‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 371 sur 633 · VASA -- VASE · texte numérisé non relu

VASA -- VASE

(1470), il dut se réfugier en Danemark. Réconcilié en 4472 avec l'administrateur du royaume, il reçut de lui quelques fiefs en Finlande, défendit ce pays contre les Russes et mourut en 149i, en Sudermanie, dans une attaque dirigée contre le domicile d'un prêtre. — Erik Jokansson V de Rydboholm, petit-fils de Kristicrn Nilsson V, prit part en 4501 au soulèvement contre le roi Jean II, devint sénateur, puis, en 1504, seigneur de Kastelholm (iles d'Àland), fut en 1517 au nombre des conseillers qui déposèrent l'archevêque Gustave Trolle et paya, plus tard, de sa vie cet acte de courage : il fut une des victimes de Christian II de Danemark dans le « massacre de Stockholm » (8 nov. 1520). — Gustaf Eriksson, fils du précédent, roi sous le nom de Gustave P*^ (V. ce nom), fut le fondateur de la dynastie royale de Vasa, du jour où la couronne suédoise eut été déclarée héréditaire parmi ses descendants (1544). La dynastie s'éteignit avec Christine de Suède en 1689. Elle occupa également le trône de Pologne avec le roi Sigismond (V. Pologne) : le fils de ce prince, Jean-Casimir, mort en 1672, fut le dernier descendant mâle de la race. VASA (Jean-Casimir) (V. Kâzimir V).

VASARI (Giorgio), peintre et critique d'art italien, né à Arezzo le 30 juil. 1511 , mort à Florence le 27 juin 1574. Esprit presque universel, à la fois peintre, architecte et littérateur, il doit la grande réputation dont il jouit aujourd'hui à sa qualité d'écrivain d'art. Il ne faut pas oublier cependant que si ses peintures sont des plus médiocres, en revanche quelques-unes des œuvres architecturales qu'il a laissées sont d'un maître. Parmi celles-ci, la première place convient au Palais des Offices à Florence qui égale par sa sobre beauté les plus célèbres édifices de la renaissance italienne. On doit aussi à Vasari l'abbaye de Cassinensi, à Arezzo ; Fintérieur du Palais Vieux, à Florence, qu'il refit en partie, et divers arrangements dans la villa du pape Jules III, à Rome, connue sous le nom de la Vigna di papa Giulio. Comme peintre, Vasari, qui avait cependant de grandes prétentions à ce sujet, ne supporte pas l'examen. L'imitation et la facilité furent ses qualités ou mieux ses défauts dominants. Son exécution était un prodige de vitesse. On rapporte qu'il termina en cent jours Fénorme suite de fresques, V Histoire du pape Paul III, qui ornent le palais de la Chancellerie à Rome. VHistoire des Médias, qu'il peignit au Palais Vieux de Florence, aurait demandé encore moins de temps. — Mauvais peintre, Vasari est un critique d'art merveilleux. Il passe, avec raison, pour le créateur de l'histoire de l'art. Il nous a donné, en effet, dans ses Vite de piû eccellenii Architetti, Pittori et Sôultori le plus bel ensemble de monographies de tous les artistes de la renaissance italienne qu'il soit possible de consulter : œuvre inestimable pour la connaissance d'une des périodes les plus fécondes et des plus suggestives de l'histoire de Fart. Le recueil des Vies, riche de faits et d'idées, nourri et vivant, forme, dans la littérature universelle, comme une œuvre à part, personnelle et colossale, qui demandait pour être menée à bien l'union dans un même écrivain de l'artiste et de l'érudit. « Il a fallu, dit Eugène Muntz àdiïisV Histoire de fart pendant la Renaissance, pour créer cette œuvre monumentale, non seulement un véritable tempérament d'écrivain et d'érudit, mais encore le concours de circonstances exceptionnelles : composées trente années plus tôt ou trente années plus tard, les Vite ne présenteraient plus qu'un intérêt secondaire. Dans la première hypothèse, Vasari n'aurait pas pu connaître encore tous ces grands artistes qui ont imprimé à Fart italien sa consécration suprême; dans la seconde, il n'aurait plus compris les glorieux précurseurs du xiv^ et du xv^ siècle. »

