‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 402 sur 633 · VENERABLE — VENETI · texte numérisé non relu

VENERABLE — VENETI

VÉNÉRABLE (Hist. relig.) (V. Canonisation),

VÉNÉRACÉES (Malac.) (V. Pélécypodes).

VÉNÉRAND. Corn, du dép. de la Charente-Inférieure, arr. et^cant. (N.) de Saintes; 505 hab.

VÉNÈRE. Com. du dép. de la Haute-Saône, arr. de Gray, cant, de Pesmes ; ^66 hab.

VÉNERIE. La vénerie est l'art de chasser avec des chiens courants toutes sortes de bêtes, mais plus spécialement le cerf, le chevreuil, le sanglier, le loup, le renard, et quelquefois aussi le lièvre. Son but est moins de capturer le gibier que de le lasser, de le forcer, en luttant avec lui de vitesse, et elle est soumise, surtout la chasse au cerf, qui est la chasse à courre par excellence, à des règles rigoureuses (V. Chasse, t. X, pp. 830 et suiv.). Longtemps, du reste, elle a constitué, concurremment avec la fauconnerie (V. ce mot), un plaisir essentiellement royal et, jusqu'au commencement du xvm^ siècle, la charge de grand veneur a été Fune des plus importantes de la cour |(V. Chasse, t. X, pp. 840 et 841). Sous Louis XIV, notamment, cet officier avait sous ses ordres six équipages, comportant un personnel de près de 500 titulaires, savoir : 1^ équipage de cerf, 2 lieutenants ordinaires servant par semestre, 12 lieutenants de vénerie servant par quartier, 1 valet de chiens chef, 4 maîtres valets de chiens, 2 pages, 4 fourriers, 18 valets de limiers, 28 valets de chiens, 4 ordinaire.-^, 2 maréchaux, 1 chirurgien, 1 châtreur de chiens, 1 aumônier, 3 trésoriers, 3 contrôleurs ; 2° équipage de chevreuil, 1 lieutenant, 3 piqueurs, 3 valets de chiens, 2 ordinaires, 1 page ; 3*^ équipage de lièvre, 2 lieutenants, 1 piqueur, 1 valet de chiens, 1 page ; 4° équipage de renard, 1 capitaine et 4 valets de chiens ; 5^ équipage de sanglier, 95 piqueurs et valets de chiens ; 6** grande louveterie,

1 grand louvetier, 2 lieutenants, 1 sous-heutenant,

2 veneurs, 2 valets de limiers, 2 valets de chiens, 3 maîtres garçons éleveurs, 8 gardes des chiens, 4 sergents louvetiers, 1 boulanger. Quant aux chiens, leur nombre s'élevait, rien que pour l'équipage de cerf, à plus de 200.

Depuis que la vénerie a cessé d'être un monopole princier, les équipages se sont multipliés et, de nos jours, on en compte, en France, plus de 300, avec 700 piqueurs et valets, 1.100 chevaux de service et environ 7.000 chiens : poitevins, vendéens, saintongeois, etc. (V. Chien, t. XI, pp. 11 et 13). La meute (V. ce mot) est l'âme de l'équipage. Un grand équipage de cerf comprend ordinairement un bon veneur, qui en a la direction, des piqueurs, des valets de limiers et des valets de chiens, à raison d'un piqueur et de deux valets de chiens, l'un monté, l'autre à pied, par meute de vingt à trente chiens environ. Les équipages les plus renommés sont actuellement, en France, ceux du duc de Chartres (forêt de Chantilly), de la duchesse d'Uzès (forêt de Rambouillet), du marquis de l'Aigle (forêts de Laigue et de Compiègne), du comte Greffùlhe (Bois-Boudran), de Menier (forêt de Villers-Cotterets), de Lebaudy (forêt de Fontainebleau), etc. Les petits équipages ne se composent, au contraire, fort souvent, en plus du propriétaire (le maître d'équipage), que d'un piqueur, d'un valet de chiens et d'une meute de 30 chiens (pour en avoir 20 disponibles). Toutefois, même ainsi restreinte, la chasse à courre est encore un sport fort dispendieux. Il n'en coûte pas moins, en effet, pour les gagos et l'entretien d'un aussi modeste équipage, d'une dizaine de mille fr. par an, auxquels il faut ajouter la location du chenil et de ses dépendances, la location de la forêt, les indemnités aux riverains et les dépenses personnelles du maître d'équipage en chevaux, tenues, etc.

L'équipage de sanglier s'appelle plus particulièrement vautrait.

La vénerie a sa langue spéciale, qui s'est conservée presque immuable depuis trois siècles et qui comprend, outre plus de trois cents termes techniques, nombre d'expressions fort pittoresques. Ainsi, on dit le massacre d'un cerf et non son bois, sa nappe et non sa peau.

et il n'y a pas moins de sept manières différentes de désigner les fientes ou fumées de la bête, suivant leur état. On dit, d'autre part, que l'animal déhuche quand il prend la plaine pour gagner une autre forêt ; qu'il se for longe quand il prend beaucoup d'avance sur les chiens ; qu'il se fait battre quand il se fait chasser longtemps dans la même enceinte ; qu'il fait un hourvari lorsqu'il revient sur ses voies; qu'il s'accompagne quand, pour se défaire des chiens, il se mêle à d'autres animaux de même race ; qu'il se relaisse quand, fatigué, il se repose ; qu'il bat Veau quand, pour ruser ou se dérober, il se met dans les rivières ou étangs. Les chiens gardent change quand ils restent sur l'animal de chasse, prennent change quand ils chassent un animal autre que celui attaqué, balancent quand ils s'arrêtent un moment sur la voie, se rabatent quand ils trouvent et suivent bien la voie. Débarder, c'est séparer de sa compagnie un animal que l'on veut -chasser ; rembucher, c'est suivre un animal jusqu'au moment où il rentre dans son enceinte. Lorsqu'on voit la bête, on crie taïaut si c'est un cerf ou un chevreuil, ylôo si c'est un loup ou un sanglier. Enfin toute une série de locutions passées dans le langage courant sont empruntées à la langue de la vénerie : aller sur les brisées, prendre les devants, prendre le change, prendre le contre-pied, faire buisson creux, rentrer dans son fort, chercher des faux-fuyants, etc. L. S. BiBL. : V. la bibliographie de l'art. Chasse.

VENERIEU. Com. du dép. de l'Isère, arr. de LaTourdu-Pin, cant. de Crémieu ; 427 hab.

VENERN (Lac) (V. Scandinavie).

VÉNÉROLLES. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Vervins, cant. de Wassigny ; 440 hab.

VENERQUE. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Muret, cant. d'Auterive; 862 hab. Stat. de chem. de fer.

VENÊRUPIS. I. Malacologie. — Les Venerupis possèdent une coquille, perforante, transverse, inéquilatérale, à côté postérieur un peu long et légèrement baillant ; l'antérieur court et arrondi. La charnière est composée : sur la valve droite, de deux dents parallèles rapprochées, à peine divergentes, de trois sur la valve gauche. Le bord des valves est crénelé et leur surface ornée de lamelles concentriques et de stries rayonnantes. Animal possédant deux siphons inégaux séparés dans la moitié de leur longueur, terminés par de petits tentacules. Pied conique et linguiforme, souvent muni d'un byssus. Les Venerupis habitent les rochers des mers tempérées à une faible profondeur.

IL Paléontologie (V. Petricola).

VÉNES. Com. du dép. du Tarn, arr. de Castres, cant. de Lautrec; 1.006 hab.

VENESMES. Com. du dép. du Cher, arr. de Saint- Amand-Mont-Rond, cant. de Châteauneuf-sur-Cher ; 932 hab. Eglise des xii®-xiii<^ siècles.

VÉNÉSOL. Rivière du dép. de la Gironde (V. ce mot).

VENESTAN VILLE. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. de Dieppe, cant. de Bacqueville ; 342 hab.

VÉNESVILLE. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. d'Yvetot, cant. de Cany-Bar ville ; 209 hab.

VENETL Peuple gaulois de la Celtique, plus tard de la Prov. Lugdunensis III^; leur territoire, correspondant au dép. du Morbihan, s'étendait le long de la côte, à l'E. des Osismii, au S. des Curiosolitœ, au S.-O. des Redones et au N.-O. des Namnetes, Leur capitale était Darioritum (plus tard Veneti, auj. Vannes), et comme port ils avaient Vindana portus (Locmariaker). Parmi les Veneticœ insulœ, les auteurs anciens mentionnent non seulement Insula Vindilis (Belle-Isle), Siata (le Croisic) et Arica (le territoire de Guérande), mais encore quelques îles entre la Bretagne et l'Angleterre comme Sena (Sein), Uxantis (Ouessant), Riduna (Aurigny), Sarnia (Guernesey) et Cœsarea (Jersey). Soumis aux Romains par Crassus en 57 av. J.-C, les Veneti se soulevèrent peu de temps après ; ils furent défaits

VENETI — VENEÏTE

par Jules César en 56, dans une bataille navale, dans laquelle leu|; flotte de 220 navires fut anéantie. Par ordre du vainqueur, tous les habitants, pour avoir violé le droit des gens, furent vendus comme esclaves et tous leurs sénateurs furent massacrés. — Les Veneti de Tltalie, qui occupaient le N.-E. de la Gallia cisalpina, avaient, selon Polyîie, quelque ressemblance avec les Gaulois pour les vêtements et les mœurs, mais aucune pour la langue. Ils étaient probablement une race illyrienne. Leur territoire, la Venetia Histria (X'"^^ regio), s'étendait entre FAdige et la mer Adriatique et depuis les Alpes jusqu'à l'embouchure du Pô. Villes principales des Veneti : Patavium (Padoue), Altinum (Altino), Aquilée (fondée par les Romains), Adria, Atesie (Este), Concordia, Fons Aponus (Abano), Taruisium (Trévise), Vicentia (Vicenze), Opitergium (Oderzo), Feltria (Feltre) et Beluniim (Belluno). — Tacite et Pline appellent Veneti un peuple slave sur la rive dr. de la Vistule. On considère ces Veneti comme les ancêtres des Wendes. L. Will.

BiBL. : Sioc'han de Kersabiec, Etudes archéologiçiues ; Nantes, 1868. -— R.-F. Le Men, la. Cité des Osismii et la Cité des Veneti^ dans Rev. archéol.^ 1872.

