VACCINE
de tenter la vaccination, l'atténuation de l'attaque pouvant être espérée, et les inconvénients étant à peu près nuls ou négligeables.
L'inoculation du vaccin, quel que soit son origine : vaccin jennérien ou vaccin animal, se fait de la même façon. Le but est d'introduire dans le tissu sous-épidermique l'agent actif. L'appareil vaccinateur peut être une lancette spéciale, en fer de lance et munie d'une rainure destinée à recevoir la pulpe, un scarificateur particulier, très employé en Angleterre et qui permet de faire simultanément à la peau une série de petites plaies constituant d'excellentes portes d'entrée. Les vaccinations se faisant très souvent sur un grand nombre de sujets dans une même séance, on a cherché à supprimer les causes de contagion par la même lancette, soit en prenant des lancettes en platine irridié que l'on flambe après chaque inoculation différente, soit en se servant de vaccinostyles très économiques, ayant la forme d'une plume et qui ne servent que pour un seul sujet, une boîte de plumes métalliques constitue d'ailleurs une excellente trousse à vaccin. L'endroit où se fait l'inoculation, région antéro-externe au bras le plus souvent, la mode étant toutefois de vacciner les filles à la cuisse pour leur éviter la cicatrice vaccinale au bras, doit être bien lavée au savon, puis à l'eau bouillie; il faut éviter les antiseptiques qui peuvent annuler le vaccin lui-même. Le nombre des inoculations est généralement de trois par bras, et on ne vaccine souvent que d'un côté. Il est évident qu'une seule inoculation peut suflire, mais en multipliant les points d'inoculation, on augmente les chances de réussite. Après l'opération, laisser la place sans essuyer et après quelques minutes placer un linge de toile ou une gaze aseptique sans aucun pansement. Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent, on observe à peine une petite élevure entourée d'un cercle rougeâtre; du quatrième au sixième jour, l'élevure augmente, s'ombilique et prend les caractères d'une pustule les jours suivants. Le huitième jour, le bourrelet s'agrandit et l'inflammation gagne le tissu cellulaire environnant ; en même temps, la région devient douloureuse, et la fièvre peut se manifester pendant les jours qui suivent; la pustule vaccinale a 4 bon centim. de diamètre et s'élève de 5 millim. au-dessus de la peau. Vers le douzième ou le treizième jour, la période de régression commence, l'aréole pâlit, la pustule s'affaisse, une croûte se forme pour tomber vers le vingt-quatrième jour, en laissant une cicatrice indélébile et qui sera d'autant plus marquée que le sujet sera plus jeune et en plein développement.
Comme origine du vaccin, il y a lieu de distinguer la vaccine jennérienne et la vaccine animale. La première, pres(|ue uniquement employée jusque dans la dernière partie du siècle écoulé, était la vaccine de bras à bras; on utilisait le contenu des pustules vaccinales en pleine évolution, c.-à~d. vers le douzième jour. Cette méthode a soulevé de vives critiques, le sujet vaccinifère peut être atteint d'une affection contagieuse. De trop nombreux cas de syphilis vaccinale ont été signalés pour qu'il soit désormais permis d'utiliser cette méthode. Notons incidemment que la syphilis ainsi contractée paraît beaucoup plus virulente que la syphilis prise par la voie ordinaire ; la tuberculose a été suspectée également. Aujourd'hui on prépare la vaccination par la « lymphe animale »,c.-à-d. par le contenu des pustules développées sur la peau des génisses. C'est en 1868 que Warlomont, à Bruxelles, inocula la 'première génisse avec du cowpox naturel ; des passages successifs ont permis ensuite d'entretenir des foyers vaccinifères. Le virus est introduit dans la peau rasée entre l'aine et la mamelle, on l'inocule superficiellement dans l'épiderme par des incisions de 4 centim. de longueur. Aux points d'inoculation se développent des pustules sur lesquelles on prélève, le cinquième jour en été, le sixième jour en hiver, le virus, par pression et raclage des pustules. La lymphe ainsi obtenue est mé-
langée avec de la glycérine gui assure sa conservation et en même temps sa purification ; les éléments pathogènes disparaissant à la suite d'un contact prolongé avec la glycérine.
