‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 414 sur 633 · VENUS · texte numérisé non relu

VENUS

se distingue, autrement que par le sens des scènes auxquelles elle est mêlée, notamment sur les vases peints d'ancien style, des autres divinités féminines. Viennent ensuite des figures librement et harmonieusement drapées, vivantes d'attitudes et vraiment belles d'expression, l'Aphrodite, surnommée Sosandra, de Calamis, et celle d'Alcamènes (V. Alcamènes, fig. 1) dont le Louvre possède une réplique très remarquable. Le type de l'Aphrodite à demi vêtue est la statue de marbre, également au Louvre, qui fut trouvée à Milo en 4820 (V. Grèce, t. XIX, p. 339) ; objet de l'admiration des connaisseurs, elle l'est aussi des discussions des archéologues. L'original était probablement en bronze et la déesse tenait un bouclier, pour s'y mirer. Les combinaisons qui ont été essayées par Ravaisson, et plus encore l'interprétation donnée par lui du groupe reconstitué, n'ont pas trouvé faveur. L'Aphrodite nue, dans toute la fleur de sa beauté puissante et sensuelle, a été réalisée par Praxitèle et Scopas ; les répliques que nous en possédons sont connues sous les noms d'Aphrodite de Cnide et de Médicis, celle-ci à Florence, l'autre sur des monnaies et reproduite par des statues de l'époque romaine. Il y faut ajouter les représentations de rAnadyomène (qui sort des flots) avec le geste gracieux des bras qui tordent les cheveux, et celles d'Aphrodite au bain ou accroupie, qui tentèrent de nombreux artistes, entre autres Apelle, à partir du iv® siècle avant notre ère. Jusque bien avant dans la période romaine, par tous les procédés de la plastique et de la peinture, on s'ingénia à varier un sujet éminemment propre à faire valoir, sinon l'originalité de la conception, du moins les qualités d'exécution, mises au service de la beauté et appropriées aux épisodes d'une légende qui, de sa nature, est éternelle et inépuisable. J.-A. Hild.

IL Astronomie. — Communément appelée Etoile du Berger y Etoile du matin, Etoile du soir, Vénus, l'astre le plus magnilique de notre ciel, est, en réalité, l'une des huit planètes principales. Elle gravite entre Mercure et la Terre, à peu près à mi-distance de l'une et de l'autre. Sa distance moyenne auSoleil est, en effet, de 108. 100. 000 kil., alors que celle de Mercure, la plus proche des huit planètes, est de 57.900.000 kil. et celle de la Terre de 149.500.000 kil. Exprimée en prenant, comme il est d'usage, cette dernière pour unité, elle devient 0,72333 (V. Planète et Soleil) .Vénus effectue sa révolution sidérale en 224 jours, 700787, avec une vitesse moyenne de translation de 35 kil. par seconde. L'orbite qu'elle décrit n'a qu'une excentricité de0,0068433 (l'excentricité de l'orbite terrestre est de 0,01677) ; elle est donc presque exactement circulaire et elle est inclinée sur la nôtre de 3^ 23' 35^^.

De même que Mercure (V. ce mot), et comme lui, parce qu'elle a son orbite comprise dans celle de la Terre, Vénus nous paraît osciller de part et d'autre du Soleil. Elle ne s'en écarte jamais de plus de 48^*, sa plus grande distance angulaire ou élongation variant entre 45° et 48**, et tantôt, suivant les époques, étoile du matin (Lucifer) ou étoile du soir ( Vesper), ce qui a même fait croire pendant longtemps à l'existence de deux planètes distinctes, elle ne se lève que quatre heures au plus avant Fastre du jour et est toujours couchée quatre heures après lui. Elle présente des pto^s très curieuses, analogues à celles de la Lune et perceptibles, pour une vue exceptionnelle, à l'œil nu. Une lunette de moyenne puissance permet, en tout cas, de les reconnaître. A sa conjonction supérieure, c.-à-d. lorsqu'elle est, par rapport à nous, derrière le Soleil, elle a l'aspect d'une pleine lune, mais comme son éloignement de la Terre est alors maximum, elle se trouve réduite à un petit disque de 9'^5 de diamètre. A mesure qu'elle avance vers l'Est, elle se rapproche de nous et, en même temps qu'elle grandit, a une partie de plus en grande de son disque plongée dans l'ombre. Lorsqu'elle passe à sa quadrature (élongation orientale), elle n'est plus qu'une demi-lune. Par contre, son diamètre apparent est de 23". A sa conjonction inférieure, il est de

