VAUGELAS — VAUGIRARD
gelas; Paris, 1851 (Thèse), — Chassai^g, Préface à l'éd. des Remarques. — F. Brunot, dans Histoire de laLançme et la Littérature françaises, publiée par Petit de Julie ville, t. IV, ch. XI, — F. Brûnetière, dans Revue des Deux Mondes, l^*^ déc. 1901.
VAUGHAN (Diana), personnage mythique, héroïne d'une mystification célèbre. Lorsque Léo Taxil (V. Jogand-Pa- GÈs), après avoir dirigé une librairie anticléricale, feignit de se convertir pour exploiter le champ plus fructueux de la crédulité catholique, l'encyclique Humanwn genus contre la franc-maçonnerie, du 20 avr. 1884, venait de paraître. Taxil publia des livres antimaçonniques, pleins de fables, dont le succès fut énorme. Sa plus belle invention fut celle de Diana Vaughan la palladiste. Une tradition d'après laquelle « le Palladium », Tordre le plus élevé de la franc-maçonnerie, siégeait dans la ville de Charleston (Etats-Unis), et avait été réformé vers '18^6, servit de point de départ. Sur ce thème, Taxil broda ce qui suit : le Palladium avait été fondé le jour où les troupes itahennes entrèrent à Rome et mirent fin au pouvoir temporel de la papauté (20 sept. 1870) ; c'était là que Satan, le Dieu des maçons., s'exhibait sans voiles aux chefs de la secte; un des principaux palladistes, nommé Vaughan, qui descendait d'un certain Thomas Vaughan, chef des Rose-Croix, et de Vénus- Astarté, avait initié sa fille, miss Diana, aux secrets du palladisme ; le jour de ses vingtcinq ans, le 8 avr. 1889, cette fille s'était fiancée au puissant démon Asmodée, qui avait ordonné de la sacrer grande prêtresse : mais il y avait déjà une autre grande prêtresse, Sophia V/alder, dont l'arrière-petite-fille doit, d'après les Maçons, donner le jour à l'Antéchrist en 1962; une rivalité ayant éclaté entre Sophia et Diana, celle-ci fut vaincue, parce qu'elle refusa de cracher sur une hostie et de la percer avec un poignard ; elle organisa alors une secte dissidente, dite le « Palladium régénéré ». Le 21 mars 1895, Taxil lança le premier numéro d'un périodique, intitulé le Palladium régénéré et libre. Directrice, Miss Diana Vaughan, qui contenait l'exposé du culte de Lucifer, de soi-disant révélations mystérieuses, et des blasphèmes sur la sainte Vierge et sur Jésus, de nature à exciter l'horreur des fidèles catholiques. Puis, le pubhc ainsi alléché, en juin, le journal cessa de paraître et fut remplacé par un autre : Miss Diana Vaughan. Mémoires d'une ex-palladiste. Miss Diana y annonçait sa conversion au catholicisme et (comme jadis Taxil luimême) son intention de consacrer sa vie à la réparation de ses erreurs. Sa conversion avait été hâtée, disait-elle, par le fait suivant : un jour (le 6 juin) que Diana conversait avec Relzébuth,, Astaroth, Moloch et Asmodée, elle les avait mis en fureur en refusant d'insulter la Vierge Marie ; pour se défendre contre eux, elle avait invoqué le secours de Jeanne d'Arc, et les démons, prenant une forme hideuse, s'étaient enfuis. Miss Diana, menacée par les palladistes que sa conduite avait exaspérés, était obligée de se condamner pour le moment à une réclusion rigoureuse, dans un endroit connu seulement de quelques amis, mais elle publierait néanmoins tous les mois, par tranches, son autobiographie. — Les Mémoires parurent, en effet, pendant plusieurs