La vaccine de bras à bras est-elle supérieure à la vaccine animale ? C'est là un point aujourd'hui encore très discuté ; la vaccine animale est inoffensive, la tuberculose de la génisse étant pratiquement une exception et le danger de la syphilis étant certainement écarté, mais il paraîtrait que la vaccine, en contact prolongé avec la glycérine, perd partiellement de son efficacité et c'est à cette cause qu'il faudrait attribuer les nombreux insuccès constatés depuis 1898 dans les vaccinations opérées avec les vaccins officiels.
L'utilité de la vaccine comme agent préservatif de la variole a été mise en doute par les antivaccinateurs, peu nombreux en réalité, mais très remuants. Les arguments invoqués par ces prétendus défenseurs de la liberté individuelle sont généralement de très mauvaise foi ; ils n'hésitent pas à couper une phrase dans le travail d'un ardent défenseur de la vaccination pour attribuer à cet auteur une opinion ou un aveu d'impuissance de la vaccine; ils dénaturent les accidents arrivés par la vaccination de bras à bras ou finalement invoquent les dangers lointains des effets de la vaccine sur les générations à venir. Les statistiques répondent nettement aux antivaccinateurs. En Allemagne, la vaccination obligatoire a été appliquée avec méthode depuis 4874, la variole a diminué progressivement, et, de 4886 à 4898, il n'y a pas eu dix cas mortels de variole, encore la plupart des cas ont-ils été constatés dans les villes frontières. En France, où l'obligation de la vaccination n'est pas encore votée (4904 ), la mortalité est cent fois plus grande qu'en Allemagne. Un fait qui démontre bien Teflicacité de la vaccination et surtout, dans l'espèce, de la revaccination, est le relevé de la dernière épidémie parisienne (4904). La mortalité est égale dans les deux sexes jusqu'à vingt ans, elle diminue très sensiblement pour les hommes de vingt à trente ans et régalité reparaît ensuite. C'est que par un artifice détourné, la revaccination est obligatoire chez l'homme de vingt ans, c.-à-d. chez le soldat, alors que la fille échappe à cette revaccination. Le projet de loi « pour la protection de la santé publique et l'organisation sanitaire », qui paraît devoir être votée en 4902, après dix ans d'hésitations, comprend un art. 6 ainsi conçu : « La vaccination antivariolique est obligatoire au cours de la première année de la vie ainsi que la revaccination au cours de la onzième et de la vingt et unième. Les parents ou tuteurs sont tenus personnellement de l'exécution de la dite mesure. Un règlement d'administration publique, rendu par avis de l'Académie de médecine et du Comité consultatif d'hygiène publique de France, fixera les mesures nécessitées par l'application du présent article ».
Les relations qui existent entre la variole et la vaccine ont été très discutées, et malgré les nombreux travaux sur ce sujet, la question est loin d'être élucidée. La vaccine est-elle une variole atténuée ou bien une affection différente capable de donner l'immunité contre la variole? Tout ce que nous savons aujourd'hui sur les immunités artificielles tendrait à nous faire penser qu'il s'agit de l'atténuation d'un virus, mais rien n'est venu le prouver, et nous n'avons pu redonner à la vaccine une virulence nouvelle capable de l'identifier avec la variole. Nous resterons dans l'ignorance de ces relations tant que l'agent virulent ou vaccinant ne sera pas connu. Or si Chauveau, dès 4868, a montré que le virus vaccinal est organisé, puisqu'il est retenu par les filtres, l'agent lui-même est encore inconnu. Le pus vaccinal renferme de nombreux staphylocoques auxquels on a attribué l'action spécifique, mais on peutj les supprimer sans détruire l'action vaccinante. Deux théories sont actuellement en présence, l'une bactérienne, défendue par Klein, Copeman, qui attribuent à un bacille le rôle essentiel; l'autre sporoziste, avec