VÉNÉTIE (ital. Veneto), Région N.-E. de l'Italie qui doit son nom à ses premiers habitants, les Vénètes. Elle comprend les anciens domaines continentaux de la République de Venise et forme aujourd'hui les huit provinces de Vérone, Vicence, Padoue, Rovigo, Venise, Trévise, Bellune et Udine. Bornée au N. par le Tirol et la Carinthie, à l'E. par la prov. autrichienne de Goritz et par l'Adriatique, à VO. par la Lorabardie, au S. par l'Emilie, elle s'étend sur une superficie de 24.615 kil. q., et est peuplée par 3.110.339 hab. Sa frontière N. est constituée par la chaîne ininterrompue des Alpes, qui la séparent de l'Autriche, et dont se détachent, d'abord, audessus de Vérone le Montebaldo (2.218 m.) et les monts Lessini, au-dessus de Vicence le Pasubio (2.232 m.). Après la coupure que forme dans le massif le val Sugana se dresse sur la frontière la Marmolada (3.344), la seule montagne de la Vénétie qui ait des glaciers comparables à ceux des Alpes Helvétiques ; puis commencent les Alpes de Cadore, avec leurs massifs calcaires et leurs formes géométriques, et après la Piave, la chaîne des Alpes Carniques, qui s'étend en demi-cercle jusqu'à Udine, et que perce le défilé de Pontebba (577). Après le col de Saifnitz, elles prennent le nom d'Alpes Juliennes, et se divisent en plusieurs rameaux, dont le plus occidental longe Flsonzo et forme la frontière entre l'Autriche et l'Italie. En dehors du système alpin s'élèvent, isolés dans la plaine vénitienne, quelques petits massifs d'origine volcanique : tels sont les monts Euganéens au S.-O. de Padoue (584 m.) et les monts Berici au S. de Vicence (400 m.).

Tout le littoral de la Vénétie est bordé de lagunes (V. Venlse). Le système hydrographique est très défectueux, à cause du déboisement des montagnes. La moindre pluie détermine des crues, et les fleuves ont un régime et un cours des plus capricieux. Le Pô n'appartient à la région que par sa rive gauche. L'Adige y pénètre au-dessus de Vérone, se dirige ensuite vers le S.-E., puis vers l'E. et finit dans l'Adriatique à Porto Fossone. Entre l'Adige et le Pô s'étend la Polésine, dont le sol se trouve, comme en Hollande, plus bas que les digues sans cesse exhaussées, qui en empochent les débordements. La jBr^nto sort du Valsugana, va près de Padoue se grossir du Bacchiglione, et près de Venise finir dans une embouchure artificielle qu'avait fait creuser la République. La Piave naît à 2.340 m. d'alt. dans les Alpes Carniques et arrose Bellune. Le Livenza et le Tagliamento ont un lit trop large pour leur débit ordinaire et ne se gonflent qu'au temps des crues. Les alluvions que ces fleuves apportent des Alpes donnent à la plaine vénitienne une grande fertilité. Comme la Lombardie, elle produit le riz, le blé, le maïs, le chanvre, les légumes, les fruits. On y trouve de plus quelques vins renommés, tels que le Bardolino, près du

lac de Garde, et le Valpolicella près de Vérone. Les montagnes de la province d'Udine contiennent de magnifiques forêts de châtaigniers ; dans celles de Vicence et de Bellune, la culture du tabac a donné de bons résultats. Les richesses minérales de la Vénétie sont plus abondantes que dans les autres parties de la plaine du Pô. On trouve des mines de houille près de Vicence, des mines de cuivre et de plomb près de Bellune, du marbre estimé près de Vérone, du kaolin et de la pierre calcaire dans le voisinage des monts Berici, des salines près des lagunes, enfin des eaux minérales abondantes sur le flanc des monts Euganéens. Les principales industries de la Vénétie sont les industries textiles : filature, tissage et teinture de la laine, de la soie, du chanvre et du lin. Le tressage de la paille destinée à la fabrication des chapeaux occupe les populations montagnardes ; les laiteries coopératives deviennent de plus en plus prospères. Des voies de communication nombreuses et bien entretenues permettent d'écouler tous ses produits; vers le N., trois grandes lignes, qui aboutissent à Innsbriick par la Brenner, à Vienne par Pontebba, et à Triestepar Montalcone, ouvrent des débouchés vers l'Allemagne, l'Autriche et la péninsule des Balkans. A l'intérieur, tout un réseau de bonnes routes, auquel s'est superposé récemment un réseau de tramways à vapeur, assure de faciles communications.

La population de la Vénétie est d'origine latine, mais on y trouve des traces de sang teutonique qui se sont maintenues spécialement dans les districts des Sept- Communes (Vicence) et des Treize- Communes (Vérone). Elle parle un dialecte d'une douceur singulière, que caractérisent de nombreuses syncopes et la transformation constante du ^ en ^. — Presque uniquement agricole, elle est soumise au régime du métayage, gagne peu, soufire beaucoup du poids des impôts, et fournit un contingent important à l'émigration. Les habitants du Frioul (prov. d'Udine), pénétrés par les Slovènes, forment une race et parlent un dialecte à part. — Au point de vue administratif, la Vénétie présente cette particularité que ses huit provinces sont divisées, non en circondarii ou arrondissements, mais en distretti ou districts. A. Pingaud.

VENEÏTE, Corn, du dép. de l'Oise, arr. et cant. de Compiègne; 1.100 hab.

VENETTE (Jean Fillon, dit de), chroniqueur et versificateur français, né à Venette, près de Compiègne, vers 1307, mort vers 1370. Il appartenait à l'ordre des Carmes voyagea à plusieurs reprises en Auvergne, en Provence, en Champagne, surtout à Châlons, Troyes, Reims, et c'est dans cette dernière ville qu'il vit et observa la célèbre comète de 1368, sur laquelle il a longuement discouru {Chron, de Guill. de Nangis avec les contin. , IL 378). Il fut le témoin oculaire de la plupart des événements qu'il rapporte dans sa chronique, ce qui donne à ses récits une valeur inestimable. « Sa plume indépendante et hardie retrace non seulement les faits qu'il a vus ou qu'on lui a rapportés, mais encore l'impression qu'il en a reçue. Il discute, censure, approuve avec une égale franchise les actes du pouvoir, les excès des nobles, les résistances populaires. Engagé de cœur et d'action peut-être dans les luttes intestines qui, de son temps, ont ensanglanté la France, il porte dans le récit des faits toute l'indépendance de ses idées, toute la chaleur de ses convictions. » Son style — il écrit en latin — est rude, incorrect, rempli de locutions vicieuses et d'interminables périodes, mais sous cette grossière enveloppe, pour la première fois l'histoire s'anime, se colore, revêt une allure dramatique jusqu'alors inconnue. Le fait que sa chronique se trouve, dans les deux manuscrits qui nous en restent, transcrite à la suite des continuations de Guillaume de Nangis rédigées à Saint-Denis, a été cause qu'on qualifie habituellement Jean de Venette de continuateur de Nangis. Cette qualification est cependant inexacte, car nulle part Jean de Venette ne se donne comme le continuateur de personne, '^t peut-être même n'avait-il pas lu les chroniques aux-

YENETTE — VENEZUELA

quelles depuis on a rattaché la sienne (cf. H. Géraud, Introd., p. xix). Son récit s'étend de 1340 à 4368 et, pour la plus grande partie, a été rédigée après raccompiissemont des faits qui y sont consignés, et non au jour le jour, comme l'a dit Lacurne de Sainte-Palaye (ïd., ibid., p. xxvni). Il a été publié dans le Spicilege de Dom d'Acheryj et par Géraud à la suite de la Chronique de Nangis. Jean de Yenette est aussi Fauteur d'un long poème en 35.000 vers octosyllabiques où il traduit en français, d'après un récit latin, la légende de sainte Marie, mère de saint Jacques le Mineur, de Marie Salomé et de leur servante. Ce prolixe récit composé en 1357 et où l'auteur a introduit une récapitulation de l'histoire des Hébreux depuis Abraham, de celle de la sainte Vierge, des extraits des Actes des Apôtres, etc. , est encore inédit; il se trouve dans les mss. franc. 1351, 1352 et 42468 de la Bibliothèque nationale. Am. Sâlmon.

BiBL. : J.-L. d'Achery, Veteimm aliquot scriptorum qui in Gallise Bibliothecis^ maxime Bénedictorum, latuerant, SpicHegium, 1655-77, t. XI. — Chronigue latine de Guillaume de Nangis avec les continuations de cette chronique, nouvelle édit. par H. Géraud ; Paris, 1843, 2 vol. in-8 (collection de la société de l'histoire de France). — Cf. AcHERY, Préface de son Spicilegium. — Lacurne DE Sainte-Palaye, dans Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, VIIÏ, 509, et XIII, 520. — V. Le Clerc, dans V Histoire littéraire de la France^ XXV, 129. — H. GÉRAUD, Préface de son édit., p. xix et suiv. — J. BoNNARD, Ics Traductions de la Bible en vers français au moyen âge; Paris, 1884, p. 196. — Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et des autres bibliothèques, publiés par l'Académie des inscriptions, XXXIII, l'" part., p. 44.

VENEUR (Chasse) (Y. Yénerie).

VENEUX-Nadon. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau, cant. de Moret-sur-I.oing; 4.122 hab.

VÉNÉVITINOV (Dmitri-Yladimirovitch), poète russe, né à Moscou en 1805, mort à Saint-Pétersbourg en 1827. Issu d'une famille riche, il reçut une éducation très soignée, et apprit sérieusement le grec et le latin. Il fit brillamment, ses études à l'Université de Moscou, après quoi, entré dans un service dépendant du ministère des affaires étrangères, il se consacra à la littérature. Il fut l'âme d'un petit cercle de jeunes écrivains qu'il orienta vers les études philosophiques, et qui bientôt s'unit au groupe où régnait Pouchkine. Yénévitinov aida ce dernier et Pogodine à fonder et à rédiger la revue le Messager de Moscou. Mais il mourut à vingt-deux ans, quelques mois après l'apparition de cet organe. L'édition la plus complète de ses œuvres a été donnée en 1862 par A. -P. Pialkovski, à Saint-Pétersbourg. J. L.

BiBL. : N. Barsoukov, la Vie et les Œuvres de Pogodine; Saint-PétGrsbourg, 1888, t. IL ~ Nil Kolioupanov, A.-L Kochéliev ; Saint-Pétersbourg, 1889, t. L part. 2. — M.— A. VÉNÉVITINOV, articles dans le Istoritcheski Vièstnik, 1884, t. XVII, et dans le Rouski Arhhiv de 1885 (Tous ces ouvrages sont en russe).

VENEY.Com. du dép. de Meurthe-et-Moselle, arr. de Lunéville, cant. de Baccarat; 137 hab.

