‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 382 sur 633 · VAUDOIS · texte numérisé non relu

VAUDOIS

leur Léger. Cet historien donne une nomenclature des personnes de tout sexe et de tout âge brûlées, égorgées, mutilées, décapitées. Le marquis de Pianesse fit attaquer le village de Roras; ses troupes, après avoir été trois fois repoussées par Javanel, parvinrent enfin à s'emparer de ce village, sans merci elles mirent tout à feu et à sang. Javanel ayant pu s'échapper se rendit dans la vallée dauphinoise de Queiras et rejoignit un autre chef vaudois, Jayer. Ils remportèrent ensemble plusieurs victoires sur les troupes piémontaises. Les Etats protestants et la France intervinrent en faveur des persécutés et obtinrent la signature du traité de Pignerol (4635), par lequel le duc de Savoie accordait aux Vaudois le libre exercice du culte dans l'étroite limite des hautes vallées. Après de nouvelles persécutions, les lettres patentes de Pignerol furent confirmées en févr. 4664. — Les Vaudois de France jouirent d'une tranquillité relative sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII, mais, au moment oîi il révoquait FEdit de Nantes, Louis XIV demanda au duc de Savoie, Victor-Amédée, de détruire l'Eglise vaudoise ; un traité fut conclu dans ce sens, et un édit du 34 janv. 4686 ordonna la cessation de tout exercice du culte non catholique, la démolition des temples, le bannissement des ministres. — Les Vaudois résistèrent, mais ils furent défaits par les soldats du duc de Savoie et par les troupes françaises commandées par Catinat; douze mille personnes, hommes, femmes et enfants furent faits prisonniers et enfermés dans des forteresses. Grâce à l'intervention de la Suisse, ils furent mis en liberté en sept. 4686 et exilés dans les cantons protestants; plusieurs furent recueillis par la ville de Genève. Les réfugiés vaudois se groupèrent autour d'un de leurs pasteurs, Henri Arnaud, et résolurent d'entreprendre une campagne à main armée pour rentrer dans les vallées. Le 46 août 4689, la petite troupe, composée d'un millier d'hommes réunis aux environs de Nyons, se mit en campagne ; ils réussirent après des efforts héroïques à faire dans leur pays une glorieuse rentrée, à reprendre possession de nombreux villages, et purent résister aux troupes commandées par Catinat. Epuisés par une campagne de neuf mois, ils allaient succomber, quand ils apprirent que Victor- Amédée entrait dans la coalition formée par l'Allemagne, la Hollande, F Angleterre et l'Espagne contre Louis XIV (mai 4690). Les Vaudois acceptèrent les propositions de paix qui leur furent faites par Victor-Amédée et défendirent les frontières de ses Etats de 4690 à 4 692. Ils étaient, par un édit de 4694, officiellement rétablis dans leurs villes, où vinrent les rejoindre de nombreux réfugiés français.

Louis XIV, qui voulait détruire complètement le protestantisme, obtint, par le traité du 48 août 4696, conclu avec le Piémont, que Victor-Amédée s'engageât à interdire aux Vaudois d'entretenir des relations avec les réformés français et défendit l'entrée de ses Etats aux réfugiés. Le duc tint sa promesse et, par édit du 4®^ juil. 4698, ordonna aux réfugiés de sortir du Piémont, dans l'espace de deux mois, sous peine de mort. Les uns s'établirent dans le Wurltemberg où ils furent accueillis par le duc Eberhard Louis, d'autres dans le grand-duché de Bade. Ce n'est qu'en 4740 que les Vaudois du Piémont obtinrent quelques légères faveurs. Le Sénat de Turin publia un abrégé des cdits les concernant, constatant certains droits concédés par le souverain. Sous les règnes de Charles-Emmanuel III et de Victor-Amédée lll jusqu'à la révolution de 4789, aucun événement de quelque importance ne se produisit dans les vallées. On devine avec quel enthousiasme ces persécutés accueillirent les idées de hberté; ils se montrèrent très favorables à la proclamation de la République faite par les Français qui avaient envahi le Piémont. Après la bataille de Marengo (2 févr. 4799), Napoléon, ayant replacé, sous la domination de la France, le Piémont et la Lombardie, y proclama la liberté de conscience et l'égalité civile de tous les citoyens ; un décret du 25 juil. 4805 organisa les Eglises vaudoises en trois

' consistoriales. Après la chute de Napoléon, Victor-Emmanuel IV (46 mai 4844) prenait possession du Piémont: un de ses premiers actes fut de replacer les Vaudois sous l'empire des ordonnances sévères rendues par ses prédécesseurs ; le temple de Saint-Jean fut fermé. Sous le règne de Charles-Albert, la situation des Eglises vaudoises s'améliora, Félix Nef y provoqua un véritable réveil religieux.

