‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 287 sur 633 · Initiale ornée du xvi^ siècle · texte numérisé non relu

Initiale ornée du xvi^ siècle

U. I. Phonétique. — Vingt et unième lettre de l'alphabet latin. Cette voyelle indo-européenne longue (U) et brève (û) se prononçait primitivement ou, comme en témoignent tout particulièrement le sanscrit, le latin (avec l'italien) et les idiomes germaniques. Les anciens dialectes grecs ont, au contraire, atténué de bonne heure le son ou pour prendre celui qu'a revêtu plus tard notre u français (cf. Vil allemand), ainsi que l'atteste la transcription latine de l'y grec par y (à l'origine prononcé u et plus tard z, par itacisme). Tout indique d'ailleurs que Vu indo-européen n'est pas primitif et qu'il ne faut y voir qu'un état faible de 0 avec lequel u forme une série vocalique indépendante, parallèle à celle formée par la série également indépendante a-e-i. La preuve la plus évidente de la relation de îi avec 0, en tant que variante affaiblie de celui-ci, nous est fournie par le rapport du latin classique genus, par exemple, avec le latm archaïque genos et le grec ylvoç. La continuation du même mouvement dans la transition du latin au français est attestée d'ailleurs, non seulement par nos mots nous, vous, etc., auprès de nos, vos, etc., mais encore par les doublets col, cou; mol, mou, etc. ; cf. en ce qui concerne le sanscrit. Vu des formes faibles comme bhukta « joui », auprès de Vo des formes fortes comme bhoga « Jouissance », et pour ce qui est du grec,

l'o) archaïque du dorien (dans kîôç, par exemple, auprès de l'ionien-attique tiouç) en regard de l'ou correspondant des autres dialectes.

La substitution de û (sec) à u (ou) en allemand dans les composés comme gemûth auprès de muth, et dans les dérivés comme mutterlich et mûtterchen, auprès de mutter, est une preuve sûre que cette modification du son de Vu primitif est un phénomène d'affaiblissement dû, selon une règle générale de la phonétique indoeuropéenne, à l'accroissement syllabique des formes où il a lieu ; cf. l'affaiblissement de la voyelle radicale en latin dans conficio auprès de facto, confectus auprès de fûctus, etc.

Sur le changement éventuel de u en v, V. à l'article relatif à cette dernière lettre. Paul Regnaud.

IL Paléographie. — La lettre U n'est pas une des lettres primitives de l'alphabet latin. C'est un dérivé delà lettre V, L'U a été formé simplement en arrondissant la "partie inférieure du V. L'U n'a eu une valeur phonétique précise qu'à une époque très moderne. Les deux lettres V et U ont toujours été employées, pendant l'antiquité et le moyen âge, indifféremment l'une pour l'autre, pour représenter le son consonne v ou le son voyelle u (™ ou).

L'U est très rare sur les inscriptions romaines avant l'époque de la décadence. A Tépoque barbare, il affecte des formes étranges, qui le font ressembler à un Y moderne. L'U existe dans la capitale des manuscrits, sous une forme déjà voisine de celle de l'onciale et dans laquelle le Jambage de droite est prolongé au-dessous de la ligne de base de récriture. Dans l'écriture onciale, l'U prédomine, presque à l'exclusion de la forme V, de sorte que plusieurs paléographes ont eu raison de compter TU comme une des lettres caractéristiques de l'écriture onciale. Dans la cursive antique, l'U est souvent très petit et tracé au-dessus de la ligne. Dans les écritures mérovin-

gienne et visigothique, l'U est souvent réduit à une sorte de virgule contournée, forme qu'il prend toujours quand il est suscrit, par exemple dans les abréviations avec que et ur. Dans l'écriture semi-onciale et dans l'écriture minuscule, du V® au IX® siècle, l'U est souvent facile à confondre avec l'A .

Dans la minuscule romane, le sommet des deux jambages de V\] minuscule commence à être formé de petits traits brisés, souvent terminés en pointe double, mais la partie inférieure des deux jambages est toujours arrondie. En Allemagne, l'U a reçu divers signes diacritiques pour le distinguer des autres lettres à jambages juxta-

d. ECRITURES DE LA PREMÈRE PÉRIODE DU MOYEN AGE

Écritures antiques

Y® siècle

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VIII« siècle. . . .

IX® siècle.

X® siècle .

XP siècle.

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ses (m, 71, ï) : il est surmonté d'un petit cercle, devenu aujourd'hui une petite virgule retournée, et plus tard, au xv^ siècle, d'un petit angle aigu, devenu le tréma usité actuellement pour désigner la prononciation û. C'est dans la minuscule romane, du x® au xii® siècle, qu'eut lieu, quoique d'une façon intermittente, la première tentative pour distinguer phonétiquement l'U du Y, en réservant généralement la forme Y pour le commencement des mots.

Dans les écritures gothiques, l'U majuscule est surmonté d'une barre horizontale, formée par le prolongement de chacun des appendices terminaux des deux jam-

bages, de sorte que la lettre est complètement formée et peut se confondre avec un 0. L'U minuscule gothique est complètement anguleux, et ses deux jambages sont formés chacun de trois traits brisés. L*U gothique cursif est formé de deux jambages toujours inclinés vers la gauche.

Au xvi® siècle, Trissin et Ramus établirent la distinction de U (voyelle) et Y (consonne) dans la typographie. Les imprimeurs hollandais s'y conformèrent depuis la seconde moitié du x\i® siècle. En France, elle ne fut adoptée que grâce à l'influence de Corneille et de l'Académie française, seulement au milieu du xvii® siècle, et ne prédomina définitivement que vers 1675 (Y. Doms Toustain

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