USUFRUIT — USURPATION
faire remettre les biens qui faisaient l'objet de l'usufruit et qui sont déterminés dans l'inventaire, à l'exception des choses qui ont péri par cas fortuit ou sans la faute de l'usufruitier (art. 6i5, 616, 1302). A défaut d'inventaire, la preuve pourra être faite par témoins ou même par présomptions. Ce sont les choses elles-mêmes qui doivent être restituées, ou, en cas de quasi-usufruit, leur équivalent. Quant aux améliorations qui ont pu être faites par l'usufruitier, elles profitent entièrement au nu propriétaire auquel l'usufruitier, ou ses représentants, ne peut réclamer de ce chef aucune indemnité (art. 599). Cette disposition de la loi, qui parfois peut être très dure pour l'usufruitier, a sans doute été établie afin d'éviter toute contestation sur la question de savoir si certains travaux seraient considérés comme des améliorations ou des travaux d'entretien. P. Glasson.
USURE. I. Sociologie. — Le mot usure, qui désigne étymologiquement les fruits ou intérêts produits par une somme d'argent prêtée, s'entend aujourd'hui du fait d'exiger un intérêt supérieur au taux fixé par la loi. Nul, hormis quelques socialistes, ne conteste plus au prêteur le droit de réclamer de son emprunteur, outre le remboursement de la somme prêtée, le payement d'une certaine somme à titre de loyer. Les législations antiques le reconnaissaient comme le droit moderne, et si notre ancien droit prohibait le prêt à intérêt, c'était par une fausse interprétation des doctrines de l'Evangile (V. Prêt). Mais doit-on réglementer cet intérêt, le restreindre ? En général, les économistes répondent non. Le législateur ne se croirait pas autorisé à limiter le prix des loyers d'immeubles, à fixer le prix des marchandises : de quel droit pose-t-il des bornes au loyer de l'argent ? Pour protéger l'emprunteur? Mais ce n'est que contre la fraude que la loi peut légitimement et doit protéger les personnes agissant librement dans la plénitude de leur capacité. D'ailleurs le résultat de la limitation du taux de l'intérêt est diamétralement opposé à celui qu'on veut atteindre : en rendant les transactions de cette espèce plus difficiles, la loi les rend forcément plus onéreuses. En voulant réprimer l'usure, elle l'encourage. Les législations modernes inclinent de plus en plus vers cette manière devoir. Elles reconnaissent que toute limite apportée aux droits des contractants est une entrave aux transactions et partant au développement du commerce et de la richesse d'un pays, et le régime de liberté fait chaque jour, malgré les efforts contraires de quelques écoles socialistes, un pas en avant. Déjà l'Allemagne et l'Autriche ont supprimé complètement la limitation du taux de l'intérêt. En France, une loi du 12 juin 1886, a rétabli la liberté de l'intérêt en matière commerciale seulement et elle n'a laissé subsister la limitation qu'en matière civile. Cette différence de traitement est, d'ailleurs, très critiquée. On ne voit pas bien, dit-on, en quoi l'emprunteur commerçant est moins intéressant que l'emprunteur non commerçant et comment ce qui est reconnu légitime à l'égard du premier peut, dans des conditions analogues et par le simple changement de profession des parties, se transformer en délit. Si l'usure doit être considérée comme une infraction réprimée par les lois pénales, ce ne devrait être qu'en raison des circonstances accessoires qui peuvent l'entourer, des manœuvres frauduleuses qui peuvent l'accompagner.
IL Droit grec. Droit romain et Ancien droit (V. Prêt À intérêt, t. XXVII, pp. 608 et suiv.).