mois et furent accueillis avec enthousiasme dans toute la catholicité ; on les traduisit aussitôt en plusieurs langues. Les imaginations les plus fantastiques et les plus burlesques, que Taxil et ses collaborateurs y accumulèrent avec une impudence extraordinaire, ne se trouvèrent pas assez fortes pour éveiller le sens critique du pubhc spécial auquel ils s'adressaient : le cardinal- vicaire Parocchi écrivit à Diana pour la féliciter de sa conversion, « triomphe magnifique de la Grâce », et de l'intérêt que présentent ses Mémoires ; Mgr Vicenzo Sardi, secrétaire apostolique, écrivait que si la Providence avait permis que Diana fît partie de la secte infâme, c'était visiblement pour lui donner les moyens de l'écraser ; en sept. 1896, la Civiltà cattolica, organe des jésuites romains, parla de miss Diana Vaughan, « appelée des ténèbres à la lumière de Dieu, employant son expérience au
service de l'Eglise, infatigable dans ses précieuses publications que rien n'égale en exactitude et en utilité ». Cependant, le bruit commençait à courir que miss Diana Vaughan n'existait pas. Le congrès antimaçonnique international de Trente, oîi siégèrent trente-six évêques et les délégués de cinquante autres, béni par Léon XIÏI, se divisa sur cette question ; l'immense majorité acclama Taxil, mais quelques membres (Allemands) démaûdèreut des détails sur Diana : « les noms de Son parrain, sa marraine et de l'évêque qui avait autorisé sa première communion » ; une commission d'enquête fut ûommée. La plaisanterie touchait à sa fiû. Cependant des paladins se présentaient encore pour défendre Diana contre l'incrédûiïté montante : le 16 oct. 1896, un des secrétaires du cardinal Parocchi écrivit à l'illustre jeune fille « pour la fortifier contre la tempête de calomnies qui ne craignaient pas de mettre en doute jusqu'à son existence »; l'évêque de Grenoble (Mgr Fava) et un chanoine de Coutances, directeur d'une revue locale, furent aussi parmi les plus obstinés. Ils triomphèrent lorsque, dans le numéro des Mémoires daté du 25 févr. 1897, miss Diana annonça que, fatiguée d'être traitée par les Francs-Maçons aux abois de personnage mythique, elle paraîtrait au public le lundi de Pâques, 19 avr., dans la salle de la Société de géographie, ^ à Paris, et qu'elle y ferait une conférence avec projections lumineuses. Le 19 avr., la foule fut immense ; on avait exigé, à l'entrée, le dépôt des cannes et des parapluies. Au lieu de Diana, Taxil parut. Il avoua, avec son effronterie ordinaire, qu'il avait inventé le Palladium, Diana et tout le reste ; la véritable Diana était une dactylographe qu'il avait à son service pour 150 fr. par mois. A la fin, il fut obligé de s'enfuir dans un café voisin, et il parut bien qu'il avait été sage de confisquer les cannes. -— Pendant quelque temps, un certain nombre de personnes ne voulurent pas consentir à s'avouer mystifiées, et prétendirent que Taxil avait vendu Diana aux palladistes, pour une somme colossale ; mais cette hypothèse ne trouva pas de créance. — Les Mémoires de Diana Vaughan, un des grands succès de librairie du xix® siècle, n'ont jamais été mis à l'index. L.
BiBL. : H.-C. Lea, Léo Taxil, Diana Vaughan et l'Eglise romaine; Paris, 1901, in-8.
VAUGINES. Corn, du dép. de Vauclusc, arr. d'Apt, cant. de Cadenet ; 405 hab.
