pour le degré de l'eau, la durée du bain et sa répétition. Le bain a pour effet d'abaisser la température, de calmer les phénomènes nerveux et de provoquer une diurèse abondante. Les malades doivent être baignés aussi bien la nuit que le jour; la présence de phénomènes tho-
typhoïde — TYPHON
raciques, de bronchite n'est pas une contre-indication. La médication par les bains a donné et donne encore des résultats excellents, mais elle a l'inconvénient d'être très assujettissante et d'être très pénible pour le malade, au moins au début. Aussi a-t-on cherché à la remplacer par des moyens de réfrigération plus doux, tels que lotions froides et aromatiques, enveloppements dans le drap mouillé, etc. Mais ces dérivés bâtards de la balnéation sont loin d'en avoir l'efficacité et ils ne doivent être employés que dans les cas très légers et de pronostic favorable... Cependant la balnéation est employée actuellement avec moins de rigueur et l'on se contente souvent de bains marquant de ^IS^ à 30^, répétés avec moins de fréquence. Dans tous les cas, les bains ne doivent être cessés que lorsque tous les symptômes typhoïdes ont disparu. Ils seront progressivement espacés.
La troisième indication est de tonifier le malade et de l'aider à éliminer les produits toxiques. En réalité, toute alimentation solide doit être suspendue durant tout le cours de la fièvre typhoïde et n'être reprise que lorsque la cicatrisation des ulcérations intestinales est assurée. Les seuls aliments qui peuvent être employés sont le bouillon et le lait. Les poudres de viande qui ont été préconisées n'ont donné que des résultats déplorables. Le lait lui-même est souvent mal toléré et le bouillon seul est supporté plutôt en sa qualité de tisane que d'aliment ; cependant il renferme des produits minéraux qui semblent utiles. Les boissons alcooliques, le vin, les grogs, les limonades, le thé sont des adjuvants utiles du traitement ; ils doivent cepeiidant être employés à dose modérée.
Le traitement des complications ne peut nous retenir. Chacune d'elles comporte son indication spéciale. Contre l'hémorragie intestinale, on emploiera les lavements froids, la glace sur le ventre, l'ergotine, etc. Le malade doit être maintenu dans le repos le plus complet. Quant aux perforations intestinales, presque toujours mortelles, elles doivent être traitées par le repos absolu, par l'opium, la glace sur le ventre. Le traitement chirurgical par la laparotomie, la toilette du péritoine et la suture intestinale n'a été que rarement employé, et avec des résultats douteux. Le malade doit être très surveillé durant la période de convalescence. L'aUmentation par le lait doit être prolongée, l'alimentation solide ne doit être reprise que progressivement, en l'absence de toute fièvre.
Sérothérapie. La sérothérapie de la fièvre typhoïde présente des difficultés spéciales. En effet, dans toutes les méthodes sérothérapiques, il parait nécessaire, pour agir utilement, d'agir de bonne heure et, dans les conditions actuelles, le diagnostic de la fièvre typhoïde n'est guère possible avant que la première semaine soit écoulée. Le séro-diagnostic lui-même ne peut guère entrer en ligne de compte avant cette période. Cependant cette difficulté semble avoir été tournée par Chantemesse et Widal, dont les recherches longtemps prolongées paraissent avoir abouti. Les premières expériences de sérothérapie antityphoïdique ont été faites par Brieger, Kilosato et Wassermann. Mais Chantemesse et Widal se sont fait une spécialité de cette recherche. Le nouveau sérum, à la fois préventif, antiinfectieux et antitoxique, expérimenté par Chantemesse, est obtenu du cheval à la suite d'une longue préparation exigeant plusieurs années. Le sérum est d'autant plus efficace qu'il est injecté plus près du début. Aussi ne saurait-on trop insister sur la précocité de l'injection. Le sérum n'ayant aucune action nocive, il n'y a aucun risque à courir, et une injection inutile ne peut être nuisible.