VENEZUELA (EstadosUnidos de). Géographie physique. — Généralités. — République fédérale de TAmérique du Sud, dont les coordonnées extrêmes sont : 0« 50' et 1 2M 2' lat. N. et 62° 50' et 75° 50' long. 0 de Paris. Au N., le pays est limité par l'Atlantique et la mer des Antilles, mais du côté de la terre ferme les frontières ont été plus difficiles à tracer par suite des contestations avec la Colombie, le Brésil et la Guyane anglaise. La frontière colombo- vénézolane a été établie en 1891 par un arbitrage de l'Espagne qui a été surtout favorable à la Colombie : la limite part de quelques iloîs du golfe de Maracaïbo, traverse les montes de Oca en laissant à la Colombie la plus grande part du territoire de Goajira, puis rejoint la sierra Perijaa, atteint l'Arauca qui sert quelque temps de limite, suit ensuite la Meta jusqu'à son confluent avec l'Orénoque, remonte le fleuve jusqu'au delà de San Fernando de Atabapo et gagne enfin le rio Guaïnia, une des branches mères du rio Negro, qu'elle suit

jusqu'à Cocui, à la frontière brésilienne. Le Venezuela a ainsi gardé tout le territoire du Cassiquiare que la Colombie réclamait comme frontière. — La question des frontières a été réglée avec le Brésil par la convention de 1859, complétée par celle de 1883 : de Cocui elle tourne à l'E. pour gagner la sierra Parîma avec laquelle elle remonte au N., puis tourne de nouveau à TE. en suivant la crête de la sierra Pacaraïma ; enfin le mont Roraima sert de borne à la fois au Brésil, au Venezuela et à la Guyane anglaise. — Le contesté anglo-venezolan faillit amener de graves complications internationales qui seront détaillées au § Histoire, — Une sentence arbitrale du 4 oct. 1899 a fixé comme frontière la ligne qu'avait proposée Schomburgk au retour de son voyage d'exploration, saut en deux points : au delta, la limite part de la pointe de llaya et non plus de l'embouchure de PAmakuru, laissant la pointe de Barima et le bas cours de la rivière Barima au Venezuela ; sur le Cuyuni, le haut cours de la rivière, avec les mines d'or, reste également au Venezuela.

Géologie. — Le Venezuela présente en quelque sorte un résumé de Phistoire géologique de l'Amérique du Sud : au S. et à l'E., un plateau archéen, faisant suite à celui des Guyanes et qui n'a vraisemblablement pas été immergé depuis sa formation ; au N., un plissement montagneux d'âge tertiaire faisant suite au plissement des Andes et comme lui contournant le plateau archéen ; mais il en est séparé par une vaste plaine d'alluvions quaternaires, les llanos, analogue aux dépressions amazonienne et argentine. Le terrain archéen, non seulement forme le terrain apparent de la Guyane vénézolane, mais se retrouve encore à la base de la cordillère côtière. Il se compose de gneiss, de granits, d'ardoises, de schistes chloriteux, talcifères et hornblendiques, avec quelques quartzites et des calcaires cristallins pouvant passer au marbre. On croit d'ailleurs que ces formations sont métamorphiques ; elles sont la plupart du temps horizontales, surtout en Guyane. Dans la cordillère de Mérida ce sont les gneiss et les schistes argileux qui forment la plus grande partie du socle montagneux ; dans la partie orientale de la cordillère côtière, appelée par Sievers chaîne Caraïbe, ce sont les quartzites et les ardoises ; en Guyane, le granit et le gneiss alternent. Il est remarquable que la série géologique est interrompue totalement entre F archéen et le crétacique ; on ne trouve pas trace de silurien, dévonien, carboniférien, permien, triasique ni jurassique. Le crétacique forme au-dessus des roches cristallines, dans toutes les parties montagneuses du Venezuela, de puissantes couches de grès blanc, rouge ou jaune, accompagnées de grès bitumineux et de marnes gris bleu et gris foncé. On ne trouve pas de craie pure.

Ce grès, qui donne un relief beaucoup plus abrupt que les granits et les gneiss, subsiste surtout à l'état de témoins ; ainsi le mont Duida est recouvert par une masse de grès quartzeux épaisse de 1.200 à 1.500 m. ; le mont Roraïma se termine par un énorme bloc tabulaire de grès rose, sans fossiles, dont les parois à pic ont longtemps rendu l'ascension impossible. — Les formations tertiaires sont formées de grès brun avec des silex et des rognons d'argile ferrugineuse, de calcaire clair, de schistes houillers ; on y trouve aussi du gypse, de Palun, du sel gemme, du sulfate de fer, de l'ocre. Le tertiaire se rencontre surtout dans l'Etat de Tachira, à la frontière colombienne, au N. de la sierra de Mérida, mais très rarement au N. delà cordillère caraïbe. A Tachira, le tertiaire ocreux forme une montagne de 1.800 m. d'alt., aux flancs de couleur jaune d'or, ce qui l'a fait appeler Cerra de Oro. Il est vraisemblable que les formations tertiaires s'étendent sous le diluvium des llanos. Ce diluvium, très analogue à celui de l'Amazonie, paraît être formé, dans toute l'étendue des llanos, par un grès rouge, composé de fragments arrondis de quartz cimentés par une argile ferrugineuse. Ce diluvium est très riche en fossiles de grande taille : mégatherium, paresseux géant, toxodon.

VENEZUELA

glyptodon, cheval. — On trouve au Venezuela du pétrole qu*on ne sait encore s'il faut rattacher au crétacique ou au tertiaire. Enfin les géologues ont longuement discuté sur le volcanisme du Venezuela. Il n'y a pas de volcans dans la cordillère de Mérida, ni dans la cordillère caraïbe, ni en Guyane. On n'a trouvé quelques traces d'éruptions très anciennes que sur deux points : en Guyane, oU For du Cuyuni est allié à la diabase et à la diorite, et au S. de la chaîne caraïbe oîi l'on a découvert quelques diabasporphyrites et même des phonolithes. Mais il est certain que si le sol, dans les époques géologiques modernes, ne s'est pas assez fissuré pour laisser passer des épanchements volcaniques, l'activité souterraine est cependant intense au Venezuela. On en a la preuve dans les sources d'eau très chaude qui jaillissent entre Cumana etCariaco, à Calabozzo, dans les llanos d'Orituro et surtout entre Puerto-Cabello et Valencia, où la source de las Trincheras est un véritable geyser dont la température dépasse 90° C. Les tremblements de terre sont aussi très fréquents ; celui du jeudi saint de l'année 1812 fit périr 12.000 personnes à Caracas.

Relief du sol,. — Dans son ensemble, le relief du Venezuela se divise très nettement en trois parties : les montagnes côtières, les montagnes guyanaises sur la rive droite de l'Orénoque, et l'immense plaine des llanos entre les deux régions montagneuses. La chaîne côtière se divise en deux parties distinctes par leur formation géologique, par leur aspect et par leur direction : la cordillère caraïbe dirigée de TE. à l'O., et la cordillère de Mérida dont la direction tourne au S.-O. à parth' du golfe Triste ; la séparation entre les deux chaînes est bien marquée par un seuil de 360 m. d'alt. qui sépare les eaux qui s'écoulent d'une part vers le rioYaracui, d'autre part vers le rio Goejdes, affluent de l'Orénoque, par le rio Portugueza et le rio Apure. La sierra de Mérida a un caractère franchement andin, tandis que la cordillère caraïbe paraît se rattacher, par l'ile de Trinidad, à la chaîne des petites Antilles. La cordillère caraïbe se compose d'abord de la chaîne de Paria qui s'avance à l'E. en face de la pointe de Trinidad et s'étend jusqu'à la baie de Cariaco ; elle est régulière et peu élevée. Au S. de cette première chaîne court celle des monts de Cumana, beaucoup plus élevée ; le Turumiquire y atteint 2.049 m. ; le Bergantin, 1.668 m. Ces deux chaînes s'interrompent à rO. ; la chaîne de Paria est totalement coupée entre la péninsule d'Araya et le cap Codera ; les monts de Cumana s'abaissent fortement dans la prov. de Barcelone où les montagnes du Paraulata ne sont que des collines discontinues. Puis, à partir du rio Unare, les montagnes élevées reparaissent, formant des alignements parallèles, dont le plus voisin de la côte est la silla de Caracas qui atteint 2.782 m. au Naiguata. Toute cette cordillère caraïbe a ses pentes les plus abruptes du côté de la mer et c'est à peine si la silla laisse place à une étroite plage ; elle a 1.600 m. d'alt. entre Caracas et son port La Guaïra. — Les pentes les plus raides de la sierra Nevada de Mérida tombent au contraire sur les llanos. Vers le N. la pente est plus douce vers la lagune de Maracaibo et le golfe de Venezuela. La cordillère de Mérida est la seule qui, au Venezuela, mérite le surnom de n évada, neigeuse; plusieurs de ses pics atteignent 4.000 m. et cinq d'entre eux dépassent la limite des neiges perpétuelles sous ce climat équatorial ; les deux principaux sont le Coluna et le Concha qui ont 4.700 m. d'alt. ; le glacier du Concha alimente de glace la ville de Mérida. Les hautes vallées situées à plus de 3.500 m. ne sont pas rares, et la rigueur du climat y est telle que ce sont des jmramos^ régions sans arbres, couvertes seulement d'herbe, de mousses et de lichens.

Entre les montagnes côtières et l'Orénoque s'étendent les immenses plaines des llanos qui occupent une surface de 500.000 kil. q. Cette plaine n'oifre cependant pas un aspect uniforme. On y distingue d'abord les llanos altos,

au S. de la cordillère de Mérida, et les llanos baps, au bord de l'Apure et de l'Orénoque. En beaucoup d'endroits le sol se renfle en formant des bancos, et les vallées des cours d'eau, creusées par une érosion puissante, forment des précipices à parois verticales appelés barrancas, séparant de véritables plateaux, les mesas ou tables.