VAUGIRARD. Ancienne commune annexée à Paris et qui a donné son nom à un arrondissement de la ville : deux des quartiers du XV^ arrondibsement, celui de Saint- Lambert et en grande partie celui de Necker, y correspondent à peu près. Cette localité était, vers 1200, appelée Valboitron ou Vauboitron ; la forme Vaugirard {Vallis Gerardi) se rencontre à partir de 1258. C'était une dépendance d'Issy, avec lequel elle formait une seigneurie appartenant à l'abbaye de Saint-Germain' des Prés. En 1348, elle eut une paroisse ; l'égUse, placée au xv® siècle sous l'invocation de saint Lambert, fut reconstruite de 1848 à 1853. Avant la Révolution, son territoire n'était pour ainsi dire occupé que par des maisons religieuses, entre autres le séminaire de Saint-Sulpice, et par un « hospice de santé » pour enfants. Compris lors de la Révolution dans le cant. d'Issy, Vaugirard fut rattaché en 1801 à celui de Sceaux. Il n'avait alors que 3.000 hab., mais se développa rapidement. Grenelle en fut démembré en 1830 pour former une commune ; le hameau de Plaisance avait vainement tenté d'en être détaché de même, lorsque survint l'annexion de 1859. Le territoire de la commune du xix^ siècle était ainsi plus étendu que celui qui constituait, à proprement parler, Vaugirard. 'Aujourd'hui encore les établissements religieux, charitables ou scolaires y sont en grand nombre. 'ïi ne faut pas confondre le cimetière actuel de Vaugirard avec celui du même nom ou de l'Ouest, qui a été désaffecté en 1856. M. Barroux.
BiBL. : L. Gaudreau, Histoire de Vaugirard ancien et moderne ; Paris, 1842, m-8. — F. Bournon, Rectif. et add. à l'abbé Lebeuf; Paris, 1901, pp. 583-599, in-8.
VAUGNERAY — VAUNAC
VAUGNERAY. Ch.-l. de cant. du dép. du Rhône, arr. de Lyon ; 1.961 liab. (542 aggl.).
VAUGRENANS. Ruines d'un célèbre château de la Franche-Comté, dép. du Jura, arr. de Pohgny, cant. de Villers-Farlay, com. de Pagnoz, au haut d'une colline escarpée (500 m.) qui domine la Furieuse (afll. g. de la Loue). Louis XIV fit démanteler le château; la ville qu'il commandait a disparu.
VAUGRIGNEUSE. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Rambouillet, cant. de Limours; 370 hab.
VAUGUYON (Antoine-Paul-Jacques de Quélen, duc de La), général français, né à ïonneins le 17 janv. 1706, mort à Versailles le 4 févr. 1772. Il se distingua aux sièges de Kehl, Philippsbourg, Maastricht, Oudenarde, Anvers, aux batailles de Fontenoy, Raucoux, Lawfeld, et fut précepteur des petits-fils de Louis XV. — Son fils, Paul-François, né le 30 juil. 1746, mort à Paris le 14 mars 1828, fut ambassadeur en Hollande (1770) et en Espagne (1784-90). Louis XVIII l'appela à Vérone en 1795 pour être un des quatre membres de son conseil d'Etat. En 1805, il rentra en France où il vécut dans la retraite et devint pair à la Restauration. — Un de ses fils, Paul, né le 24 févr. 1777, mort à Paris en janv. 1839, prit part à la bataille d'Austerlitz, devint aide de camp de Murât, fit les campagnes de 1806, 1807 et 1808, et fut nommé général. Avec lui s'éteignit la famille des Vauguyon .
. VAUHALLAN. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cant. de Palaiseau; 310 hab.
VAUJANY. Com. du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, cant. de Rourg-d'Oisans ; 718 hab.
VAUJOURS. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. du Raincy; 1.910 hab. Plâtrières.
