‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 395 sur 633 · VELAZQUEZ · texte numérisé non relu

VELAZQUEZ

et originale composition intitulée, au catalogue du Prado, tiéunion de buveurs, et qu'on appelle encore Bacchus couronnant des ivrognes. On sent dans cette peinture, d'un si complet réalisme et conçue avec cette tournure d'esprit si étrangement ironique dont l'artiste traite et traitera toujours les sujets mythologiques ou prétendus tels, qu'il aborde toute l'étendue de l'évolution progressive accomplie par son génie dans sa façon de voir, d'observer et de traduire ses modèles ; nulle toile aussi ne montre mieux l'indépendance de son esprit et combien libres, spontanées et personnelles sont déjà les méthodes si nouvelles qu'il apporte dans son art. En 1628, Rubensvint à Madrid

Portrait de Philippe IV, par Velazquez.

en ambassade. Son séjour se prolongea durant neuf mois, et c'est Velazquez, qui, d'après les ordres du roi, le reçut comme hôte. Ils partagèrent le même atelier, visitèrent ensemble les palais et les collections royales et se lièrent de la plus étroite amitié. Ce fut sur le conseil écouté de Rubens que Velazquez résolut d'entreprendre son premier voyage en Italie, avec le désir d'accroître ses connaissances artistiques en étudiant les chefs-d^œuvre dupasse. Mais, hâtons-nous de le dire, les maîtres italiens n'eurent aucune prise sur la vivace originalité de l'Espagnol et n'exercèrent aucune influence sensible, même sur son exécution si dégagée déjà de toute méthode étrangère. Il se borna à faire à Venise, d'après Titien, Véronèse et Tintoret, quelques copies des ouvrages qu'il préférait, et s'en vint passer plusieurs mois à Rome, à la villa Médicis, où il peignit d'après nature deux délicieuses vues prises dans les jardins et qui sont des morceaux de premier ordre. On les trouve aujourd'hui au musée du Prado, ainsi que la Forge de Vulcain, importante composition, exécutée également à Rome, en même temps que la Tunique de Jo-

seph qui est à l'Escurial. Inspirée par ce même concept, railleusement ironique, d'où sont sortis le Bacchus et tant d'autres compositions du même ordre, cette peinture de la Forge montre combien Velazquez s'inquiète peu du côté traditionnel et mythique de son sujet; il semble plutôt n'y voir qu'une scène familière, un fait brutal et réel qu'il interprète à sa manière, dans un parti pris de réalisme absolu. Quoique drapé à l'antique et tout dieu qu'il soit, Apollon n'apparaît ici que comme un messager bouffon, s'acquittant comiquement de sa mission, et quant à Vulcain et à ses compagnons, ce ne sont que de vulgaires forgerons étudiés sur le vif. Venu à Naples pour y faire le portrait de l'Infante Maria, sœur de Philippe IV et fiancée au roi de Hongrie, Velazquez s'y lia étroitement avec Ribera, peintre du vice-roi, alors à l'apogée de son talent et de sa renommée.

Dès son retour à Madrid en 1631 , Velazquez eut à faire un portrait du roi ; il fut envoyé à Florence en même temps qu'une maquette sculptée par Martinez Montanez, et servit de document à Tacca pour établir la statue de bronze de Philippe IV; érigée d'abord au Retiro, cette statue équestre, dont la tournure décèle l'intervention de Velazquez, s'élève actuellement en face du palais, sur la place de l'Oriente. De 1635 à 1638, s'espacent les vivants portraits de ï Infant Balthazar Carlos, âgé de six ans, de Philippe IV et de son frère ï Infant D, Fernando, représentés tous trois en costumes de chasse dans des paysages montagneux. Le superbe portrait de l'héritier du trône, V Infant Balthazar Carlos, le montrant galopant sur une petite jument bai clair et tenant à la main le bâton de commandement, date, à peu d'années près, de la même époque. Déjà l'artiste est en complète possession de toutes les ressources de son magistral talent, et c'est toute une suite de chefs-d'œuvre qu'il va maintenant produire coup sur coup. En 1639, il achève le Christ en croix, si tragique et si poignant d'expression; puis il termine les portraits de V Amiral Pulido Pareja qui est à la National Gallery, de François, duc de Modène, et du Comte de Benavente, conservés au Prado, et, autour des années 1640-42, il jette sur la toile cette incomparable représentation équestre du Comte-Duc d'Olivarès, enlevant son cheval de bataille en avant d'une armée.

En 1644, Velazquez suivait le roi en Aragon; Philippe avait pris le commandement de ses troupes ; il assiégeait Lerida, s'en emparait et faisait dans cette place une entrée triomphale. Ce fut pour l'artiste un nouveau prétexte à créer un nouveau chef-d'œuvre. Nous voulons parler de ce fier portrait, un des purs joyaux du musée de Prado, où il a représenté Philippe couvert d'une demi-armure d'acier bruni traversée d'une écharpe rose et monté sur son cheval de bataille, le bâton de commandement à la main. Trois autres grands portraits équestres, exécutés pour le palais du Retiro, furent entrepris postérieurement : ce sont ceux de Philippe 111, de sa femme Marguerite d'Autriche, et à' Elisabeth de Valois, la première femme de Philippe IV. Ces trois toiles ne sont pas entièrement de la main du maître qui retoucha et modifia d'anciennes peintures de Bartholome Gonzalès, restées peut-être inachevées, et se fit, pour les accessoires, aider par ses élèves. Un portrait de l'infant D. Balthazar Carlos, mort à Saragosse en 1646, le représente, à cette date, vêtu de noir, portant le collier de la Toison d'or; ce fut pour la dernière fois que Velazquez peignit le jeune prince. On peut présumer que c'est vers ce moment que Mazo, gendre de l'artiste et son élève, fit cette Vue de Saragosse, qui est au musée du Prado. On sait que Velazquez en a de son plus alerte et spirituel pinceau, peuplé les plans de groupes animés de personnages représentés en de très petites dimensions. Pour distraire le roi qui aimait beaucoup à le voir poindre, Velazquez prit pour modèle le nain El Primo qui avait suivi la cour en Aragon ; il le représenta vêtu de noir, coiffé d'un chapeau aux larges ailes, assis dans la campagne et feuilletant un gros livre. Ce portrait d'une exécution

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