III. Droit actuel. — On a indiqué au mot Prêt à intérêt (t. XXVlï, p. 611) quel est l'élément fondamental du délit d'usure : il faut que le taux maximum d'intérêt fixé par la loi ait été dépassé et ce maximum, qui n'existe plus, depuis la loi du 12 juin 1886, que pour les prêts civils, est, pour eux de 4 «/o (loi du 7 avr. 1900). Le prêt commercial, au contraire, quel qu'en soit le taux, n'est jamais usuraire. Il faut, de plus, conformément à la loi du 3 sept. 1807, qui, modifiée par celles des 19 déc. 1850 et
12 juin 1886, régit encore la matière, pour que l'usure devienne un délit, pour que l'usurier puisse être poursuivi et condamné, qu'il y ait une série de faits d'usure, que le délinquant ait l'habitude de se livrer à ce genre de spéculations. Toutefois s'il a déjà été condamné depuis moins de cinq ans pour usure, un seul fait suffit pour constituer la récidive. La nécessité de prouver l'habitude restreint le droit de poursuites au ministère public : les particuliers, ne pouvant poursuivre en leur propre nom que pour des faits qui leur sont propres, ne pourraient dénoncer le contrat qui les lèse et ne se trouveraient pas, par suite, dans les conditions légalement exigées. Pour permettre au ministère public d'exercer ces poursuites, pour assurer sa propre exécution, la loi du 19 déc. 1850 enjoint aux greffiers des tribunaux d'envoyer au parquet une expédition de tout jugement constatant un fait d'usure. Il est ainsi facile au ministère public, en contrôlant les jugements qui lui sont transmis, de reconnaître si plusieurs jugements ayant été rendus contre la même personne, celle-ci a commis le délit d'habitude d'usure. La jurisprudence admet généralement, conformément d'ailleurs aux prescriptions de l'art. 638 du C. d'instr. crim., que les différents faits d'usure dont la réunion constitue le délit ne doivent pas être séparés par un intervalle de temps supérieur à trois ans. La peine prononcée est, aux termes de la loi de 1850 : 1^ l'emprisonnement de six jours à six mois, avec faculté, pour le tribunal, d'accorder des circonstances atténuantes ; 2° une amende qui peut s'élever à la moitié des capitaux prêtés. Le tribunal peut, en outre, ordonner l'affichage du jugement et son insertion dans un ou plusieurs journaux du pays. En cas de récidive, le maximum des peines d'amende et de prison est infligé et elles peuvent même être élevées au double. S'il y a eu escroquerie de la part du prêteur, la peine prononcée est alors celle de l'art. 405 C. pén., sauf toutefois en ce qui concerne l'amende, laquelle, contrairement aux règles relatives au non cumul des peines, doit toujours être celle prévue par la loi de 1850. L. Levasseur.
USURPATION DE fonctions et de titres. Le fait de s'immiscer sans titre et sans droit dans des fonctions publiques peut avoir, suivant les cas, des conséquences plus ou moins graves et doit par conséquent être réprimé plus ou moins sévèrement. Le délit plus, spécialement désigné sous le nom d'usurpation de fonctions est prévu par l'art. 258 C. pén. Il consiste, soit à accomplir un ou plusieurs actes réservés à des fonctionnaires publics, civils ou militaires, en se parant ouvertement du titre d'un de ces fonctionnaires, ou en le laissant présumer, soit à se livrer à des manœuvres de nature à laisser croire que l'on a le pouvoir de ce fonctionnaire. La loi ne désigne pas les fonctions dont l'usurpation constitue un délit. La jurisprudence décide que ce sont toutes celles qui nécessitent, pour qu'on en soit investi, une commission du gouvernement. L'usurpation des fonctions de notaires, par exemple, constitue ce délit, bien que ces officiers publics ne soient pas, à strictement parler, des fonctionnaires, parce qu'ils sont investis de leur charge par décret. Le délit de l'art. 258 est puni d'un emprisonnement de deux à cinq ans, sans préjudice, le cas échéant, de la peine du faux.
L'art. 23 C. pén. prévoit un autre cas autrement grave, celui où, sans droit et sans motif légitime, quelqu'un se serait immiscé dans les fonctions de commandant d'une troupe militaire, d'un navire de guerre, etc. La sûreté de l'Etat est alors compromise et la peine de mort punit l'usurpateur.
Sans usurper à proprement parler des fonctions, l'individu qui en a été réellement investi peut commettre un délit à peu près analogue, s'il continue à les exercer alors qu'il en est momentanément ou définitivement désinvesti, par suspension ou par révocation, par exemple. L'art. 197 C. pén. prononce contre lui la peine de six mois à deux ans de prison et une amende de 100 à 500 fr.
USURPATION -- LÎAH
Enfin, Tart. 259 prévoit l'usurpation, non de la fonction elle-même, mais de la marque extérieure qui en est Tinsigne : toute personne qui porte publiquement un costume, un uniforme ou une décoration qui ne lui appartiennent pas, est passible d'un emprisonnement de six mois à deux ans.