VAULABELLE (Achille Tenaille de), historien et homme politique français, né à Châtcl-Censoir (Yonne) en 1799, mort à Nice le 27 mars 1879. A la suite de bonnes études classiques faites au collège de Moulins, il fut quelque temps employé à la préfecture de l'Yonne, puis se rendit à Paris (1818), où il se fit connaître par sa collaboration à plusieurs journaux d'opposition libérale {le Nain jaune, le Pour et le Contre, etc.). Après la révolution de Juillet, il fut de ceux qui, peu satisfaits par l'avènement d'une nouvelle royauté, firent campagne, sans violence, mais avec une constante énergie, en faveur de l'idée républicaine. Rédacteur en chef du Messager, il entra en 1838 diU. Natmial, où il se fit remarquer à la fois par sa modération et sa fermeté démocratique. Non moins apte aux travaux de longue haleine qu'aux polémiques éphémères du journalisme, il avait publié en 1835 et 1836 une importante Histoire de l'Egypte depuis le départ des Français (2 vol. in-8). Plus tard, il acquit une grande notoriété et se rendit vraiment populaire par son Histoire des deux Restaurations (1844 et suiv., 6 vol. in-8), ouvrage patiemment et loyalement préparé, écrit avec chaleur, parfois même avec éloquence, et où l'esprit de la Révolution éclate à chaque page, sans faire tort à la vérité.
Au lendemain du 24 févr., le gouvernement provisoire lui offrit l'ambassade de Londres, puis celle de Rerlin, qu'il n'accepta pas. Envoyé à l'Assemblée nationale constituante par le dép. de l'Yonne (avr. 1848), il fit partie du comité de constitution, présida le comité de l'instruction publique, fut appelé le 5 juil. par le général Cavaignac, alors chef du pouvoir exécutif, au ministère de l'instruction publique, dut se retirer le 13 oct. suivant, par suite de l'orientation quelque peu réactionnaire que prit alors le gouvernement, combattit, après l'élection du 1 0 déc. , la politique présidentielle de l'Elysée, vota contre l'expédition de Rome, contre la proposition Râteau, et ne fut pas réélu à l'Assemblée législative (mai 1849). Rentré à cette dernière époque dans la vie privée, il consacra en partie les dernières années de sa vie à la préparation d'une Histoire de la monarchie de Juillet, de la
deuxième République et du seco7id Empire, qui n'a jamais été publiée. A. Debidour.
VAULABELLE (Eléonore Tenaille de), journaliste et auteur dramatique français, né à Châtel-Censoir (Yonne) le 12 oct. 1801, mort à Paris le 12 oct. 1859, frère du précédent. Après de brillantes études classiques, il fit, sous la Restauration, ses débuts comme homme de lettres en collaborant à divers journaux (le Nain jaune^ le Figaro, le Courrier delà jeunesse, ^XÇ:.), fui, après 1830, un des fondateurs et des rédacteurs du Journal des enfants, écrivit avec Alphonse Karr la Légende de May eux, qui lui valut une certaine notoriété, publia, sous le nom èî' Eugène Desprez, plusieurs romans (un Enfant, 1833 ; les J^emmes vengées, 1834, etc.), mais se fit principalement connaître sous le pseudonyme de Jules Cordier, en écrivant, avec divers collaborateurs, pendant le règne de Louis-Philippe, un grand nombre de pièces de théâtre, parmi lesquelles on peut citer : la Tireuse de caries, mélodrame (1833); un Enfant, drame (1835); les Trois Dimanches (1840) ; le Mari de nia fille (1840;) ; le Mari à T essai (1842) ; la Polka en province (1844), vaudevilles qui eurent une certaine vogue. Après le 24 févr., il écrivit, de compte à demi avec Clairville, des pièces satiriques, où il s'attachait principalement à ridiculiser la révolution de 1848, ainsi que le gouvernement et les institutions qui en étaient issus : l'Avenir dans le passé; la Propriété c'est le vol; le Club des maris et le Club des femmes ; les Grenouilles qui demandent un roi; la Tireuse de cartes ; les Grands Ecoliers en vacances; les Impôts ; les Représentants en vacances ; les Pariageux ; le Bourgeois de Paris ; le Journal pour rire, etc. Sous l'Empire, sans renoncer complètement au théâtre, i) entreprit un grand dictionnaire historique de la langue française, mais mourut avant d'en avoir achevé la préparation. A. Debidour.