L'intérêt des lïif^ ne rachète pas cependant entièrement les critiques que l'on peut leur adresser. Od demande actuellement à un historien d'art plus de méthode, plus de rigueur dans la critique, plus de précision qu'il n'y en a dans l'œuvre de Vasari. La partie chronologique pèche

aussi par bien des endroits. Mais ce qui fait l'incontestable mérite des Vite et les place hors de pair dans l'histoire de Fart, c'est avec Fattrait, l'animation du récit, cette sorte de verve aimable et intarissable par laquelle Vasari a su nous intéresser aux hommes dont il rétraçait la vie et les travaux. P. Maryllis.

VASATES. Peuple de Fancienne Gaule, établi sur la Garonne où la ville de Bazas conserve son nom. VASCO DE Gama, navigateur portugais (V. Gama). VASCŒUIL. Com. du dép. de l'Eure, arr. des Andelys, cant. de Lyons-la-Forêt ; 392 hab.

VASCONCELLOS (Joaquim-Antonio da Fonseca e), littérateur et critique d'art portugais, né à Porto le 10 févr. 1849. Elevé à Hambourg, puis de 1865-69 à l'Université de Coïmbre, il voyagea en Allemagne de 1871 à 1875, puis en France, en Angleterre, en Espagne, en Portugal. Depuis 1883, il est professeur d'allemand à Porto, et depuis 1884 directeur du musée d'industrie et de commerce. Il débuta en publiant une histoire de la musique portugaise (1870), puis des études consacrées à Fhistoire de la musique {Luiza Todi, en 1873 ; Livraria de musica de el-rei Joâo IV; Cartas curiosas do abbade Antonio da Costa, en 4879). Il a consacré à la peinture d'autres livres : Reforma do ensino de bellas artes (1877-79); Albrecht Dilrer (1877) ; Goësiana (4 vol. 1879-81). — Safemme, Carolina-Wilhelma-Michaelis de Vasconcellos, née à Berlin le 15 mars 1851, philologue distinguée, fit son éducation elle-même, et dès dix-huit ans était en relations avec les maîtres de la science romane. Elle épousa Vasconcellos en 1876 ; ses travaux sont d'une grande importance pour l'histoire des langues et littératures espagnole et portugaise ; elle a collaboré aux principales revues de philologie romane et a publié : Romancero del Cid (1871) ; Studien zur romanischen Wortschœpfung (1876) ; Poesias de Francisco de Sa de Miranda (1885) ; Studien zur hispan. Wortdeutung (1886) ; Romanzenstudien (1891j ; Geschichte der portug. Litteratur {i893), etc.

VASCOSAN (Michel), né à Amiens vers 1500, mort à Paris en 1576. Fils d'un fourbisseur, il vint apprendre Fart de l'imprimerie à Paris. Reçu maître en 1530, librairejuré, puis imprimeur du roi (1566), il épousa la fille de Josse Bade, et s'installa rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Fontaine. Jusqu'en 1539, ses éditions portent pour emblème (comme celles de Bade) la presse et cette légende : In œdibus Ascensianis, Ensuite il y mit une fontaine et cette légende grecque : 'Ev pigX^oiat phi fj ao'fi'aç 7uy)y7l (Dans les livres coule la fontaine de sagesse). Ses éditions sont célèbres par la beauté du papier, l'élégance des caractères (Fun des premiers imprimeurs parisiens qui aient renoncé au gothique), la correction (Scaliger l'en loue). On cite en particulier son Quintilien (1542, in-foL), son Bembo (1551, in-4), ses Vies d'Amyot et ses OEuvres morales. H. Hauser.

BïBL. : V. Imprimerie. — A. Claudin, Hisl. de l'imprimerie en France aifx xv* et xvi«s.; Paris, 1900 (en cours de public), in-fol.

VASCULOSE (Chim.). Form. { l^^' ' ' £3oa8

, Atom... e^sH^^O».

