VAUTOUR ^ VAUVENARGUES
de l'Europe et jusqu'à Madère. Deux espèces voisines habitent l'Afrique orientale et l'Inde. E. Trouessart.
VAUTRAI N (Eugène- Joseph), homme politique français, né à Nancy le l5nov. 1848, mort à Paris le 20 déc. 1881. Avocat à Paris, il devint après 1848 maire du IX^ arrondissement. Il démissionna après le coup d'Etat du 2 Déc. et resta à l'écart de la politique jusqu'en 1870, se consacrant au barreau. Maire du IV® arrondissement le 5 nov. 1870, il ne fut pas élu à l'Assemblée nationale le 8 févr. 1871. Il quitta Paris pendant la Commune, revint après l'entrée des Versaillais, devint conseiller municipal et président du Conseil municipal, puis en même temps du Conseil généra! de la Seine. Le 7 janv. 1872, il battit Victor Hugo à une élection complémentaire à l'Assemblée nationale dans la Seine. Il siégea au centre gauche et appuya Thiers. En 1876, il fut battu dans le IV® arrondissement j3âr Barodet, et se retira de la vie politique.
VAUTRÉ (Victor, baron de), général français, né à Dompaire, en Lorraine, en 1770. Entré au service dans les gardes du roi en 1791 , il fut un des défenseurs des Tuileries le 10 août 1792; arrêté le 13, il échappa, grâce à sa femme, aux massacres de septembre et fut enrôlé pour marcher à la frontière dans le 7® bataillon des volontaires de Paris où il fut nommé capitaine le l^^oct. 1792. Il fit en cette quabté les campagnes de Champagne et de Belgique. Fait prisonnier à la prise du Quesnoy (1793), il ne rentra en France qu'en 1795. Il servit dans les états-majors jusqu'en 1804, fit les campagnes de l'Empire et fut blessé à diverses reprises ; pris à la Bérézina, il ne revint en France que le 12 sept. 1814 pour prendre le commandement de son régiment devenu régiment de Bourbon. Vautré était en Corse lors du retour de l'île d'Elbe et conserva le drapeau blanc jusqu'au 19 avr.; aussi, rappelé en France, il fut destitué et enfermé à la citadelle de Grenoble. Colonel de la légion de l'Isère, il fut fait baron le 12 mai 1816 et maréchal de camp le 17 juil. suivant. Il a commandé successivement les clép. de l'Aveyron, de l'Ain, du Morbihan et de l'Ille-et-Vilaine, puis a été ensuite chargé d'inspections générales et nommé membre de la commission d'organisation de l'infanterie.
VAUVENARGUES. Com. du dép. des Bouches-du- Rhône, arr. et cant. d'Aix ; 252 hab. Château avec grosses tours du xiv*^ siècle ; on y trouve un réduit, reste présumé d'un château romain. Aux environs, gouffre de Garagaï.
VAUVENARGUES (Luc Clapiers, marquis de), littérateur français, né à Aix le 6 août 1715, mort à Paris le 28 niai 1747. D'une famille de petite noblesse, bien que de souche ancienne, il était fils de Joseph de Clapiers, seigneur de Vauvenargues, élevé au marquisat en 1722 en récompense de sa bravoure pendant la peste de 1720, époque à laquelle il était premier consul d'Aix. On n'a que peu de renseignements sur la jeunesse de Vauvenargues ; la faiblesse de sa santé interrompit ses études au collège d'Aix, et son instruction première resta fort incomplète : il ne sut jamais le grec ni le latin. A seize ans, une traduction des Vies d.e Plutarque lui révéla l'antitiquité et le transporta ; un Sénèque et les lettres de Brutus à Cicéron le pénétrèrent d'émotion. A l'âge oii il devait choisir une carrière, il se décida pour celle des armes et devint sous-lieutenant dans le brillant corps d'infanterie appelé le Régiment du roi. Il fit presque aussitôt campagne sous le maréchal de Villars en Lombard ie (1733) et rentra en France en 1736 ; il allait connaître après l'activité d'une campagne victorieuse la monotonie de la vie de garnison dans les places de Bourgogne et de Franche-Comté.