Dans la région guyanaise le relief n'a pas de direction définie, sauf à la frontière même du Venezuela ; peut-être d'ailleurs ne faut-il considérer les sierras Parima et Pacaraïma que comme le bord du plateau guyanais, séparé du plateau brésilien par la dépression de l'Amazone. Dans l'intérieur du pays, il n'y a de montagnes que là où l'érosion n'a pas enlevé la couche de grès tertiaire ; dans l'intervalle de ces témoins s'étendent des savanes. — La sierra Parima a reçu ce nom en souvenir du lac mythique de Parira ou de la Grande Eau sur les bords duquel Walter Raleigh et beaucoup d'autres conquistadores croyaient trouver le Dorado. La sierra Parima est fort peu connue actuellement encore, l'explorateur de cette contrée, Chaffanjon, ayant perdu ses cartes et ses documents au retour sur les rapides de l'Orénoque qui brisèrent sa pirogue. — Au N.-O. de la sierra Parima, de hautes montagnes sont disposées irrégulièrement jusqu'à l'Orénoque : telles sont le cerro Duida, pyramide de 2.474 m., qu'on aperçoit de fort loin sur le fleuve, le mont Maraguaca (2.508 m.), le Maparana (2.187 m.), le cerro de Neiva (1.838 m.), le Yaruari (2.258 m.), le Canavana (1.884 m.). Au N. de la sierra de Pacaraïma, on peut distinguer quelques alignements du S.-E. au N.-O., c.-à-d. continuant la direction des monts Parima. Ces montagnes sont en général peu élevées ; on peut y citer le Chanaro (1.672 m.), le Turagua (1.838 m.), le Tacuto (1.048 m.). Enfin, à l'extrémité S.-E. du Venezuela, l'énorme masse du Roraima se dresse à 2.286 m., terminé par un plateau long de 6 kil. Le Roraima fut gravi pour la première fois en 1885 par Im Thurn et Perkins, et depuis il est visité régulièrement par les chercheurs d'orchidées.

Climat. — Nous manquons de données scientifiques sur le climat du Venezuela ; il n'existe que depuis peu un observatoire météorologique à Caracas ; nous sommes presque réduits aux chiffres de Codazzi, vieux d'un demi-siècle et peu certains, et aux observations passagères des explorateurs. Nous ne savons à peu près rien des conditions barométriques. D'une façon générale, la chaleur est très intense, surtout dans les llanos, où passe l'équateur thermique. Mais ces conditions générales sont fortement influencées par des particularités locales ou par l'altitude. Le Venezuela étant un pays qui a de hautes montagnes, on y trouve des terres chaudes, tempérées et froides. En adoptant les moyennes probables de 25^ à 29^ C. pour la température des régions basses, on fait commencer les terres tempérées (moins de 25°) à 550 m. d'alt. et les terres froides (moins de 15°) à 2.200 m. Tandis que les villes des hautes vallées, Caracas, Valencia, Barquisimeto, Mérida ont une température supportable et même agréable, trois villes de la côte ont la réputation d'être particulièrement chaudes : Maracaïbo, Puerto-Cabello et La Guayra. Cette dernière ville, adossée à la Silla, a une moyenne qui dépasse probablement 29° C. et a mérité le surnom d'infierno de Venezuela (enfer du Venezuela). A Caracas, Humboldt a observé des températures diurnes variant de 20° à 26° et nocturnes de 16° à 18°. Il n'est pas rare d'ailleurs que la température d'une nuit étant de 18°, celle du jour suivant soit de 24°, écart considérable pour un pays équatorial. Ces chiffres sont confirmés par ceux donnés récemment par l'observatoire Cagigal. Entre les vallées "de Caracas et d'Aragua, de Humboldt a trouvé, par 415m. d'alt., une température moyenne de 17° à 18° au mois de février. Dans les llanos, en revanche, partout où la terre était dépouillée de végétation, il a observé 48° à 50° C. Pendant la saison des pîuieg, la température des llanos est plus chaude que dans la saison sèche, à cause de l'écran des nuages qui, la nuit, renvoie vers la terre

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la chaleur que celle-ci rayonne. Les températures trouvées par Cari Sachs à Calabozzo de déc. 4876 à févr. 4877, par 1 5U m. d'alt. , sont un peu inférieures à celles de Humboldt, tout en restant considérables : 22** à 25^ avant le lever du soleil ; 34*' à SS** entre une heure et deux heures^ de l'après-midi. — Pour la Guyane vénézolane, nous n'avons que quelques observations de Schomburgk qui a mesuré au mois de septembre, à 7 heures du matin, une moyenne de 22°,4 pour la température de Tair et une température de 24° à 25** pour les eaux du rio Mazaruni et du rio Guy uni ; or on sait que la température de l'eau, dans les pays tropicaux, est supérieure d'environ un degré à la température moyenne annuelle de l'air. — Le régime des vents et des pluies est un peu mieux connu, encore que nous ayons peu de données sur la masse annuelle des précipitations. Sur la côte, l'alizé de l'hémisphère N, souffle toute l'année, mais sa direction change un peu avec les saisons, en raison du déplacement des faibles pressions équatoriales. De novembre-décembre à avril-mai, l'alizé souffle de l'E. et du N.-E., pendant le jour, et est remplacé la nuit par la brise de terre. Mais de novembre à janvier, l'alizé est aussi parfois remplacé par des vents du N. qui ne sont autres, probablement, que les « Northers » venus de la partie N. du continent. De mai à novembre^ l'alizé du N.-E. tombe souvent et est remplacé par des vents faibles et variables du S.-E., du S.-O. et de l'O., appelés Vendauales ou vents calmes. L'alizé et les vendavales apportent des pluies, mais surtout les derniers ; d'ailleurs les précipitations sont relativement faibles et certains points, comme Macaraibo et Cumana, sont particulièrement pauvres en pluies. Sur les forêts du delta de rOrénoque, il pleut au contraire toute Tannée, et la masse annuelle dépasse 2"% 50. Mais sur les llanos, il y a des saisons humides et des saisons sèches nettement délimitées. La description qu'a laissée Humboldt du climat des llanos est restée classique et elle a été confirmée sur la plupart des points par les explorateurs plus récents. De novembre à mars, il pleut à peine ; même les nuages sont une rareté, quoique Jonas en ait observé à plusieurs reprises. En général, le ciel est d'une pureté extraordinaire et l'air extrêmement sec. Le vent, qui n'est autre que l'alizé desséché par les montagnes côtières, souffle alors de l'E. et de l'E. -N.-E. En mars, l'air devient plus humide et les étoiles sont souvent entourées d'un halo ; le vent devient irrégulier et souvent entrecoupé de calmes complets ; dans le S. montent des nuages. En avril commence la saison des pluies qui dure jusqu'en novembre., sauf pendant une petite interruption vers la fin de juin, que l'on appelle Veraniio de San Juan. Pendant la saison des pluies, le vent souffle de l'O. et du S.-O., et le ciel est constamment gris. D'après ces renseignements, confirmés par tous les explorateurs, on voit donc que l'alizé n'est cause de pluie dans ces régions que sur la côte ; à l'intérieur, la pluie est apportée par des vents d'O. D'ailleurs, c'est le régime commun à toute la partie de l'Amérique du Sud tropicale, située à l'E. des Andes ; c'est dans la forte évaporation qui se produit au-dessus des forêts amazoniennes qu'il faut chercher l'origine de la vapeur d'eau précipitée sur le continent sud-américain. — Il faut ajouter que ces fortes pluies, dont la masse annuelle dépasse 2 m. sur la plus grande partie du Venezuela et 5 m. dans les forêts du Cassiquiare et du llaut-Orénoque, sont toujours le résultat d'orages qui éclatent régulièrement tous les jours de la saison des pluies entre -1 heures et 6 heures de l'après-midi. La tension électrique est alors très considérable, et, dans les forêts de Zulia, Sievers a observé pendant toute la durée de l'orage une lueur électrique ininterrompue. Il est remarquable aussi que, comme dans toute l'Amérique du Sud tropicale, il est rare que la foudre cause des incendies, môme quand la neutralisation électrique s'opère entre les nuages et la terre. — Le climat du Venezuela est relativement sain, surtout dans les vallées un peu élevées. On a remarqué que le vomito

negro, qui était endémique dans tous les ports de la côte, a diminué en fréquence à La Guayra et même à Maracaibo, grâce à une meilleure hygiène. Cependant il a fait son apparition en 4884 à Caracas, où il était inconnu jusque-là. La dysenterie est plus redoutable, et il est rare qu'on y résiste si l'on est déjà atteint par une autre maladie. Il est remarquable enfin qu'au rebours des Européens que l'excès de chaleur abat, les indigènes sont pris de fièvre quand ils séjournent dans l'air humide et froid des paramos.

Hydrographie. — Le territoire du Venezuela est essentiellement la région drainée par rOrénoque et ses affluents, quoique la partie supérieure de plusieurs d'entre eux et le cours entier de quelques-uns appartiennent à la Colombie. L'Orénoque est aussi appelé Paragua, nom analogue à Paraguay, grande eau, et Oriniicu a peut-être le même sens. C'est un fleuve énorme, dont nous ne connaissons encore exactement ni la longueur, ni le débit, mais qui est probablement le huitième fleuve du monde. Malgré quelques rapides, d'ailleurs peu importants relativement à la masse des eaux, l'Orénoque peut être considéré comme ayant atteint son profil d'équilibre, et son réseau hydrographique est parvenu à sa maturité. Cette maturité est même avancée, et c'est par un méandre divagant que l'on croit devoir expliquer sa bifurcation vers le rio Negro par le Cassiquiare. On ne peut guère en effet voir là un phénomène de capture : l'Amazone et le rio Negro sont encore plus achevés que l'Orénoque, et il est peu probable qu'à une époque toute récente le Cassiquiare ait eu la force de pousser sa tête en amont. D'après Chaffanjon, cette bifurcation ne serait pas ancienne, elle serait due à une inondation un peu plus forte que d'habitude qui aurait creusé un premier chenal, approfondi depuis et dont le creusement continuerait d'une façon sensible. Cette bifurcation a été pour la première fois mise en lumière par Humboldt ; mais elle avait été reconnue avant lui, et c'est sans doute à ce fait qu'il faut attribuer la légende du grand lac Parim d'où seraient sortis tous les fleuves de la région. — L'Orénoque a encore ceci de remarquable qu'il ne coule pas au centre de la plaine des llanos, mais qu'il contourne le pied même du plateau de Guyane. Il faut sans doute voir là un phénomène analogue à celui de la Tlieiss que ses affluents descendus des Karpates ont refoulée, par leurs alluvions, d'une centaine de kil.vers rO. En effet, les affluents de la r. dr. de l'Orénoque, coulant sur un plateau depuis longtemps soumis à l'érosion, ne devaient plus guère travailler quand s'est produit le plissement andin. Les torrents des Andes ont au contraire amené des masses énormes d'alluvions qui non seulement ont formé les llanos, mais ont repoussé le fleuve collecteur jusqu'à une limite qu'il ne pouvait franchir.

