‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 391 sur 633 · VEILLE -- VEILLEUSE · texte numérisé non relu

VEILLE -- VEILLEUSE

des sens. Pendant l'état de veille, le système nerveux, avec ses appareils annexes, présente un véritable tonus. Les organes des sens transmettent aux centres toutes les impressions arrivant à la périphérie, et ces centres peuvent entrer en jeu immédiatement. Toutefois il existe des états intermédiaires entre la veille et le sommeil, dans la rêverie par exemple ; le tonus cérébral est loin d'être généralisé à tout le système nerveux, une partie des centres percepteurs ne sont plus en état de réceptivité, ou bien, malgré l'apparence extérieure, les phénomènes extérieurs ne sont plus perçus avec leur intensité habituelle. Quelquefois dans ces périodes mal déterminées, la perception persiste; elle est même emmagasinée dans les centres, mais ce n'est que plus tard que le sujet en aura conscience.

Il nous faut signaler encore l'état de veille hypnotique, dans lequel la volonté est complètement abolie, la sensibilité plus ou moins pervertie (V. Hypnotisme). Le philosophe Jouffroy soutenait que l'esprit veille toujours, et que les sens seuls s'engourdissent : l'esprit continuant à veiller jugerait les sensations, et provoquerait le réveil des sens. Il est vrai que Jouffroy n'explique pas comment les sensations seraient transmises, puisque les sens sont engourdis ! Quant aux conditions physiologiques de l'état de veille, il suffira de rappeler les conceptions nouvelles sur le fonctionnement des cellules nerveuses : toutes les cellules nerveuses sont en relation entre elles par des contacts nombreux., Plus ces contacts sont intimes, nombreux, plus l'état de veille est assuré; quand, au contraire, les contacts s'effacent, l'activité cellulaire tend à diminuer jusqu'au sommeil. J.-P. L.

VEILLÉE. Les réunions du soir sont de tous les temps, de tous les pays, de tous les degrés de civilisation ; mais le mot de « veillée » nous reporte au moyen âge, évoque l'idée d'une vie patriarcale, de goûts simples, de familiarité entre voisins qui éprouvent le besoin de se rapprocher et d'égayer les longues soirées de l'hiver en se groupant autour d'un même foyer. Le roman de Jean d'Avènes, dont quelques fragments ont été seuls publiés, contient une description de la veillée au xv® siècle : « C'est là que les femmes et les filles viennent travailler. L'une carde, l'autre dévide; celle-ci file, celle-là peigne du lin; et pendant ce temps, elles chantent ou parlent de leurs amours. Si quelque fillette, en filant, laisse tomber son fuseau, et qu'un garçon puisse le ramasser avant elle, il a le droit de l'embrasser. Le premier et le dernier jour de la semaine, elles apportent du beurre, du fromage, de la farine et des œufs. Elles font sur le feu des ratons, des tartes, gâteaux, pains ferrés et autres friandises semblables ; chacun mange, après quoi on danse au son de la cornemuse. » Dans les châteaux, à l'époque où Joinvilie achevait son éducation auprès de Thibaut le chansonnier, où Froissard allait recueillir de manoir en manoir les matériaux de ses chroniques, la famille se rassemblait le soir dans la grande salle peuplée de souvenirs ; les hôtes manquaient rarement; c'étaient des pèlerins,. des chevaHers revenus de la Terre sainte, des troubadours, des jongleurs, des ménétriers et même des baladins ; on chantait des lais, des ballades, des rondeaux; chacun payait de sa personne par une histoire touchante ou un conte badin; les narrateurs se succédaient comme dans les contes de Cantorbéry, VEeptaméron , les Joyeuses Nuits de Staparole ; les danses, les jeux et les autres divertissements se prolongeaient longtemps après l'heure où, dans les cités, le couvre-feu forçait les bourgeois à éteindre leur lumières. Aujourd'hui, la plupart des châteaux sont déserts en hiver ; dans les villes, les citadins se sont créé d'autres distractions que celle du foyer; les veillées en famille n'y existent même plus à l'état de souvenir. C'est seulement dans quelques campagnes restées fidèles aux vieux usages que se sont perpétués le nom et la coutume des gothiques veillées. A ces rendez- vous de travail et de causerie souvent malicieuse, chacun apporte son luminaire et sa bûche ; avec

les médisances et les nouvelles du jour alternent les contes dévots, les histoires de brigands ou de revenants. Dans le Médecin de campagne de Balzac, un vieux pontonnier, l'un des rares survivants de la Bérézina, refait à sa façon, au fond d'une grange où a lieu la réunion, l'épopée napoléonienne. Et c'est ainsi qu'au village, pendant les veillées, l'histoire devient légende. Marcel Charlot.