L'art. 259 prévoit, dans sa seconde partie, une autre fraude, qu'en pratique on ne poursuit plus aujourd'hui : l'usurpation de titres. Il punit d'une amende de 500 à d 0.000 fr. quiconque, sans droit et en vue de s'attribuer une distinction honorifique, a pris publiquement un titre nobiliaire ou a changé, altéré ou modifié le nom que lui assignent les actes de l'état civil. Ce délit, qui figurait dans la rédaction primitive de l'art. 259, en avait été supprimé en 1832 ; il y a retrouvé sa place en 1858 ; mais cette partie de l'art. 259 est, nous le répétons aujourd'hui, à peu près complètement tombé en désuétude. Elle est, en quelque sorte, tacitement abrogée. L. L.
USUS (Dr. rom.) (V. Usage).
UT (Mus.). C'est le nom de la première note de la gamme tiré comme les autres des premières syllabes des vers et des hémistiches de l'hymne Ut queant Iaxis, dont Guido d'Arezzo se servit pour désigner commodément les divers degrés de l'échelle, sauf le septième qui resta sans dénomination qui lui fût propre pendant fort longtemps (V. Si). La syllabe ut avait le défaut de se terminer par une consonne explosive sourde qui en rendait l'emploi disgracieux dans la vocalisation. Cet inconvénient fit qu'on chercha à la remplacer par d'autres. Le théoricien Doni, prétend-on, fit prévaloir le nom de do, tiré de son nom probablement. Ce changement, usité d'abord en Italie, fut adopté par les Français vers la fin du xvni® siècle. Il est consacré aujourd'hui, et la syllabe ut m sert plus qu'à désigner quelquefois la tonalité des pièces ou le ton des instruments transpositeurs. On dit par exemple plus volontiers symphonie en ut mineur, trompette en ut que symphonie en do, trompette en do. H. Q.
UTAH. L'un des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, dans la partie occidentale et les régions dites du Grand Bassin et des plateaux du Colorado ; 220.060 kil. q. ; 276.565 hab. en juin 1900. C'est le 10« des 46 Etats pour la superficie, le 40® pour la population. Il est compris entre 37« et 42'^ lat. N.,lll« 20'etll6« 20' long. 0., borné au N. par l'idaho, au N.-E. par le Wyoming, à TE. par le Colorado, au S. par l'Arizona, à l'O. par le Nevada. C'est un pays de hautes terres en partie désertes, dont l'ait, moyenne varie de 900 m. au S. à 1.800, avec des montagnes dépassant 4.000. Les monts Wahsatch, orientés du N. au S.-S.-O., le divisent en deux moitiés : à l'E., le plateau méridional des montagnes Rocheuses ou plateaux du Colorado; à l'O., le Grand Bassin s'abaissant vers le Grand Lac Salé ; on en trouvera la description dans l'art. Etats-Unis, t. XVI, pp. 537 et 538; la partie la plus haute est, au N.-E., le massif des monts Uintah, aligné d'O., en E. sur 220 kil. de long, à l'E. des monts Wahsatch ; c'est un large anticlinal surmonté de roches carbonifères , dominé par le Gilbert's Peak (4.172 m,) et l'Emmons Peak (4.174 m.). La rivière Duchesne les sépare du S. des « Mauvaises Terres » et du plateau où se creuse le canon du Colorado, dont la partie N., le Glen Canon, appartient à l'Utah, ce « paradis des géologues», dont aucune végétation ne masque les roches superposées, assises archéennes et granitiques, recouvertes par les sédiments secondaires ou tertiaires et les coulées volcaniques, mais oii les failles et les érosions ont taillé des coupes révélant au savant leur structure, leur inclinaison, tous les détails de l'histoire géologique. A gauche du Grand River, la Sierra La Sal atteint 3.990 m. — Les monts Wahsatch sont le rebord déchiqueté du plateau au bord du Grand Bassin ; des plissements de détail ont compliqué l'allure générale de ce soulèvement monoclinal, s'inclinant en pente douce à l'E., coupé en falaise fracturée vers rO. A l'extrémité N. est la petite cuvette du
lac Bear (1.815 m. d'alt.) qui se déverse dans le Grand Lac par le Bear River. Les monts Wahsatch, dirigés du N. au S., s'élèvent progressivement jusqu'au mont Nebo (3.560 m.), puis se perdent dans les massifs rocheux du plateau coloradien ; leurs cimes méridionales sont le Belknap (3.625 m.) et le Terrill (3.536 m.). A l'O. des Wahsatch, des pitons archéens émergent brusquement des talus qui s'inclinent vers le fond argileux ; ces « montagnes perdues» sont regardées comme des volcans avortés. La dépression du Grand Bassin est divisée en bassins secondaires, de superficie inégale, où les eaux, quand il y en a, viennent se perdre dans un lac ou une lagune temporaire. Cette région imprégnée de sels est déserte ; la culture et les habitations ne se trouvent guère qu'au pied des montagnes et sur les rives orientales du Grand Lac Salé (ait. 1.265 m.)' et du lac Utah qui lui envoie ses eaux par le Jordan; à l'O., c'est le désert salé où le lac Sevier forme une sebkha sans plus d'eau que celles du Sahara.