Dès le xvin® siècle, les Espagnols, au cours de leurs démêlés avee les Portugais du Brésil, avaient cherché à résoudre la question des sources de l'Orénoque. En 4760, Diaz de la Fuente remonta le fleuve jusqu'aux rapides appelés Raudalde los Guaharibos. En n64, Bobadilla ne parvint même pas jusqu'à ce point. En 4840, Schomburgk, ayant franchi la sierra Parima, descendit le rio Padauro, qui est aussi puissant que l'Orénoque lui-même quand il conflue avec lui. Enfin, en 4888, Cliaffanjon franchit le rapide des Guaharibos, puis le salto de la Desolacion, appelé depuis salto de los FranceseSj et atteignit le ruisseau initial. D'après l'explorateur français, ce ruisseau descendrait d'une montagne haute de 4.200 à 4.400 m., qu'il a appelée le pic Ferdinand de Lesseps.

L'Orénoque coule d'abord de l'E. à l'O. et il ne reçoit pas d'aftluents importants avant sa bifurcation vers le Cassiquiare ; il reçoit sur sa rive droite le rio Ventuari, puis tourne au N. à San Fernando de Atabapo où confluent l'Atabapo, l'Inirida et le Guaviare, et qui peut ainsi devenir un centre commercial très important. L'Oré* noque reçoit plus au N. sur sa gauche la Vichada et est

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obligé de franchir des seuils de granit par deux rapides : le raudal de Maipures et le raudal d'Atures, que l'on contourne au moyen de portages. Au N. de ces rapides, rOrénoque reçoit le Meta qui vient des Andes et dont une des branches mères est peu éloignée de Bogota et du rio Magdalena. Le Meta a 2 kil. de large pendant la saison des pluies, et il pourrait donner passage aux grands navires s'il n'était encombré d'Ilots. Viennent ensuite confluer, toujours à gauche, l'Arauca et surtout l'Apure dont rOrénoque inférieur continue dès lors la direction vers l'E. L'Apure est la grande voie navigable des llanos vénézolans; profond, sans rapides, il peut être remonté par les vapeurs jusqu'à 500 kil. de l'embouchure. Ses eaux jaunies par les boues des llanos demeurent longtemps distinctes des eaux claires de l'Orénoque. L'Apure reçoit le Porlugueza, également navigable et grossi lui-même du Cojedes. — Du plateau guyanais, rOrénoque reçoit le Cuchivero, le Caura, le Caroni, le Yuruari. Pendant les fortes pluies, le Caroni communique avec le Cuyuni, affluent de TEssequibo. — Dans son cours inférieur, l'Orénoque subit l'influence de la marée jusqu'à 400 kil. de son embouchure. A Ciudad-Bolivar, il roule déjà 42.000 à 14.000 m. c. à la seconde, et il a encore des affluents à recevoir. Sa profondeur dépasse parfois 50 m., et la crue atteint i2à d5m.;ilya deux crues, la première d'avril en août, une plus petite en novembre, la crue des morts. Pendant la grande crue, les eaux forment aux confluents de véritables mers intérieures. — Les alluvions de l'Orénoque, protég:ées contre les effets du courant maritime par l'île Trinidad, ont formé à l'embouchure un vaste delta dont la surface est d'environ 17.500 kil. q. Le bras principal, la boca del Navios, continue à couler dans la même direction que le fleuve, de rO. à l'E. Mais le bras occidental, le Marramo, tourne au N. pour aller se jeter dans le golfe de Paria. Entre ces deux bouches s'entre-croisent une infinité de bayous, dont le cours se déplace sans cesse et dont le principal, celui de Macareo, est le chemin le plus court suivi par les navires entre Puerto-Espana et Ciudad-Bolivar. Il n'y a en tout que sept bras accessibles aux grands navires. Au bec du delta, la profondeur du fleuve dépasse 100 m.; la distance de la Bouche des Navires au Marramo est de plus de 300 kil. Le courant maritime qui longe la côte N. de l'Amérique du Sud pénètre en partie dans le golfe de Paria où, mélangé aux eaux de l'Orénoque, il produit des tourbillons, et d'où il sort, entre Trinidad et la presqu'île de Paria, par la Bouche du Dragon.

Les cours d'eau vénézolans qui ne dépendent pas de rOrénoque sont peu importants, A l'E., le rio Cuyuni n'a que son cours supérieur en Venezuela et le rio Mazaruni sert quelque temps de frontière ; tous deux s'en vont rejoindre l'Essequibo. — Parmi les cours d'eau de la chaîne côtière, il n'y a guère à citer que l'Unare qui sort des monts de Cumana ; les ruisseaux qui descendent de la cordillère de Mérida comblent peu à peu la lagune de Maracaïbo. Tout à fait à l'O., le Catatumbo vient de Colombie et reçoit le Zulia, grossi du Tachira. La lagune de Maracaïbo ou sac de Venezuela a des eaux douces jusqu'à quelques kilomètres du goulet qui est fermé par deux seuils recouverts de 3 m. d'eau ; cependant la marée s'y fait un peu sentir. La lagune a une profondeur maxîma de 120 m., 600 kil. de tour et une superficie de 21.740 kil. q. — Entre les chaînons de la cordillère se trouvent plusieurs lacs d'effondrement dont le principal est celui de Tacarigua ou de Valencia, célèbre pour la beauté de ses rives. Actuellement sa profondeur maxima est de 92 m. et sa profondeur moyenne de 32 m. Mais le niveau a baissé, ce que Humboldt attribuait au déboisement. Il semble d'ailleurs qu'un certain équilibre s'établit, et en 1882 Sievers constata qu'il remontait un peu. Flore et Faune (V. Amérique du Sud).

Ethnographie. — Les nombreux travaux sur l'ethnographie sud-américaine ne sont pas parvenus à élucider

tous les points douteux. Cependant, on se croit aujourd'hui autorisé à distinguer parmi les indigènes du Venezuela trois grands groupes d'origine différente. Les aborigènes, ou au moins les plus anciennement établis dans la région, ont été appelés Maïpures par L. Adam, Arawaks par von den Steinen ; ce sont eux qui ont eu le plus à souffrir de l'invasion des Caraïbes, et ils ont été, pour la plus grande partie, refoulés vers le S. où ils s'étendent très loin jusqu'en Bolivie. Une seconde race, celle des Mayscas ouChibchas, est venue des hauts plateaux de l'O. où elle avait la même civilisation que les Quichuas du Pérou, et s'est fixée dans les vallées de la Cordillère de Mérida. Enfin, la plus grande partie du territoire vénézolan, surtout la Guyane et le N. des llanos étaient occupés, au moment de la conquête espagnole, par une seconde nation conquérante, les Caraïbes. On a longtemps attribué les Antilles comme pays d'origine aux Caraïbes ; mais les travaux linguistiques de von den Steinen et d'Ehrenreich semblent prouver qu'ils sont, au contraire, venus du plateau brésilien. Tous les indigènes ont certains traits de ressemblance : la chevelure épaisse, noire et lisse, la barbe rare, le menton court, les yeux petits et enfoncés, les mâchoires vigoureuses et les dents très belles. Mais la hauteur de la taille, la forme du crâne sont différentes; les Muyscas de Mérida sont remarquablement dolichocéphales. La couleur de la peau n'est pas non plus Ja même chez toutes les tribus; d'une manière générale, les Andins sont brun olivâtre, tandis que le jaune domine chez les habitants des plaines. — Beaucoup de tribus ont disparu, moins encore peut-être par destruction que par métissage avec les blancs et les nègres. Parmi les tribus encore existantes, on peut citer : les Guaraunos, dans les îles du Delta et sur les terres basses avoisinantes, où ils se réfugient dans les palmiers pendant l'inondation ; les Otomacos qui, il y a un siècle, vivaient sur l'Orénoque, entre les confluents de l'Arauca et du Meta, et qui, depuis, se sont enfoncés à l'O. dans les llanos ; les Guaicas, les Guaharibos, sur le haut Orénoque; les Banivos, qui récoltent le caoutchouc, sur T Atabapo et le bas Guaviare ; les Guahibos sur le Vichada ; les Yarouros, qui ont remplacé les Otomacos, au confluent de l'Arauca; les Piaroas qui sont, avec les Guaharibos, les bateliers des cataractes. En général, les tribus du Nord et de l'Ouest en contact plus direct avec les Européens et plus sujettes au métissage, sont agricoles et pacifiques, tandis que les tribus guyanaises sont encore sauvages et vivent de chasse.

Parmi les premiers colons, les Castillans purs ont été très rares ; l'origine de la population blanche se compose de Catalans et surtout de Basques, qui ont fondé La Guayra, Puerto Cabello, Calabozzo. Bolivar descendait d'ancêtres basques. — Sous la domination espagnole, on importa un assez grand nombre de nègres esclaves ; ils étaient 62.000 au temps de Humboldt. Depuis l'indépendance, l'immigration est assez faible en comparaison de celle qui se produit dans certains pays de l'Amérique du Sud. Les immigrants sont des Français, des Italiens et des Allemands, qui ont, jusqu'ici, occupé les postes d'ingénieurs et ont exécuté les travaux publics. La naturalisation est, d'ailleurs, très facile ; tous les enfants nés dans le pays sont considérés comme Vénézolans et, en pratique, les immigrants obtiennent les droits de citoyen par le fait même de leur arrivée dans le pays. Dans les villes situées à une certaine altitude, l'acclimatation des Européens est assez facile.

Démographie. — Comme dans toute l'Amérique du Sud, les villes sont très régulièrement bâties : au milieu est une place carrée d'où partent des rues à angle droit. Les maisons, en prévision des tremblements de terre, sont construites légèrement en petits cailloux, rarement en pierres de taille ; le toit est en tuiles dans la ville même et formé de paille ou de palmes dans les faubourgs. Les bâtiments sont construits autour d'une grande cour ou patio où il n'est pas rare de voir des animaux vivants :

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singes, cliats- tigres, perroquets, oiseaux de toute espèce. Le mobilier est généralement simple. Les hautes classes s'habillent de vêtements noirs ou foncés, malgré la chaleur ; mais les hommes du peuple ne portent qu'un pantalon de treillis et une chemise avec des chaussons et un chapeau de paille. — L'objet le plus important de l'alimentation est le maïs, quoique l'on cultive du froment et que Ton en importe. Puis viennent le sucre, la viande, le café, le fromage, les bananes, les gelées de fruits. La boisson principale est fournie par le jus de canne à sucre, frais ou fermenté. Cependant, depuis quelques années, les Européens ont introduit l'usage de la bière. Enfin, l'une des caractéristiques de la vie au Venezuela, c'est l'emploi de lane comme bête de somme principale.