VAULIVilER(Le). Com. du dép. du Cantal, arr. de Mauriac, cant. de Salers; 530 hab.
VAULNAVEYS-le-Bas. Com. du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, cant. de Vizille ; 590 hab.
VAULNAVEYS-le-Haut. Com. du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, cant. de Vizille ; 1.551 hab.
VAULRY. Com. du dép. de la Haute-Vienne, arr. de Bellac, cant. de Nantiat, dans les montagnes de Blond ; 807 hab. Stat. de chem. de fer. Mines d'étain et de wolfram. Eglise du xiii® siècle.
VAULT-de-Lugny. Com. du dép. de l'Yonne, arr. et cant. d'Avallon ; 656 hab. Stat. de chem. de fer.
VAULX. Com. du dép. de la Haute-Savoie, arr. d'Annecy, cant. de Rumilly ; 814 hab.
VAULX. Com. du dép. du Pas-de-Calais, arr. de Saint- Pol, cant. d'Auxi-le-Château ; 223 hab.
VAULX-de-Cernay (Abbaye de) (V. Vaux-de-Gernay).
VAU LX-en-Velin.Coiu. du dép. du Rhône, arr. de Lyon, cant. de Vlleurbanne ; 1.314 hab. Produits chimiques.
VAULX-Milieu. Com. du dép. de l'Isère, arr. détienne, cant. de La Verpillière ; 585 hab. Stat. de chem. de fer.
VAULX-Vraucourt. Com. du dép. du Pas-de-Calais, arr. d'Arras, cant. de Croisilles ; 1.550 hab. Sucrerie et distillerie de betteraves.
VÂUMÂIN (Le). Com. du dép. de l'Oise, arr. deBeauvais, cant. du Coudray-Saint-Germer ; 329 hab. Stat. du chem. de fer du Nord. Château du xvi^ siècle.
VAUMAS. Com. du dép. de l'Allier, arr. de Moulins, cant. de Dompierre-sur-Besbre ; 1.208 hab.
VAUMEILH. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. de Sisteron, cant. de La Motte ; 375 hab.
VAUIV10ISE. Com. du dép. de l'Oise, arr. de Senlis, cant. de Crépy- en -Valois; 333 hab. Stat. du chem. de fer du Nord.
VA U MORT. Com. du dép. de l'Yonne, arr. et cant. (N.) de Sens; 194 hab.
VAUNAC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de Nontron, cant. de Thivicrs ; 554 hab.
VAUNAGE ~~ VAUQUELIN
VAUNAGE. Pays de l'ancien Languedoc (V. Gard). VAUNAVEYS. Corn, du dép. de la Drôme, arr. de Die, cant. (N.) de Crest; 477 liab.
VAUNOISE. Com. du dép. de l'Orne, arr. de Mortagne, cant. de Bellême ; 273 hab. Stat. de chem. de fer. >AU PALI ÈRE (La). Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. de Houen, cant. de Marorame ; 487 hab.
VAUPILLON. Gom. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. de Nogent-le-Rotrou, cant. de La Loupe; 530 hab.
VAUPOISSON. Com. du dép. de l'Aube, arr. d'Arcissur-Aube, cant. de Ramerupt ; 237 hab.