Le climat est beaucoup plus chaud à l'O. qu'à l'E. des monts Wahsatch; à Salt-Lake-City, la moyenne annuelle dépasse + 7° ; les variations sont brusques et les écarts considérables. La chute d'eau annuelle moyenne est de 230 millim. à Salt-Lake-City; à la base des monts, elle atteint 760 millim. Le ciel est généralement pur et l'air sec. Les montagnes sont jusqu'à 3.500 m. boisées de cèdres, de sapins, d'érables, de frênes et de trembles. La zone cultivable est celle du débouché des vallées dans la plaine ; plus loin, c'est le sable et le sel. Quand on peut irriguer, le sol est fertile, et les Mormons en ont tiré bon parti; on récolte annuellement 1.100.000 hectol. de blé, 550.000 d'avoine, 250.000 de maïs et d'orge, 300.000 quintaux de pommes de terre, beaucoup de fourrages, de houblon et de légumes. La culture des arbres fruitiers (200.000 quintaux) et de la betterave (50.000 quintaux) a pris une grande extension. On compte 70.000 chevaux, 400.000 bœufs, 2 millions de moutons. — Les mines sont riches en plomb et en fer ; l'extraction de l'argent et de l'or a beaucoup baissé; celle du charbon atteint 500.000 tonnes ; on tire beaucoup de sel du Grand Lac et aussi de mines ; les îlots du lac ont donné du guano. — L'industrie est assez développée, minoterie, fonte, briqueterie, brasserie; la production annuelle dépasse 60 millions de fr. Les marchés centraux sont : Salt-Lake-City et Ogden, la société principale l'Utah Company, fondée en 1894 par les Mormons, au capital de 10 millions de dollars. Il existait à cette date 2.167 kil. de voies ferrées, les principales étant l'Union Pacific, le Central Pacific (V. Etats-Unis, t. XVI, p. 587) et le Denver-Rio Grande qui se joignent à Ogden.
L'Utah se divise en 27 comtés ; la capitale est Salt- Lake-City. Le gouverneur est élu au suffrage universel pour cinq ans, les sénateurs pour quatre, les députés pour deux. L'Université d'Etat, dans la capitale, a plus de 500 étudiants. L'enseignement primaire et secondaire a un caractère confessionnel très marqué.
L'histoire de l'Utah se confond avec celle des Mormons (V. ce mot) qui forment encore la grande majorité de la population, mais se sont relâchés de la sévère discipline qu'ils acceptaient à l'origine. Ils ont colonisé l'Utah un an avant le traité de 1848 par lequel le Mexique céda ces territoires aux Etats-Unis. Le Nevada, le Colorado et le Wyoming ont été successivement démembrés de l'Utah primitif, et les Saints du Lac Salé contraints de reconnaître l'autorité fédérale. La constitution théocratique et plus encore la polygamie des Mormons excitaient contre eux une vive hostilité, et ce ne fut qu'après des lois fédérales dirigées contre eux en 1882 et 1887 que le territoire d'Utah, s'étant donné une constitution conforme aux idées nordaméricaines (1894), obtint rang d'Etat (1896). A.-M. B. BiF.L. : J. Rem Y, Voyage au pays des Mormons; Paris, 1860,2 vol. - R.-F. BuRTON, The City ofthe Saints; Londres, 1862, in-8, avec bibliographie au ch. iv. — Rowland, Mormonism as it is; Londres, 1887. -- Bangroft, History of Utah; San Francisco, 1890.