Les principales villes sont dans la région côtière, en allant de TE. à l'O. : Cumana, la première en date des villes fondées au Venezuela, en 4520, sous le nom de Nuevo Toledo; elle s'appela ensuite Nueva Cordoba; le rio Cumana sur lequel elle est bâtie s'appelle aujourd'hui Manzanarès; son port est peu fréquenté. — Barcelona fut fondée par les Catalans en 4657; son port est Guanta. Barcelona avait, en 4894, 42.785 hab. — La Guayra est le principal port du Venezuela ; la ville est accrochée au rocher ; elle est assez salubre, mais très chaude. Elle sert de port à Caracas dont elle n'est éloignée que de 9 Ml. à vol d'oiseau ; mais le chemin de fer qui relie les deux villes, obligé de contourner la Silla, a '{7 kil. de long. — Caracas fut fondée en 4567, sur le territoire de la tribu des Caracas, dont elle a gardé le nom ; elle fut pillée en 4595 par le flibustier anglais Drake. Elle est située à 920 m. d'alt. moyenne ; les maisons sont légères et basses en prévision des tremblements de terre ; le climat y est agréable. Caracas est la capitale fédérale de la Répubhque. Sa population était, en 4891, de 72.429 hab. — Dans la vallée de l'Aragua, appelée souvent simplement la Vallée, les villes sont nombreuses : Victoria, Cmdad de Cura (42.498 hab.), Maracaï, Turmero,Valencia(38.654hab.), reliée par un chemin de fer à Puerto Cabello, port très sûr sur la mer Caraïbe. — A l'embouchure du rio Aroa est Puerto Tucacas, qui sert d'embarcadère aux minerais de cuivre. — Barquisimeto (31.476 hab.) fut fondée en 4552, auprès de mines aujourd'hui abandonnées. — A la base de la langue de terre qui unit le continent à la presqu'île de Paraguana est Coro. -*- Sur la lagune de Maracaïbo, Zulia et Maracaïbo (84.784 hab.) sont peut-être destinés à devenir des ports importants. — Dans la Cordillère, Trujillo, et surtout Mérida, comptent parmi les séjours les plus agréables du pays. Mérida, à 4.600 m. d'alt., jouit d'un climat tempéré dont la moyenne ne dépasse pas 46° à 47° C. — Les villes des llanos sont beaucoup moins importantes; ce sont : Tachira, Calabozzo, San Fernando de Apure. — Enfin, sur l'Orénoque, on ne trouve que des villages : Esmeralda, San Fernando de Atabapo, Caïcara. Seule Ciudad Bolivar, qui avait, en 4894, 44.686 hab., est en passe de devenir une grande ville depuis que la découverte des mines d'or du Yuruari, en 4840, lui a donné un essor subit. Ciudad-BoHvar changea plusieurs fois de place; en 4764, les habitants s'établirent sur l'Angostura ou détroit de TOrénoque; en face, sur l'autre mQ, s'est construit le faubourg de Soledad, où doit aboutir le chemin de fer de Caracas. Sur les pentes des collines les riches Bolivariens ont bâti des villas ou morichales, ainsi nommées de l'abondance des palmiers maurices. Outre le marché de l'or, Ciudad Bolivar a encore les principales fabriques de cigares et sert de débouché aux produits des llanos. Son commerce principal se fait avec Puerto Espana de Trinidad.

La population du Venezuela, sauf dans la région côtière, est très clairsemée. D'après le recensement de 4894, elle se composait de 2.323.527 individus, dont 4 million 437.439 hommes et 4.486.388 femmes. La population indienne était en 4890 de 326.000 individus, dont 66.000 indépendants, 20.000 soumis et 240.000 civihsés» Une

évaluation de 4894 porte la population à 2.444.846 hab*, ce qui donne pour une superficie de 972.000 kil. q., une densité moyenne de 2,5 au kil. q. Le nombre des étrangers est de près de 45.000, comprenant : 44.000 Espagnols, 44.000 Colombiens, 7.500 Anglais, 4.000 Hollandais, 3.500 Italiens, 3.000 Français, 4.000 Allemands.

Géographie politique. — La ^constitution actuelle du Venezuela date de 4864; elle a été en partie revisée en 4884. Elle est faite sur le modèle de celle des Etats-Unis du Nord, mais avec des garanties beaucoup plus grandes d'autonomie pour les Etats fédérés. A la tête du pouvoir exécutif central est le président, élu pour deux ans, qui gouverne avec un ministère de six membres et un conseil fédéral de dix-neuf membres ; le conseil fédéral est nommé par le congres tous les deux ans, et il choisit l'un de ses membres comme président; celui-ci est par là même président de la République. Ni le président, ni les membres du conseil fédéral ne peuvent être réélus immédiatement à l'expiration de leur mandat. Le président n'a pas le droit de veto. — Le pouvoir législatit fédéral est confié à un congrès de deux Chambres : le Sénat, composé de trois sénateurs pour chacun des huit Etats et pour le district fédéral, et la Chambre des représentants, composée à raison de un député pour 35.000 hab. Les sénateurs sont élus pour quatre ans par la législature de chaque Etat, et les représentants pour une même période par le suffrage universel et direct. Les assemblées des Etats sont aussi élues au suffrage universel; les Etats ont leurs budgets et leurs cours de justice particulières ; le principal but de la fédération est la défense commune. — Jusqu'en 1881, le Venezuela fut divisé en 24 Etats avec leurs territoires ; mais à cette date la division fut remaniée en 8 grands Etats, subdivisés en districts ; il y a en outre un district fédéral, deux colonies nationales et huit territoires. Les huit Etats sont ceux de Miranda, Carabobo, Bermudez, Zamora, Lara, los Andes, Falcon et ZuHa, Bolivar. En 4899, un acte du congrès a proposé le rétablissement de la division en 20 Etats. C'est aujourd'hui un fait accompli. Voici les noms des Etats : Bolivar, Guzman Blanco, Guarico, Carabobo, Borquisimeto, Falcon, Portugueze. Yaracui, Cojedes, Zamora, Apure, Guzman, Tachira, Trujillo, Barcelona, Maturin, Cumana, Zulia, Nueva Esparta, Guayana ; Caracas forme en outre le district fédéral. 11 est d'ailleurs impossible de donner la population et l'exacte superficie de ces divers Etats, aucun recensement n'ayant eu lieu depuis 4891. On doit en établir un en 4902. — La religion catholique romaine est religion d'Etat ; mais les autres cultes sont tolérés, à condition de ne pas se livrer à des manifestations extérieures. En 4894, il y avait 3.575 protestants, 444 juifs, 5.906 autres dissidents. — En 4870, l'instruction a été déclarée obligatoire ; à ce moment, 4Ô % seulement de la population adulte savaient lire et écrire. 11 y a actuellement 4.450 écoles fédérales et 450 écoles d'Etats; il y a en outre 4 écoles normales et 4 école de commerce et d'industrie. L'instruction supérieure est donnée dans 2 universités, 22 collèges fédéraux^ 44 collèges nationaux de jeunes filles, 4 école des beaux-arts, 4 école de musique, 4 école polytechnique, 4 école navale. Il y a à Caracas une bibliothèque nationale contenant 32.000 vol. et un musée.— La justice est rendue par une cour suprême fédérale, une cour d'appel suprême, dans les Etats par des cours civiles et criminelles, dans les districts par des juges municipaux. — En 4898, l'armée permanente comptait 3.600 hommes répartis en 40 bataillons. Outre l'armée régulière, il y a dans chaque ville une milice nationale, composée des hommes de dix-huit à quarante-cinq ans. En 4889, le nombre des hommes légalement en état de porter les armes était de 250.000. La flotte se compose de 3 vaisseaux à vapeur, 2 croiseurs et quelques canonnières.

Géographie économique. — Les prévisions du budget de 4899-4900 étaient de 38.877.480 fr. pour les recettes et les dépenses. Mais celles-ci sont généralement

VENEZUELA

supérieures aux premières. La dette extérieure du Venezuela commença en 1834, quand il prit sa part de la dette colombienne. Elle s'élevait alors, avec les intérêts, à 69.869.900 fr. En 1884, cette dette fut consolidée à 68.750.000. fr. en vue de l'amortissement. Le 1®^ juil. 1898, cette dette était réduite à 65.955.000 fr., au moment où le Venezuela fit un emprunt de 50 millions, portant 5 o/o d'intérêt, pour la construction de chemins de fer. La dette extérieure est donc actuellement de 115 millions 955.000 fr. La dette intérieure, au 31 déc. 1898, était de 79.783.511 fr.

La surface du Venezuela, au point de vue de l'agriculture, est naturellement divisée en trois zones : la zone agricole proprement dite, les pâturages et les forêts. Dans la première, on cultive la canne à sucre, le café, le cacao, les céréales ; la seconde est consacrée à l'élève du bétail ; dans la troisième, on récolte le caoutchouc, le copahu, la vanille. La surface plantée en café est estimée à près de 100.000 hect., et 52.000 tonnes de graines sont annuellement exportées. Il y a environ 38.000 plantations de caféiers et 5.000 de cacaoyers. Les 11.000 plantations de canne à sucre ont été florissantes jusqu'à ce moment, grâce à l'interdiction d'importer du sucre étranger, interdiction qui a été supprimée récemment. De grands efforts ont été faits pour introduire les machines agricoles. Tout le territoire est considéré comme domaine public, et le conseil fédéral peut concéder des terres aux immigrants à raison de 1 hect. par membre de la famille. Un cinquième de la population du Venezuela est occupé dans les travaux agricoles. Le nombre des animaux est estimé ainsi qu'il suit : 2.000.000 de bœufs, 176.000 moutons, 1.600.000 chèvres, 191.000 chevaux, 89.000 mulets, 312.000 ânes, 1.600.000 porcs.

Le Venezuela possède de nombreuses richesses minérales. L'or est exploité dans le territoire du Yuruari où la production a diminué depuis quelques années: de 233.935 onces en 1884, elle est descendue à 88.834 en 1889, 52.925 en 1894, 39.500 en 1898. Les rivières sont en effet de moins en moins riches, et il faudrait exploiter industriellement le quartz aurifère. — H y a quelques mines d'argent dans les Etats de Bermudez, Lara et los Andes. Il existe aussi du cuivre, du fer, du soufre, de la houille, du plomb, du kaolin. Les mines de sel sont sous l'administration du gouvernement. Il y a du pétrole à Tachira, mais les capitaux manquent pour l'exploitation. Autour de l'Ile Marguerite et des îlots voisins, on pêche des perles fines : cette industrie emploie 400 bateaux et produit annuellement pour 500.000 fr. de perles. — Le Venezuela n'a aucune industrie, etil importe tous les produits manufacturés dont il a besoin, même les sacs nécessaires à l'emballage de ses produits naturels. La grande difficulté qui empêche le développement économique du Venezuela est en effet le manque de main-d'œuvre. On n'a pas encore fait appel aux coolies hindous ou chinois, et les indigènes, blancs ou métis, se refusent à tout travail.