VAUQU ELIN (Jean de La Fresnaye), poète français, né à la Fresnaye-au-Sauvage, près de Falaise, en 1536, mort en 1607. La noblesse de sa famille remontait, si on l'en croit lui-même, à Guillaume le Conquérant; son père, lieutenant des gens d'armes sous le maréchal d'Anneljaut, mourut à trente ans, laissant la terre de la Fresnaye grevée. Heureusement sa mère, Barl)e de Boislichausse, put, à force d'économie, libérer le patrimoine du futur poète. En 1549, elle envoya son fils à Paris; il y resta jusqu'en 1554, étudiant les belles-lettres sous la direction de Tournebu, de Buquet et de Muret, et il connut à cette époque la plupart des poètes de la jeune école. En 1554, après quelques hésitations, il se décida à faire son droit et. accompagné de deux amis, se mit en route pour Poitiers. Mais, avant même d'y être arrivé, à Angers, il rencontra le poète Tahureau qui le dégoûta, par ses railleries, des études juridiques; puis à Poitiers, il fit la connaissance de Scévole de Sainte-Marthe, si bien qu'en 1535 parurent dans cette ville les Deux premiers Hures des Foresteries de Vaiiquelin de La Fresnaie; son livre une fois pubhé, le jeune homme courut à la Fresnaie chercher les éloges maternels. Mais Barbe de Boislichausse, femme avisée et prudente, tança vertement son fils. Vauquelin se remit en route pour aller poursuivre ses études de droit à Orléans, puis à Bourges. Il les acheva sous la direction des professeurs Balduin, Duarin et Donneau. En 1559, il fut reçu avocat et obtint la charge d'avocat du roi au bailliage de Caen. C'est vers cette époque qu'il écrivit ses premières Epitres et ses Idillies. En 1560, il épousa l'héroïne et l'inspiratrice de ses vers, la Philis des Idillies et la Myrtine des Foresteries, Anne de Bourgueville, fille de Charles de Bourgueville, lieutenant général au bailliage de Caen. Cependant Henri II, puis François II mouraient ; on était en pleine guerre civile ; Vauquelin prit parti pour le roi et, en 1562, écrivit un Discours à la Royne, mère du Roy, intitulé Povr la Monarchie contre la Division ; les idées exprimées dans ce discours sont excellentes ; mais la forme en est moins heureuse ; il ne fut imprimé qu'en 1568. Vauquelin, d'ailleurs, ne s'en tint pas aux vers : en 1574, on le retrouve, en qualité de commissaire des vivres, aux sièges de Domfront, puis de Saint-Lô. C'est cette même année qu'il fait le projet d'écrire un Art poétique et fait part à Desportes de son projet. Après la mort de Charles IX, Desportes, favori de Joyeuse, fit recommander par lui Vauquelin au nouveau roi. Henri III écrivit au poète une lettre flatteuse et le nomma intendant des entes de Normandie. VArt poétique ne fut pas achevé avant 1589, date de l'assassinat du roi ; il ne devait paraître qu'en 1605, dans les Divei^ses poésies; Vauquelin, en effet, ne négligea jamais ses fonctions, pour se donner plus assidûQient à la poésie : dans la préface des Diverses poésies, il écrivait : « Jamais je ne m'oubliay tant que je laissasse les affaires pour entendre à mes vers... Je n'escoutoy les Sirènes des Muses ({u'à mon grand loisir et aux heures où d'autres s'ébatent à des exercices moins honnestes ». Pourtant, de 1581 à 1585. il avait écrit des Satires, des Idillies, une Israélide et une Pastorale, inédiles. Député aux Etats deBlois, il y fit la connaissance du poète Pontus de Tyard ; puis il revint à Caen et y resta jusqu en 1594; il s'occupait d'élever ses huit enfants, de revoir ses ouvrages et d'exercer ses fonctions de lieutenant général. En 1505, il écrivit
ses Sonnets chrétieiis et fit paraître le recueil dont nous avons parlé plus haut : il y avait réuni des satires, des épigrammes, des épîtres, des épitaphes, des sonnets et l'Aria poétique. Il y avait même glissé quelques idylles licencieuses, entre autres la Nuit de Mariage, dans laquelle il fait aux lecteurs dos confidences sur sa propre nuit de noces. Il mourut dix ans avant sa femme.