UTELLE — UTÉRUS
UTELLE. Ch.-I. de cant. du dép. des Alpes-Maritimes, arr. de Nice, sur une colline de 800 m. d'alt. ; 4.640 hab. Stat. (La Tinée) de chem. de fer. Importante situation stratégique pour la défense des abords de Nice. Restes d'anciennes fortifications. Sur un pic de 4.174 m. d'alt., chapelle de Notre-Dame des Miracles. Canal de la Vésubie, alimentant d'eau Nice.
UTÉRUS. ï. Anatomie. L'utérus, spécial à la femelle,' est un organe creux destiné à contenir le produit de la conception. Appelé aussi matrice, il est situé dans le petit bassin, dans le bas- ventre. L'utérus est dirigé d'avant en arrière et de haut en bas. Cet organe est aplati d'avant en arrière. Il a la forme d'un petit ballon ou d'une poire aplatie, à sommet inférieur. On distingue à l'utérus la partie la plus volumineuse, appelée corps, et la partie étroite, effilée, le col, contenue en partie dans le vagin. La forme de cet organe permet de lui décrire une face antérieure ou vésicale, une face postérieure ou rectale, deux bords et un fond. Le fond de l'utérus'peut être senti par la palpation chez les femmes dont la paroi abdominale est souple.
Rapports du corps de l'utérus. — Par sa face antérieure, le corps de l'utérus est en contact immédiat avec la vessie, par le tiers inférieur du corps et la moitié supérieure du col ou portion sus-vaginale. Au-dessus du tiers inférieur du corps, le péritoine pénètre entî'e l'utérus et la vessie et forme le cut-de-sac vésico-utérin. La face postérieure de l'utérus est en rapport avec le rectum. Elle est revêtue, dans toute son étendue, par le péritoine, qui descend plus bas et recouvre 2 ou 3 centim. de vagin. En se réfléchissant du vagin sur le rectum, cette membrane forme un cul-de-sac appelé cul-de-sac de Douglas ou recto-vaginal. De chaque côté de ce cul-de-sac, on voit deux replis étendus des parties latérales du col de l'utérus au sacrum. Ce sont les ligaments utéro-sacrés ou replis de Douglas. Ordinairement, les anses intestinales remplissent le cul-de-sac de Douglas, mais dans l'état de réplétion du rectum, cet organe refoule les anses intestinales et se rapproche de l'utérus. Les bords de l'utérus sont arrondis, épais. A leur niveau, le péritoine des deux faces de cet organe forme deux replis qui se portent sur les parties latérales du bassin, sous le nom de ligaments larges. Les ligaments larges sont donc formés par deux feuillets du péritoine entre lesquels on trouve les annexes de l'utérus, la trompe de Fallope, l'ovaire avec son ligament et le ligament rond. Le fond de l'utérus est arrondi. Il est recouvert par le péritoine qui se continue avec celui des deux faces de cet organe. Pendant la grossesse, l'utérus change de forme. En grossissant, il devient globuleux, ses bords s'effacent. Il monte dans la cavité de l'abdomen, en refoulant les intestins, emportant avec lui, dans son ascension, la trompe, l'ovaire et le ligament rond.
