UTIQUE — UTRECHT
Il TIQUE. Yillede l'Afrique ancienne. — Ulique était située sur une colline qui dominait à la fois la côte du golfe de Carthage et le bras le plus septentrional du Bagradas (Medjerda) ; c'était un port de mer. Le fleuve a comblé ce golfe, et remplacement d'Utique est aujourd'hui à l'intérieur des terres. Les ruines de l'antique cité sont éparses autour du marabout de Bou-Châter, à 25 kil. N. de Tunis. — Utique fut fondée par des colons tyriens, peu de temps après Gadès, trois siècles à peu près avant Carthage. Grâce à sa position favorable et à la fertilité des plaines voisines, elle devint rapidement une place de commerce très prospère. Son port était l'un des plus fréquentés de toute l'Afrique du Nord. Elle fut citée nommément dans le traité de commerce que Rome et Carthage conclurent en 348 av. J.-C; elle fut de même mentionnée dans l'alliance qu'Annibal signa, pendant la seconde guerre punique, avec le roi Philippe de Macédoine. Elle ne reconnaissait qu'à regret la suprématie de Carthage. Souvent elle fit cause commune avec ses ennemis. Elle fut l'alliée d'Agathocle, soutint la révolte des Mercenaires et se prononça pour Rome lors de la troisième guerre punique. Rome lui donna tout le territoire qui s'étendait depuis Carthage jusqu'à //zjopo Diarrhytus(d.n]. Bizerte); elle devint la capitale de la province romaine d'Afrique, et son port fut très fréquenté par les armateurs et les négociants italiens. Utique joua un rôle important dans la lutte contre Jugurtha et dans toutes les guerres civiles de la fin de la République. Après la bataille de Thapsus, Caton s'y enferma pour opposer à César une résistance suprême et s'y suicida. Auguste accorda à Utique le titre de municipe; plus tard, Adrien lui conféra sur sa demande le titre et les privilèges d'une colonie romaine ; enfin elle reçut de Septime Sévère le droit italique (jW5 italicum). Mais sa prospérité fut alors éclipsée par celle de Carthage, qu'Auguste avait relevée et qui reprit son rang de capitale de l'Afrique. Utique fut de bonne heure le siège d'un évêché chrétien ; elle eut des martyrs dès le m® siècle. Prise par Genséric, reprise par les Byzantins, conquise deux fois par les Arabes, elle fut complètement détruite dans les dernières années du vu® siècle.
Les ruines d' Utique sont importantes. On distingue encore, au pied de la colMne qui portait la ville, les restes des quais puissants, qui entouraient le port. Dans la cité même se voient les décombres de plusieurs édifices, que l'on a voulu identifier avec le temple d'Apollon et la curie municipale. Hors de l'enceinte, on reconnaît un théâtre, un amphithéâtre creusé dans une éminence et qui pouvait contenir, dit-on, jusqu'à 20.000 spectateurs, d'immenses citernes alimentées par un aqueduc dont on suit la trace pendant plusieurs kilomètres, ûe nombreuses statues, beaucoup d'inscriptions et de monnaies ont été retrouvées sur l'emplacement d' Utique. J. Toutmn.
BiBL. : TissoT, Géographie comparée de ta, province romaine d'Afrique ; Paris, 1887.
