UTRECHT
tin. Un évêché y fut établi et s'enrichit rapidement par des donations royales . Les empereurs y séjournèrent fréquemment. En 1076, les grands vassaux s'y réunirent autour de Henri IV et mirent Grégoire Vil au ban de l'empire, tandis que Févêque Guillaume de Gueldre lançait contre lui l'excommunication. Utrecht était alors le centre de la vie religieuse dans les Pays-Bas du Nord, et ses écoles avaient acquis une grande réputation. Frédéric Barberousse s'y arrêta trois fois en il 56, en 1158 et en 1165. Le moyen âge fut marqué par des luttes nombreuses et cruelles entre les évèques d' Utrecht et les comtes de Hollande et de Gueldre. Philippe le Bon parvint à établir son fils bâtard, David de Bourgogne, dans la seigneurie épiscopale, mais la guerre civile ne tarda pas à éclater et se prolongea pendant des années. Maximilien d'Autriche s'empara d' Utrecht en 1483, et Charles V le réunit définitivement à ses Etats. La Réforme y fut prèchée publiquement en 1566, malgré les sévères édits de l'empereur, et les iconoclastes y commirent de terribles dévastations. C'est à Utrecht que fut conclue le 23 janv. 1579 la fameuse Union des provinces résolues à briser le joug espagnol. La ville suivit les destinées de la nouvelle République des Provinces-Unies et fit partie de l'éphémère royaume français de Hollande sous Louis Boparte. Annexée à la France en 1810, rendue à la maison d'Orange en 1814, elle est restée sans interruption depuis lors au royaume des Pays-Bas. C'est à Utrecht que fut signé, le 11 avr. 1713, le traité mettant fin à la guerre de la succession d'Espagne. Il existe à Utrecht une florissante société historique, VHistorisch Genootschap, qui a publié près de 100 volumes de mémoires et de recueils documentaires consacrés à l'histoire des Pays- Bas. E. H.
Traités d'Utrecht, de Rastadt et de Bade. — On désigne sous ce nom l'ensemble de conventions diplomatiques qui terminèrent, en 1713 et 1714, et après une lutte de dix ans, la guerre de la succession d'Espagne.
Les précédents et les causes, Louis XIV avait en vain cherché la paix dès que la fortune parut l'abandonner. Après les revers de 1704 et de 1706, il avait inutilement fait proposer au grand pensionnaire de Hollande, Heinsius, le partage de la monarchie espagnole entre Philippe V et l'archiduc Charles, prétendant de la coalition. Après la défaite d'Oudenarde (1708), il entama à La Haye (1709) des négociations que dirigea Torcy et accepta la renonciation totale à la monarchie espagnole, la reconnaissance de la reine Anne en Angleterre, la cession aux Hollandais de places destinées à former une barrière contre la France ; on lui demanda en outre l'abandon de Strasbourg, Brisach et Landau, le démantèlement des places d'Alsace, et son concours pour déposséder Philippe V. Louis XIV rejeta ces humiliants préliminaires, mais la même année, la défaite de Malplaquet amena de nouveaux sacrifices de sa part et de nouvelles exigences de la part de ses adversaires. Les conférences qui s'ouvrirent à Gertruydenberg (1710) et dans lesquelles le représentèrent le maréchal d'Huxelles et le cardinal de Polignac soumirent son orgueil à des épreuves plus cruelles encore que les préliminaires de La Haye. On lui demanda, cette fois, qu'il renonçât à l'Alsace et qu'il restituât toutes les conquêtes qu'il avait faites dans les Pays- Bas depuis la paix. Louis XIV se révolta devant ces exigences ; le désespoir le contraignit à la résistance et la guerre recommença. Elle ne se serait terminée que par l'anéantissement de la France si quatre événements heureux et en partie imprévus n'étaient venus faciliter la paix : 1" En Espagne, Philippe V, précédemment chassé de sa capitale par l'archiduc Charles et réfugié en Navarre, reprit l'avantage, et son général Vendôme écrasa les Anglais de Stanhope à Brihuega, les Allemands de Stahrenberg à Villaviciosa (dfc. 1710). Il devint un roi national pour ses sujets, un roi de fait pour ses ennemis. — 2*^ En Angleterre, le parti whig avait été, depuis 1688,
maintenu au pouvoir par la nécessite de défendre chez lu la nouvelle dynastie et en Europe le parti protestant. Sa mission une fois finie, il tomba avec Godolphin, son ministre, et Marlborough, son général, à la suite d'une révolution qui prit la formel 'un caprice de cour (1710). Le premier acte des ministres torys, Oxford et Bolingbroke. fut d'envoyer à Versailles un négociateur officieux, l'abbe Gaultier, demander à Torcy d'entamer des négociations de paix séparées. « C'était, dit ce dernier, demander à un malade, attaqué d'une longue et dangereuse maladie s'il veut guérir ». — 3*^ Le 17 avr. 1711, l'empereur Jo seph P^' mourut, laissant ses domaines héréditaires et la perspective de la couronne impériale à son frère, l'archiduc Charles, qui se prétendait déjà héritier légitime de toute la monarchie espagnole. C'était là pour l'équilibre européen une menace bien plus redoutable que celle qu'on avait cru voir dans l'avènement d'un prince français, non roi de France, au trône d'Espagne. — 4° Enfin, au moment où les négociations étaient déjà commencées, Villars remporta l'éclatante victoire de Denain, qui rendit les coalisés plus accommodants.