Quoique le Venezuela soit obligé de tirer de l'étranger tous les produits manufacturés, le chiffre de ses exportations est supérieur à celui des importations. Nous manquons de chiffres précis sur l'importation. Le Venezuela a exporté en 1889-90 pour 1 00.900.000 fr. de produits ; en 1895-96, pour 111.500.000 fr. La principale matière exportée est le café qui s'en va vers la France, l'Allemagne, les Etats-Unis et l'Italie; en 1897-98, LaGuayra a exporté 13.809 tonnes de café, Puerto Cabello, 13.023 1., Maracaïbo, 26.495 t., Ciudad Bolivar, 119 t. L'exportation du cacao a été de 5.787 t. ; celle des cuirs et peaux, de 3.454 t. ; celle du caoutchouc, de 580 t. ; celle du quinquina, de 13.094 kilogr. Le reste des exportations consiste en sucre, copahu, plumes et bois de teinture ; l'or en barre exporté pèse environ 1.200 kilogr. — Les principaux articles importés sont des comestibles, de la quincaillerie, de la houille, du ciment, des charpentes et des machines. — Le mouvement du port de La Guayra a été

en 1898 de 432 navires jaugeant 473.164 t. ; celui de Ciudad Bolivar, de 129 navires jaugeant 44.088 t. ; celui de Puerto Cabello, de 152 navires jaugeant 213.788 t., celui de Maracaïbo, de 302 navires jaugeant 29.220 t. Il y avait au Venezuela, en 1898, 11 navires à vapeur de 2.183 t., et 17 navires à voiles de 2.760 1. — En 1899, la longueur des chemins de fer exploités était de 850 Idl. D'autres lignes sont en construction ou en projet. Une ligne de bateaux à vapeur relie Puerto Cabello à Ciudad Bolivar, et un service analogue a été établi en 1896 sur le lac de Valencia. — - Il existait, en 1898, 214 bureaux de poste, 6.210 kil. de lignes télégraphiques avec 113 bureaux, et deux compagnies de téléphones. — En juil. 1896, il fut décrété que l'émission du papier monnaie par l'Etat devait cesser, et que l'on ne devrait plus frapper de monnaie d'argent et de nickel sans une loi du congrès ; cette décision marque un acheminement vers l'étalon d'or unique. L'unité monétaire est le bolivar, qui vaut environ 1 fr. Le dollar d'argent vaut 5 bolivars. Le pero, qui n'est qu'une monnaie de compte, vaut 4 bolivars. Pour les poids et mesures, on a adopté légalement le système métrique ; mais les anciennes mesures espagnoles sont plus généralement employées.

Histoire. — Colomb découvrit la côte de Paria dans son troisième voyage le 31 juil. 1498. En 1499, Alonso de Ojeda, Juan de la Cosa et Amerigo Vespucci étant entrés dans le lac de Maracaïbo, y découvrirent un village bâti sur pilotis qu'ils appelèrent « petite Venise », Venezuela, nom qui s'étendit par la suite à tout le pays. Cependant l'exploration de l'intérieur ne partit pas de là, mais de Coro où Charles-Quint avait établi en 1527 des colons d'Augsbourg. Dès lors, la conquête s'opéra, comme dans toute l'Amérique, par les moyens les plus violents ; Alfinger a acquis au Venezuela une réputation aussi sanguinaire que Cortés au Mexique, et Pizarre au Pérou. Les expéditions, aussi bien celles des Espagnols que celles de l'Anglais Walter Raleigh, eurent d'abord pour but la recherche de V Eldorado (V. Guyane). Mais la découverte de mines de cuivre à Barquisimeto fixa les conquérants dans la région côtière. En 1578, Caracas devint la résidence du capitaine général. Ce ne fut qu'à la fin du xvi° siècle que les conquistadores se portèrent vers les llanos où ils fondèrent Pedroza, Barinas, San Carlos, Calabozzo. Au xvii® siècle, les cultures et l'élève du bétail étaient florissantes. Les dominicains, les capucins, les augustins et les jésuites s'étaient partagé le pays et l'exploitaient durement. Au xviii« siècle, la crise financière où se débattait l'Espagne lui fit appesantir encore le joug colonial. Comme les mines d'or et d'argent des Andes, les mines de cuivre s'épuisaient, et l'Espagne ne trouvait plus guère de ressources que dans l'exploitation rapace des Indiens et des créoles, qui ne pouvaient ni établir des manufactures, ni cultiver les mêmes produits que la métropole, ni commercer avec une autre nation que l'Espagne; en Espagne même, une seule ville avait le monopole du commerce avec le Venezuela ; ce fut d'abord Séville, puis Cadix. A la fin du xvm® siècle, les colonies espagnoles commençaient à se soulever; en 1749, Juan-Francisco de Léon se révolta à Caracas ; en 1778, le roi réformateur Charles 111 abolit le monopole de Cadix et rendit quelques ordonnances pour faciliter la fusion des races. Mais il était trop tard. L'indépendance des Etats-Unis du Nord et surtout la Révolution française eurent sur les habitants des colonies espagnoles une influence profonde.

Ce fut le Venezuela qui eut l'honneur de commencer la lutte définitive. De 1808 à 1810, l'Espagne avait reçu de ses colonies, contre Napoléon, des subsides considérables. En retour, elle leur avait promis de devenir partie intégrante de la monarchie, avec des droits égaux à ceux des provinces de la métropole et la liberté de commercer. L'Espagne voulut revenir en partie sur ces promesses, et l'insurrection éclata à Caracas le 19 avr. 1810 ; le conseil municipal s'empara du gouvernement et se constitua

VENEZUELA

en junte. Le 5 juil. 48'H, le congrès de Caracas proclama l'indépendance da Venezuela et le constitua en république. Les jeunes gens des classes élevées se lançaient avec enthousiasme dans la lutte. Parmi eux, se trouvait le héros de l'indépendance américaine, Simon Bolivar. Né à Caracas en 1783, orphelin à six ans, riche, il avait fait ses études à Madrid, puis avait voyagé à Paris et aux Etats- Unis. Revenu au Venezuela en 1809, il offrit ses services au gouvernement révolutionnaire qui l'envoya en Europe demander la protection de l'Angleterre. Il échoua dans sa mission et revint au Venezuela, ramenant avec lui le vieux Miranda qui avait déjà tenté d'affranchir son pays et avait servi dans les armées de la Convention. Miranda eut le commandement en chef. Mais le jour anniversaire de la proclamation d'indépendance, le jeudi saint 1812, un tremblement de terre détruisit Caracas. Le clergé, dont le sort était lié à celui de la monarchie espagnole exploita cette catastrophe comme un signe de la colère divine. Un capitaine de navire, Monteverde, mis à la tète des royalistes, força Miranda à capituler en lui promettant une amnistie ; puis, violant sa promesse, il l'envoya mourir à Cadix. — Bolivar s* était réfugié à Curaçao avec son cousin Eélix Ribas. Il rassembla les proscrits et les conduisit à Carthagène, où les insurgés de la Nouvelle-Grenade lui adjoigniï'ent Manuel Castillo et un jeune étudiant, Marino. Bolivar envahit le Venezuela oii les cruautés de Monteverde jetèrent de son côté ceux mêmes qui jusquelà avaient hésité. Monteverde fut partout battu et, au mois d'août 1843, Bolivar entra à Caracas dans un char traîné par douze jeunes filles ; on lui décerna le titre de Libérateur, — Mais ce premier succès de Bolivar fut bientôt détruit par la légion infernale de Boves et de son lieutenant nègre Puy. Cette légion était surtout composée de llaneros, gardiens de troupeaux, constamment à cheval, cavaliers incomparables, et qui s'étaient tournés du côté de l'Espagne sans trop savoir pourquoi. Bolivar et Marino furent battus et se réfugièrent à Carthagène, d'oii ils revinrent bientôt; mais ils furent forcés de s'embarquer pour la Jamaïque. — Boves avait été tué; mais l'Espagne avait envoyé au Venezuela un homme habile, Morillo, avec 10.609 hommes. Morillo reconquit tout le pays. Bolivar revint de la Jamaïque en févr. 1816. Le 3 mars, il débarqua à l'île Marguerite où, le 7, les insurgés proclamèrent de nouveau la République de Venezuela une et indivisible.

Cette fois la victoire fut assurée aux révolutionnaires par ces mêmes llaneros qu'un Indien, Paëz, avait su faire changer de parti. Cependant Bolivar dut se rembarquer encore une fois, mais il revint presque aussitôt, établit le siège provisoire du gouvernement à Barcelona et fut proclamé président de la République. Morillo vint l'assiéger et fut battu ; puis, par une série de mouvements rapides, Bolivar parcourut tout le pays et établit son quartier général à Angostura. Là, un congrès confirma la présidence de Bolivar. Le 10 août 1819, après une campagne pénible à travers les montagnes et les deux victoires de Sagamoso et de Boyaca, Bogota fut délivrée. Bolivar réunit alors la Nouvelle-Grenade et le Venezuela en une seule République, une et indivisible, de Colombie (17 déc. 1819). — Ferdinand VII fit alors un suprême effort contre les insurgés ; mais en 1820 les troupes qu'il avait réunies contre les Américains firent la révolution en Espagne même. Bolivar se crut alors débarrassé de l'Espagne et conclut le 25 sept. 1820, à Trujillo, un armistice avec Morillo. Mais celui-ci fut destitué par les Cortès mécontentes, et, à l'expiration de la trêve, Bolivar marcha contre son successeur Latorre, le battit le 24 juin 1821 avec les lanciers de Paëz et occupa Valencia, Caracas et La Guayra ; Carthagène et Cumana se rendirent. Un congrès rassemblé à Cucuta publia le 30 août 1822 une constitution : l'Inquisition était abolie ; le pouvoir était confié à deux Chambres et à un président élus pour quatre ans. Bolivar fut élu président et, l'année même, les Etats-

Unis reconnurent la nouvelle République. En 1823, la dernière garnison espagnole de Puerto Cabello mit bas les armes.

La constitution de Cucuta ne dura que huit ans. Elle fut immédiatement l'objet de vives attaques de la part des séparatistes du Venezuela, à la tête desquels était Paëz. Quand, au mois de juin 1826, Bolivar revint du Pérou dont il avait assuré l'indépendance et dont il était dictateur, il trouva les affaires de Colombie dans le plus grand désordre. Il prit la dictature et s'aliéna le parti civil. Il rêvait d'opérer une vaste fédération de tous les Etats d'Amérique pour s'opposer à la Sainte Alliance et à la politique interventionniste des gouvernements européens. Un congrès réuni à cet effet s'ouvrit à Panama le 22 juin 1826. Mais les maladies décimèrent les délégués, dont plusieurs étaient venus sans enthousiasme. Après avoir voté un vague projet d'union, le congrès se sépara. Le parti séparatiste du Venezuela devenait de plus en plus fort, et la séparation s'opéra en 1830, l'année même de la mort de Bolivar.