62'[, tandis que du disque il ne reste plus qu'un mince croissant. Puis elle repasse, vers l'occident, par les mêmes étapes. Elle se montre alors avant le lever du Soleil [étoile du matin), tandis que, lorsqu'elle était à l'orient, on la voyait après son coucher (étoile du soir). Son éclat est loin, dureste, de correspondre à ses dimensions apparentes. Il est le plus vif, Vénus est dans toute sa beauté, lorsqu'elle brille à 39° environ de sa conjonction inférieure, 69 jours avant et après celle-ci. A ces deux époques, aucune étoile ne la surpasse, et, quand l'atmosphère est très pure, elle projette des ombres à l'égal de la nouvelle lune. Il se produit, en outre, tous les huit ans, des maximums d'éclat: en 1889, en 1897, en 1905. C'est Galilée quia remarqué le premier, en sept. 1610, les phases de Vénus. On sait que, incertain tout de suite de sa découverte, mais craignant qu'on ne lui en contestât plus tard la paternité, il la cacha sous cette anagramme : Hœc immatura a me jam frustra leguntur, o. i. (en vain je lis

Conjonction

supérieure

\s\lld/

Elongal'm

Elonqahon.

omaentab ^

onetûale

Con/û/icàû/i injêneurè

déjà ces choses, qui ne sont pas mûries). Trois mois après, changeant l'ordre des lettres, il en donna cette traduction : Cinthiœ figuras emulaiur mater amorum (la mère des amours imite les phases de Diane). Depuis, ces phases ont fait l'objet de nombreuses observations. Elles se reproduisent suivant un cycle de 584 jours. Seule la distance apparente de la planète au Soleil à l'époque de sa conjonction varie, du fait de l'inclinaison de son orbite sur l'orbite terrestre. Lorsque la conjonction inférieure est parfaite, c.-à-d. lorsque Vénus passe juste entre le Soleil et nous, elle se projette sur celui-ci sous forme d'un disque absolument noir, qui le traverse de l'Est vers l'Ouest en un temps chaque fois variable (jusqu'à 7 heures 1/2). Ce phénomène, connu sous le nom de passage de Vénus sur le Soleil et chaque fois très suivi des astronomes en raison de l'importance qu'il présente pour la détermination des parallaxes, a une périodicité singulière : elle est alternativement de 113 ans et demi et de 8 ans, les deux derniers passages s'étant produits les 8 déc. 1874 et 6 déc. 1882, et les deux prochains devant avoir lieu les 7 juin 2004 et 5 juin 2012 (V. Passage).

Vénus tourne-t-elle sur elle-même ?Cassini l'avait proclamé dès 1666. La durée de sa rotation était, d'après ses observations, de 23 heures 15 minutes, presque égale à la durée de la rotation de la Terre, et, en 1841, de Vico la déterminait à nouveau, la portant à 23^21^22% chiffre qui paraissait définitif. Mais il y a une quinzaine d'années, en 1887, Schiaparelli, puis, après lui, d'autres astronomes en grand nombre, Lowell, Douglas, Perrotin, etc., nièrent toute rotation : Vénus effectuait seulement, en même temps que sa révolution autour du Soleil, c.-à-d. en 225 jours, un tour sur elle-même. Seul, Bouquet de La Grye, qui avait observé le passage de 1882, était demeuré convaincu de la rotation. Son opinion semble aujourd'hui confirmée par les récents travaux de Belopolsky. Avec un équatorial de 0*^,75 d'ouverture, ce dernier a obtenu, en 1900, à l'observatoire dePoulkovo, des spectres qu'il a photographiés et quiiui ont permis de constater un déplacement des raies principales correspondant à une durée de rotation assez courte (entre W\9 et 37 h.?).

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