Rapports du col. — Une partie du col est contenue dans le vagin, c'est la portion intra-vaginale, [que les anciens ont nommée museau de tanche parce qu'ils la comparaient au museau d'un poisson. On y voit une ouverture, c'est l'orifice externe du col, petite et circulaire chez les vierges, élargie en forme de fente transversale chez les femmes qui ont eu un ou plusieiirs enfants. On appelle lèvre antérieure et lèvre postérieure du col la partie de la portion mtra-vaginale située [en avant et en arrière de l'ouverture. La portion intra-vaginale du col est limitée par le fond du vagin, qui s'insère solidement tout autour du col, un peu plus haut en arrière qu'en avant. Cette insertion produit autour du col un cul-de-sac, plus profond en arrière, en raison de l'insertion plus élevée du vagin à ce niveau. On appelle cul-de-sac vaginal antérieur la partie de ce cul-de-sac située en avant du col. On trouve en arrière le cul-de-sac vaginal postérieur. La portion sus-vaginale ou extra-vaginale du col est la partie de l'utérus qui s'étend de l'insertion du vagin au corps de l'utérus ; elle est courte et ne mesure pas plus de '
- > 4 centim. 4/2 en avant et de 4 centim. en arrière. Cette partie de l'utérus est adhérente à la vessie en avant, elle est limitée en bas par l'insertion du vagin, et, en haut, par le cul-de-sac vésico-utérin. En arrière, elle est complètement recouverte par le péritoine et se continue directement avec la face postérieure du corps. Latéralement, la portion extra-vaginale du col est en rapport avec la partie inférieure des ligaments larges et avec l'artère et les veines utérines. A une certaine distance des parties latérales du col, on trouve un ganglion lymphatique qui reçoit les vaisseaux lymphatiques du col et du fond du vagin,
^ Chez la femme qui n'a pas eu de grossesse (nuUipare), l'utérus offre les dimensions suivantes : 62 millim. de longueur, 40 millim. de largeur et 23 millim. d'épaisseur. Chez la femme multipare, il a 68 millim. de longueur, 43 millim. de largeur et 25 millim. d'épaisseur. La largeur du col est égale à son épaisseur. Le poids de l'utérus est de 45 gr. en moyenne.
Cavité DE l'utérus.— La cavité du corps a une forme triangulaire. Ses trois angles présentent trois ouvertures : les trompes de Fallope s'ouvrent dans les angles latéraux, l'orifice interne du col forme l'angle inférieur. Les trois bords de la cavité correspondent aux deux bords et au fond de l'utérus. Ces bords sont rentrants, c.-à-d. convexe du côté de la cavité utérine. Cette cavité a, d'avant en arrière, des dimensions très restreintes, attendu que ses deux parois arrivent presque au contact. La cavité du col, ou cavité cervicale, est plus large au milieu qu'à ses deux extrémités ; son extrémité inférieure, qui se voit dans le vagin, est l'orifice externe du col. L'extrémité supérieure forme un détroit entre la cavité utérine et la cavité cervicale; c'est l'orifice interne du col, isthme ou canal intermédiaire. Dans la grossesse, il se produit une substance glutineuse, bouchon gélatineux de la grossesse, qui ferme cette ouverture et sépare la cavité utérine de la cavité cervicale pendant les sept ou huit premiers mois. Les trois ouvertures de la cavité utérine sont obstruées pendant la grossesse, l'inférieure par le bouchon gélatineux, les latérales par la caduque réfléchie. Sur les parois antérieure et postérieure de la cavité du col, on voit une saillie longitudinale ramifiée ; on donne le nom d'arbre de vie à cette saillie de la muqueuse et à ses ramifications.
Structure de l'utérus. — L'utérus est un muscle qui sommeille tant qu'il est à l'état de vacuité, c.-à-d. qu'il ne manifeste d'aucune façon sa contractilité. Mais lorsqu'il est dilaté par le produit de la conception, vers le troisième mois de la grossesse, les fibres musculaires se modifient, s^accroissent, et l'utérus peut déjà se contracter. Le muscle utérin prend de la force, et, au moment de l'accouchement, il est doué d'une force assez considérable pour expulser le fœtus par ses propres contractions. L'utérus est formé par une couche musculaire très épaisse, doublée à l'intérieur par une muqueuse, et recouverte par le péritoine, couche séreuse.
