‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 322 sur 633 · UTÉRUS — UTILITARISME · texte numérisé non relu

UTÉRUS — UTILITARISME

tain temps dans la cavité utérine, ce qui provoque parfois des douleurs intolérables. L'atrésie du col est considérée avec juste raison comme une cause fréquente de stérilité. Le mal, heureusement, n'est pas sans remède. La dilatation de l'orifice du col peut être obtenue par divers moyens : par l'éponge préparée qu'on renouvelle tous les jours ou tous les deux jours en augmentant son volume ; par la laminaria digitata, dont on augmente graduellement le volume ; par une opération. A tous ces moyens, nous préférons l'électrolyse que nous avons souvent appliquée avec un succès constant. Elle est facilement supportée, elle ne produit aucune douleur et, par son moyen, la dilatation est rapidement obtenue.

Les tumeurs de Vutérus sont extrêmement fréquentes. Celles qu'on y rencontre le plus souvent sont les polypes, les tumeurs fibreuses et les tumeurs cancéreuses. Lorsque les polypes sont durs et non pédicules, ils peuvent être compris dans les tumeurs fibreuses. Souvent les polypes sont mous, pédicules; ils pénètrent dans le vagin et peuvent se montrer à l'extérieur. On les arrache et il est bien rare qu'on soit obligé d'avoir recours à l'instrument tranchant pour sectionner le pédicule. Les tumeurs fibreuses sont surtout des fibro-my ornes, contenant un mélange de fibres musculaires et de fibres de tissu conjonctif condensé. Ces tumeurs peuvent prendre naissance : 1** du côté de la cavité, |d'oii Ton peut parfois les retirer par l'énucléation ; ^^ du côté du péritoine ; 3** dans l'épaisseur même des parois utérines. Elles donnent lieu à deux symptômes principaux : la douleur et l'hémorragie. Elles affectent parfois un volume énorme. Leur traitement est médical tant que le volume et les douleurs ne sont pas considérables. H devient ensuite chirurgical.

On ne doit opérer que lorsque la vie est menacée par les hémorragies abondantes, ou qu'elle est rendue insupportable par les douleurs.

On a recours à l'hystérectomie vaginale ou abdominale, selon les cas. Cette dernière exige la laparotomie.

Les tumeurs cancéreuses peuvent affecter le col ou le corps. Elle donnent lieu aussi à des douleurs intenses, lancinantes et à des hémorragies. Elles s'accompagnent souvent de l'écoulement d'un liquide très fétide. Le seul traitement de ces tumeurs est l'extirpation. Si la lésion n'affecte que le col, on peut espérer une cure radicale par une extirpation bien faite. D^ J.-A. Fort.

UTILITARISME (Philos.). Les mots « utilitarisme », « utilitaire » (anglais utilitarian) auraient été, si nous en croyons Stuart Mill, emprunté par lui à un livre de Galt, Annals of the Parish, et c'est Mill qui le premier l'aurait mis en usage, avec l'acception philosophique qui a définitivement prévalu. Cette expression dénomme un système de morale (V. Morale), dont le passé remonte jusqu'à l'antiquité grecque, mais qui a rencontré au xviii® siècle et dans la première moitié du xix^ ses plus célèbres adhérents. Plus spécialement, elle a désigné, dans l'Angleterre moderne, un groupe d'hommes politiques, soucieux de posséder une théorie éthique commune et d'appuyer sur des principes généraux, de justifier par une méthode abstraite leur programme d'action : ce furent les mêmes hommes, pour la plupart, que l'on appela les « radicaux philosophiques », et auxquels la démocratie britannique doit quelques-unes de ses plus brillantes victoires. Mais ici, c'est à l'acception spéculative que nous devons nous limiter.