Les traités et leurs stipulations. Les préliminaires de Londres, signés le 8 oct. 1711, furent le traité séparé de la France et de l'Angleterre. Ils servirent de base aux négociations d'Utrecht, ouvertes en févr. 1712, et dans lesquelles Louis XIV fut représenté, comme à Gertruydenberg, par Huxelles et Polignac, assistés d'un habile commerçant de Rouen, Ménager. Le H avr. 1713, l'Angleterre, la Hollande, le Portugal, la Prusse et le duc de Savoie signèrent leurs traités avec la France. L'Espagne signa le 10 juil. 1713 son traité avec l'Angleterre, le 13 août avec le duc de Savoie. L'empereur Charles VI, qui avait continué la guerre, fut réduit à la même extrémité l'année suivante (traité de Rastadt, 6 mars 1714) ainsi que le corps germanique (traité de Bade (7 sept.).
Ces traités établirent d'abord, comme l'une des règles fondamentales du droit européen, la séparation perpétuelle des deux monarchies de France et d'Espagne et sanctionnèrent d'importants déplacements de territoires L'Espagne perdait les Pays-Bas, le royaume de Naples, les ports de Toscane et le duché de Milan, réservés à l'empereur ; la Sardaigne, accordée à l'électeur de Bavière en dédommagement de ses propres Etats ; la Sicile, donnée au duc de Savoie. L'Angleterre" acquit de l'Espagne Gibraltar, Minorque, et Yasiento oîi privilège d'introduire les esclaves nègres dans les colonies ; de la France la baie d'Hudson, l'Acadie, File de Saint-Christophe, Terre-Neuve, la liberté de commerce, le comblement de Dunkerque, la reconnaissance de la succession protestante et le renvoi du prétendant. La Hollande obtint la fameuse barrière qu'elle avait si ardemment recherchée et pour laquelle Louis XIV céda, avec la liberté de commerce, Menin, Tournai, Furnes, le fort de Knocke, Loo, Dixmude, Ypres et leurs dépendances. L'empereur s'enrichit des dépouilles de l'Espagne et reçut (à Rastadt) la Sardaigne en échange de la Bavière, qu'il restitua à l'électeur. Le roi de Prusse, qui affichait des prétentions exagérées, n'obtint de l'Espagne qu'une partie de la Haute Gueldre, s'établit dans la principauté de Neuchâtel et Valengin, et se fit, dans un article séparé, reconnaître par Louis XIV et Philippe V tous les honneurs attachés à la dignité royale. Le duc de Savoie fut immédiatement investi de la^royauté de Sicile et garda, comme limites du côté de la France, les sommets des Alpes, ce qui lui donna les forts d'Exilles et de Fenestrelles et la vallée de Pragelas.
V exécution et les conséquences des traités. Les traités furent mis immédiatement à exécution et purent être considérés comme en vigueur, quand Dunkerque eut été démantelé et les places de la barrière occupées (1715). Toutefois, ils laissèrent encore en suspens quelques points Htigieux de la succession d'Espagne qui rallumèrent la guerre enlre le roi catholique et l'empereur, et no