Après le vote de la constitution, Paëz fut élu président. Il montra quelques talents administratifs, fit des économies budgétaires ; les droits de douane furent abaissés ; on abolit certains privilèges accordés par Bolivar à l'armée et au clergé ; on proclama l'égalité de tous devant la loi. En 1834, l'esclavage fut aboli. Le 20 janv. 1835, Paëz céda sa place au docteur Vargas : c'était le triomphe du parti civil, et l'armée, sentant son influence diminuer, conspira. Le 8 juil., une douzaine de généraux se saisirent de Vargas à Caracas et l'embarquèrent pour l'île danoise de Saint-Thomas. Paëz leva des troupes, entra à Caracas, et, soutenu par la population, rappela Vargas. En 1839, il fut élu pour la seconde fois président et remplacé par Soublette en 1842. En 1846 éclata une guerre entre les hommes de couleur et les créoles ; Paëz reçut le titre de dictateur et, la lutte terminée, fit élire à la présidence, en 1847, Tadeo Monagas.

Mais un parti nouveau s'était formé au Venezuela : Paëz tenait pour une république unitaire ; Monagas se mit à la tête des fédéralistes. Paëz essaya de le renverser les armes à la main ; mais, fait prisonnier à Coro, il resta en prison jusqu'au 24 mai 1850, date où il recouvra la liberté grâce aux efforts du sénateur Rendon. Il partit pour New York. — En octobre eurent lieu les élections présidentielles ; mais aucun des trois candidats, Gregorio Monagas, Rendon et Guzman, n'obtint les deux tiers des voix nécessaires. Tadeo Monagas dispersa l'assemblée par la force, et le congrès, réuni sous sa pression, élut son frère Gregorio. La famille des Monagas garda le pouvoir jusqu'en 1858, année où elle en fut chassée par le général Julien Castro : c'était le triomphe des conservateurs. Castra rappela les exilés, et Paëz revint. Mais les libéraux et les démocrates se proclamèrent tous fédéralistes et soulevèrent plusieurs provinces. Castro crut habile de quitter le pouvoir, puis de le ressaisir avec un programme libéral et fédéraliste. Abandonné de tous, il dut s'enfuir. Les conservateurs victorieux élurent à la présidence Pedro Gual, à qui succéda Felipe de Tovar. Mais les fédéralistes n'étaient pas abattus, et l'on songea de nouveau à Paëz. Celui-ci avait été accrédité en oct. i 860 comme ministre plénipotentiaire aux Etats-Unis; en mars 1861, il revint à Caracas où Tovar lui confia le commandement des troupes. Contrecarré par Tovar, Paëz donna sa démission. Tovar dut abdiquer, et le 8 mai fut remplacé par Gual, qui réintégra Paëz dans son commandement, puis entra en conflit avec lui. Un pronunciamiento du colonel Echezuria porta Paëz à la dictature. Mais Paëz était vieilli ; en réalité, il était sous la domination de Rojas qui mécontenta une grande partie de la population par des actes arbitraires. Maracaïbo se sépara de Caracas. Le chef des fédéralistes, Juan-José Falcon, était partout vainqueur. Enfin en ayr.mai 1863, Paëz traita : une junte dont les membres étaient nommés moitié par lui, moitié par Falcon, se réunit à Va-

VENEZUELA — VENiN

lencia. Les deux rivaux déposèrent leurs pouvoirs, et la junte élut président Falcon, vice-président Guzman Blanco. Le 41 oct. fut élue une constituante qui se réunit le 24 déc. La constitution fut promulguée le 22 avr. 4864 : c'était le triomphe définitif des fédéralistes.

Falcon, en prenant le pouvoir» trouva une situation financière très embarrassée. Les Chambres votèrent un emprunt de 75 millions que G. Blanco fut chargé d*aller négocier en Europe. Falcon s'était tenu éloigné de Caracas pendant les travaux de la Constituante ; il ne revint qu'en avr. 4864 pour clore la session. Puis, les deux vice-préridents étant absents, il forma un nouveau ministère, laibsa la direction des aflaires à Trias et se retira à Coro. Pendant son absence les conservateurs se révoltèrent, il fallut traiter avec l'Etat de Guyana ; Maracaibo restait indépendant. Blanco, revenu d'Europe sans avoir réussi dans sa mission financière, reprit le pouvoir, fit réélire Falcon en 4865. Celui-ci lui confia le pouvoir et se retira de nouveau à Coro, Paëz s'était retiré à New York, où il mourut en 4873. L'indifférence de Falcon pour les affaires le fit enfin tomber du pouvoir en 4868. Le parti unitaire triompha de nouveau quelque temps avec un Monagas, puis avec Fulgar. Enfin le 27 avr. 4870, Guzman Blanco s'empara de Caracas après tt'ois jours de combat et se proclama général en chef de l'armée constitutionnelle. Le 43 juil., à Valencia, il fut élu président provisoire avec des pouvoirs extraordinaires. Il dut réprimer dans l'Est une formidable insurrection du général Salazar qui fut pris et fusillé en 4872. Le 20 févr. 4873, il fut élu définitivement président. Il s'appliqua à relever les finances, développa les entreprises matérielles, favorisa l'instruction publique, appela des émigrants français et allemands. La suppression des couvents fut décrétée le 2 mai 4874. En 4877, il fut remplacé à la présidence par le général Linarès Alcantara et vint se fixer à Paris comme ministre plénipotentiaire. Mais, en 4 878, Linarès Alcantara mourut, et de nouveaux troubles éclatèrent. On conféra à Blanco la présidence provisoire, qu'il exerça de 4879 à 4882, après régularisation. Le général Crespo lui succéda, et il revint de nouveau à Paris. En 4886, il fut réélu président ; mais, en 4887, il confia les affaires au général Lopez, retourna en Europe et donna sa démission.

C'est pendant la présidence de Guzman Blanco que le conflit anglo-venezoian commença à devenir aigu. Après la découverte des mines d^or du Yuruari, le gouvernement britannique chargea, en 4840, Schomburgk d'une mission à la suite de laquelle il prétendit que le territoire anglais devait s'étendre jusqu'à la ligne de partage des eaux de l'Essequibo. Toutefois, il proposait de laisser au Venezuela le haut cours du Cuyuni. La situation resta longtemps dans le statu quo; mais les Anglais envahissaient le territoire contesté, riche en or, et, en 4886, Guzman Blanco réclama l'évacuation du territoire. Les relations diplomatiques furent rompues en 4887. Le 4®** déc. 4895, les Vénézolans mirent à sac un port anglais sur le territoire contesté. L'Angleterre envoya un ultimatum plein de menaces en réclamant une indemnité. C'est alors que les Etats-Unis, en vertu de la doctrine de Monroë, prétendirent soumettre les deux adversaires à leur arbitrage. Mais les financiers anglais provoquèrent une telle baisse à la bourse de New York que les Etats-Unis cessèrent de prétendre à une intervention dans le conflit. En oct. 4899, les Anglais ont accordé au Venezuela un territoire plus étendu que ne le comportait la ligne de Schomburgk.

C'est une intervention analogue des Etats-Unis que l'on redoute dans le conflit qui vient d'éclater entre la Colombie et le Venezuela. Il semble que le point de départ du différend est une lutte entre le gouvernement libéral et démocratique du président du Venezuela, le général Castro, et le gouvernement conservateur de la Colombie présidé par J.-M. Marroquin. Mais il est possible que cette guerre mette en présence tous les Etats du N. de la Sud-Amérique et même ceux de l'Amérique centrçile. Le

manque de renseignements précis nous interdit de rien préjuger.' Ludovic Marchand.

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VENGEANCE privée. La vengeance privée est à l'origine de toutes les civilisations : l'individu offensé et les membres de sa famille exercent contre le coupable des représailles, qui, d'abord sans limites, sont tempérées ensuite par la loi du talion (V, Droit, § Sociologie, et Talion). Cette notion primitive du droit de punir se retrouve chez les Romains, oii on la voit survivre, longtemps encore, à la loi des XII tables. Chez les Germains, également, un méfait donnait lieu entre les familles des deux parties à une guerre privée, à moins que le coupable ne préférât composer : il payait alors à l'offensé ou à sa famille un fredum ou wehrgeld (prix de la défense), dont l'importance variait avec la condition de l'offensé et la nature du délit (V. Composition, Fâidâ). Le droit de représailles, qu'on voit, au moyen âge, s'introduire dans la plupart des législations et qui permettait aux personnes lésées dans un pays étranger et n'ayant pu obtenir satisfaction de capturer les personnes et de séquestrer les biens des citoyens dudit pays, n'était, lui aussi, qu'une transformation de la vengeance primitive (V. Représailles). Enfin, elle s'est conservée jusqu'à nos jours en Corse sous le nom de vendetta (Y, ce mot). L. S.

VENGEONS. Corn, du dép. de la Manche, arr.deMortain, cant. de Sourdeval ; 995 hab.

VENI, Creator Spiritus. L'hymne qui commence par ces mots est très ancienne. Elle est attribuée par Notker à Charlemagne, mais par beaucoup d'autres liturgistes, à Grégoire le Grand. En réalité, l'auteur est inconnu. Elle est chantée à la messe de la Pentecôte, avant la lecture de l'évangile. Le Paroissien romain la présente, en outre, comme une prière qui doit être dite pour implorer l'inspiration du Saint-Esprit, au commencement de toutes les actions importantes. On la récite ou on la chante à cet effet dans les conciles et dans les assemblées ecclésiastiques.

VÉNIERS. Com. du dép. de la Vienne, arr. etcant.de Loudun ; 492 hab.

VENIN. L Physiologie et Toxicologie. -— Un grand nombre d'animaux possèdent des appareils à venin constituant des armes de défense. Le dispositif de ces appareils varie avec les espèces. Chez les insectes, c'est généralement du côté de l'appareil génital que l'on trouve le système venimeux, tels l'aiguillon et la glande de l'abeille. Cependant l'araignée possède son appareil venimeux dans la cavité buccale. Certains poissons, comme la vive, le machoiron, ont des nageoires dorsales garnies d'épines munies d'un appareil venimeux. Les batraciens : crapaux, salamandres, etc., possèdent des glandes cuta-

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