Quand Charles-Albert eut, le 8 févr. 4848, donné aux Etats sardes une constitution qui proclamait la religion cathoHque religion de l'Etat, les Vaudois s'adressèrent à leur monarque pour lui demander l'abrogation de tous les anciens édits ([ui les frappaient. Ils obtinrent prompte satisfaction. Le décret du 47 févr. 4848 consacra leur émancipation, ils furent « admis à jouir de tous les droits civils et politiques, à suivre les cours dans les écoles universitaires, et à prendre les grades académiques ». A partir de cette époque, les Eglises vaudoises entreprirent leur ouvre de reconstitution et d'évangélisation, formant des pasteurs et des évan^^élistes à l'école de théologie de Torre- Pellice jusqu'en 4864, puis à Florence. Une conférence générale, qui se réunit tous les trois ans, fut organisée (4872). ^

Actuellement, on compte 45 Eglises vaudoises dans le Piémont, 44 en Lombardie, 6 en Toscane, 9 dans les Romagnes et 8 en Sicile, elles sont desservies par 45 pasteurs et 7 évangélistes. Armand Lods.

Poésies vaudoises. ~ C'est une petite collection de poèmes ascétiques, moraux et théologiques, composés en dialecte aux xv® et xvi« siècles parmi les confessions vaudoises du Dauphiné et du Piémont. Les principaux sont la Nobla Leyczon (la Noble Leçon), la Barca (la Barque), lo Novel Sermon (le Nouveau Sermon), lo Novel Confort, lo Paijre eternal, lo Despreczi del Mont, VAvangeli dels quatre Semencz. Les plus importants sont le premier, qui raconte l'histoire de la Rédemption et se termine par un tableau du Jugement dernier, et le second, qui traite des misères de l'homme sur la terre et de la fragilité des biens du monde. La plupart sont en alexandrins, souvent irréguHers ou incorrects, rimes deux à deux ou distribués en strophes de trois, quatre ou six vers. Les poésies des Vaudois ont été longtemps considérées comme un des plus anciens textes provençaux connus, sur la foi d'un vers altéré dans un manuscrit :

Ben fia mil o cent ans compli entieramen au lieu de la leçon correcte

Ben ha mil e cccc an Cette datation, qui faisait remonter la doctrine des Vaudois bien au delà du protestantisme, fut longtemps acceptée sans contrôle ; la date véritable a été rétablie, non sans de longues recherches, suivies d'âpres discussions, parTodd, (4844), Herzog (4848), Dieckhoff (4851), Bradshaw (4862). Il est maintenant établi que ces poèmes se divisent en deux classes, dont les uns {Nobla Leyczon, Barca, Novel Sermon) sont du commencement du xv® siècle, les autres, où l'influence protestante est sensible, du milieu du xvi^. La littérature théologique des Vaudois comprend, en outre, des œuvres en prose, un Catéchisme, une Confession, un Rituel, des traités sur les Articles de la foi, sur y Antéchrist et le Purgatoire, un sermon sur le Jugement dernier, des lettres ascétiques, etc. Ces divers ouvrages ont été souvent imprimés, en tout ou en partie, notamment par Perrin {Histoire des Vaudois, 4648), Morland {Historij of the Churchesin the valleys of Piemont, -4658), Léger {Histoire générale des églises évangé tiques des vallées du Piémont, 4669), Raynouard {Choix de poésies des troubadours, II), Hahn {Geschichte der Ketzer, 4847), et Monastier {Histoire de V Eglise vaudoise, 4847). Une édition plus exacte des poésies a été donnée récemment par F. Apfelstedt dans Idi Zeitschrift fur romanische Philologie, t. IV, etPArchiv fur das Studium der neueren Sprachen, t. LXH; pour la Nobla Leyczon, V. édition Mortet, Paris, 4888.

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