Les poésies de Vauquelin ne sont pas sans valeur; la langue en est saine et pure, l'inspiration souvent sincère. Mais il leur manque l'originalité et la force. Elles ressemblent un peu trop à la poésie courante de cette époque. C'est par son Art poétique que Vauquelin occupe dans l'histoire de notre littérature une place importante. Boileau, qui n'a pas parlé de lui, l'avait lu et souvent imité. Vauquelin lui-même avait pris à tâche de suivre Horace pas à pas, et une grande partie de son ouvrage est consacré à formuler des préceptes généraux, fidèlement traduits du latin. Cependant, il s'y trouve aussi des jugements sur les poètes contemporains. L'Ar^ poétique représente la doctrine de transition entre les théories de la pléiade et celles de Malherbe ; Vauquelin ne formule pas encore nettement les règles sévères de Malherbe, mais il réagit avec vigueur contre la fantaisie excessive de Ronsard et de ses disciples. Oublié et dédaigné pendant le XVII® et le xviii® siècle, Vauquelin a été, comme tant d'autres, réhabilité par Sainte-Beuve. A. Bayet.
BiBL. : F. BoisARD, Notice sur les hommes du Calvados ; Caen, 1848. — Genty, Préface d'une édition de V Art 'poétique; l^aris, Î862.
VAUQUELIN (Louis-Nicolas), chimiste français, né à Saint-Audré-d'Hébertot (Calvados) le 16 mai 1763, mort à Saint-André-d'Hébertot le 14 no^v. 18:29. Il alla se placer, à quatorze ans, comme garçon pharmacien, à Rouen, puis, à seize ans, à Paris, où il arriva avec un écu en poche, et, remarqué par Fourcroy, parent de son patron, entra dans son laboratoire où il passa huit années (1783-91). Reçu pharmacien en 179^2 et envoyé l'année suivante à Melun comme pharmacien en chef de l'hôpital militaire, il fut rappelé en 1795 à Paris comme inspecteur et professeur de docimasie à la nouvelle Ecole des mines et, quelques mois après, fut chargé d'une suppléance de chimie à l'Ecole polytechnique. En même temps, il était nommé membre de l'Institut, qu'on venait de réorganiser. Il devint par la suite professeur de chimie au Collège de France, en remplacement de Darcet (180Î), essayeur à la Monnaie (1802), directeur de l'Ecole spéciale de pharmacie (1803), professeur de chimie au Jardin des Plantes (1804) et à la Faculté de médecine (1809), où il succéda respectivement à Brongniart et à Fourcroy, membre de l'Académie de médecine (1820). Tombé en disgrâce en 1822, sous le ministère Villèle, à raison de ses opinions libérales, il se retira dans son pays natal et, en 1827, fut envoyé par le dép. du Calvados à la Chambre des députés, où il siégea au centre gauche. Vauquehïi fut un professeur peu brillant, mais très méthodique, qui forma d'illustres élèves, comme Chevreul, Orfila, Payen, Bouchardat. Il se montra, de plus, un expérimentateur fort sagace, doué au plus haut degré du sens analytique, et, sans pouvoir être rangé au même titre que les Lavoisier, les Fourcroy et les Berthollet, parmi les fondateurs de la chimie moderne, il a, du moins, notablement contribué à ses premiers progrès. On lui doit, notamment, la découverte, en 1797, de deux corps simples nouveaux, le chrome et le ghicinium (V. ces mots). Il a rendu, d'autre part, de signalés services à l'industrie et à l'hygiène par ses multiples observations sur le fer, l'acier, le plomb, la fabrication de l'alun, celle du laiton, l'eau de couleur des bijoutiers, l'action oxydante du vin, de l'huile, du vinaigre, etc. Enfin, il s'est livré, dans les règnes végétal et animal, à de délicates recherches sur les principes immédiats de nombreuses plantes, sur la sève des végétaux, sur la respiration des insectes et des vers, sur la liqueur séminale, sur les concrétions urinaires,