VENUS
l'antique Aphrodite d'Orient y subsiste, en ce que Vénus, amante d'Anchie scomme elle le fut d'Ares, reste la mère universelle, non seulement de la race romaine, mais de tous les êtres vivants, régnant à la fois sur le ciel o\i elle rayonne, sur la terre où elle inspire l'amour, sur la mer où elle conduit les navigateurs (V. le début du poème de Lucrèce).
Sa forme est en effet triple dans la légende et dans le culte. 1*^ Surnommée [Jranm, céleste, elle est vénérée sur les sommets à ciel ouvert et porte l'épithète de Pasivhaéy celle qui luit pour tous ; la lune, reine des astres, l'étoile dite de Vénus qui annonce le jour, lui sont consacrées ; Phaéton (le lumineux) est le héros divin qu'elle prépose à la garde de son temple, c.-à-d. du ciel. Et même il arrive qu'on lui donne pour attribut la foudre, comme à Zens ou à Athéna,et qu'on la vénère à titre de divinité guerrière ; ainsi à Sparte, à Corinthe et même à Cythcre. Sous ces traits, elle s'oppose à l'Aphrodite vulgaire surnommée Pandémos, celle qui inspire les amours inconstants, dissolus ; pour le philosophe, elle devient une personnification dans laquelle l'idée du courage se double de celle de la raison souveraine. 2° Divinité terrestre, Aphrodite exprime la vie printanière et préside à l'épanouissement annuel des plantes, au renouvellement des existences par l'amour; c'est pour cela que le mois d'avril lui est consacré, que durant cette saison l'on célèbre les principales fêtes instituées en son honneur ; que la poésie, pour peindre son action, emprunte à la nature printanière tous les traits qui expriment la grâce vivante et souriante ; que les jardins sont son domaine préféré et les fleurs ses emblèmes. Au printemps aussi, la légende place sa naissance et son admission parmi les dieux. Mais l'idée du renouveau dans la nature ne va pas sans celle du déclin : à l'approche de l'hiver, alors que la terre fatiguée de produire semble mourir sous le ciel plus froid et dans les brumes automnales, la légende dénoue les amours d'Aphrodite et du bel Adonis, et le culte célèbre la mort du héros avec le deuil de son amante dans une fête toute de tristesse, oii la déesse elle-même prend une apparence funèbre ; l'épisode tout entier fournit un pendant au rapt de Perséphoné par Hadès, dont la signification cosmogonique est analogue. 3° Enfin Aphrodite est une divinité marine qui donne aux navigateurs la traversée heureuse, les dirige d'étape en étape à la lueur de Fastre qui incarne sa puissance, apaise les vents et mène au port. C'est pour cela qu'elle est spécialement vénérée par les marins et les pêcheurs, que ses autels se dressent partout, le long des côtes et dans les îles, où les vaisseaux ont trouvé un abri dans la tempête, un point de ravitaillement au cours d'une périlleuse traversée, un point de repère propre à orienter leur marche; ainsi à Cnide, à Ancone, à Dyrrachium, sur le mont Eryx en Sicile, où Grecs, Phéniciens et Etrusques, en attendant les Latins, se rencontrent à l'abri de son sanctuaire.
Mais par-dessus tout, Aphrodite est la divinité de l'amour, la personnification des voluptés dont il est la source, celle aussi de la maternité heureuse qui le couronne. La beauté et la grâce de la femme sont des dons d'Aphrodite ; elle-même est ornée de tous les charnies qui éveillent le désir ; tel est le sens du mythe de la ceinture qu'elle prête à Héra, lorsqu'il s'agit pour celle-ci d'endormir la vigilance de son époux -Zeus et d'obscurcir sa raison. Ces charmes mêmes sont personnifiés dans les Charités ou Grâces qui font partie de son cortège. La fable qui, devant le berger Paris, la met aux prises, dans une sorte de concours, sur le mont Ida, avec Héra et Athéna a précisément pour effet de définir le caractère propre de sa beauté, faite de sensualité autant que d'harmonie souriante, insinuante, avec une nuance de ruse et de coquetterie voluptueuse, tandis que celle de ses rivales décourage par des allures de majesté et de vigueur. Cette beauté spéciale, Aphrodite la communique aux héros
et aux héroïnes qu'elle veut combler de ses faveurs, à Hélène, à Phèdre, à Pasiphaé; à Paris, à Enée, à Adonis. Suivant qu'on envisage la puissance d'Aphrodite par le côté sensuel ou qu'on y voit l'un des éléments du bonheur conjugal, la déesse nous apparaît, soit comme la patronne des prêtresses attitrées de 1 amour, soit comme le type de la jeune épouse qui fait servir les tendres séductions à la propagation de la vie, à l'exercice d'une aimable maternité. Ainsi dans sa personnalité se concilient les aspects les plus divers de l'instinct sexuel, toute l'infinie variété des passions avec leurs excès et leurs aberrations coupables, toute celle des sentiments honnêtes à la fois et tendres qui font le charme de la famiUe et de la société par la pratiqua des unions légitimes.
Les attributs d'Aphrodite sont divers comme sa nature, tantôt physiques jusqu'à l'obscénité, tantôt symboliques, empruntés, soit au monde des animaux comme la colombe, le bouc, le porc, le moineau, le lièvre, etc., ou à celui des plantes comme le myrte, les fleurs en général, les roses d'une façon toute spéciale, c.-à-d. la verdure parfumée et toujours jeune, ou les couleurs étincelantes qui parent la terre au printemps. L'art primitif la représente sous les traits d'une femme nue qui par sa contenance semble appeler l'attention, plus qu'elle ne les voile, sur celles des parties de son corps qui suggèrent surtout l'idée
Aphrodite au bain.
de sa puissance. Tel est le cas des idoles babyloniennes, assyriennes, phéniciennes qui, de leurs lieux d'origine, ont émigré vers les îles de la mer Egée, particulièrement à Chypre, dans le sanctuaire de Paphos, où ont été trouvées des terres cuites, représentant cette Aphrodite orientale. L'art grec proprement dit figure d'abord la déesse, non plus nue, mais drapée dans une longue tunique, avec les bras collés au corps ou ramenés sur les seins, pareille pour le surplus aux xoana, soit d'Artémis, soit d'Héra, et uniquement reconnaissable à ses attributs, fleurs, pommes ou colombe. Ailleurs, c'est à peine si Aphrodite