L'injection doit être faite sous la peau de l'avant-bras au niveau de la saignée du coude. Dans les huit ou douze premiers jours de la maladie, on doit injecter de 40 à 42 centim. c. de sérum. Dix jours environ après cette première injection, si la défervescence n'est pas complète, il y a lieu d'injecter une nouvelle dose entre 5 et 40 centim. c, suivant la hauteur de la température. La dose primitive peut être réduite lorsque l'on agit tout au début
de la maladie. Elle doit être réduite à 6 ou 8 centim. c. lorsque l'intoxication typhoïde est profonde et que la maladie a déjà une longue durée. Dans ce dernier cas, l'on devra quelques jours plus tard faire une nouvelle injection. Les rechutes doivent être traitées par une nouvelle injection. Chaque injection est suivie d'une réaction intense. Dans les cas les plus légers, la réaction est faible, la température s'élève beaucoup et dure un ou deux jours, quelquefois trois ou quatre jours. Cette réaction doit alors être modérée par l'emploi des bains froids. En même temps, il se produit une polyurie intense qui peut atteindre quatre litres et davantage. Cette polyurie persiste assez longtemps. Le sérum ne provoque pas d'albumine. Comme adjuvants du traitement, il convient d'employer les bains froids. Durant la période de réaction, le bain de Brand sera employé, plus tard on donnera seulement un ou deux bains par jour. Pendant cette même période de réaction, il convient de faire boire très abondamment le malade. A la suite des injections, une fois la période de réaction passée, on voit la défervescence se produire, se maintenir et s'accompagner d'une amélioration de tous les accidents morbides. Cette défervescence est définitive si l'injection a été faite assez tôt. Il y a une nouvelle recrudescence de fièvre, que l'on peut combattre par une dose plus faible, dans le cas contraire. Sur les cent malades traités par le sérum, tous ceux qui ont été traités avant le dixième jour ont guéri, six ont succombé. Durant la même période, la mortalité hospitalière était de 29 Vo- D^ M. Potel.
TYPHON. I. Mythologie égyptienne. — Nom grec du dieu égyptien SitouSet (V. Egypte, t. IV, pp. 668 et suiv.), l'antagoniste du dieu solaire llorus, dieu de l'obscurité et du mai, de l'étranger et du désert. Un récit mythique veut que, réconcilié avec Horus, il ait obtenu la Basse- Egypte, la Haute-Egypte demeurant à Horus ; d'après d'autres, Sit n'aurait eu en partage que le désert. Les centres locaux de son culte furent le Delta oriental, le Fayoum et Ombos (Nebyt) ; il se généralisa plus tard ; ses animaux sacrés furent l'hippopotame, le porc et la chèvre. Dans le mythe d'Osiris, il devint son frère et rival. Dans le Delta, on l'assimila au dieu guerrier Sutech .
IL Mythologie grecque. — Les noms à peine différents de Typliôs, Typhoous, Typhon et Typhaôn semblent désigner la personnification d'un môme phénomène physique, celui des émanations gazeuses, de nature ignée, qui s'échappent avec violence du sein de la terre volcanique. Ce phénomène est devenu l'objet de mythes variés partout où dans le monde hellénique le sol était travaillé par le feu intérieur. Vlliade déjà connaît la lutte de Typhon contre Zeus, laquelle n'est qu'une forme spéciale de celle des Titans et des Géants contre les dieux olympiques. Hésiode fiiit de Typhon le plus jeune fils de GsBa, issu de son union avec le Tartare, après que Zeus eut vaincu les Titans; ailleurs, il est un fils d'Héra qui l'aurait enfanté seule pour se venger de la naissance d'Athéna, sortie sans sa participation de la tête de Zeus. De son union avec Echidna on fait naître plusieurs des monstres les plus redoutables à l'espèce humaine. Typhon est représenté dans la poésie et dans les arts comme un monstre horrible, de dimensions colossales, de forme hideuse, homme par le buste, reptile par le bas du corps, lançant des flammes par les gueules de ses cent têtes. L'épisode principal de sa légende, laquelle varie par le détail suivant les lieux, c'est sa lutte furieuse contre Zeus qui, d'abord vaincu, prend sa revanche avec l'aide d'Hermès, frappe le monstre de la foudre et l'ensevelit au fond de l'Etna. Ceci est la fable récente ; chez Homère, Typhon est enseveli en Cilicie dans le pays des Arimes que le dieu a jeté sur lui ; en revanche, Virgile substitue Encélade à Typhon sous l'Etna et localise Typhon lui-même à Inarimé, l'Ischia d'aujourd'hui. D'autres ont identifié ce monstre avec le dieu du mal des Egyptiens et l'ont préposé, non aux phénomènes volcaniques, mais aux vents