UTOPIE (Philos.). Ce mot, primitivement forgé par Thomas Morus pour désigner l'île imaginaire où il place le siège de l'Etat parfait, est devenu le terme général par lequel on qualifie toute conception, d'ordre pratique, essentiellement irréalisable. En ce sens, l'utopie peut être considérée comme une forme particulière de l'idéal : c'est un idéal, presque toujours relatif aux choses morales et sociales, idéal d'ordre, de richesse, de puissance, de justice, de félicité, etc., plus ou moins systématiquement élaboré par l'esprit, mais qui, faute de s'accorder suffisamment avec les conditions de la réalité, est destiné à demeurer toujours à l'état de rêve. Elle est dans l'ordre pratique l'équivalent du paradoxe dans l'ordre théorique, avec cette différence toutefois que le paradoxe n'est pas nécessairement une erreur, tandis que l'utopie est par définition même une impossibilité. H est vrai que, lorsqu'on taxe un idéal d'utopique, il n'est pas toujours facile de faire la preuve de l'assertion. Seule en effet l'expérience peut décider en dernier ressort si telle conception
que nous supposons irréalisable peut ou non se réaliser. Bien des inventions, bien des réformes universellement acceptées ou adoptées de nos jours, ont été qualifiées d'utopies par nos ancêtres. C'est pourquoi il est, en somme, peu conforme à la « prudence philosophique » de rejeter en bloc même les conceptions qui peuvent paraître les plus éloignées de la pratique et de la réalité en leur opposant l'accusation d'utopie comme une fin de non-recevoir. L'utopie d'aujourd'hui sera peut-être la réalité de demain. D'autre part, cependant, il est indispensable de rappeler à tous les rêveurs qu'un idéal peut être théoriquement aussi parfait qu'on voudra sans être pour cela pratiquement réalisable, et par conséquent que, la question du dé sirable étant résolue, il reste encore à résoudre celle du possible. — Notons e: terminant qu'un philosophe contemporain, Renouvier, a proposé une notion analogue à celle de l'utopie, mais d'une portée exclusivement spéculative, la notion de Vuchromie, en supposant que, grâce au libre arbitre de l'homme, l'histoire de l'humanité aurait pu, à de certains moments, prendre un autre cours, par exemple, si Marc-Aurèle avait réglé définitivement la constitution de l'empire romain, si François l^'^ s'était converti au protestantisme, etc. ^^V. Idéal, Paradoxe, etc.). E. BoiRAc,
UTRAQUISTES. Secte religieuse (V. Calixtins).
UTRECHT. I. Ville. — Ville du royaume des Pays- Bas, ch.-l. de la province de ce nom, sur le Rhin; 102.000 hab. Stat. de lignes de chem. de fer vers Amsterdam, Rotterdam, Bois-le-Duc et Arnhem. Siège d'un archevêché catholique et d'un archevêché vieux-catholique, d'une Université de l'Etat et de la Monnaie royale. Hooge burgerschool, gymnase, séminaire archiépiscopal. Ecole vétérinaire du gouvernement. Dépôt d'archives de VE^idX {Inventaire i^dx?,'}. Vermeulen; Utrecht,187S). Fabriques de meubles, de carrosserie, industries métallurgiques, tanneries, fabriques de produits chimiques, poteries, fabriques d'instruments de musique, imprimeries, brasseries, distilleries, orfèvrerie, fabriques de tabacs, industries céramiques.
La cathédrale de Saint-Martin a été construite de 1254 à 4267. C'était une vaste basilique en forme de croix ; une tempête en ayant fait écrouler la nef le 1®^ août 1674, cette nef ne fut pas rebâtie, et la tour se trouve aujourd'hui séparée du transept et du chœur par une grande place. On voit dans la cathédrale les tombeaux des évêques Gui de Hainaut (f 1317) et Georges d'Egmond (f 1559) et celui de l'amiral van Gent (f 1672). La tour, carrée et à trois étages, dont le dernier octogone est à jour, a 103 m. de hauteur; il renferme un carillon de 42 cloches, la plus grande pèse 8.000 kilogr. L'Université, fondée en 1636, compte 40 professeurs et 750 étudiants. Vaula est l'ancienne salle du chapitre, de style gothique ; elle contient les portraits des professeurs célèbres. La bibliothèque possède 110.000 volumes et 1 .500 manuscrits. Le musée archiépiscopal présente une grande importance pour l'histoire de l'art religieux dans les Pays-Bas. Il y a aussi un musée dit Kunstliefde, contenant des tableaux curieux de la vieille école d'Utrecht (catalogue par de Vries et Bredius). Le musée d'antiquités est également très remarquable (catalogue par Miiller). Les anciens remparts ont été remplacés par de jolies promenades bordées d'eau courante. Les environs de la ville présentent des sites fort agréables, des terres fertiles, traversées par les bras du Rhin et des canaux, et transformées presque partout en jardins.
HisTomE. — Utrecht est une des plus anciennes villes des Pays-Bas, le Trajectum ad Rhenum des Romains, puis le Wiltabourg ou Wiltenberg des Frisons et des Francs. Elle était une des places principales des Frisons lorsque le roi franc Dagobert s'en empara vers 630. Il fortifia la ville et y construisit une église. Au vu® siècle, la contrée fut évangélisée par saint Willibrord qui commença la coï^truction d'une basilique dédiée à saint Mar-