Quand nous disons « utilité », nous signifions la proportion selon laquelle une chose donnée, ou un acte donné, peuvent aider à atteindre une fin elle-même déterminée. En conséquence, une morale de l'utile sera celle qui enseignera que nos actions ou nos tendances à agir devront être appréciées en raison de leur efficacité dans la poursuite d'un but qui devra être tenu pour le suprême utile. Mais cet utile par excellence, quel sera-t-il ? Le bonheur. Et que l'on ne se mette pas en frais de dialectique pour distinguer entre le point de vue individuel et le

point de vue collectif. Par le fait que nous naissons sociaux, au milieu d'une société, que notre sensibilité s'oriente spontanément dans des directions sociales, en môme temps que notre intelligence nous les indique comme prépondérantes sur les impulsions du pur instinct, le bonheur individuel apparaît bien vite comme ayant le bonheur général pour unique orientation. Il n'est pas un utilitaire informé qui n'écarte avec dédain l'objection tendant à le murer dans l'égoïsme personnel et ne tienne ce facile argument pour un contresens primordial.

Mais, social ou individuel, ce bonheur, comment doitil être compris? D'où procède l'idée que nous nous en formons et par suite notre désir de le posséder? Une critique, dont Belot a remarquablement fait justice, est celle qui lui reproche de n'être qu'un concept abstrait, réalisé par une métaphysique latente, assez inattendue chez des moralistes qui se sont toujours donnés pour des empiristes, en sorte qu'ils auraient ramené simplement par une voie détournée cet « intuitionnisme » pour lequel Stuart Mill (V. Mill) et ses devanciers avaient témoigné une vérit.ible horreur. L'objection, ici encore, est sans valeur. Tout au plus incliner ais-je à reconnaître que Bentham (V.^ ce nom) a pu y donner prétexte, tant il s'attarde peu à l'analyse de cette notion initiale, pressé qu'il est d'en venir aux applications sociales et surtout juridiques du principe eudémoniste. Mais il est entièrement d'accord avec les moralistes de la même école à définir le bonheur par le plaisir et l'absence de peine. L'hédonisme, telle est donc la source indéniable de l'éthique utilitaire. ()rigine bien humble, certes, et dont les consciences mystiques n'ont pas manqué de s'alarmer. Le processus de pensée n'est que plus admirable qui a permis à une doctrine morale, issue de cet instinctif appétit, commun, ainsi que disait Epicure (V. ce nom), à tout être vivant, dès le premier instant qu'il a pris naissance, de s'élever à l'idéal pratique du désintéressement, de l'abnégation et du sacrifice. A ce point de vue, comme à tous les autres, Stuart Mill proclame fièrement que le dogme de l'utilité ne redoute la comparaison avec aucune doctrine rivale, non pas même avec celle de l'impératif catégorique.

Le cadre restreint de cet article ne nous permet pas de développer, comme nous aimerions, la filiation psychologique et logique qui, du pur plaisir sensible, du plaisir « en naouvement », ainsi que disaient les Grecs, a dérivé ce plaisir mental, ou plaisir « en repos » qui allait, grâce à l'empire de plus en plus grand exercé par la réflexion sur les désirs, se substituer à lui, tout au moins se le subordonner absolument. Qu'il nous suffise de marquer les principaux moments de cette génération. L'hédonisme étroit, brutal, ne mériterait même pas le nom d'éthique ; il ne ferait que résumer un fait général, celui des appétits se précipitant, sans règle ni méthode, sur les objets qui leur offrent une immédiate satisfaction. Au reste ces appétits sont loin de former un concert perpétuellement harmonieux. Des conflits parfois terribles s'élèvent entre nos désirs ; une sorte de concurrence vitale règne entre eux, qui ne se dénoue point toujours pacifiquement. La conscience réfléchie, la volonté ont à intervenir et à prendre parti. Or, dès le moment que s'accomplit cette ingérence, l'hédonisme proprement dit a pris fin et l'eudémonisme commence. L'examen, en effet, même le plus superficiel de nous-mêmes, ne tarde pas à nous révéler les différences profondes qui séparent nos divers genres de plaisirs, différences non seulement dans la quantité, mais surtout dans la qualité. Et ces diflérences sont si fortes, si manifestes, que l'humanité mentirait à son expérience ininterrompue en déclarant les jouissances sensibles supérieures, par conséquent préférables, à la satisfaction de nos inclinations intellectuelles et sociales. C'est là un fait aussi constant qu'il est universel, et ce fait est la base même de l'utilitarisme. « Un bien petit nombre de créatures humaines consentiraient, dit Stuart Mill, à se transformer en des animaux inférieurs, sur la prbmesse

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