‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 421 sur 633 · VERNET · texte numérisé non relu

VERNET

lasser. On trouverait pourtant, dans cette œuvre trop encombrée, quelques tableaux complets et achevés, en dehors même des « Ports de France », comme les Baigneuses, le Ponte Rotto et le Pont Saint-Ange qui suffisent à classer leur auteur aux premiers rangs de notre école française.

Antoine-Charles-Horace, dit Carie Vernet, troisième fils de Joseph Vernet, né à Bordeaux le 44 août 1758, mort à Paris le 47 nov. 4835. Carie montra dès Tâge de cinq ans les signes de précocité caractéristiques de la famille. Il fut, dès ses débuts , et pendant toute sa carrière, soutenu par l'admiration générale. Fils d'un père illustre, il fut choyé par la société, présenté à Voltaire et Rousseau dès sa jeunesse, recherché par le monde ; cavalier accompli et d'un physique élégant, il sut combiner toujours les agréments de la vie mondaine et son labeur de peintre. Il entra à l'atelier de Lépicié, chez lequel il prit sans doute les habitudes de dévotion et de retraite qui contrastèrent si étrangement avec sa vie d'action et de plaisir. En 478:2, il obtint le prix de Rome. Dépaysé à Rome, il en revint en 4784 sans avoir beaucoup travaillé et se maria en 4789 avec la fille de Moreau le Jeune. Son premier grand succès, le Triomphe de Paul-Emile (Salon de 4794), lui valut d'être agréé à l'Académie le 24 août 4789. Ce tableau, de grandes dimensions, se faisait remarquer par la nouveauté du sujet qui laissait pressentir les aspirations de r école classique, et surtout par la manière vraiment personnelle et originale dont Carie Vernet avait compris le cheval. Il rompait avec l'ampleur conventionnelle et figée des chevaux de Van der Meulen, Raphaël, Jules Romain, Salvator Rosa ; « il rendait au cheval ses vives allures, son expression dans l'attente, sa grâce, sa coquetterie, l'éclat de son regard et ses naseaux enflammés » (Ch. Blanc).

La Révolution l'éprouva profondément : sa sœur, mariée à l'architecte Chalgrin, périt sur l'échafaud ; il dut fuir le 40 août les Tuileries envahies, portant sur ses épaules le petit Horace Vernet, alors âgé de trois ans. Les Funérailles de Patrocle qu'il composa vers cette époque sont comme l'image des pensées tristes qui

Les Baigneuses, de Joseph Vernet^ (Mus. du Louvre).

Chasse du roi Charles X, de Carie Vernet (Mus. du Louvre).

l'avaient assailli. Mais quand la tourmente fut passée, quand vinrent les beaux jours du Directoire avec les fêtes, les réunions mondaines. Carie se reprit à la joie et à la vie. Conquis, amusé, c'est alors qu'il crayonna d'un dessin rapide, dans une suite de pochades qui sont restées fameuses, les Incroyables, les Merveilleuses et tous les tableaux de la rue, avec un esprit d'observation si net, si aiguisé, avec une verve si curieuse et si enjouée, avec un sens si

bien saisi du ridicule, qui constituent pour nous un de ses meilleurs titres de gloire.

Il fut en cela l'initiateur des caricaturistes du siècle.

Il peignit aussi les grandes scènes de l'histoire contemporaine; ses toiles colossales, consacrées à la Bataille de Marengo (1806) et au Mati7i de la Bataille d'Auster^ litz (4808) (toutes deux à Versailles), eurent un succès considérable et donnent à leur auteur un rang honorable parmi les peintres de batailles. Mais le coloris est terne et les personnages manquent d'accent. La grande peinture d'histoire n'est pas son fait; Carlet Vernet est bien plus à son aise daucs les petites esquisses de mœurs où il immortalisa les armées de Napoléon : la vie et le naturel de ses chevaux et de ses cavaliers constituent sa plus précieuse originalité. A la Restauration, Carie Vernet fit sa cour au nouveau pouvoir et exposa au Salon de 4844 le Portrait équestre du duc de Berry.

C'est alors que ses tableaux de chiens, de course et de vénerie se multiplièrent.

Mais ils ne suffisaient pas à lu prestesse de sa main, et il revint au dessin, à la charge, au croquis fait en hâte, aussitôt exécuté que pensé et vu, et où se marque sa vraie supériorité. Carie fut des premiers à adopter la pratique de 1 a lithographie qui convenait si bien à sa manière adroite, souple et expéditive. Comblé d'honneurs par la Restauration, dont il est comme le peintre officiel, il eut, comme son père, la joie devoir entrer son fils à l'Académie (4826). En 4828, il le suivit à l'Académie de France à Rome, dont Horace venait d'être nommé directeur. Il emportait dans ses bagages une grande toile déjà en partie ébauchée, mais qui ne fut jamais terminée : Louis XVÎlî allant rendre grâce à Dieu dans U église JSotre-Bame.