Frémy a donné le nom de vasculose à la substance qui forme les vaisseaux des plantes. La vasculose, préparée en épuisant la moelle du sureau successivement par les dissolvants neutres, les alcalis en solution diluée, Facide chlorhydrique étendu, le réactif cupro-ammoniacal, possède une teinte jaune et a pour formule C^^fl^^O^. Elle n'est pas soluble comme la cellulose dans le réactif cupro-ammoniacal. Mais elle se dissout dans ce réactif après avoir subi Faction de certains agents, comme le chlore.

VASE. ï. Archéologie. — Les vases antiques ont été trouvés en foule dans toutes les régions du monde classique, et principalement dans les tombeaux. Ils pré-

VASE

sentent une infinie variété, que l'on considère la destination, la forme ou la matière. La plupart étaient des produits communs, d'usage courant , des ustensiles de table ou de cuisine. D'autres ont servi de récipients pour les sacrifices, dans les cérémonies du culte. Les catégories les plus intéressantes comprennent les vases de luxe, qui étaient soit des ex-voto consacrés aux .dieux dans les temples, soit des objets donnés en prix dans les jeux, soit des objets d'art conservés précieusement dans les maisons riches, dans les trésors des sanctuaires ou des princes. Ces vases-là, décorés avec une grande richesse, étaient souvent de véritables œuvres d'art ; et ce sont des documents fort utiles pour l'étude des mœurs, des croyances, de la mythologie, comme de la peinture ou de la plastique.

Dans les collections de vases antiques, on rencontre à peu près toutes les formes possibles. Nous signalerons seulement les plus fréquentes. Parmi les récipients, le cratère ^ à la panse large, à l'ouverture évasée, où l'on puisait le liquide pour remplir les coupes ; le cyathe, sorte d'aiguière, qui servait à verser le vin du cratère dans les coupes; la phiale, hpatère, employées surtout pour les libations ; les vases à parfums, fiole, lécythe, ampoule, alabastre ; les vases de sacrifice, canistre, licnon; les tonneaux d'argile, pithos, dolium; les urnes pour le transport ou la garde des liquides, hydrie, amphore; les urnes funéraires, etc. Parmi les vases à boire, \ecanthare, large coupe avec couvercle ; le scyphe, long et rond ; la cylix, munie d'un pied et d'anses ; Varyballe, en forme de bourse ; le rhyton, en forme de corne ou d'animal ; le cotyle, et toutes les variétés de la coupe. Parmi les ustensiles de cuisine, le %éhés ou chaudron, ordinairement soutenu par trois pieds. C'est par centaines que se comptent, d'après la forme, les espèces de vases ; mais il est souvent difficile d'identifier les spécimens conservés avec les noms connus par les auteurs.

La matière en est aussi très différente. Bien des ustensiles d'usage courant se faisaient en bois. Nous possédons des vases de marbre, d'albâtre, de verre, d'or, d'argent, de bronze, de bronze doré ou incrusté d'argent avec des appliques et des anses ciselées. On ne connaît pas exactement la composition des célèbres vases murrhins, qui étaient peut-être uoesi)rte de porcelaine fabriquée avec du spath-fluor. La grande majorité des vases conservés est en terre cuite ; quelques-uns en terre cuite vernissée et émaillée ; la plupart en argile commune, souvent couverte d'un enduit. Les plus riches sont ornés de dessins ou de peintures, ou de sujets en relief. Dans l'histoire de la céramique, la place d'honneur appartient aux vases peints de la Grèce.,

Pour tout ce qui concerne la technique, V. aux mots : Céramique, Poterie, Bronze, Orfèvrerie, Verrerie, etc.

Histoire. — Il n'est pas de pays mentionné par l'histoire ancienne, où l'on n'ait découvert des vases d'argile, de verre ou de métal. Dans cette rapide esquisse historique, nous ne nous arrêterons qu'aux peuples et aux faits les plus importants.