Couche musculeuse. Elle est très épaisse. Cette couche est formée par plusieurs plans de fibres musculaires lisses, Des faisceaux musculaires passent d'un plan dans un autre, de sorte que la couche musculaire de l'utérus forme un treillage presque inextricable. Pendant la grossesse, ces fibres augmentent considérablement de volume. On peut décrire dans cette couche trois plans de fibres : un plan superficiel, un moyen et un profond. Le plan superficiel est formé par des fibres transversales et des fibres longitudinales. Les fibres transversales parcourent les deux faces de l'utérus et pénètrent de chaque côté dans les ligaments larges : les unes se continuent avec celles de la trompe, du ligament de l'ovaire et du ligament rond; les autres se perdent entre les deux feuillets des ligaments larges. Les fibres longitudinales, faisceau ansiforme, forment un ruban qui s'étend de la face antérieure à la face postérieure de l'utérus en passant sur le fond, à la manière d'une bretelle. Ce faisceau a 4 centim. de large en-
UTERUS
viron; il commence à la partie antérieure du col, croise le? fibres transversales, passe sur le fond de l'utérus, et descend sur la face postérieure en s'élargissant, pour se terminer à la face postérieure du col et dans l'épaisseur du vagin, où il se continue avec les fibres musculaires de ce conduit.
Le plan moyen, le plus épais, est formé de faisceaux entre-croisés et tellement mêlés qu'on ne peut les poursuivre pour la dissection. C'est pour cela qu'on Fappelle plan plexiforme. Le plan profond, qui touche la muqueuse, présente aussi un véritable réseau de fibres musculaires. Au niveau des trois angles de la cavité utérine, ces fibres forment des anneaux autour des trompes et de l'orifice interne du col. Ces anneaux s'agrandissent de plus en plus autour de l'ouverture qui en forme le centre. Au niveau de l'orifice interne du col, elles forment une saillie, un véritable sphincter. Le col utérin est presque uniquement formé de fibres circulaires. On y voit quelques fibres longitudinales superficielles ^ celles de l'extérieur du col se continuent en partie avec les fibres du vagin ; celles de la surface interne partent de l'orifice externe du col et pénètrent dans la cavité utérine en soulevant la muqueuse. Ces fibres constituent l'arbre de vie.
Couche muqueuse. Cette couche est tellement adhérente à la couche musculaire que les anatomistes l'ont méconnue jusqu'au milieu du xix® siècle. La muqueuse utérine est rosée dans le corps, blanchâtre dans le col. Un épithélium cylindrique simple, à cils vibratiles, recouvre la muqueuse utérine. Les cils vibratiles ont un mouvement de bas en haut ; ils sont destinés à faciliter le mouvement des spermatozoïdes qui pénètrent par l'orifice externe du col et qui sont attirés vers l'ovule. A mesure qu'on se rapproche du vagin, l'épithélium change de nature. Vers le milieu de la cavité du col, il perd ses cils et présente des cellules calicif ormes. Vers l'orifice extérieur du col, il devient pavimenteux.
Le derme ou chorion de la muqueuse, est formé par un tissu conjonctif homogène. Des glandes nombreuses existent d^ns la muqueuse utérine. Elles ont le diamètre d'un cheveu fin, et leur longueur égale l'épaisseur de la muqueuse, de sorte que le fond de ces glandes arrive au contact de la couche musculeuse. Ce sont des tubes simples, parfois ramifiés. Elles ont une paroi propre, apiorph^ et un épithélium cylindrique cilié. Dans la muqueuse du col, on trouve des glandes en grappe, dont les cellules épithéliales sont entremêlées avec des cellules caliciformes. Parfois, l'ouverture de ces glandes s'oblitère, et le contenu forme de petits kystes, pris autrefois pour des œufs, et appelés depuis œufs de Naboth. Les glandes de la muqueuse utérine sécrètent un mucus transparent et filant, le mucus utérin. Ce liquide devient plus abondant, louche et même purulent dans la métrite interne. Couche séreuse. La couche séreuse est constituée par le péritoine utérin.