Pour juger Carie Vernet, il faut le prendre en dehors

de sa peinture ; c'est dans ses dessins que l'on voit le mieux les faces de ce talent vif, prime-sautier, quelque peu hâtif et superficiel. « Carie Vernet assurément n'est pas un grand peintre, a dit Ch. Blanc, mais c'est un peintre original, spirituel. Dépourvu de couleur, il eut de la précision, de la finesse dans le dessin ; il fut admirable par la fécondité de sa verve, par le mouvement et la pantomime de ses figures, et par cette promptitude à saisir les travers apparents de l'homme, qualité qui a fait de lui un des créateurs de la caricature moderne. »

Emile-Jean- Horace y dit Horace Vernet, peintre de batailles, fils de Carie, né à Paris le 30 juin 1789, mort à Paris le ^ janv. 1863. Il apprit son métier auprès de son père ; en d 810, il concourut sans succès pour le prix de Rome; il se maria peu après; en 1811, il dessina pour un journal de modes une suite de dessins satiriques, de scènes de genre et de scènes de la vie militaire ; en 1814, il fit le coup de feu contre l'ennemi, et il nous en a laissé le souvenir dans un de ses meilleurs tableaux, la Barrière de Clichy (qui est au Louvre). Les huit tableaux qu'il envoya au Salon de 1822 furent refusés, sans doute parce qu'ils représentaient des scènes de l'Empire, et l'opposition leur fit dans son atelier un vif succès.

Horace Vernet devint bientôt le peintre à la mode ; comme son père et son aïeul, c'était un producteur infatigable, et son art rapide, tout d'aj^parence, était bien fait pour en imposer à ses contemporains. Il avait huit toiles au Salon de 1817, il en eut quinze à celui de 1819. Il montra quarante-cinq tableaux dans son exposition particulière de 1822. Il fut, jeune encore, comblé d'honneurs et de dignités : il entra à l'Institut en 1826, et l'année suivante fut envoyé à Rome comme directeur de l'Académie de France. Mendelssohn nous a laissé sur ce séjour d'Horace Vernet à Rome un précieux document dans une lettre qu'il adressait à sa mère : il décrit cet Atelier bruyant, mouvementé, frivole, que le peintre avait exposé en 1822. Un amour excessif de la variété, du bruit, du mouvement constitue en effet la dominante du caractère d'Horace Vernet. Avant la fin de son directorat, il sollicita d'être envoyé en Algérie (1833). Il y séjourna quelque temps et prit un goût très vif à cette terre d* Afrique vers laquelle il se sentait attiré d'instinct et où il revint à plusieurs reprises, soit pour y suivre des expéditions militaires, soit pour son agrément. En 1837, il visita Malte, l'Egypte, la Palestine. Son humeur voyageuse le conduisit deux fois à Saint-Pétersbourg où il résida (1842).

Dès 1826 il s'était rapproché de l'école romantique, et ses tableaux suivants portent la marque évidente de cette tendance dans l'expression du dessin et la couleur. Après son retour de Rome, Horace Vernet revint à la peinture de batailles et à la peinture de genre, empruntant ses sujets à l'Orient (le Conteur arabe, la Prière dans le désert, Chasse au lion, etc.). Dans l'intervalle de ses voyages, il travaillait pour le musée de Versailles. La création de ce musée de nos gloires militaires favorisa son talent, ainsi que son séjour à la cour de Russie ; il peignit de nombreuses scènes de la guerre russo-turque et de la conquête d'Algérie ; son voyage d'Afrique en 1837 lui permit de donner aux quatorze tableaux de la salle de Constantine le charme puissant de la réalité (1838-42). En même temps, il peignait des plafonds à la Chambre des députés, travail qu'il dut interrompre pour exécuter, sur Tordre de Louis-Philippe, la Prise de la smala d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale (1845, musée de Versailles), tableau de 22 m. de long, où les expressions d'angoisse, de haine et de violence des hommes et des chevaux sont d'une vie remarquable. Le peintre visita le Maroc pour ses tableaux du Bombardement de Tanger et de V Occupation de Mogador : à son retour, il publia le résultat de ses études de costumes : Des rapports qui existent entre le costume des Hébreux et celui des Arabes modernes (1848), étude qui a été mise

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