Orient. On a trouvé dans les nécropoles de l'Egypte beaucoup de vases en pierre, en argile, en verre ou en bronze. Parmi les vases en pierre, citons les canopes de calcaire ou d'albâtre; des vases à parfums, en albâtre, ordinairement fuselés et pointus en bas, d'autres à panse arrondie, à gorge étroite ; des flacons à large panse, avec rebord cylindrique et couvercle plat ; d'autres flacons en forme d'animal ou de plante. Les vases d'argile sont généralement en terre jaune ou rouge, avec une couverte blanchâtre. La forme et la décoration en sont très variées : jarres sans pied ni anse, marmites, pots de ménage, coupes, assiettes à fond plat ; récipients à panse lisse, noirs en bas, et, en haut, d'un rouge sombre ; cyhndres, burettes ; ornementation faite surtout de lignes, de points et de croix, mais où apparaissent quelquefois des figures d'hommes et d'animaux. On possède aussi

beaucoup de canopes en terre cuite. Les récipients en verre et en bronze présentent une riche décoration, et souvent des représentations figurées. Ces vases de diverses matières prouvent que les Egyptiens avaient poussé très loin l'art de la céramique, de la verrerie et du métal, comme les autres arts plastiques.

En Chaldée, en Assyrie, en Perse, les produits céramiques sont médiocres, en raison surtout de la mauvaise qualité de l'argile du pays. A Tello comme à Suse et ailleurs, on n'a guère rencontré que des vases grossiers et barbares, aux parois épaisses et disgracieuses. La pâte argileuse y est ordinairement mêlée de paille menue. La décoration se compose de dessins géométriques, de festons, d'oves et bandes de couleur. Même pauvreté dans les fouilles d'Assyrie, qui ont fourni seulement de lourdes amphores, ornées de peintures brunes ou jaunâtres, ou de reliefs, qui représentent des lignes géométriques et des fleurons. Pas trace de vases de luxe, du moins en céramique ; car les vases de verre sont souvent de forme assez élégante, et des vases de métal sont décorés de curieux reliefs, qui figurent des scènes mythologiques ou historiques.

L'art phénicien, tant dans la Phénicie propre qu'à Chypre ou à Carthage, présente beaucoup de vases intéressants : des vases émaillés, des vases en verre moulé, des coupes en bronze, en argent, en or, où des sujets mythologiques disposés par zones, des tableaux de genre, des scènes pittoresques, des épisodes de chasse ou de sacrifice, sont ciselés, gravés à la pointe, ou, martelés au repoussé. Les céramiques sont fort nombreuses et variées. L'argile est souvent couverte de couleur ; la panse des vases est décorée de dessins géométriques, d'oiseaux, de quadrupèdes, parfois d'hommes. On surprend dans cet art, surtout à Chypre, les premiers essais méthodiques de la peinture de vase. Ces produits de la civilisation phénicienne sont cependant peu originaux ; car on y voit prédominer tour à tour l'influence de l'Assyrie, de l'Egypte, et, plus tard, de la Grèce.

Grèce. Les poteries communes, qui sont sorties enfouie des nécropoles grecques, offrent un intérêt archéologique par les renseignements qu'elles fournissent sur les formes plastiques, sur la technique des divers ateliers, sur les usages, et aussi, comme les amphores timbrées, sur l'histoire du commerce. Nous n'avons pas à en parler ici. Nous nous occuperons seulement des vases de luxe, et spécialement des vases peints.