Vaisseaux et nerfs. L'artère utéro-ov arienne, branche de l'aorte abdominale, aborde la partie supérieure des bords de l'utérus, entre les deux feuillets des ligaments larges, et se divise en artère utérine et artère tubo-ovarienne. L'artère utérine donne un grand nombre de branches, qui se ramifient à l'infini entre les faisceaux du tissu musculaire. Ces artères ont la forme d'héfices, et sont très tortueuses. Les artères du col ont la même disposition ; elles sont fournies par Vutérine, branche de l'iliaque interne. Comme les artères du corps, celles du col sont situées sur les côtés de l'utérus, ce qui doit rendre circonspect le chirurgien qui porte un instrument tranchant sur ce point. Les veines sont très nombreuses. Elles sortent de l'utérus vers ses bords ; elles se jettent dans le plexus utéro-ovarien, d'où naissent les veines utéroovariennes. Des veines plus petites suivent le ligament rond, et vont s'anastomoser avec la veine iliaque externe, avec l'épigastrique, et avec les veines des grandes lèvres. Les lymphatiques du corps de l'utérus, nés delà muqueuse
et de la couche musculeuse, suivent la direction des veines utéro-ovariennes et se jettent dans les ganglions lombaires. Ceux du col se rendent dans deux ganglions situés latéralement entre les deux feuillets des ligaments larges. Les nerfs du corps, fournis par le nerf sympathique, se rendent aux diverses couches qui composent l'utérus, à la muqueuse, aux fibres musculaires et aux vaisseaux. Ceux du col viennent du plexus hypogastrique et suivent le trajet des artères utérines. Le col, insensible à l'état normal, devient très douloureux dans la névralgie du col utérin et dans certaines métrites.
^ II. Physiologie. — Quelles sont les fonctions de l'utérus? En dehors de l'état de menstruation et de grossesse, l'utérus est un organe inerte, presque inutile, puisqu'on peut l'extraire sans causer aucun dommage à la femme. Pendant trente à trente-cinq ans, de la puberté à la ménopause, l'utérus est le siège de la menstruation (V. ce mot). Tous les mois, au moment de la maturation de l'œut, les organes génitaux sont le siège d'une congestion générale^ d'une poussée sanguine appelée molimen cataméniah A un moment donné, les vaisseaux capillaires de la muqueuse utérine se déchirent, et une pluie de sang rempHt l'utérus d'où il s'écoule lentement, pendant trois jours en moyenne. En même temps la muqueuse utérine se dépouille de son épithélium. Après la menstruation, l'épithélium se renouvelle.
Après la fécondation, l'œuf, fécondé parcourt rapidement la trompe de Fallope et pénètre dans l'utérus dont la muqueuse tuméfiée remplit la cavité. L'œuf s'arrête sur la muqueuse, s'y greffe. L'embrynn se développe sur place, en s'entourant de ses membranes, pendant que s'établit le placenta, organe de communication entre les vaisseaux de la mère et les vaisseaux nouvellement formés de l'embryon (V. Grossesse).
III. Pathologie. —- L'utérus est rarement malade avant la puberté^ mais il n'en est pas de même chez la femme adulte. En dehors des vices de conformation, qui sont rares et qui s'observent à tout âge, on observe dans l'utérus des lésions traumatiques, des affections inflammatoires, des névralgies, des déplacements, l'atrésie du col et surtout des tumeurs.
Lésions traumatiques. — Elles sont rares, mais on conçoit qu'une femme peut faire une chute si malheureuse qu'un corps allongé et dur peut pénétrer par le vagin jusqu'à l'utérus et déchirer cet organe. Une violence extérieure considérable peut déchirer l'utérus pendant la grossesse. Enfin des instruments chirurgicaux introduits dans l'utérus peuvent produire des lésions de cet organe.
Lésion^ inflammatoires. — Les inflammations de l'utérus sont extrêmement fréquentes, connues sous le nom de métrites (V. ce mot).
La névralgie utérine est une affection très douloureuse dont les élancements peuvent être provoqués par la marche et par toutes sortes de mouvements. C'est une affection douloureuse de l'utérus, sans lésion apparente, que l'on traite prtout par les injections calmantes.
Les déplacements de l'utérus se font en divers sens. L'utérus se renverse quelquefois en avant, son corps s'appuyant contre le pubis, son col contre le rectum, c'est Yanteversion. Si le corps se porte en arrière et le col en avant, on a la rétroversion. L'utérus peut s'incliner à droite ou à gauche ; il donne lieu alors à la latéroversion. Parfois le corps se déplace seul en formant un angle avec le col, de manière à former une antiflexion, une rétro flexion et une latéro flexion. Enfin, l'utérus peut se déplacer en totalité, rester dans le vagin ou sortir au dehors. Cette sorte de déplacement constitue la descente de matrice. On traite ces déplacements par des moyens chirurgicaux appropriés.
Vatrésie du col consiste en une étroltesse considérable de l'orifice du col. L'écoulement du sang menstruel ne se fait pas facilement, il est retenu pendant un cer-