VEILLENS. Com. du dép. de Loir-et-Cher, arr. et cant. deRomorantin; 581 hab.

VEILLEUR DE NUIT. Aux époques troublées du moyen âge, alors que des bandes armées couraient le pays et qu'à toute heure on pouvait redouter une surprise, le guet se faisait de jour et de nuit sur l'une des tours et, \n cas d'alerte, l'homme de garde sonnait de la cloche ou de l'oliphant pour qu'en toute hâte les ponts fussent levés, les herses abaissées et que les hommes d'armes courussent à leur poste. Une gracieuse aubade du xiii® siècle recommande en ces termes au veilleur d'un donjon d'ouvrir l'œil : Gaite de la Tor — gardez en tor — Les murs ; se Deus vos voie — L'or sont à séjor — Dame et seignor — Et larron vont en proie — Hu et hu et hu ! — Je l'ai veu — La juz soz la coudroie — - Hu et hu et hu — A bien près l'occiroie (Guette de la tour, regardez autour des murs ; Dieu vous voit ! Car à présent sont en repos dame et seigneur, et larrons vont à la proie. Hu et hu et hu, je l'ai vu, là-bas sous lacoudraie, hu ethu ethu! pour un peu, je le tuerais).

Les villes n'avaient pas à déployer moins de vigilance pour parer aux dangers du dedans et du dehors ; la « guette » veillait au haut du beffroi, prête à mettre en branle la cloche « banale » dont le rôle était d'annoncer le couvre-feu, de sonner à toute volée pour appeler le bourgeois aux armes où, par les tintements précipités du tocsin, de signaler l'incendie. Beaucoup de villes ont encore conservé leur veilleur de nuit qui, pour prouver qu'il n'a pas succombé au sommeil, répète, en fra[>pant sur la cloche du beffroi, les heures que vient de sonner l'horloge de la ville; c'est ainsi qu'à Strasbourg un veilleur a pour poste la plate-forme de la cathédrale. Plusieurs villes d'Allemagne continuent d'entretenir, pour la sécurité de la voie publique et pour avertir des incendies, des nachiwœchter (garde de nuit) ou Feuer-lœufer (coureurs au feu), qui parcourent les rues seuls ou deux à deux. En Alsace, et aussi dans certaines villes d'Espagne, les veilleurs de nuit annoncent les heures et invitent les habitants à dormir en paix ou à prier pour les morts. Sauf la couleur moyen âge, ce sont des agents de police remplissant le même office que les nôtres.

Les gardiens des phares, les officiers de quart à bord des navires, exercent une surveillance analogue et dont il est encore plus urgent qu'ils s'acquittent avec scrupule. Les monuments publics, les collections précieuses, les galeries d'expositions, les collèges et autres établissements sont également confiés à la garde de veilleurs qui, en prévision de l'incendie, du vol, d'un désordre ou d'un accident quelconque, font des rondes régulières et sévèrement contrôlées au moyen de compteurs mécaniques, disposés sur divers points de leur promenade nocturne, et consistant généralement en un carton mti par un mouvement d'horloge, sur lequel ils doivent pointer les heures, sous peine de réprimande et de mise à pied. Marcel Charlot. VEILLEUSE. L TechnolocxIE. — On donne indistinctement ce nom, soit à de petites lampes qu'on tient allumées la nuit dans les chambres à coucher ou les vestibules, soit à de petites mèches qu'on fait brûler dans un verre rempli d'huile. La petite rondelle à travers laquelle passent ces dernières et qui leur sert de flotteur était jadis de liège ou de carton. Ce fut Nicolas Deslandes qui y substitua en 1828 un petit godet en métal, remplacé lufmême depuis par un bouton de faïence, et celui-ci, à son tour, par un disque en argile moulé. Ld. veilleuse-théière, pour laquelle un havrais, Gosset, prit en 1831 un brevet, est tout simplement une veilleuse renfermée dans une

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