La peinture de vase n'est arrivée à produire ses chefsd'œuvre qu'après de longs siècles de tâtonnements. Les fouilles de Troie, deMycènes et de Tirynthe, de Crète, les nécropoles de l'Attique, de la Béotie, de la Thessalie, des Cyclades et de maint autre pays, ont jeté une vive lumière sur ces premiers essais. Jusqu'au vin® siècle avant notre ère, on voit se succéder divers types de céramique, dont les principaux sont : i*^ vases au type dit de Santorin (ornementation végétale; imitation fréquente de la forme humaine) ; ^"^ vases dits phéniciens des Cyclades, trouvés surtout à Milo, à Santorin, à Mycènes, à Rhodes, à Chypre (zones d'animaux, et chevrons en brun ou jaune) ; — 3^ vases à ornementation géométrique, découverts surtout à Mycènes, à Egine, à Chypre, en Attique (peintures d'un brun rougeâtre, méandres, rosaces et chevrons ; sans doute, imitation des vases de métal) ; — ¥ vases au type dit du Dipylon, trouvés surtout en Attique (dessins géométriques encadrant divers sujets, animaux, scènes religieuses, convois funèbres). — Au vu® et au VL® siècle prédominent, dans tout le monde grec, les vases de style corinthien (fig. 4 et 2), façonnés avec une terre jaune pâle, où se détachent des figures brunes ou noires, relevées de violet. La décoration en est riche, mais peu variée ; les sujets ordinaires sont des zones d'animaux, des êtres fantastiques, des scènes mythologiques, encadrés d'ornements qui rappellent ceux de l'Assyrie, de la Phénicie et des coupes de métal.

VASl']

Vers le milieu da vi® siècle commence la série des vases peints proprement dits. Ce sont d'abord des vases à figures noires, qui se détachent sur un fond rouge, blanc ou jaune. Dans la décoration prédominent les sujets religieux, empruntés aux vieilles légendes. Dans cette classe, qui est très riche, on distingue plusieurs groupes: d^ produits communs; 2^ vases à fond blanc ou jaune ; 3« type du vase François, remarquable par la richesse de l'ornementation et le soin de l'exécution ; 4° vases du style de Nicosthènes, trouvés surtout en Attique et enïtalie; 5^ vases de style sévère, qui se distinguent par la fermeté du dessin, et qui portent la signature d'Amasis, Hermogène, Timagoras, Tléson, ou autres ; 6^ amphores panathénaïques, vases donnés en prix aux grands jeux des Panathénées, et toujours restés fidèles au style archaïque, comme au type traditionnel d'Athéna portant la lance.

Les vases à figures noires commençaient à passer de mode au milieu du v^ siècle. C'est le moment où s'ouvre

Fig. 1.

la série des vases à figures rouges sur fond noir. On y reconnaît encore plusieurs types : IMe style sévère de la fin du v^ siècle, qui conserve parfois quelque raideur archaïque, mais qui s'inspire de la grande peinture rehgieuse ou nationale de Polygnote, et qui compte de merveilleux chefs-d'œuvre, signés par Andokidès, par Brygos, Douris,. Epictetos, Euphronios, Kakhrylion, ou Sosias; 2« le style du iv« siècle, qui est plus fibre d'allure, qui subit l'influence de Zeuxis, et préfère les sujets de la vie ordinaire ; 3^ le style attique pur, remarquable par la finesse des peintures, la prédilection pour les scènes de toilette ou d'intérieur ; 4*^ les produits communs, vases intéressants encore comme spécimens de l'industrie courante du temps, et souvent de grandes dimensions, avec des scènes familières ou bachiques ; 5» les vases à peintures rouges de la Grande Grèce, qui ont généralement des proportions colossales et une fastueuse décoration, mais de mauvais goût. — Mentionnons enfin, pour la même période, une série de chefs-d'œuvre qui semblent propres à l'Attique, les admirables lécythes blancs d'Athènes, d'une élégance de formes incomparable, où, sur le fond blanc de la couverte, se détachent des scènes très simples figurées au trait, presque toujours des scènes funèbres, toilette du défunt, exposition du corps, déposition au tombeau, adieux et lamentations, Charon dans sa barque, offrandes et sacrifices près de la stèle.

L'art des lécythes semble avoir disparu vers la fin du IV® siècle avant notre ère, temps où la peinture à figures rouges est en pleine décadence. Alors apparaissent ou se développent de nouveaux systèmes de décoration, qui furent surtout goûtés dans l'Italie méridionale. On façonne des vases à dorures et à couleurs, des vases à ornements

dorés, avec des figures en relief, ou encore des vases en forme de figurine ou d'animal. Mais les artistes déploient dans ce domaine plus d'ingéniosité que de goût ; et l'on peut dire que la grande peinture sur vase était morte en Grèce bien avant l'arrivée des Romains.