C'est à cette époque qu'il eut le temps de se replier sur lui-même et de former ses idées : il reconnut de suite que les choses de l'âme sont seules dignes d'intérêt, et cette préoccupation morale se doubla de l'idée que seule la gloire vaut la peine de vivre. C'est au marquis de Mirabeau (père du célèbre orateur) que revient l'honneur
d'avoir deviné l'originalité de Vauvenargues et de l'avoir poussé très vivement à la littérature : l'intéressante correspondance (de juil. 1737 à août 1746) des deux amis qui avaient le même âge et la même carrière est car''actéristique à ce sujet. La délicatesse morale et la pureté de Vauvenargues, heurtées par le caractère voluptueux et despotique de Mirabeau, voulaient un autre correspondant : ce fut le charmant et délicat Fauris de Saint-Vincens. La pauvreté de Vauvenargues l'empêcha cependant de venir dès lors à Paris se mêler à la vie de la cour où l'appelait Mirabeau. En 1741, il était en garnison à Metz et prit part à la campagne, d'abord brillante, puis désastreuse du maréchal de Belle-Isle en Bohême : pendant la terrible retraite de Prague sur Egra (déc. 1742), Vauvenargues eut les deux jambes gelées ; il se remit lentement et incomplètement, à l'hôpital de Nancy, puis repassa le Rhin avec l'armée du maréchal de Noailles ;; après le désastre de Dettingen, il rentra en France à la fin de 1743 et alla tenir garnison à Arras. De ces deux années de campagne il rapportait maintes observations et quelques écrits composés pour son jeune ami de Seytres, mort à dix-huit ans pendant le siège de Prague, et dont il fit Voraison funèbre, « la première, dit Voltaire, que le cœur ait dictée ».
La santé de Vauvenargues était ruinée : les plaies de ses jambes gelées se rouvraient sans cesse, .et ses yeux perdaient la vue ; il dut renoncer à la vie militaire et se décida, malgré l'opposition de son père, à venir à Paris : il songeait à la diplomatie, mais ses demandes au roi et au ministère n'obtinrent pas de réponse. L'influence de Voltaire allait modifier ces dispositions du ministre, mais une petite vérole maligne acheva d'épuiser Vauvenargues et l'empêcha d'entrer dans la diplomatie. 11 avait fait la connaissance de Voltaire, auquel il inspira de suite un attachement respectueux et admiratif, malgré la différence de leur âge et sa jeunesse, en lui écrivant pour lui soumettre ses idées critiques sur la différence des génies de Racine et de Corneille. Marmontel a tracé un tableau charmant des entretiens admirables de Voltaire et de Vauvenargues : le génie de l'un s'était attaché avec la plus vive tendresse à la vertu de l'autre.
Vauvenargues quitta la Provence au mois de mai 1745 et s'installa à Paris dans une modeste maison meublée, l'hôtel de Tours, rue du Paon (sur l'emplacement actuel de l'Ecole de médecine) et y vécut très retiré, à cause de ses ressources très faibles et de sa santé détruite. Reprenant ses notes, il publia en févr. 1746, anonymement, un volume de Maximes qui contenait dans ses 400 pages une Introduction à la connaissance de l'Esprit humain, des Réflexions sur divers sujets, des Conseils à un jeune homme, des Réflexions critiques sur divirs poètes, deux Fragments sur les orateurs et sur La Bruyère, m\^ Méditation sur la foi, enfin une suite importante de Paradoxes mêlés de réflexions et de maximes. Ce volume ne fut pas remarqué ; le Mercure, qui avait signalé l'apparition des Caractères de La Bruyère en 1688 en déclarant cet ouvrage « directement au-dessous de rien », ne mentionna pas même les Maximes de Vauvenargues. Pendant un an encore ce dernier usa sa vie défaillante, conservant une sérénité inaltérable, se bornant à confesser ses doutes sur l'utilité de sa vie dans quelques pages impersonnelles d'esquisse morale ; il mourut enfin à trente et un ans. Après soixante ans d'oubli, ses Maximes reparurent, et le public ratifia enfin le jugement que Voltaire avait dès le premier jour porté sur elles. Vauvenargues a montré dans son œuvre une indifférence absolue à toute haute spéculation : sa morale ne vise pas si haut, et ne dépasse pas les bornes naturelles et le but positif de la vie. Une telle insouciance condamnait sa doctrine à une certaine médiocrité ; en matière de dogme, il ne s'éleva jamais au-dessus de ce sentiment : « je n'ai jamais été contre la religion » : il n'était pas croyant. On ne peut donner le nom de philosophie à ces libres effusions d'une