Outre leur céramique d'art et leurs poteries communes, les Grecs ont exécuté des vases avec des matières très diverses : vases vernissés et émaillés ; vases en verre, d'un travail délicat ; vases en marbre, comme les vases funéraires dits de Marathon, ou les grands vases décoratifs à reliefs sculptés, et à scènes mythologiques ou bachiques ; vases d'or, d'argent, de bronze ordinaire ou de bronze doré, dont on a découvert de beaux spécimens dans les fouilles d'Hissarlik, de My-

cènes, dans les nécropoles du Bosphore cimmérien.Àrart alexandrin appartient le riche trésor de Bosco-Reale, qui a été trouvé près de Pompéi. Nous connaissons, d'ailleurs, plusieurs noms d'artistes qui s'étaient illustrés dans ces travaux d'orfèvrerie : Mentor, Mys, Acragas, Boethos, Diodore, Parthenios, Pythéas, Teukros, Zopyre. ^ Etnirie et Rome. Bien avant de connaître les chefsd' oeuvre de l'industrie grecque, l'Italie avait déjà de vieilles traditions céramiques. Dans les fouilles des terramares, et dans les débris de la civilisation dite villanovlenne, on a rencontré beaucoup de poteries grossières, d'une argile brunâtre, façonnées à la main, mal cuites et peu résistantes, ornées de dessins géométriques et de croix, avec des anses en forme de croissants. Outre les ustensiles d'usage courant, on a trouvé de curieuses urnes cinéraires qui ressemblent à des cabanes. Aux mêmes civifisations primitives appartiennent divers récipients en métal : des vases en bronze, des seaux à double anse, des cistes cylindriques cerclés d'anneaux, parfois décorés maladroitement de figures et d'animaux en relief.

L'Etrurie avait une céramique originale. Les types les plus répandus en étaient : les canopes, urnes destinées à contenir les cendres du mort, et couronnées d'une tête humaine, souvent avec des bras passés dans les anses ; les vases dits de hucchero nero, en terre noire et à reliefs, décorés soit de dessins imprimés au rouleau et représentant surtout des animaux féroces ou des processions, soit de reliefs estampés, avec appliques, d'une grande variété de formes et d'une riche ornementation à bandes horizontales où dominent les animaux et les masques ; d'autres vases noirs, à vernis brillant et à reliefs, qui paraissent une imitation des vases de bronze, notamment les patères à ombilic, où un sujet estampé se déroule autour d'une boule centrale. De plus, les Etrusques ont connu et imité de bonne heure les vases peints de la Grèce ; ils ont reproduit à leur façon les divers types grecs, copiant les scènes de leurs modèles, mais en les dénaturant souvent jusqu'à la caricature, et en mêlant aux histoires mythologiques des personnages et des légendes de leur cycle infernal. Longtemps on n'a connu les vases grecs que par les pastiches étrusques; d'où le nom impropre de vases étrusques qu'on donnait autrefois aux vases grecsp — On a découvert aussi en Etrurie bien des vases de métal, des chaudrons de bronze, des aiguières, des seaux.

VASE

Rome, en fait de céramiques, n'eut longtemps que des produits communs. On en trouve bien des spécimens dans les musées : amphores, dolia, pots de ménage, urnes cinéraires. Ces poteries sont surtout intéressantes par les estampilles des potiers, qui fournissent de curieux renseignements sur les ateliers de fabrication. En dehors des vases de luxe importés de Grèce ou d'Etrurie, la céramique fine apparaît à Rome, au i^^' siècle avant notre ère, avec les poteries d^Arezzo. Ces vases à vernis rouge sont bien connus aujourd'hui, surtout depuis qu'on a découvert, à Arezzo même, les ruines des fabriques, avec des moules et des cachets de potiers. Ils ont généralement des formes très simples, celles du bol, du gobelet ou du plat. Ils sont ornés de reliefs décoratifs, bordures de perles et d'oves, festons et guirlandes de feuillage, fruits, animaux, danses ou jeux d'Amours, mythologie galante, scènes de combat, de vendange ou de chasse. Le style de ces vases est tout grec, les sujets tout alexandrins : aussi l'on suppose que ces poteries sont des surmoulages de vases d'argent originaires d'Alexandrie. — La fabrication des céramiques d' Arezzo proprement dites a duré fort peu de temps. Mais, sous l'Empire, dans toutes les provinces et pendant des siècles, une foule d'ateliers en firent d'innombrables contrefaçons. Telle est l'origine de cette poterie à vernis rouge et à reliefs qui remplit nos musées, et qu'on appelle, on ne sait pourquoi, d'un nom fort impropre, la poterie samienne.

On ne sait rien de précis sur les fameux vases murrhins, sorte de porcelaine qui se fabriquait en Orient, et que les riches Romains de l'Empire se disputaient à prix d'or. Par contre, nous possédons de beaux spécimens de la verrerie d'époque romaine, des vases en veri'e gravé, dont le plus célèbre est le vase Portland (V. fig. art. Vp:rre), aujourd'hui au British Miiseum. Les collections d'antiques, surtout celle du musée de Naplés, grâce aiix découvertes d'Herculanum et de Pompéi, sont riches eu vases de bronze de toute forme : chaudrons, aiguières, plateaux, coupes, fioles à parfums, etc. L'argenterie du temps des Romains est aussi assez bien représentée dans nos collections : témoin la Coupe d' Or sini^ la Patèrede Bizerte au musée de Bardo, le Trésor d' Hildesheim au musée de Berlin, la Patère de Rennes et le Trésor de Bernay (V. fig. art. Bernây) à la Bibliothèque nationale, sans^ parler de bien d'atitres œuvres conservées. Ces vases d'argent ont les formes les plus diverses, canthares, œnochoés, tasses, coupes, patères, gobelets, etc. Les Romains se consolaient de la médiocrité de leur céramique avec leur vaisselle d'argent ou d'or imitée de l'art alexandrin. P. Monceaux.

IL Antiquités chrétiennes. — Vases de sang. — On nomme vases de sang les petites ampoules de verre, les petits vases de terre, et même les fonds de coupe historiés et à fond d'or, trouvés dans les catacombes ou dans les tombeaux des premiers chrétiens, où paraît se révéler la présence du sang, encore liquide, quand les récipients sont restés hermétiquement bouchés, sous forme de croûtes rougeâlres, semblables à du sang desséché et durci, quand l'air a pu y pénétrer. Lorsque les chrétiens subissaient le martyre, que leur sang coulait, soit dans le cirque, soit dans les lieux d'exécution, les fidèles le recueillaient pieusement avec des linges et des éponges et l'exprimaient dans ces petits vases, ainsi que Boldetti en a observé plusieurs exemples au cimetière de Cyriaque ; d'autres fois, ils renfermaient dans ces ampoules la (erre humectée du sang, les linges, les éponges elles-mêmes, comme on le voit dans une petite bouteille brisée d'un côté (fig. 3), encore dans son loculus, sur laquelle est gravée la palme du martyre (reproduite dans Boldetti). Dans ce dernier cas, la constatation est plus difficile à faire, et les chimistes les plus distingués n'ont pu, quand on leur a soumis certaines découvertes modernes, « qu'attester que, dans leur conviction, ils croyaient bien être en présence d'une substance animale, qui devait être du sang »

Fig

(Brogha, A propos de la déeouoerte d'un vase de sang à Saint-JSazaire de Milan, en d845). Bosio d'ailleurs et Aringhi, dès le xvii® siècle, d'après l'étude des anciens rituels, voyaient dans ces vases, lorsqu'ils avaient leur couleur primitive, de simples vases à eau bénite: lorsqu'ils étaient teintés en rouge, des vases ayant, renfermé tantôt du vin eucharistique, tantôt du sang des martyrs.

Cette dernière attribution ne tarda pas à prévaloir, et tous ces petits récipients prirent dès lors le nom de vases de sang, ampolle di sangue. La Sacrée Congrégation des Rites, par un décret renouvelé depuis, admit, le 16 avr. 1668, que la présence d'un vase de sang indiquait la sépulture d'un martyre, mais sans rien préjuger sur son contenu, car il n'est l'indice du martyre qu'autant qu'il es^ constaté qu'il renferme bien du sang. Cette décision a été vivement combattue par les archéologues de la plus grande .autorité, et le Saint-Siège n'a prononcé aucune censure ni contre Mabillon, ni contre Muratori, ni de nos jours contre le P. Buck (S. -H. J.), ni contre Ed. LeBlant, qui se sont prononcés contre cette doctrine. F. de Mély.

III. Liturgie. — Vases sacrés. — Régulièrement, ce nom n'appartient qu'aux vaisseaux destinés à la célébration des saints mystères 6t qui doivent être consacrés par l'évêque : le calice et la patène. Néanmoins, dans l'usage, il a été étendu au ciboire, à V ostensoir et aux vases contenant le saint chrême et les saintes huiles, qui sont simplement bénits et qui peuvent l'être par un prêtre avec l'autorisation de l'évêque. — On appelle VASES ECCLÉSIASTIQUES : les burcttcs, le bénitier portatif, Vencensoir, la navette, le bassin du lavabo, la lampe et d'autres objets servant au culte, mais qui ne reçoivent point de bénédiction particulière. — En principe, les vases sacrés proprement dits et tous les ornements qui sont en contact immédiat avec l'hostie consacrée, comme les corporaux et les pâlies, ne peuvent être touchés que parles ministres de l'Eucharistie : l'évêque, le prêtre et le diacre. Toutefois, on a permis aux sous-diacres de les toucher, lorsqu'ils ne contiennent pas actuellement le corps et le sang de Jésus-Christ. Ils ne peuvent être touchés par les laïques, encore moins par les femmes; mais plusieurs papes ont dispensé de cette interdiction certains ordres de religieux et de religieuses chargés du service de l'autel. — Tous les noms composés en italique ont été l'objet de notices spéciales. E.-H. Vollet.

IV. Physique. — Vases communicants. — Quand un liquide est placé dans un vase d'une forme quelconque, sa surface de niveau a est un plan horizontal quand aucune autre force que la pesanteur n'agit sur le liquide; cette propriété subsistant quelle que soit la forme du vase s'applique en particulier quand le vase a la forme d'un tube en U ou, d'une façon générale, quand il est formé de deux ou plusieurs vases communiquant entre eux comme les deux branches d'un tube en U ; dans ce cas, le liquide a pour surface de niveau un seul et même plan horizontal dans toutes les parties du vase ; ce n'est pas un principe nouveau, mais seulement une application à un cas particulier de la propriété fonda-

Fig. 4.

VASE

ns

mentale des liquides que nous avons rappelée. Il n'en est plus de même quand on place divers liquides non mis cibles dans des vases communicants. Soient par exemple trois vases A, B, C (fi g. 4), communiquant par la parlie inférieure et renfermant trois liquides différents, non miscibles, de densités égales respectivement à clj^, dg, D. Soient k.^ et H^ les hauteurs du premier et du troisième liquide au-dessus de leur surface de séparation S^; en écrivant que la pression en ce point est la même de haut en bas (h^ d.^) et de bas en hautH^ D, on a /i^ d^ = 0^0. Soient de même /i2 et Hg les hauteurs du deuxième et du troisième liquide au-dessus de leur surface de séparation, on a encore /ig d^ =^l\i D. Tellessontles conditions d'équilibre. Dans le cas de deux liquides seulement, on a une seule équation telle que /i^ d.^ = 11^' Dqui permet d'avoir la densité d'un liquide connaissant la densité d'un autre liquide (cet autre liquide peut être l'eau dont la densité est 4 à 4^) en mesurant simplement la hauteur de deux colonnes liquides. Le niveau à fioles employé dans l'arpentage et dans la construction est une application des vases communicants. A. Joannis.

Vase de Marfotte (V. Flacon de Mariotïe).

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